Actualité à la Hune

Global Ocean Race 2011-2012

Halvard Mabire et Miranda Merron : «Nous sommes un peu des pionniers»

  • Publié le : 22/09/2011 - 04:43

La GOR, une course et un beau voyage Au-delà de la compétition, le duo franco-britannique compte profiter de la Global Ocean Race pour découvrir des cultures et des lieux différents, à la faveur des quatre escales programmées. Photo © D.R. (Global Ocean Race) A quelques jours du départ de la Global Ocean Race, donné le 25 septembre de Palma de Majorque, Halvard Mabire et Miranda Merron semblent sereins et enthousiastes, et nourrissent des ambitions légitimes, eu égard à leurs palmarès respectifs. En complément de notre article de présentation de la course (à lire ici), voici l'interview de ces deux co-skippers formant l'un des six duos engagés sur ce tour du monde avec escales réservé aux Class40, et le seul à compter un équipier français.


Miranda Merron et Halvard Mabire sur la GOR Miranda Merron et Halvard Mabire, qui cumulent à eux deux une très solide expérience de la course au large, compteront parmi les favoris de la Global Ocean Race, la course autour du monde par escales, couru en double et en Class40, qui part de Palma, dimanche. Photo © D.R. (Global Ocean Race) Une circumnavigation de neuf mois - escales comprises - en double sur un parcours de plus de 30 000 milles : c'est ce qui attend les concurrents de la deuxième édition du tour du monde réservé aux Class40 - lancé en 2008 sous le nom de "Portimao Global Ocean Race" et maintenant appelé Global Ocean Race - qui partira le dimanche 25 septembre de Palma de Majorque.
Cinq étapes sont au programme (voir le détail du parcours ci-dessous) pour cette épreuve qui avait généré 19 préinscriptions, mais ne réunira finalement que six duos (voir notre enquête sur les raisons de cette faible participation ici) : Ross et Campbell Field, Nick Leggatt et Phillippa Hutton-Squire, Marco Nannini et Paul Peggs, Conrad Colman et Hugo Ramon, Nico Budel et Ruud van Rijsewijk (qui sera relayé par Frans Budel, puis Bas Bax-Kiburg et Erik van Vuuren) et enfin, donc, Halvard Mabire et Miranda Merron.

Détail du parcours

Etape 1 : Palma de Majorque (Espagne) - Le Cap (Afrique du Sud)
> Départ : 25 septembre
> Distance : 7 400 milles
> Difficultés : sortie de la Méditerranée, négociation du Pot au Noir et de l'anticyclone de Saint-Hélène dans la descente de l'Atlantique.

Etape 2 : Le Cap (Afrique du Sud) - Wellington (Nouvelle-Zélande)
> Départ : 27 novembre
> Distance : 7 500 milles
> Difficultés : sauvagerie du Grand Sud dans l'océan Indien.

Etape 3 : Wellington (Nouvelle-Zélande) - Punta del Este (Uruguay)
> Départ : 29 janvier 2012
> Distance : 6 100 milles
> Difficultés : passage dans le Grand Sud de l'Ocean Pacifique, franchissement du Cap Horn, remontée Nord.

Etape 4 : Punta del Este (Uruguay) - Chareston (Caroline du Sud, Etats-Unis)
> Départ : 1er avril
> Distance : 6 000 milles
> Difficultés : navigation le long des côtes uruguayennes et brésiliennes où la météo est instable, traversée de la Mer des Caraïbes, remontée le long des côtes nord-américaines.

Etape 5 : Charleston (Caroline du Sud, Etats-Unis) - Palma de Majorque (Espagne)
> Départ : 20 mai
> Distance : 4 200 milles
> Difficultés : transat retour, entrée en Méditerranée.

Dans cette GOR résolument internationale - sept nationalités sont représentées - la France sera donc représentée par ce duo franco-britannique. Avec ses cinq participations à la Whitbread - le tour du monde en équipage et avec escales, ancêtre de la Volvo Ocean Race -, ses 32 transatlantiques en course et ses quelques 300 000 milles au compteur, Halvard Mabire est une figure de la course au large en France. La Britannique Miranda Merron n'est pas en reste avec, entre autres, une participation à la Volvo Ocean Race, une victoire sur la Transat Jacques Vabres en IMOCA et une tentative Trophée Jules Verne. Interview, à l'issue de leur convoyage entre Cherbourg et Palma de Majorque.

voilesetvoiliers.com : Qu'est-ce qui pousse des marins expérimentés comme vous à prendre part à s'intéresser aux Class40 et à la Global Ocean Race ?
Halvard Mabire :
J'ai déjà cinq participations à la Whitbread à mon actif, dont deux complètes, et je suis allé quatre fois dans les mers du Sud. Ma dernière participation remonte à 1997 et je voulais absolument refaire une course autour du monde. J'ai découvert le circuit des Class40 en 2008 - avec des participations à l'Artemis Transat, puis à la Québec Saint Malo - et ai immédiatement apprécié ces bateaux sur lesquels je retrouve les mêmes plaisirs qu'en IMOCA. L'opportunité de faire un tour du monde en Class40, avec des budgets plus abordables et beaucoup moins de complications dans la gestion du projet, m'a donc semblé intéressante. Il faut être lucide : trouver un budget pour un projet IMOCA est très difficile, y compris pour certains grands animateurs du dernier Vendée Globe comme Sam Davies, Yann Eliès ou Jean Le Cam.
Miranda Merron : Cela fait quatre ans que je cours en Class40. J'aime ces bateaux car ils sont très marins et capables de belles performances. J'aime aussi l'ambiance du circuit, très conviviale. Dans ma carrière, j'ai fait les deux tiers d'une Volvo Ocean Race et les deux tiers d'un Trophée Jules Verne. Je voulais donc participer à une course autour du monde dans son ensemble, si possible en profitant de belles escales. Voilà pourquoi j'ai choisi la Global Ocean Race !

v&v.com : Pensez-vous que le format de cette course permet de renouer avec une certaine idée des tours du monde ?
H.M. :
La Global Ocean Race rejoint effectivement le format des courses autour du monde classiques - comme la Whitbread ou le BOC Challenge (course autour du monde en solitaire avec escales réservée aux monocoques, devenue <Around Alone> puis <Velux 5 Oceans>, ndr). Ces épreuves partaient d'Europe avec des escales en Afrique du Sud, en Nouvelle-Zélande, en Amérique du Sud et éventuellement aux Etats-Unis avant le retour en Europe. La GOR propose exactement ce type de parcours et grâce aux escales, nous avons vraiment l'impression de faire un tour du monde. C'est une manière de renouer avec les origines des courses autour du monde qui consistaient à partir à la découverte de lieux et de cultures différents. Une course non-stop comme le Vendée Globe est fabuleuse et unique, mais elle efface forcément cet aspect.
M.M. : C'est une chance de pouvoir découvrir différents pays grâce aux escales. Passer à proximité d'endroits superbes sans pouvoir s'y arrêter, comme nous le faisons souvent en course au large, est parfois un peu frustrant.
H.M. : Cet aspect <découverte> est d'ailleurs bien adapté à la Class40, où les courses sont acharnées sur l'eau mais où l'ambiance est excellente à terre. Sur la GOR, les escales vont permettre de mieux nous connaitre entre équipages.

v&v.com : Même si quelques pionniers ont bouclé le parcours de la Portimao Global Ocean Race en 2008, courir autour du monde en Class40 reste exceptionnel. De ce point de vue, vous sentez-vous comme des défricheurs ?
M.M. :
Au moment où nous avons lancé le projet il y avait 19 préinscrits. Le fait de n'être finalement que six rajoute un côté <aventure>...
H.M. : J'ai effectivement l'impression que nous sommes un peu des pionniers. La Portimao Global Ocean Race a servi de test et démontré que les Class40 étaient aptes à courir autour du monde. La bateau n'a beau faire que 12 mètres, il permet de partir dans de bonnes conditions, surtout avec les progrès dans la fiabilité et la performance depuis la première édition. Aujourd'hui, un Class40 est bien plus adapté que les bateaux qui ont couru les premières éditions de la Whitbread avec succès !... La GOR me fait penser à la toute première Mini Transat, à laquelle j'ai participé en 1977. A l'époque, nous étions des défricheurs. Maintenant, la Transat 6.50 est un événement inscrit dans le paysage qui regroupe une flotte très importante.


(Re)partir autour du monde La Global Ocean Race sera la sixième course autour du monde de Mabire et la troisième de Merron. Le Français en a bouclé deux, la Britannique aucun. Photo © D.R. (Global Ocean Race) v&v.com : Penses-tu que la GOR va connaitre un tel succès à terme ?
H.M. :
La Class40 est en adéquation avec la situation économique générale et la GOR me semble être une course dans l'ère du temps. Le circuit IMOCA existera toujours, mais il deviendra de plus en plus élitiste. Son développement n'est pas illimité. Le nombre de marins souhaitant courir autour du monde est toujours bien supérieur à celui des 60 pieds disponibles. Certains pourraient s'orienter vers le Class40 et il devrait y avoir plus de monde la prochaine fois. Mais c'est un peu dommage qu'il n'y ait que six concurrents pour cette deuxième édition...

v&v.com : Que vous inspire le plateau de départ ?
H.M. :
Tout d'abord, le fait qu'il y ait tant de nationalités représentées sur une même course est fabuleux. Il y a plus de nationalités que de bateaux au départ ! Comme je le disais, nous sommes forcément un peu déçus par le nombre d'inscrits. Mais pas surpris étant données les difficultés que nous avons eues à monter le projet. Dans le contexte économique actuel, participer à une course autour du monde reste un gros morceau. S'aventurer dans les mers du Sud en Class40 se prépare sérieusement et il y a beaucoup plus d'aspects à gérer que pour une transat. Le plateau est relativement faible en nombre, mais pas en qualité et il y aura un bon niveau de compétition. Avoir des personnalités comme Ross Field, qui a notamment remporté la Whitbread, est significatif.
M.M. : Le niveau est très bon et tous les concurrents au départ sont capables de faire un bon résultat. Il peut y avoir des surprises dès le début de la course, car la sortie de la Méditerranée est toujours incertaine.

v&v.com : Vous jouez la victoire ?
H.M. :
Depuis le lancement du projet, nous espérons mieux qu'une simple participation ! Nous allons donc tout faire pour briller. Mais il est difficile de se situer car nous avons relativement peu navigué avec le bateau et nous ne nous sommes pas encore mesurés à nos concurrents. On peut en tout cas s'attendre à une course ouverte et incertaine, d'autant que le classement est remis en cause à chaque étape.

v&v.com : Quelles seront les principales difficultés de ce tour du monde en double ?
H.M. :
La gestion dans la durée. Les Class40 sont des bateaux que l'on maitrise bien sur les transatlantiques - ce qui explique le nombre important de bateaux au départ de ces courses (45 lors de la dernière Route du Rhum, ndr). Sur la GOR, nous partons sur une toute autre dimension : chaque étape équivaut à environ trois transats. La préservation du bateau et du duo est donc primordiale. Je pense que le fait d'avoir construit en grande partie le bateau nous-mêmes jouera en notre faveur.
M.M. : La course est effectivement très longue. Selon moi, la principale difficulté sera donc de trouver l'équilibre entre performance et préservation du matériel.

v&v.com : Pouvez-vous nous parler de votre bateau, un Pogo 40 S2 spécialement conçu pour ce tour du monde, et que vous avez construit en grande partie ?
H.M. :
La genèse du bateau remonte à 2008. J'ai couru la Québec-Saint Malo avec un Pogo 40 S qui était une version optimisée du premier Pogo. Le chantier Structures a alors réfléchi à une nouvelle évolution du bateau permettant de courir autour du monde. J'ai accepté que l'on fasse l'aventure ensemble et le chantier a sorti un moule de coque et de pont bien adapté. En juin 2010, nous avons rapporté cette structure nue dans notre chantier à Barneville-Carteret. Puis nous avons terminé nous-mêmes la construction du bateau, en optimisant tous les détails en vue d'un tour du monde.

v&v.com : Entre votre recherche de partenaires et une mise à l'eau tardive du bateau, en juillet dernier, vous avez bénéficié d'un temps de préparation limité. Cela ne vous inquiète pas, avant de relever un tel défi ?
H.M. :
Nous avons obtenu les moyens pour armer le bateau très tard, puisque le partenariat avec Campagne de France a été conclu fin mai. Jusque-là, nous n'étions que tous les deux, ce qui n'est vraiment pas beaucoup pour construire un tel bateau. Le but était de mettre à l'eau un bateau abouti et nous y sommes parvenus, grâce à notre expérience des Class40 qui a permis d'éviter les mauvaises surprises ! Nous n'avons pas eu besoin de passer par une phase de découverte et nous sommes immédiatement passés aux mises au point.
M.M. : Nous aurions préféré mettre le bateau à l'eau plus tôt, c'est certain. Mais il a tout de même plus de 2 000 milles au compteur après le convoyage entre Cherbourg et Palma de Majorque.
H.M. : Le seul problème, c'est que nous nous sommes énormément investis dans ce projet depuis l'été dernier et que nous aurions apprécié un petit break avant de partir pour un tour du monde !

v&v.com : Vous avez donc trouvé votre partenaire principal, Campagne de France, sur le fil. Porter un projet franco-britannique totalement bilingue est pourtant un bel atout en termes de communication et de visibilité...
H.M. :
C'est un bon atout, effectivement. Mais avoir des projets bien ficelés en termes de communication ne garantit pas de trouver un budget. Il y a une part de hasard et d'opportunité dans la recherche de sponsors. Campagne de France est sensible à cet aspect bilingue, mais cela n'a pas été l'élément déterminant.
Campagne de France, Pogo 40 S2 C'est à bord d'un Pogo 40 S2 mis à l'eau en juillet, à la construction duquel ils ont activement participé, que Mabire et Merron prendront le départ du tour du monde en double. Photo © D.R. (Global Ocean Race) v&v.com : Quels ont été les aspects déterminants ?
H.M. :
La GOR s'inscrit dans la durée, ce qui est préférable pour les sponsors qui n'ont pas l'habitude d'exploiter le support voile. Ils ont le temps de se rôder, d'apprendre à valoriser leurs projets, à diffuser des infos en interne, etc. Sur une course moins longue comme la Route Rhum, ils n'ont pas le droit à l'erreur. Le caractère international de la GOR, et plus généralement de la class40, a également été déterminant. Cela permet de dépasser le circuit franco-français. Certaines courses font énormément de bruit en France mais ne franchissent pas vraiment nos frontières. Sur la GOR, on ne s'attend pas à des retombées énormes en France - à moins qu'il y ait un engouement pour redécouvrir les valeurs authentiques de la voile. Mais ces retombées seront dispatchées un peu partout dans le monde.

v&v.com : Vous allez passer neuf mois ensemble sur un bateau de 12 mètres. Cela ne vous fait pas peur ?
M.M. :
Cela fait un an que nous travaillons tous les jours sur ce projet et nous nous parlons toujours (Rires) ! Donc cela devrait bien se passer.
H.M. : Le Class40 reste vivable à deux, presque plus qu'un 60 pieds IMOCA. Les ballasts latéraux prennent par exemple moins de place que ceux dans le fond et il n'y a pas de système de quille pivotante. Après, comme dans toute course en double, il faut bien s'entendre avec son équipier. Nous nous connaissons bien et nous avons déjà traversé l'Atlantique ensemble. Et comme l'expliquait Miranda, la course a commencé il y a plus d'un an avec la construction du bateau, qui était sans doute l'étape la plus difficile !

v&v.com : La mixité au sein d'un équipage est-elle un atout ?
H.M. :
J'ai souvent couru avec des femmes à bord et j'en garde de très bons souvenirs. J'ai remporté la Two Star avec Christine Guillou (en 1994, ndr) et lors de mes deux Tours de l'Europe victorieux (en 1993 et 1997, ndr), il y avait au moins une équipière à bord. Hommes et femmes se complètent bien sur un bateau, ne serait-ce que physiquement. Miranda et moi n'avons pas la même façon de naviguer. Elle est plus <scientifique> que moi, elle va plus rechercher les infos. Je suis un peu plus instinctif et me base sur mon vécu et mon expérience. Cela s'explique aussi par notre différence d'âge (Halvard et Miranda ont treize ans d'écart, ndr) : nous n'avons pas connu les mêmes instruments de navigation. Miranda n'a connu la course au large qu'à l'ère du GPS.
M.M. : Comme Halvard, j'ai beaucoup navigué avec des équipages mixtes et cela a toujours bien fonctionné. Physiquement, je suis moins forte que Halvard et je dois imaginer d'autres solutions pour gérer certaines situations. La mixité peut favoriser la complémentarité.


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