Joyon : 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes. Coville : 59 jours, 20 heures, 47 heures et 43 secondes. A peine deux jours de différence... En complément de l'interview donnée par Joyon à Voiles et Voiliers (voir le numéro 457 de mars), voici un rappel des grandes phases de son record revues à l'aune de la tentative récente de Thomas Coville.
Note :
Le départ. La vitesse moyenne d'un trimaran d'une trentaine de mètres - 29,70 mètres pour Idec, 32 mètres pour Sodeb'O, tous deux étant des plans Nigel Irens/Benoît Cabaret, mais le premier étant moins sophistiqué que le second - et la qualité des prévisions météo permettent d'avoir avant le départ une stratégie précise à sept jours au-delà de l'équateur et une visibilité sur la situation synoptique de l'Atlantique Sud jusqu'au cap de Bonne-Espérance.
Remarquablement exploitée par Joyon et son routeur Jean-Yves Bernot, l'exceptionnelle fenêtre de départ se révèle... une baie vitrée sur l'Atlantique et l'Indien réunis !
57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secpndes. Début 2008, Joyon arrache le record du Tour du monde en solitaire à Ellen Mac Arthur.
Photo © D.R.
L'équateur est ainsi atteint en 6 jours, 16 heures et 58 minutes par Joyon, contre 7 jours et 28 minutes pour Coville.
La différence se joue essentiellement au Sud du Cap Vert où Coville rencontre une zone perturbée dans laquelle l'alizé s'est effondré alors qu'il avait une légère avance sur Joyon aux Canaries.
Dans les deux cas, le Pot au Noir est franchi sans problème majeur. Pour souligner la performance de Joyon, rappelons qu'il est alors plus rapide que Bruno Peyron et l'équipage d'Orange II (Dix heures d'avance)...
L'anticyclone de Sainte-Hélène est négocié à la corde par Francis Joyon.
Un an plus tard, il est très étendu pour les concurrents en tête du Vendée Globe... et pour Thomas Coville qui doit faire un détour de près de 700 milles dans l'Ouest.
Le cap de Bonne-Espérance est doublé par Idec au bout de 15 jours, 7 heures et 16 minutes. Sodeb'O accuse 1 jour, 5 heures et 7 minutes de retard.
L'océan Indien (Bonne-Espérance / Tasmanie) est couvert avec le même front ou presque par Joyon en 9 jours, 12 heures et 3 minutes, avec seulement 59 minutes de retard sur Orange II... Ce qui en dit long sur sa trajectoire et sa glisse exceptionnelles !
Coville met presque 2 jours de plus pour près de 400 milles supplémentaires.
59 jours, 20 heures, 47 minutes et 43 secondes. Début 2009, Thomas Coville ne parvient pas à ravir son record à Joyon.
Photo © D.R.
L'océan Pacifique (Tasmanie / cap Horn) est moins favorable à Joyon du point de vue de la glisse pure, mais il compense par une route superbe, n'hésitant pas à descendre à 58° 30' (voir dans l'interview du Voiles et Voiliers n° 457 ce que Joyon invoque comme différence majeure entre Coville et lui), jouant à la roulette russe au milieu de growlers qui se confondent avec la crête des déferlantes. Malgré les glaces, un anticyclone et la tempête... il couvre le Grand océan en 10 jours, 14 heures et 30 minutes.
Dans une situation vraisemblablement dégradée, compte tenu du détachement de l'Antarctique provenu ces dernières années, Coville adopte une ligne de conduite beaucoup plus sage et une route franchement plus Nord, donc plus longue.
Au cap Horn en 35 jours, 12 heures et 31 minutes, le temps de Joyon est si remarquable qu'il est moins à comparer avec celui de la détentrice du record en solo, Ellen MacArthur (9 jours et 11 heures d'avance sur elle)... qu'avec celui du recordman en équipage (moins de 3 jours de retard seulement sur Orange II) !
La remontée de l'Atlantique est beaucoup plus laborieuse puisqu'il faut 22 jours, 1 heure et 3 minutes à Idec pour parcourir les 7 175 milles du Horn à Brest. Les conditions y sont nettement moins favorables et il y rencontre de sérieux problèmes de gréement.
La remontée exceptionnelle de Sodeb'O le long de l'Argentine, grâce à un bon vent de Sud-Ouest, permet à Coville de reprendre 3 jours en 5 jours !
Au final, Francis Joyon établit le 20 janvier 2008 son record en 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes. Sur la route théorique qui est de 21 760 milles, sa moyenne est de 15,89 noeuds. Il n'a effectivement parcouru que 26 400 milles à 19,09 noeuds.
En 2 jours, 7 heures, 13 minutes et 37 secondes de plus, le 17 janvier 2009, Thomas Coville a couvert 1 725 milles supplémentaires, sa moyenne effective étant ainsi de 19,58 noeuds (voir le détail des calculs que l'on peut en déduire dans l'article d'ouverture de Voiles Journal du numéro de mars). Mais sa moyenne sur la route théorique n'est que de 15,15 noeuds et 0,74 noeuds de déficit vis-à-vis de Joyon, c'est tout ce qui compte.
Coville confirme ainsi - s'il en était besoin - qu'il ne suffit pas d'aller vite pour établir un record mais qu'il faut aussi faire le moins de milles possible. En très brillant challenger, il renforce a posteriori toute la valeur du record de Francis Joyon.
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Voiles et Voiliers (mars 2009), pages 50 et 51.
Interview de Francis Joyon, marin de l'année 2008
<J'entretiens mon bateau tout seul !>
Propos recueillis par Olivier Chapuis. Photos Vincent Curutchet et Jean-Marie Liot.
Pour son record autour du monde en solitaire d'Ouest en Est par les trois caps - en 57 jours 13 heures et 34 minutes -, Francis Joyon a été élu Marin de l'année 2008 de la FF Voile. Retour sur le mode de fonctionnement très atypique du circumnavigateur solo le plus rapide, qui a battu tous les équipages sauf celui de Bruno Peyron !
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