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Mini-Transat

Ian Lipinski : «Le stress est resté permanent»

Déjà vainqueur de la première étape de la Mini-Transat, Ian Lipinski a enfoncé le clou, ce mardi 14 novembre, en remportant la deuxième manche de l’épreuve avec une avance de près de 100 milles sur son concurrent le plus proche. Le skipper de Griffon.fr a non seulement réalisé la trajectoire parfaite, mais il a en plus signé un doublé historique. De fait, jamais jusqu’ici un marin n’avait encore gagné en bateau de série avant de récidiver – deux ans plus tard – en prototype, même si, avant lui, Sébastien Magnen sur son prototype Karen Liquid, avait déjà réalisé l’exploit de remporter deux fois l’épreuve (en 1997 et 1999). Entretien.
  • Publié le : 14/11/2017 - 18:39

Ian LipinskiLe skipper de Griffon.fr a coupé la ligne d’arrivée de la deuxième étape mardi à 14 heures 30 après 13 jours 22 minutes 34 secondes de navigation.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
Voilesetvoiliers.com : Vous venez de remporter la Mini-Transat 2017, mais aussi de réaliser une performance inédite. Que ressentez-vous ?
Ian Lipinski :
Je suis content. Tout simplement content. J’ai réussi à cumuler beaucoup d’avance avant le Cap-Vert mais rapidement, le stress de casser ou de démâter s’est installé et a pris beaucoup de place. Du coup, j’ai navigué sur la retenue constamment. Dès que le bateau commençait à accélérer et que ça devenait grisant, je me raisonnais et je mettais ceinture et bretelles. Ma grosse préoccupation lors de cette deuxième étape, c’était clairement de ne pas abîmer le bateau. En ce sens, je me suis fait une grosse frayeur lors de la première nuit car j’ai pris un filet de pêche. J’ai dû affaler en vrac mon spi médium. Tout de suite, j’ai pensé à Davy Beaudart qui avait littéralement explosé cette même voile lors de la dernière édition de la course, trois heures seulement après le départ du deuxième round, et qui avait été contraint à l’abandon. Forcément, d’entrée de jeu, ça m’a un peu refroidi. Je me suis dit que ça commençait mal. Après ça, évidemment, il y a eu de la tension dans l’air surtout que dans la descente le long des côtes africaines, ça a été le bazar avec des tas de casiers, des bateaux de pêcheurs pas éclairés, des bouts avec des bouteilles en plastique… Ça en a rajouté une couche lorsque j’ai entendu Quentin Vlamynck raconter à la VHF qu’il avait dû plonger sous son bateau pour aller décrocher un truc coincé dans sa quille. C’est resté le bordel pendant 24 ou 36 heures, mais ça n’est pas devenu moins stressant ensuite pour autant parce qu’après le Cap-Vert, on a eu une mer assez forte et très croisée. J’y suis vraiment allé mollo et je n’ai pris aucun risque. J’ai vraiment fait en sorte de gérer car il y avait vraiment de quoi casser le bateau.

Aviez-vous une idée de l’endroit où se trouvaient vos concurrents ?
I.L. :
Je savais qu’Arthur Léopold Léger et Erwan Le Mené avaient des soucis techniques et qu’ils n’étaient plus dans le match. Sur le papier, dans les conditions rencontrées sur cette deuxième étape (beaucoup de portant VMG, ndlr), c’étaient eux mes principaux concurrents. A partir de là, mes plus grands adversaires sont devenus les «nez ronds» (Simon Koster et Jörg Riechers notamment, ndlr) et je savais qu’ils n’iraient pas plus vite que moi. Je n’avais toutefois aucune idée d’où ils étaient. Je pensais qu’ils étaient sur une trajectoire plus ou moins identique à la mienne parce que de mon côté, j’ai suivi exactement les plans de routages donnés par Christian Dumard et Tanguy Leglatin et qui s’accordaient tous les deux au Nord.

GRIFFON.FRIan Lipinski entre dans l’histoire de la Classe Mini et de la course au large en devenant le premier marin à gagner la Mini Transat en voilier de série et en prototype.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
Réalisez-vous l’ampleur de la performance que vous venez d’accomplir ?
I.L. : Pas complètement, pourtant, de temps en temps, j’y ai réfléchi en mer. Ce que j’ai fait avec le bateau ces deux dernières années, c’est vraiment génial. Depuis la Transgascogne 2015, j’ai enchaîné uniquement des victoires (16 au total aujourd’hui, ndlr). C’est une série qui ne sera sans doute pas facile à réitérer. C’est forcément satisfaisant pour moi. Je vais ainsi laisser un petit quelque chose de moi sur le circuit Mini même si, je dois l’avouer, je suis un peu déçu de ne pas avoir réussi à battre le record de la plus grande distance parcourue en 24 heures en Mini 6.50 établi par Bertrand Delesne en 2010 (304,9 milles lors des Sables – Horta – Les Sables, ndlr). Ça aurait été une petite cerise sur le gâteau, mais c’est comme ça. Aujourd’hui, je suis super-heureux de remporter cette Mini-Transat en proto. C’est une belle victoire. J’avais quand même pas mal de pression sur les épaules avant de partir, je le reconnais. J’ai su la gérer même en sachant que sur une transat, il faut une part de chance pour gagner. Ce qui est arrivé à Erwan, à Arthur et à certains autres, ça aurait aussi pu m’arriver à moi. Les avaries sont des choses cruelles car on a beau être le favori et avoir tout fait pour gagner, tout peut s’effondrer après avoir tapé un gros poisson par exemple. Il y a une multitude de paramètres qui font que ça fonctionne ou pas. Que l’on peut aller chercher la première place ou non.

Cette première place justement, à partir de quand avez-vous commencé à vraiment y croire ?
I.L. : Après le Cap Vert, j’ai commencé à oser y croire parce que je savais que j’avais 80 ou 90 milles d’avance sur mon poursuivant le plus proche. Reste que, comme je l’ai dit, le stress est resté permanent. J’avais constamment le petit diable qui me disait d’aller vite et le petit ange qui me disait que ça ne servait à rien mis à part risquer de casser. Ainsi, pour dormir, je mettais toujours un spi une taille en dessous pour être sûr de ne pas me faire surprendre par un grain. Tout était mesuré. J’ai eu la chance de ne pas avoir à faire trop de calculs parce qu’avec l’avance que j’avais sur Simon et Jörg à l’issue de la première étape, et celle que j’avais cumulée assez vite au début de la deuxième, je pouvais adapter mon rythme.

Ian LipinskiLipinski devient le deuxième double vainqueur de la Mini-Transat après Sébastien Magnen.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
Pour vous, quel restera le vrai temps fort de cette transat ?
I.L. : Indiscutablement l’arrivée de la première étape au coude à coude avec Arthur. Cela restera pour moi un moment inoubliable. C’était tellement fou de passer par autant d’états en si peu de temps :  penser que la transat était foutue, me retrouver de nouveau devant, me dire de nouveau que ne gagnerai pas et de finir par un duel digne et match-racing et un écart de deux minutes. Au final, ça a été pour moi un formidable ascenseur émotionnel pour le reste de la course.

Un mot sur la suite ?
I.L. : A court terme, ça me plairait bien de faire la Transat AG2R. J’aimerais bien la disputer avec Tanguy Le Turquais, mais il doit encore me répondre à ce sujet. Si ce n’est pas possible, ça m’amuserait beaucoup de la courir avec Erwan Le Draoulec, qui est actuellement en tête chez les bateaux de Série. On s’entend bien et ce serait une belle histoire aussi.