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Interview d’un des barreurs de Banque Populaire V

Xavier Revil : «Banque Pop’ se comporte comme un multi de sport !»

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  • Publié le : 29/11/2009 - 20:12

Banque Populaire, le plus rapide sur l’Atlantique ! Le maxi-trimaran à quelques milles du cap Lizard, après avoir traversé l'Atlantique Nord depuis New York dans l'ahurissant chrono de trois jours et quinze heures. Photo © Benoît Stichelbaut (Sea & Co) Après douze ans de Tornado, les JO de Pékin 2008, de nombreuses victoires dans les Semaines olympiques, un titre de vice-champion d'Europe et une 3e place au Mondial, Xavier Revil, l'une de nos plus fines barres en multicoque, a été contraint de changer de voie, le catamaran étant viré des Jeux de 2012. Avant de se retrouver à 38 ans, barreur à bord du maxi Banque Populaire V, en quête du Trophée Jules Verne. Entretien à quelques jours du départ.


Xavier Revil, barreur du maxi-tri Banque Populaire V Xavier Revil, ingénieur de formation, est né en Isère, et vit en Haute Savoie. Il est réputé pour un toucher de barre exceptionnel et son sens du vent. Photo © Benoît Stichelbaut (Sea & Co) voiles&voiliers.com : Comment, de la barre d'un Tornado de 6 mètres, on se retrouve quelques mois plus tard à celle d'un trimaran de 40 ?
Xavier Revil : C'est un ensemble d'opportunités. J'ai décidé d'arrêter le Tornado après les Jeux de Pékin, la série disparaissant des disciplines olympiques. Et comme j'ai rencontré Pascal Bidégorry au dernier Salon nautique, je lui ai dit que j'aimerais bien me lancer dans la course au large. Il m'a proposé d'être son tacticien en Décision 35, puis de participer au convoyage de Banque Populaire V vers New York. J'avais couru les Grands Prix ORMA sur Géant avec Michel Desjoyeaux, mais aucune expérience hauturière. C'était ma première transat et tout s'est bien passé. Pascal m'a proposé d'être barreur remplaçant de Yann Eliès pour le record de l'Atlantique Nord, au cas où la tentative aurait lieu après le 18 juillet, Yann étant engagé dans la Solitaire du Figaro à partir de cette date.

v&v.com : Et voilà comment tu t'es retrouvé à bord pour le record...
X.R. : Eh oui, puisque nous sommes partis le 28 juillet. Je remercie au passage Yann d'avoir couru la Solitaire ! Il a remporté la première étape 24 heures avant que nous ne battions le record de la traversée de l'Atlantique. Pascal nous en avait informé et nous étions tous très heureux de cette victoire.

v&v.com : Venons-en à Banque Populaire V. On a du mal à imaginer ce qui se passe à la barre. Alors, c'est comment ?
X.R. : Le bateau est gros, mais très vivant en fait. C'est surprenant au début, car on pourrait penser qu'il y a de l'inertie. Il faut donc être très vigilant dans ses angles de barre. Quand tu es sous gennaker au largue par exemple, tu as intérêt à faire très gaffe, car si tu lofes un peu trop, au début il ne se passe rien, puis tout d'un coup tu te retrouves sur un flotteur ! C'est un bateau exigeant à la barre. D'ailleurs, on change de barreur toutes les heures, car après tu deviens moins attentif, et ça peut vite devenir chaud !

Xavier Revil, du cata de sport au maxi-tri Après douze années passées en Tornado - ici sur la Seine avec son équipier Christophe Espagnon -, Xavier Revil a décidé de prendre le large ! Photo © Didier Ravon v&v.com : A t'écouter, on a l'impression d'être sur un petit bateau...
X.R. : Justement, Banque Populaire V se comporte comme un multi de sport ! C'est assez incroyable. A la barre, il faut le relancer régulièrement, veiller à ne pas perdre trop de vitesse : les multicoques fonctionnant avec leur vent apparent, il faut donc constamment jouer sur quelques degrés d'angulation... exactement comme sur un petit cata.

v&v.com : Il lève facilement une patte ?
X.R. : Carrément ! Il faut être très vigilant. De fait, il y a toujours quelqu'un aux écoutes - un à la grand-voile, un au gennaker et un au chariot de GV. On est en permanence au moins quatre sur le pont, un barreur et trois équipiers aux écoutes. Le premier objectif, quand tu es à la barre, c'est de bien suivre le vent, donc abattre dans les risées et lofer dans les molles au portant, et abattre dans les molles et lofer dans les risées au près. De toute façon, il faut absolument éviter de choquer de manière intempestive : d'abord, les écoutes s'usent très vite vu les efforts, et ensuite, dès que tu choques un mètre, il faut que le quart qui est en stand-by monte sur le pont pour aider à reborder ! Bref, si tu commences à obliger les régleurs à choquer régulièrement, tu es également rapidement rappelé à l'ordre par les wincheurs ! Les mecs, ils veulent se reposer, et ne pas monter toutes les quinze minutes sur le pont...

v&v.com : Tu barres plutôt aux penons ou aux instruments ?
X.R. : Je barre beaucoup aux compteurs, car il y a des penons dans les voiles, mais ce n'est pas forcément très réactif. J'ajoute qu'à chaque changement de barreur, on échange beaucoup sur nos sensations, sur le vent - plutôt stable, oscillant, plutôt par bouffes - et on se donne les bons angles, notamment ceux qu'il ne faut pas dépasser si on ne veut pas grimper sur un flotteur. Cette discussion systématique permet d'éviter d'être surpris quand tu prends la barre.

v&v.com : Vous discutez beaucoup avec les régleurs dans le quart ?
X.R. :
Ça se fait naturellement quand le bateau montre trop vite sur une coque ! Mais le barreur demande souvent de remettre un peu plus de GV de chariot, quand il a besoin d'être un peu plus appuyé, par exemple, ou de changer un réglage en fonction de ses sensations à la barre. Je le redis, Banque Pop' est très sensible aux réglages..

Sur Banque Pop, au cœur de l’action A bord de Banque Pop V comme si vous y étiez ! A la barre, Yann Eliès, au chariot (en noir) Xavier Revil, et à l'écoute de GV au centre, Emannuel Le Borgne. Le quart en stand-by se tient sous la . Photo © Benoît Stichelbaut (Sea & Co) v&v.com : Banque Populaire n'est donc pas du tout un <camion> ?
X.R. :
Ah non ! C'est un bateau incroyablement fin en dépit de sa taille. Quand tu es mal réglé, tu sens tout de suite que le bateau est bloqué, qu'il n'arrive pas à accélérer, qu'il est dur à la barre, qu'il a tendance à être mou ou ardent par un déséquilibre voile d'avant grand-voile. Quand la barre à roue est braquée d'un côté ou de l'autre, c'est là qu'il faut reprendre un peu tous les réglages, comme sur un petit bateau...

v&v.com : Vous naviguez toujours la coque centrale hors de l'eau ?
X.R. : Ça dépend de l'état de la mer. On fait toujours en sorte que la coque centrale effleure l'eau, car du coup on profite de la longueur à la flottaison pour amortir les mouvements dans les vagues, et aussi pour ne pas mettre tout le poids du trimaran sur la coque sous le vent, donc sur le foil, car à grande vitesse, c'est lui qui encaisse le plus. Lors du record de l'Atlantique, on essayait toujours de garder la coque centrale au niveau de l'eau, et ainsi éviter de faire des <tranches> qui fatiguent la structure.

v&v.com : Mais il y a des risques de chavirer par le côté, comme en multicoque de sport ?
X.R. : En fait, le risque à grande vitesse, c'est d'avoir des phénomènes de cavitation à la barre, et de perdre le contrôle de la direction ! C'est pour ça que, par moments, on préfère choquer... car une fois que le bateau ne peut plus abattre et va tout droit, ça peut devenir très vite chaud. Et comme c'est très facile de le mettre sur un flotteur, tu peux vite te retrouver très haut avec le risque du chavirage par le côté !

Xavier Revil, barreur et tacticien Tacticien sur le Décision 35 Banque Populaire, Xavier Revil a rapidement fait l'unanimité dans l'équipage. Photo © Benoît Stichelbaut (Sea & Co) v&v.com : On dit que Banque Populaire V est un bateau si fougueux qu'il est très fatiguant. A la barre également ?
X.R. : Dès qu'on va vite, le bateau secoue beaucoup en effet, et debout à la barre, on fatigue rapidement. Tous les appuis sont sur les jambes et la difficulté est d'aller vite tout le temps. C'est aussi pour cette raison que, dans chacun des trois quarts, sur les quatre équipiers il y a toujours deux barreurs se relayant aussi souvent que nécessaire. Le plus important, ce n'est pas de faire des pointes de vitesse à la barre, ralentir, accélérer, c'est d'aller vite tout le temps en fatiguant le moins possible le bateau.

v&v.com : Pascal Bidégorry le skipper, est hors quart. Il barre aussi ?
X.R. :
Bien sûr, et c'est un excellent barreur, perfectionniste et gros travailleur. Il barre souvent, et a une grande connaissance de son bateau. Il sait tout de suite les bonnes configurations de voilure, sent parfaitement ce multi. Il connaît les réglages par coeur et si, par moments, on a tendance à être en dessous des vitesses-cibles, il va prendre la barre, et tout de suite dire ce qui ne va pas. Au début, on pataugeait parfois sur les réglages. Il montait sur le pont prenait la barre, et tout de suite on gagnait quatre noeuds. De plus, il est en permanence au courant de la météo à court terme, en relation avec le navigateur. Il va nous dire par exemple <dans une heure trente, il faudra prendre un ris>, et cela permet d'anticiper. Pour nous, c'est très agréable ce fonctionnement avec lui.

v&v.com : Contrairement à l'équipage de Groupama 3, composé de <vieux routards>, votre équipe est moins expérimentée au large. C'est quelque chose que tu appréhendes ?
X.R. :
Pas du tout. D'abord, il y a des gens qui connaissent très bien le large, comme Yann Eliès ou Florent Chastel. C'est un fait que peu de gens connaissent les mers du Sud, mais tout le monde a beaucoup navigué, et possède une grande expérience du multicoque. De plus, Pascal s'est entouré de fidèles équipiers, et l'entente dans l'équipage est vraiment excellente. Enfin, le bateau est très bien préparé, et lors de notre record de l'Atlantique cet été, nous avons en tout et pour tout rencontré un seul petit problème avec un embout de lattes de voile récalcitrant.

v&v.com : L'équipage est désormais en stand-by, et tu es chez toi, à Annecy. Comment se passe cette attente ?
X.R. :
Très bien. Nous sommes en relation régulière par mail avec Ronan Lucas, le chef de projet, suivant l'évolution météo surveillée par Marcel Van Triest, le routeur. Banque Populaire V est avitaillé, prêt à partir, et moi aussi.

Pascal Bidégorry, skipper de Banque Populaire V Pascal Bidégorry à la barre de Banque Populaire. Xavier Revil dit de lui qu'il excelle à la barre et qu'il connaît son bateau par coeur. Photo © Benoît Stichelbaut (Sea & Co) ...........
L'équipage : 13 à bord... dont Jérémie Beyou !

L'info n'est pas encore officielle, mais c'est un secret de polichinelle. Jérémie Beyou, à peine arrivé au Costa Rica après la Transat Jacques Vabre disputée avec Michel Desjoyeaux sur Foncia, rejoint l'équipage du maxi-trimaran. Très proche de Pascal Bidégorry, c'est sans le moindre doute une recrue de choix.

Initialement prévu comme navigateur (il était à bord lors du record de l'Atlantique), Marcel Van Triest reste finalement à terre, et va s'occuper du routage et de la météo, poste qu'il maîtrise à la perfection après de nombreuses années à travailler avec Jean-Yves Bernot. C'est donc Erwan Tabarly - encore un Figariste ! - qui endosse le rôle de navigateur.

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L'équipage de
Banque Populaire V

Pascal Bidégorry (skipper),
Erwan Tabarly (navigateur),
Thierry Chabagny (barreur, régleur),
Florent Chastel (numéro un, responsable médical et gréement),
Yann Eliès (chef de quart, responsable des voiles),
Kévin Escoffier (barreur, régleur, responsable vidéo),
Emmanuel Le Borgne (chef de quart, responsable médical),
Ewen Le Clech (boat-captain, numéro un, responsable hydraulique et accastillage),
Ronan Lucas (directeur technique du projet, numéro un, responsable sécurité),
Pierre-Yves Moreau (numéro un, responsable accastillage composite),
Yvan Ravussin (chef de quart, responsable vidéo et composite),
Xavier Revil (barreur, régleur, responsable avitaillement),
Jérémie Beyou (régleur).

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