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Mini Transat – Îles de Guadeloupe

Frédéric Denis : « Il y aura un avant et un après »

Frédéric Denis a triomphé ce vendredi 13 novembre au terme de la 20e édition de la Mini Transat. Alors que ses rivaux arrivaient un par un dans la marina du Bas du Fort à Pointe-à-Pitre, le Trinitain skipper de Nautipark était tout à son bonheur. Et le large sourire affiché semblait ne pas vouloir s’éteindre.
  • Publié le : 14/11/2015 - 11:46

Frédéric Denis arrivéeBel accueil en Guadeloupe pour Frédéric Denis qui succède à Benoît Marie, vainqueur en 2013.Photo @ Mini Transat – Îles de Guadeloupe
Voilesetvoiliers.com
 : Que ressent-on en voyant arriver les autres concurrents après le triomphe de ce matin ?

Frédéric Denis : C’est génial. C’est même dommage qu’il y en ait si peu en Proto car la course a connu pas mal d’abandons. Mais là, ce sont des copains que je viens accueillir. Dans l’ordre Michele Zambelli (Illuma), Luke Berry (Association Rêves) et Ludovic Méchin (Microvitae). Et je serai là pour tous les autres. On s’est vu tout au long de la saison et l’on va pouvoir dès maintenant célébrer cela tous ensemble. Nous avons eu des conditions rêvées. La course a été dure et rapide et nous allons pouvoir la raconter à notre manière car je suis certain que nous ne l’avons pas vécu tous de la même façon.

Voilesetvoiliers.com : Parler va être un bonheur après tant de jours de solitude ?
F.D. : Mes derniers contacts ont été le long de la côte d’Afrique, un peu avant le Cap Vert. Après, pendant dix jours j’ai eu seulement une conversation par VHF avec un cargo, et encore, cela a duré que 30 secondes. Cela a donc été une belle solitaire. Cela a confirmé que tout seul, j’arrive à réfléchir. Le plus dur a été sur la fin où j’ai cassé des petites merdes. Partager ces moments m’aurait peut-être aidé  à évacuer le stress.

Frédéric Denis NautiparkNautipark est un plan Lombard – Schipman avec lequel Gwénolé Gahinet s’était engagé en 2013 et avait dû abandonner au large du Portugal alors qu’il menaçait de perdre sa quille. Il a fallu cinq mois de chantier à Denis pour le remettre en état.Photo @ Mini Transat – Îles de Guadeloupe
Voilesetvoiliers.com : Au départ des Canaries, votre envie était de ne pas trop vous écarter de la route. Cela a été pourtant tout le contraire ?

F.D. : J’ai toujours eu l’impression que les autres allaient également vers le Sud. En partant de Lanzarote, certains routages nous faisaient même passer entre les îles du Cap Vert, pratiquement jusqu’au 15e Nord. Cela me faisait plutôt peur de descendre autant en faisant beaucoup de route. Cela demandait d’aller très vite pour compenser cet écart. Et puis le vent à mollit plus tôt que prévu en prenant beaucoup de droite. Ainsi, je n’ai pas hésité à relancer à gauche et je pense que j’ai eu plus de pression. Cette virgule par en dessous a été très bénéfique. Mais tout du long, nous avons rencontré des états de mer vraiment croisés. Et parfois, nous n’avions pas les voiles du vent.

Voilesetvoiliers.com : Cela a donc été plus que sportif ?
F.D. : Ces bateaux sont tellement légers que c’est l’état de la mer qui les ralentit. Sur dix vagues, je me suis retrouvé face à des murs devant moi. Quelque chose à la limite de tout casser. Mais mon bateau est génial. Je ne pensais pas qu’il pouvait autant encaisser. Au dessus de 15 nœuds, il décolle véritablement. C’est surtout le bonhomme qu’il faut gérer. Car je n’ai pas vraiment bien dormi.

Frédéric Denis arrivéeArrivée nocturne en Guadeloupe pour le vainqueur qui a tenu une moyenne de 9,04 noeuds sur l"orthodromie et de 10,52 sur la route longue de 3 230,79 milles couverte.Photo @ Mini Transat – Îles de Guadeloupe
Voilesetvoiliers.com : La casse a d’ailleurs frappé le favori de l’épreuve, Davy Beaudart, et ce dès le début de cette deuxième partie de Mini Transat. On pense alors à la victoire ?

F.D. : Forcément. Il avait neuf heures d’avance à l’issue de la première partie. Pensant qu’il allait pouvoir réparer mais que cela allait lui demander pas mal de temps, je me disais que le jeu était ouvert. J’étais désolé pour lui. C’était un joueur de moins mais j’aurais préféré le battre sur l’eau.

Voilesetvoiliers.com : Il restera des moments magiques sur cette transat ?
F.D. : Des images vraiment fortes. Mardi dernier par exemple, au coucher du soleil. Il y avait trois grains autour du bateau. Un derrière et deux sur les côtés et en face le soleil déclinant. Un truc à couper le souffle avec des nuages dans tous les sens et des couleurs dans le violet et l’orangé. J’étais en plus sous grand spi avec un ris dans la GV à plus de 14 nœuds. Avec une barre facile à gérer, j’y ai goûté pendant plus de quatre heures.

Frédéric Denis 1 Frédéric Denis inscrit son nom au palmarès de la Mini Transat, vainqueur de la 20e édition.Photo @ Mini Transat – Îles de GuadeloupeVoilesetvoiliers.com : Et des moments plus durs évidemment ?
F.D. : Le 3 novembre au matin, je casse mon aérien. Plus tard, ma drisse de GV me lâche. Des moments où on se retrouve bien seul. Même si j’ai réussi à gérer, j’ai eu un petit moment de dépression, la fatigue aidant. Mais c’est cela la Mini. Des phases où c’est l’euphorie complète et d’autres plus complexes. Mais tu fais en sorte de garder le charbon. Tu remets de la toile quand il le faut. C’est l’instinct qui parle. Une grande découverte pour moi car j’ai débuté le solitaire que cette saison.

Voilesetvoiliers.com : Il y aura donc un avant et un après ?
F.D. : Certainement. C’est avant tout une bonne découverte de moi-même. Il faut être dessus tout le temps. Je n’étais jamais allé aussi loin dans l’engagement, dans la fatigue. De me mettre des coups de pied au cul en pensant à toutes les personnes qui m’ont soutenu dans ce projet. Maintenant, j’ai toutes les cartes en main pour transformer cet essai, pour continuer dans la voile au large. Il va falloir quand même que je me repose un peu. Que je retrouve mon cerveau que j’avais un peu laissé au départ de Lanzarote en partant à fond.  

Classements complets surwww.minitransat-ilesdeguadeloupe.fr

 

Communiqué spécial de la Mini Transat – Îles de Guadeloupe

Compte-tenu des valeurs qui animent la Mini Transat depuis sa création, il est évident que la Mini Transat îles de Guadeloupe se sent profondément solidaire des victimes des attentats de Paris. Ces valeurs de partage, de solidarité et de tolérance se doivent d’être défendues sans retenue.

Nous pensons que c’est aussi notre devoir de continuer d’informer du parcours de ces marins qui viennent de traverser l’Atlantique, de mettre en avant leurs performances sportives et humaines. Nous le ferons avec la retenue que les événements nous imposent, tout en veillant à mettre en avant les valeurs positives que cette aventure dégage. C’est le sens de notre engagement.