Actualité à la Hune

Groupama 3 sur le Trophée Jules Verne

Le trimaran vert court toujours après Orange !

Après un départ par une fenêtre juste entrouverte, Franck Cammas et les hommes de Groupama 3 ont parfaitement négocié leur trajectoire sur le Trophée Jules Verne mais ils ont eu fort à faire avec l'anticyclone de Sainte-Hélène puis un début d'océan Indien contrarié... et contrariant. Les choses sont en train de changer !

  • Publié le : 19/02/2010 - 06:02

Le bon vent de Nord-Ouest est enfin là ! Ayant enfin réussi à passer devant le front, Groupama 3 bénéficie désormais d'un flux de Nord-Ouest de 25 noeuds. Il est censé progresser avec le front et conserver ce vent jusqu'en Australie. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir comme pour toutes les suivantes). Photo © Www.Cammas-Groupama.Com < Nous sommes contents d'avoir enfin trouvé le vent que nous attendions : on envoie les chevaux ! Trente noeuds de moyenne depuis ce matin, pas encore tout à fait stable, mais les vitesses redeviennent raisonnables... C'était frustrant ces jours derniers avec ce front qui pouvait nous libérer : par trois fois nous avons tenté de le traverser et cela n'a fonctionné qu'à la quatrième tentative. Le front s'est enfin arrêté : il fallait patienter... En ce moment, il ne fait pas si froid que ça puisque nous ne sommes que par 42° Sud, mais il pleut pas mal sous le front. C'est plutôt bon signe, puisque cela signifie que nous sommes sortis du piège. >

C'est un Franck Cammas soulagé qui s'est exprimé lors de la visioconférence de ce jeudi 18 février. < Nous allons rester devant le front dans un vent de Nord-Ouest d'une vingtaine de noeuds (avec des renforcements passagers à trente-cinq noeuds et plus) pendant presque toute la traversée de l'océan Indien. Nous pourrons suivre une trajectoire presque idéale avec une mer pas trop dure : nous naviguerons à des moyennes de plus de trente noeuds ! >

L’Indien : un calme trompeur. Le coucher de soleil a beau sembler paisible sur l'océan Indien, celui-ci l'est hélas trop... en ce qui concerne le vent. Mais la mer peut se montrer brutale, lorsqu'elle est de face, comme les 15 et 16 février. Photo © Team Groupama L'Indien est un océan de chien. Pour tout un tas de raisons mais cette fois, Groupama 3 a affronté de l'inédit. Un front qu'il n'est pas parvenu à dépasser, avec lequel il vient de jouer au chat et à la souris, ne pouvant pas attraper Jerry et jouant plutôt le rôle de Tom. Sauf que cela a fait moyennement rire Cammas et ses neuf équipiers qui sont non seulement restés coincés sur une route relativement Nord, donc rallongée par rapport à l'orthodromie, mais dans des conditions bien molles. Ce qui n'empêchait pas une mer désagréable, alors que plus au Sud, les perturbations sont actives et que loin au Nord, les cyclones se déchaînent...

Le 16 février à 12 heures 30 (heure française), le skipper renchérissait déjà : < Nous sommes dans une zone délicate depuis quasiment vingt heures : nous n'arrivons pas à franchir ce front qui fusionne avec le précédent, celui qui nous avait poussé jusqu'à l'océan Indien... Nous suivons en temps réel la météo avec Stan Honey, notre navigateur, et Sylvain Mondon [notre routeur] à terre. L'état de la mer n'est pas très agréable : on repart vers le Sud pour empanner de nouveau ! Nous allons faire pas mal de manoeuvres pour s'extraire de ces calmes. Surtout, c'est assez difficile en bâbord amure avec la houle de face alors que le vent reste faible de secteur Ouest... >

Franck Cammas dans ses oeuvres. En dépit de sa grande longueur, Groupama 3 reste un bateau très vivant, pour ne pas dire violent. Il nécessite un réel engagement à la manoeuvre et à la barre comme on le voit ici avec Franck Cammas, amortissant les . Photo © Team Groupama Et Cammas d'ajouter : < Ce n'est pas un Indien typique ! Nous n'avons pas spécialement de vents violents et de grosse mer, mais plutôt un vent faible et une mer de Nord-Est, extrêmement rare dans cette zone-là [et pas vraiment prévue si l'on en croit la vacation de la veille, ndlr]. Devant nous, on a un vent orienté au Nord : c'est ce qui génère une houle de face qui complique notre avancée. Les chocs sont vraiment violents depuis hier, donc on a un peu freiné pour épargner le bateau. On arrive à vivre à bord, mais il faut quand même choisir à quel moment on va aller se faire à manger suivant l'amure ! Pareil pour dormir et se reposer ! Je ne crois pas qu'on va s'en sortir rapidement... Il faut attendre que le système évolue. >

Ce n'est pas la première difficulté que l'équipage de Groupama 3 rencontre depuis le départ. Sans tambour ni trompettes mais avec panache, les dix hommes étaient repartis de Brest le dimanche 31 janvier, à 13 heures, 55 minutes, 53 secondes UTC. Cette précipitation était due à l'étroitesse de la fenêtre météo dans laquelle il fallait se faufiler sans attendre, la synchronisation devant être parfaite pour ne pas se faire piéger par l'anticyclone du golfe de Gascogne puis pour passer à l'Ouest de la dépression balayant Madère et les Canaries.

Un bateau sous haute surveillance. À l'instar du foil tribord, très sollicité, on sent lors des vacations avec le bord que tous les hommes de Groupama 3 sont à l'écoute du bateau, encore plus que de coutume, pour éviter une nouvelle fortune de mer. Photo © Team Groupama Autant dire que les conditions étaient loin d'être aussi favorables que lors de la première tentative de novembre 2009, mais à six jours de la date limite que Cammas s'était fixée (préparation de la Route du Rhum oblige), le début de parcours s'est avéré aussi beau que le routage de Sylvain Mondon de Météo-France était exact. Y compris quant à l'arrivée tardive des alizés...

L'équateur était néanmoins franchi le 6 février à 10 heures et 2 minutes (heure française) en 5 jours et 19 heures, soit avec plus d'une journée d'avance sur Orange 2 et seulement 3 heures et 44 minutes de retard sur le record absolu établi par... Groupama 3 en novembre dernier. < Nous sommes super contents de ce chrono car ce n'était pas évident quand nous avons quitté les côtes bretonnes, dimanche dernier. C'est au-delà de ce que l'on pouvait espérer au départ > déclarait Franck. < Pourtant, nous nous sommes fait surprendre par le Pot-au-Noir qui s'est brusquement réveillé sur nous et qui a été compliqué à négocier avec des grains violents, des orages, des éclairs. Pendant sept heures, le vent n'a pas cessé de tourner et même de tomber complètement. En pleine nuit, ce n'était pas évident de zigzaguer entre les grains >.

Une navigation et une communication intenses. Si le navigateur Stan Honey est seul à sa table à cartes, en liaison avec le routeur Sylvain Mondon de Météo-France, tous les hommes de l'équipage se succèdent au PC communication du bateau, à l'instar de Stève Ravussin ici. Photo © Yvan Zedda (Groupama) Contrairement à ce qui devait se passer dans l'océan Indien - qui ne pouvait être prévu par les modèles numériques de prévision avant le départ - le contournement de l'anticyclone de Sainte-Hélène s'annonçait délicat, avant même le coup de canon d'Ouessant. Cela s'est (hélas) aussi bien confirmé que pour le début de parcours. Et les dix hommes ont souffert de la chaleur. < On consomme pas mal d'eau en ce moment, entre 50 et 60 litres par jour ! On profite aussi de la température de l'eau de mer pour prendre des douches et on peut même se rincer... Il n'y a pas un embrun sur le pont, mais dans quelques jours, nous allons enchaîner les semaines dans le Grand Sud : on ne pourra plus se déshabiller... > Ces douches relatées par Fred Le Peutrec furent au moins une compensation à la chute de l'avance acquise dans l'hémisphère Nord, chute qui s'est accentuée après le passage du tropique du Capricorne, le 9 février vers 8 heures (heure française).

Deux jours plus tard, alors qu'il avouait sa satisfaction d'avoir choisi de traverser les bulles, à la corde de l'anticyclone, plutôt que d'avoir consenti un long détour pour les contourner par l'Ouest, Cammas confirmait : < Nous savions que notre départ était bon et que la suite n'était pas évidente : au final, nous aurons moins de retard que nous le pensions à Ouessant, lors du passage du cap de Bonne-Espérance ! Cela ne représente que le quart du Trophée Jules Verne. Même si nous ne sommes pas en bonne posture pour cette entrée dans l'océan Indien, ce dernier se présente favorable... Le bateau n'a pas souffert et nous ne devrions n'avoir qu'entre cinq et huit heures de retard sur le temps de référence. >

L’hémisphère Sud a été difficile jusqu’à ce jour ! Depuis le début du contournement de l'anticyclone de Sainte-Hélène, l'hémisphère Sud n'a guère été facile pour les hommes de Groupama 3 qui ont pourtant réussi à ne pas prendre plus d'une grosse demi-journée de retard sur Orange 2. Photo © Www.Cammas-Groupama.Com Si cette dernière prévision devait s'avérer exacte, celle concernant l'accueil de l'Indien était - on l'a vu - plus aventureuse... Le 13 février, les choses s'annonçaient pourtant bien, pour la première fois depuis l'équateur après de fort petites journées à 274 et 267 milles. Avec 719 milles couverts depuis la veille en Atlantique Sud, lorsque le trimaran s'était enfin extrait des griffes de Sainte-Hélène - au-delà de 40° Sud ce qui en dit long sur la taille de celui-ci ! - pour allonger la foulée vers le cap de Bonne-Espérance au devant d'un front froid.

Groupama 3 franchissait le cap des Aiguilles (retenu par le World Speed Sailing Record Council pour les records intermédiaires autour du monde) le 15 février à 6 heures 43 minutes et 47 seconds (heure française), soit après 14 jours, 15 heures et 47 minutes. À Bonne-Espérance, le trimaran géant avait ainsi sept heures et demie de retard sur le temps de référence au passage de ce premier cap du Trophée Jules Verne.

Un équipage aussi soudé que professionnel. Soudé et ultra professionnel, dans une ambiance chaleureuse, chaque membre d'équipage de Groupama 3 est attentif au bateau et à chacun des membres de l'équipe pour que celle-ci fonctionne bien, notamment dans les moments difficiles. Photo © Yvan Zedda (Groupama) Le bateau avait alors été soigneusement contrôlé comme le précisait Stève Ravussin, le 15 février : < Nous avons fait un check-up général et tout va bien. Nous serons prêts pour affronter ces conditions avant la nuit... On essaye de naviguer sans forcer sur les foils, surtout le tribord qui a beaucoup travaillé depuis le départ. On dépasse ainsi rarement les 37 noeuds, parfois 42 noeuds comme hier. > Quand même :) Après l'avarie de l'automne et celle de l'année dernière, cette vigilance s'explique aisément.

Quand ça allonge la foulée, ces engins là, ça allonge. Tant et si bien qu'après avoir compté jusqu'à 620 milles d'avance (le 6 février à 14 heures UTC, soit le 6ème jour), les 433 milles de retard sur Orange 2 (ce 18 février à 14 heures UTC) ne sont pas tout à fait une aimable plaisanterie - nonobstant la force de l'équipage - si l'on considère qu'il peut s'agir d'une très grosse demi-journée ou d'une petite journée. Autant dire que Cammas et ses boys aimeraient bien la transformer en avance. Cela devrait désormais se faire fissa. Alors qu'en dépit des difficultés de l'Atlantique Sud et du début de l'océan Indien, l'équipage du trimaran vert n'a jamais eu une journée de retard sur le catamaran orange. C'est plus que prometteur !

Ça y est, ça fume ! Ayant enfin accroché l'avant du front, Groupama 3 doit désormais rester devant jusqu'en Tasmanie. Il peut ainsi espérer traverser l'océan Indien sur un seul bord. Sans trop forcer néanmoins, pour ne pas casser et parce qu'une dépression bloque actuellement l'accès au Pacifique. Photo © Team Groupama L'équipage de Groupama 3 :
. Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës
. Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean
. Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff.
. Navigateur hors quart : Stan Honey monte sur le pont pendant les manoeuvres.
. Chaque quart dure trois heures, sauf ceux entre 12 et 18 heures qui durent 2 heures.
. Un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer, un quart en repos total.

Le record à battre :
50 jours, 16 heures et 20 minutes en 2005, à 17,89 noeuds de moyenne, par l'équipage de Bruno Peyron sur le catamaran Orange 2 (dont Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës).

Record de la traversée de l'océan Indien (du cap des Aiguilles au cap Sud-Est de la Tasmanie) : 9 jours, 11 heures et 4 minutes par Orange 2 (2005).

Temps de référence du cap de Bonne-Espérance au cap Leeuwin : 7 jours, 8 heures et 33 minutes par Orange 2 (2005).

www.cammas-groupama.com