Actualité à la Hune

RECORD DU TOUR DU MONDE SOLO

François Gabart et Macif pleine balle !

Parti d’Ouessant la veille du départ de la Transat Jacques Vabre, François Gabart impressionne une fois de plus ! Après seulement 11 j 20 h 10' de mer, le skipper de Macif a doublé le premier des trois caps (Bonne-Espérance) en battant le chrono record que celui réalisé par Loïck Peyron - mais en équipage ! - en 2011 sur le maxi-trimaran de 40 mètres Banque Populaire (11 jours 21 heures). Dingue ! Sans oublier que François Gabart a aussi établi un nouveau record du monde de distance en solitaire, parcourant 851 milles en 24 heures, soit la distance entre Lille et Rome… performance en attente de validation par le WSSRC.
  • Publié le : 16/11/2017 - 11:01

MacifLe plan VPLP a déjà gagné aux mains de Gabart : la Transat Jacques Vabre,  The Transat Bakerly, The Bridge…Photo @ JM Liot/Macif
On dira ce qu’on voudra, mais François Gabart semble bien de cette race de sportifs hors-norme – Riner, Ronaldo, Hamilton, Nadal, Hirsher… – dominant leur sujet avec une aisance parfois déconcertante ! Quand nous l’avons rencontré avant le départ pour son deuxième tour du monde en solitaire – son premier en multicoque – le vainqueur du Vendée Globe 2012-2013 venait d’être papa pour la seconde fois, semblait assez tendu et un poil pâlichon, faisant profil bas, annonçant qu’il allait essayer de s’approcher du fabuleux record de Thomas Coville (49 jours 3 heures) mais sans se faire beaucoup d’illusions. La période de stand-by débutée le 22 octobre à Port-La-Forêt ne s’est pas éternisée, et François Gabart n’a pas hésité à saisir la première fenêtre météo exploitable, et ce bon flux de secteur Nord-Ouest à Nord-Est le 4 novembre à Ouessant, veille du départ de la Transat Jacques Vabre. Le champion a même sauté dans le premier avion depuis le Sud de la France le vendredi 3 pour rejoindre directement son maxi-trimaran. Mis à l’eau en août 2015, parfaitement optimisé, même si certains considèrent qu’il est sans doute déjà dépassé par rapport à Maxi Edmond de Rothschild ou Banque Populaire IX – ce qui reste à voir ! –, Macif rappelle un peu le légendaire Idec Sport (ex-Banque Populaire VII, ex-Groupama 3) par sa «facilité» à aller vite, son aptitude à gagner des courses et sa fiabilité.

MacifTout dessus avec 650 mètres carrés de voilure au portant dans l’alizé brésilien.Photo @ F. Gabart/Macif
851 milles en 24 heures !

Après neuf jours de mer et à l’Ouest de l’Afrique du Sud, et en «coupant le fromage», Gabart a même explosé son propre record sur 24 heures, qui datait de 2016 (il était de 784 milles à 32,67 nœuds de moyenne) «J’en suis ravi, explique le navigateur. Les records sont faits pour être battus, c’est comme ça qu’on progresse. Les sensations à ces vitesses sont assez extraordinaires, le bateau vole, c’est un mélange de puissance et de légèreté. Maintenant, ce n’est pas l’objectif prioritaire, l’idée est d’abord de finir ce tour du monde.»

MacifMacif (en jaune) le 15 novembre est en avance sur Sodebo (en rouge) après onze jours de mer.Photo @ Capture d’écran © Cartographie/Macif
Sa trace, pour le moment, frôle la perfection. Il a l’expérience du multicoque de sport, ayant suivi la préparation olympique en Tornado pour les JO d’Athènes et finissant 1er jeunes lors des championnats du monde 2003. Il a aussi régaté en Class A au plus haut niveau. Bref, Gabart sait aller vite, et ne semble pas perturbé par les vitesses supersoniques à bord de Macif. Marin connecté, comme annoncé, il exploite également parfaitement la puissance des réseaux sociaux, postant photos et vidéos chaque jour, disponible comme s’il était en croisière, filmant sa réparation sur la grand-voile lorsqu’il découpe à la disqueuse la latte de carbone, avant de couper sa caméra puis hisser à nouveau sa grand-voile à deux ris, et ce en deux heures et demie. Tout paraît facile avec Gabart, et son équipe à terre, qui le suit évidemment 24 heures sur 24, ne peut qu’être épatée. «L’efficacité de la grand-voile avec cette réparation est de plus de 95 %, au minimum, explique Fred Bérat. On avait proposé à François d’achever le travail en rallongeant la latte cassée, mais il a préféré repartir tout de suite et attendre des conditions plus calmes pour achever le travail. Mais s’il se rend compte que ça n’entache pas les performances de la grand-voile, ce n’est pas impossible que ça reste en l’état : le bout de latte qui manque n’est qu’un détail !»

François GabartConnecté, François Gabart fait des selfies comme s"il était à terre !Photo @ F. Gabart/Macif

Et même un peu poète avec ça !

Avec sa barbe de quinze jours, il a ce style enjoué et positif qui en agaçait certains déjà lors du Vendée Globe… Car, avec lui, tout va toujours bien dans le meilleur des mondes ! Impossible dès lors de savoir s’il a des coups de moins bien, car ça, on ne le voit jamais. Il n’est pas dans la souffrance, engoncé dans sa veste de ciré – à croire qu’il n’en porte pas ! –, dort bien (cinq heures durant le record des 24 heures !), est désormais à l’aise avec les mots quand il adresse ce petit billet nocturne un rien philosophique et qui n’est pas sans rappeler le style d’Alain Colas : «Début de nuit, la lune n’est pas encore levée… On ne distingue pas très bien la mer. Le bateau fonce à toute allure dans le noir. Je ne vois que les étoiles, pleins d’étoiles… A se demander d’ailleurs si je suis bien sur un bateau. Partir faire un tour du monde donne un peu le tournis. Est-ce bien réel ? Suis-je bien en mer ? Avec un poil de fatigue, je me vois déjà voler dans l’espace, comme dans un bon Star Wars. Mon vaisseau vibre à toute vitesse dans un espace-temps que je ne maîtrise plus trop. Il faut reconnaître que ma "cabane", ma petite zone de vie exiguë, a des ressemblances de navette spatiale. Je suis confiné ici pour un voyage stellaire dont je ne connais pas encore tous les détails. Aventure marine, aventure spatiale… Peu importe ! Les cadrans et les chiffres clignotent autour de moi. Ils m’indiquent des nœuds mais cela pourrait être des années-lumière ! Le foil vrombit comme un réacteur. Même les sons pourraient me tromper… Je pars pour un voyage extraordinaire : l’Atlantique Sud est la piste de décollage de ma mise en orbite Antarctique. A bientôt la Terre !»

CarteC’est cette dépression (L comme Low) sous l’Afrique du Sud et Madagascar qui va être compliquée à gérer dans les heures à venir. Photo @ Carte © SAWS/Bernot
La fin du pain blanc ?

François Gabart a franchit la longitude de Bonne-Espérance ce jeudi 16 novembre, après 11 j 20 h 10' de mer et fort de 2 j 6 h 43' d’avance environ sur le phénoménal chrono de Thomas Coville (Sodebo Ultim’). A lui seul, il a même battu le record absolu entre Brest et l'Afrique du Sud, détenu par l'équipage de Loïck Peyron sur Banque Populaire (11 j 21 h 48').  Mais à écouter Jean-Yves Bernot, qui supervise la cellule de routage à terre, «les jours à venir vont être très chiants et complexes. L’entrée dans l’Indien nécessite de rester sous et en bordure de l’anticyclone actuellement au Sud de l’Afrique du Sud, et il y a de la glace autour du 46e parallèle».

MacifLe sillage de Macif dans l’Atlantique Sud. Sans commentaires !Photo @ F. Gabart/Macif
Thomas Coville avait connu à peu près la même situation l’an dernier, devant «slalomer» au portant dans un étroit couloir, où les icebergs arrivant de la mer de Weddell se désagrègent au contact des eaux chaudes venues du Mozambique. «De plus, il y a une dépression très nerveuse qui se forme sous l’Afrique du Sud, et François va devoir à la fois ralentir dans la dorsale pour éviter le noyau dur de la dépression et des vagues de huit mètres attendues… mais ensuite l’attraper pour la suivre sur une route assez Nord», confirme Bernot, qui sait qu’avec son second Julien Villion, plus Antoine Gautier et Émilien Lavigne, les performeurs de Macif, les jours à venir vont être décisifs et sportifs.

Tableau de bordLe tableau de bord quotidien de Macif le 15 novembre et que l’on peut suivre sur www.macifcourseaularge.com/cartographie-tableau-de-bord
Comme le dit Bernot avec son sens de la formule, «il a cavalé en naviguant sur du gazon, mais là ça ne va plus être le même terrain !»  Mais le routeur-météorologue ne tarit pas d’éloges sur le marin qu’il a formé en météo dès ses débuts en Figaro il y a dix ans : «Non seulement il passe du temps à faire marcher son bateau, mais effectue beaucoup de stratégie, anticipe systématiquement et comprends toujours très vite. On n’utilise quasiment pas le téléphone, car à bord le bruit est infernal, mais on fonctionne en permanence via de brefs messages écrits par mail ou SMS.» Et de conclure : «Il est de la génération des marins qui n’ont pas peur de passer du temps sur un clavier.»
Reste quand même encore quelque 16 000 milles à parcourir pour le coureur «hors-norme» !