Actualité à la Hune

Groupama 3 sur le Trophée Jules Verne

Moi Franck Cammas, cap-hornier, (peut-être) en route pour la gloire avec mon équipage de briscards

À 37 ans, Franck Cammas vient de réaliser un rêve de gosse, devenir cap-hornier. Qui plus est au milieu d'un équipage de briscards dont la plupart ont déjà le Horn à leur tableau de chasse. Cependant, l'ambition des dix hommes de Groupama 3 ne s'arrête évidemment pas au cap Dur. Le Trophée Jules Verne est à portée d'étraves mais l'Atlantique s'annonce tortueux...

  • Publié le : 06/03/2010 - 00:05

* Le vendredi 5 mars 2010 à 14h55 UTC, Groupama 3 est par 53° 21' S et 55° 17' W à 6 762 milles de l'arrivée avec une avance sur Orange 2 de 150 milles.
* Pour battre le record du Trophée Jules Verne détenu par Bruno Peyron et l'équipage d'Orange 2, Groupama 3 doit couper la ligne devant Ouessant avant le mardi 23 mars 2010 à 06h15'57" UTC puisqu'il est parti le dimanche 31 janvier à 14h55'53" UTC.
* Le record à battre est de 50 jours, 16 heures, 20 minutes et 4 secondes.

Le Horn dans le rétroviseur. Au cap Horn le jeudi 4 mars à 18h30 UTC, Groupama 3 comptait 175 milles d'avance sur Orange 2. C'est peu, alors que la remontée de l'Atlantique s'annonce compliquée... Récemment, cela s'explique essentiellement par le grand détour que le trimaran a été obligé de faire par le Nord dans le Pacifique. Photo © Www.Cammas-Groupama.Com < Hier soir, c'était plutôt mou en approchant le cap Horn, ce qui est assez inhabituel dans ces coins-là ! On a même failli le passer trois fois... On s'est finalement retrouvé au pied du caillou : c'était superbe. Depuis, nous sommes repartis à fond sur une mer plate bien agréable. Le vent a en plus tourné au secteur Nord-Ouest : on fait un bon bord au travers. Les trois nouveaux cap-horniers (Bruno, Steve et moi-même) étions très contents puisqu'on a eu le droit à un morceau de chocolat... Le cap est assez haut, plus imposant que sur les photos ! Et cela donne envie d'y retourner en croisière pour naviguer dans les canaux de Patagonie. >

Temps mou pour dix hommes au cap Dur. Ce cap Horn était le premier pour Franck Cammas (absent de la photo, comme Jacques Caraës) mais pas pour la plupart des équipiers (de gauche à droite et de haut en bas) : Thomas Coville, Bruno Jeanjean, Stève Ravussin, Stan Honey, Loïc Le Mignon, Ronan Le Goff, Fred Le Peutrec et Lionel Lemonchois. Photo © Team Groupama Franck Cammas précise : < La brise est bien tombée car nous sommes dans un système de transition. Une belle délivrance car [l'océan Pacifique] est toujours un secteur compliqué : difficile pour le bateau, difficile pour les hommes, un peu dangereux... La fin des mers du Sud et le début de l'Atlantique. C'est un rêve de gosse qui s'accomplit pour moi. > À 37 ans et après plus de quinze ans de course au large, Franck est cap-hornier depuis le jeudi 4 mars à 18h30 UTC, le temps de Groupama 3 entre Ouessant et le cap Horn étant de 32 jours, 4 heures et 34 minutes, soit 8 heures et 55 minutes de mieux qu'Orange 2 en 2005.

Comme si un bonheur n'arrivait jamais seul, un autre moment fort avait eu lieu peu avant le passage. < On a des couleurs exceptionnelles grâce à la présence de l'Antarctique pas loin. Ce matin on a vu un rorqual d'une quinzaine de mètres, c'était fabuleux car il surfait derrière nous sur la houle. C'était impressionnant de voir cette masse aller à cette vitesse-là ! C'était le premier mammifère que l'on voyait depuis le départ... >

L’île Auckland, seule terre aperçue entre Ouessant et le Horn. Au Sud-Est de la Nouvelle-Zélande, l'île Auckland, rasée à moins de trois milles, avait été à la fois la première terre aperçue depuis Ouessant et la dernière avant le cap Horn. Photo © Team Groupama À bord, ils sont une majorité à avoir déjà doublé le Horn, jusqu'à deux fois pour Ronan Le Goff, trois fois pour Jacques Caraës et quatre fois pour Thomas Coville ! Seuls Stève Ravussin et Bruno Jeanjean ont également passé le cap Dur pour la première fois. Tous sont contents de sortir indemnes du Pacifique, du froid et du gros temps, même s'ils n'ont pas battu - pour seulement 59 minutes - le record WSSRC de sa traversée (du Sud-Est de la Tasmanie au cap Horn), toujours détenu par l'équipage de Bruno Peyron sur Orange 2 (2005) en 8 jours, 18 heures et 8 minutes, équipage dont faisaient partie Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës.

Veille de nuit dans le Pacifique. Bruno Jeanjean en veille de nuit dans le Pacifique, dans le quart de Stève Ravussin et Thomas Coville. Notez les renvois croisés des écoutes et bouts du chariot d'écoute de grand-voile. Photo © Team Groupama En effet, une dépression circulant très rapidement sur le 60ème parallèle a contraint Groupama 3 à remonter le 28 février nettement au-dessus de l'orthodromie et de la route d'Orange 2 (inversant ainsi la donne par rapport au début du Pacifique), allongeant sa route (au cap Horn la route parcourue en plus par rapport au catamaran est de 1 100 milles soit près de deux jours !) et voyant son avance fondre en une journée de 517 milles (28 février) à 268 milles (1er mars), puis à 175 milles lors du passage du Horn, le 4 mars.

Cette cuiller - assez classique et parfois très dangereuse quand elle bloque le bateau au vent de l'Amérique du Sud, comme cela était arrivé à Bruno Peyron lors de son premier Trophée Jules Verne - a donc réduit comme peau de chagrin l'avance engrangée car ces 517 milles étaient le cumul le plus grand jamais réalisé depuis le 6 février, juste après l'équateur (cette avance record était alors 620 milles). La veille de cette dégringolade, le 27 février, Groupama 3 avait même réalisé sa meilleure journée avec 797 milles !

Dos rond sur les bosses du Pacifique. Quand l'océan Pacifique se fait gros (vagues de 7 mètres), l'équipage de Groupama 3 fait le dos rond. Quatre jours avant le cap Horn, une dépression les contraint à remonter au Nord et à faire ainsi pas mal de milles en plus. Photo © Team Groupama La semaine dernière, nous signalions que l'Atlantique pouvait aussi être pire qu'il ne l'avait été pour Bruno Peyron et Orange 2 qui avaient été très rapides pour la remontée de l'Atlantique Sud, du cap Horn à l'équateur (8 jours, 5 heures et 36 minutes) grâce à du vent portant jusqu'au Brésil. Alors que Groupama 3 attaque cette première partie de l'Atlantique en étant forcé de s'éloigner une nouvelle fois de la route directe, par l'Est, au bon plein débridé dans le temps médium (une allure rapide pour le trimaran)... avant de rencontrer du près.

Bruno Jeanjean résume bien la situation : < Nous n'avons pas pris de risque jusque-là et nous avons eu la chance d'avoir des conditions météorologiques plutôt coopératives. Maintenant, il faut s'attendre à devoir exprimer toutes nos compétences, en manoeuvres, à la barre et à la table à cartes ! Cela sera compliqué, ce sera certainement serré à l'arrivée, mais ça donne du piment à cette remontée de l'Atlantique. >

Adieu Pacifique... Quelques heures avant le cap Horn, le sillage dit adieu au Pacifique. Photo © Team Groupama L'équipage de Groupama 3 :
. Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës
. Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean
. Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff.
. Navigateur hors quart : Stan Honey monte sur le pont pendant les manoeuvres.
. Chaque quart dure trois heures, sauf ceux entre 12 et 18 heures qui durent 2 heures.
. Un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer, un quart en repos total.

Au vent, tu contrôleras. Après le gros temps, le flotteur dégagé, il est temps de contrôler l'intégrité de celui-ci et tout le matériel, dont le foil. Photo © Team Groupama La moyenne du record à battre :
50 jours, 16 heures, 20 minutes et 4 secondes en 2005, à 17,89 noeuds, par l'équipage de Bruno Peyron sur le catamaran Orange 2 (dont Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës).

Rayon de soleil sur Franck Cammas bientôt cap-hornier. Tandis que Loïc Le Mignon barre, Franck Cammas veille et Jacques Caraës photographie. Dans quelques heures, Cammas réalisera un rêve de gosse. Devenir cap-hornier à 37 ans après plus de quinze ans de course au large. Photo © Team Groupama La distance :
Pour le calcul théorique, le WSSRC retient la distance de 21 760 milles correspondant à la circonférence terrestre à l'équateur. Mais afin d'être plus proche de la réalité, les pointages effectués par les dernières tentatives autour du monde (Orange 2, Idec, Sodeb'O, Groupama 3...) se fondent sur un parcours théorique optimisé de 24 530 milles.

www.cammas-groupama.com

couv-469-180.jpg * Photo © * Retrouvez l'article de Pierre-Marie Bourguinat sur les subtilités du routage pour le Trophée Jules Verne dans < Voiles & voiliers > n° 469 de mars 2010, en vente actuellement.