La dernière semaine est entamée. Autour de Franck Cammas, les dix guerriers de Groupama 3 ne ménagent pas leur peine pour grappiller chaque mille en Atlantique et limiter le retard sur Orange 2, d'un peu plus d'une journée à l'équateur. D'ici mardi 23 au matin, tout reste pourtant possible pour améliorer le temps de Bruno Peyron, véritable Phileas Fogg, trois fois détenteur du Trophée Jules Verne. Alors, Semaine sainte ou Semaine sanglante ?
Note :
* Le lundi 15 mars 2010 à 15h00 UTC, Groupama 3 est par 9°57' N et 36°25' W à 2 815 milles de l'arrivée avec un retard sur Orange 2 de 207 milles.
* Pour battre le record du Trophée Jules Verne détenu par Bruno Peyron et l'équipage d'Orange 2, Groupama 3 doit couper la ligne devant Ouessant avant le mardi 23 mars 2010 à 06h15'57" UTC puisqu'il est parti le dimanche 31 janvier à 13h55'53" UTC.
* Le record à battre est de 50 jours, 16 heures, 20 minutes et 4 secondes.
Le moins qu'on puisse dire est que l'Atlantique Sud aura été difficile, au retour comme à l'aller ! Pas au point de monter guetter les risées ou les adonnantes... mais presque. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir comme pour toutes les suivantes).
Photo © Team Groupama
L'Atlantique Nord sourira-t-il aux dix Jedis de Groupama 3 au retour comme il l'a fait à l'aller ? On peut l'espérer pour Franck Cammas et ses neuf équipiers, le Pot-au-Noir ayant été une formalité en ce 43ème jour du Trophée Jules Verne qui avait été le moins rapide pour Bruno Peyron et les hommes d'Orange 2. La dernière chance du trimaran vert réside dans le fait que la fin de parcours du catamaran avait été difficile, à cause d'une dorsale, tandis qu'elle se présente bien pour leurs poursuivants virtuels.
Sur l'essentiel de l'Atlantique Sud, on a manoeuvré sans relâche sur Groupama 3, à l'instar de Jacques Caraës, Ronan Le Goff et Lionel Lemonchois (de gauche à droite).
Photo © Yvan Zedda (Groupama)
Une dorsale, Groupama 3 doit pourtant en négocier une dès ce mardi 16 au soir mais elle ne devrait pas être bien large et derrière, c'est un flux de Sud-Ouest qui attend maître Yoda et ses guerriers. < On va vous apporter la pluie [et le redoux avant cela, ndlr] ! Le ciel va être contrasté... Car on imagine arriver le week-end prochain. Nous sommes partis de Brest (aussi un week-end) avec une fenêtre météo étroite et nous avions en tête qu'il était possible que cette tentative avorte dès le cap Finisterre. On est donc très contents d'en être arrivés là, dans les temps et avec de l'espoir ! On a réussi à rester concentré sur notre rythme, sur le bateau pour le préserver, avec une route tout à fait correcte par rapport aux conditions météorologiques que nous avons connues. Le bilan est positif, même si ce n'est pas encore fini. Groupama 3 est un bateau qui marche vraiment bien dans les petits airs et contre le vent, ce qui nous a bien servi autant dans la descente que pour la remontée de l'Atlantique Sud... On y croit vraiment ! On a hâte de vous revoir. >
Thomas Coville (à gauche) et Lionel Lemonchois au moulin à café. Deux grands marins, une somme d'expériences, au service d'une équipe aussi soudée que professionnelle. En appliquant la méthode déjà utilisée par Bruno Peyron, avec lequel Lionel était, Franck Cammas espère l'emporter sur Orange 2.
Photo © Yvan Zedda (Groupama)
La voix de Fred Le Peutrec était pleine d'espoir lors de la vacation de ce lundi 15 mars. En effet, le Pot-au-Noir avait donc laissé passer le trimaran sans le ralentir ou presque. < La nuit dernière s'est finalement bien passée, avec juste une petite accalmie : on est donc déjà dans les alizés, sur une belle mer et ça va vite sans violence pour le bateau et les bonhommes ! > La capacité de ces multicoques géants à avaler les transitions est vraiment phénoménale... ce qui n'empêche pas le stress voire les petits coups de gueule. On a beau être marin professionnel, on n'en est pas moins homme !
En contact avec Sylvain Mondon, le routeur de Météo-France, Stan Honey - navigateur américain et cartésien de Groupama 3 - est à l'affût de la moindre opportunité... Tout en analysant aussi froidement que possible la situation météorologique en Atlantique Nord et l'atterrissage sur l'Europe.
Photo © Yvan Zedda (Groupama)
< Dimanche on était encore dans des grains sans beaucoup de vent : Franck avait un peu le doute... C'est la fin du voyage : les nerfs sont toujours un peu plus à vif ! On a vraiment envie d'arriver parce qu'on est un peu usé nerveusement et le bateau, s'il va bien, est tout de même un peu fatigué. On prend toujours beaucoup de plaisir à naviguer, mais c'est sympa d'en finir aussi. 24h sur 24h avec des hommes dans un espace restreint, sur un bateau qui va très vite et qui est parfois stressant, on ne peut pas toujours être d'humeur constante. Mais tout va bien ! Là, on navigue sur un flotteur dans des conditions idéales... >
En < terrasse > pour échapper à la fournaise de la coque, Franck Cammas étudie la météo et la stratégie, à l'abri de la casquette. Comme Bruno Peyron, et bien que beaucoup plus jeune que celui-ci, l'un des nombreux talents de Franck est de savoir s'entourer.
Photo © Team Groupama
Vases communicants obligent, le moral est à la hausse quand le retard diminue. Or, en 48 heures, du 41ème jour où le retard était le plus important de cette tentative de Trophée Jules Verne (au moins pour les points quotidiens à 14h00 UTC) avec 492 milles, il avait chuté à 216 milles le 43ème jour (15 mars à 14h00 UTC). Or, l'équipage du trimaran vert n'est pas loin de se mettre dans le rouge à force de courir après le catamaran orange, comme le révèle le routeur Sylvain Mondon de Météo-France dans l'interview qu'il a accordée à www.voilesetvoiliers.com.
Les hommes sont fatigués car l'Atlantique Sud a été aussi difficile à la remontée qu'à la descente (comme le début de l'océan Indien, d'ailleurs) ! Les virements et les manoeuvres se sont enchaînés, laissant une trace en escalier et beaucoup de sueur et de fatigue pour les équipiers dans une chaleur moite et oppressante.
< Les quarts sont assez actifs, quand il y a des manoeuvres, on est toujours sept personnes sur le pont, mais quand il y a des réglages, on est que trois : on passe notre temps debout à courir entre le piano, le moulin à café, à observer la forme des voiles avec la torche. On essaye de grappiller des dixièmes de noeuds très importants et en plus avec ce bateau, le moindre réglage est extrêmement sensible : il y a pas mal de choses à faire et donc on joue avec ça en étant le plus réactif possible avec les éléments. >
Franck Cammas soulignait ainsi combien il faut toujours être dessus pour faire avancer un multicoque, comme n'importe quel voilier, sauf que quand ça n'avance pas comme il faudrait sur un tel engin, ce sont des paquets de noeuds que l'on perd... Le retard de 1 jour, 2 heures et 4 minutes sur Orange 2 au passage de l'équateur, en 41 jours, 21 heures et 9 minutes, le dimanche 14 mars à 11h04'53" UTC pourrait sembler irrattrapable. Il n'en est rien compte tenu de ce qui précède. Alors prenons le risque d'ôter les parenthèses de notre précédent rendez-vous hebdomadaire : les Jedis sont en route pour la gloire !
Athlète de la course au large, Thomas Coville fait partie de ces marins qui, tel Lionel Lemonchois, sont capables de contribuer brillamment à un équipage, techniquement et humainement, comme de briller en solitaire.
Photo © Team Groupama
L'équipage de Groupama 3 :
. Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës.
. Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean.
. Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff.
. Navigateur hors quart : Stan Honey monte sur le pont pendant les manoeuvres.
. Chaque quart dure trois heures, sauf ceux entre 12 et 18 heures qui durent 2 heures.
. Un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer, un quart en repos total.
Malgré les difficultés, le quart de Stève Ravussin (au centre), avec Thomas Coville (à gauche) et Bruno Jeanjean n'engendre pas la mélancolie ! Surtout quand c'est la pause... popote !
Photo © Team Groupama
La moyenne du record à battre :
50 jours, 16 heures, 20 minutes et 4 secondes en 2005, à 17,89 noeuds, par l'équipage de Bruno Peyron sur le catamaran Orange 2 (dont Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës).
La distance :
Pour le calcul théorique, le WSSRC retient la distance de 21 760 milles correspondant à la circonférence terrestre à l'équateur. Mais afin d'être plus proche de la réalité, les pointages effectués par les dernières tentatives autour du monde (Orange 2, Idec, Sodeb'O, Groupama 3...) se fondent sur un parcours théorique optimisé de 24 530 milles.
Retrouvez l'article de Pierre-Marie Bourguinat sur les subtilités du routage pour le Trophée Jules Verne dans < Voiles & voiliers > n° 469 de mars 2010, en vente actuellement.
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