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GC32 Racing Tour

Thierry Fouchier : «Le GC 32 est une mobylette qui va très vite !»

Il est le seul marin français à avoir remporté la Coupe de l’America sur l’eau avec Oracle BMW en 2010. Régleur de l’aile de Groupama Team France en AC45, Thierry Fouchier règle la grand-voile du GC32 français qui porte les couleurs du deuxième partenaire tricolore, Norauto. Lors de la première étape du circuit, à Riva del Garda, en Italie, remportée par l’équipe française, il nous a dévoilé les différences entre les deux catamarans. Ce week-end, à Malcesine, toujours sur le lac de Garde, deux nouvelles équipes ont rejoint le circuit portant à onze le nombre de GC32 sur la ligne de départ.
  • Publié le : 08/07/2016 - 00:01

Interview Thierry FouchierA Riva del Garda, pour la première étape, les Alpes italiennes offraient un décor somptueux et des conditions idéales avec 20 nœuds de vent presque tous les jours. Photo @ Eloi Stichelbaut / Norauto

Voilesetvoiliers.com : Vous passez d’un AC45 à un GC32 entre les Louis Vuitton America's Cup World Series et le GC32 Racing Tour ! Quelles sont les grandes différences entre les deux bateaux ?
Thierry Fouchier : La première, essentielle, est l’absence d’aile sur le G32. Néanmoins, en termes de travail et de réglage, c’est à peu près pareil. L’autre différence est la taille. Le GC32 est plus petit, on a l’impression de passer d’une moto à une mobylette. Une mobylette qui va très vite ! Et qui est pour nous une super plate-forme d’entraînement.

Voilesetvoiliers.com : 24 manches programmées par week-end, c’est quatre fois plus qu’en AC45. L’intensité est supérieure en GC32 ?
T. F. : Oui, à la fin des quatre jours, on est bien fatigué. Mais l’AC45 est plus puissant, donc plus physique pour nous. Tout est plus dur. Surtout à cause des bastaques. Les six manches par jour de GC32 équivalent finalement aux deux manches d’AC45.

Voilesetvoiliers.com : Comment expliques-tu que ces deux catamarans aillent à la même vitesse alors qu’il y a une grosse différence de taille et une aile sur l’AC45 ?
T. F. : Je pense que l’AC45 traîne quelques kilos superflus car il n’était pas prévu pour voler au départ. Il a donc fallu renforcer la structure des coques. Les dérives sont assez basiques. Elles permettent de voler assez tôt, mais elles ne sont pas aussi performantes que celles des GC32. Et puis l’aile, c’est aussi un peu plus lourd qu’un mât et une voile. Donc la troisième grosse différence entre les deux bateaux est le poids. Intrinsèquement, une aile a un meilleur rendement qu’une voile souple, mais la plate-forme est beaucoup plus lourde. Donc c’est vrai qu’un GC32 va, à mon avis, plus vite qu’un AC45 sur un parcours de régate.

Voilesetvoiliers.com : Vous êtes six équipages sur les LVACWS et neuf sur le GC32 Racing Tour. Qu’est-ce que ça change sur les phases de départ ?
T. F. : Pas grand-chose. Ce n’est pas trois bateaux de plus qui changent la tactique, même si c’est mieux de travailler à neuf bateaux. La vraie différence en tactique, c’est la longueur de la ligne, qui est assez courte en AC45. Il y a tout juste la place pour les six bateaux. Là, à l’inverse, la ligne est plus grande et il y a de la place pour tout le monde. C’est plus confortable, mais ça ne permet pas de travailler le positionnement au départ comme en AC45.

Voilesetvoiliers.com : En GC32, vous semblez vous élancer de plus loin dans les dernières secondes qu’en AC45
T. F. : Oui, en AC45 il faut se placer et l’aile permet d’accélérer tout de suite. Donc on est très proche de la ligne dans la dernière minute. Alors qu’en GC32, on peut travailler le timing et partir de plus loin. Mais il faut faire attention de ne pas se faire enfermer entre deux ou trois bateaux. Sinon, tu ne maîtrises plus ton timing de lancer. Donc, c’est bien de rester en retrait afin de trouver un trou pour s’élancer.

Interview Thierry FouchierL’équipage victorieux de Norauto en GC32. Thomas Le Breton, Hervé Cunningham, Thierry Fouchier, Franck Cammas et Devan Le Bihan (de gauche à droite). Photo @ Eloi Stichelbaut / Norauto

Voilesetvoiliers.com : Vu de l’extérieur, deux choses surprennent : le sifflement et les figures libres de certains au portant.
T. F. : C’est vrai que c’est plus incontrôlable qu’un AC45 où l’on contrôle le "rake" des foils (inclinaison longitudinale, ndlr) avec un petit vérin et un moteur électrique. La réactivité est beaucoup plus rapide. Sur le GC32, nous sommes avec un réglage manuel constitué d’une vis sans fin. C’est moins rapide. C’est un peu le mauvais point de ce bateau. On pourrait aller encore plus vite si l'on avait un système identique à celui de l’AC45.

Voilesetvoiliers.com : Et puis c’est le numéro 1 qui gère le "rake" en GC32 contre le barreur en AC45. Cela rajoute un temps de latence ?
T. F. : Oui, c’est Devan Le Bihan qui règle l’incidence du foil. Il est en discussion avec Franck (Cammas, ndlr) qui lui s’occupe du réglage des safrans, qui est un réglage dynamique.

Voilesetvoiliers.com : Comment communiquez-vous à bord avec tout ce bruit ?
T. F. : On a une loop fermée où tout le monde écoute, mais seuls Franck et Thomas Le Breton à la tactique peuvent parler. Sans ce système, on serait obligé de hurler pour s’entendre à cause du bruit. Cet hiver, on s’est aperçu que l’on ne s’entendait pas. Ça permet d’avoir un volume de voix beaucoup plus bas, et donc de ne pas perdre d’énergie à crier. Surtout pour Thomas qui déroule la tactique. Ça le perturbait de devoir hurler à Franck ses infos. C’est donc un confort en plus pour nous tous. On le teste en GC32 avant de l’utiliser plus tard sur l’AC45 Turbo et l’AC50 l’année prochaine.

Voilesetvoiliers.com : Par rapport à son côté volage, y a-t-il une angoisse au portant de perdre la maîtrise du catamaran ?
T. F. : Une angoisse non, car cela ne nous est pas encore arrivé en course. C’est vrai que cela nous est arrivé cet hiver à Quiberon (c’est comme ça que Franck Cammas s’est blessé au pied, ndlr). Les conditions les plus compliquées pour nous sont le reaching. C’est ce que l’on appelle un angle mort. Quand tu vas très vite, pour ralentir, tu ne sais plus s’il faut lofer ou abattre ! Ce qui peut être perturbant aussi, c’est de faire des gros plantés au portant. Quand le foil décroche et que le catamaran passe de 30 à 5 nœuds, tu peux faire la cabane par l’avant ou sur le côté. Mais pour l’instant, nous n’avons pas eu de situation de stress.

Interview Thierry FouchierLes passages de bouée sont chauds en GC32, surtout à la porte sous le vent où les concurrents arrivent à plus de 30 nœuds sur des bords opposés !Photo @ Eloi Stichelbaut / Norauto

Voilesetvoiliers.com : On a l’impression qu’il est difficile de reproduire deux empannages identiques.
T. F. : C’est vrai que tu subis un peu ce qui se passe avec la hauteur de foil que tu vas mettre avant l’empannage. C’est ce qui va te permettre d’avoir plus ou moins de "lift". Le plus compliqué, et qu’il faut que l’on améliore, c’est l’empannage avec le Code 0. Je pense que l’on a encore beaucoup de marge à gagner en restant sur les foils. Pour l’instant, on a encore une petite transition où les coques retouchent l’eau. C’est plus facile d’empanner lorsque l’on a uniquement le génois devant. On arrive à 27 ou 30 nœuds en entrée de gybe. C’est plus facile à gérer car on a que le foil à gérer, pas le Code 0 en plus. Ensuite, tu as plein d’impondérables. Si tu enfonces trop le foil, tu freines et tu n’as pas assez de portance pour réussir ton foiling gybe. On sait maintenant qu’à moins de 27 nœuds, il est inutile d’espérer faire un foiling gybe.

Voilesetvoiliers.com : Quelles sont les vitesses cibles du GC32 ?
T. F. : Au près, on est autour de 14-15 nœuds en archimédien, et bien sûr plus vite si l'on peut voler. Au reaching, ça tourne entre 28 et 35 nœuds. Et au portant, on est toujours au-dessus de 30 nœuds lorsque l’on n’a pas le Code 0. Sinon, on est aux alentours de 25 nœuds. Avec le Code 0, on descend plus bas, mais on va moins vite car il fait plus de traînée.

Voilesetvoiliers.com : Artemis Racing est là, Glenn Ashby est venu naviguer avec Team Tilt, pourquoi les autres équipages de la Coupe de l’America ne viennent pas s’entraîner comme vous sur ce circuit ?
T. F. : C’est une bonne question. En ce qui nous concerne, nous sommes tellement en retard en nombre d’heures de navigation par rapport aux autres que c’était le support idéal pour continuer de travailler. C’est notre session de rattrapage. Artemis, je pense qu’ils ont envie de sortir des longues journées de test, sortir de la monotonie de la Coupe.

Interview Thierry FouchierL’équipage suisse de Team Tilt a été le plus sérieux adversaire de Norauto sur la première épreuve à Riva del Garda. Deuxième manche ce week-end à Malcesine, toujours sur le lac de Garde. Photo @ Eloi Stichelbaut / Norauto