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Interview d’un habitué aux dernières places du Figaro

Didier Bouillard : «Je m’entraîne le week-end, quand les pros sont en famille !»

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  • Publié le : 31/08/2010 - 06:10

Départ du Figaro 2010 : une sympathique pétole Départ de la première étape du Figaro par tout petit temps, le 27 juillet au Havre. Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr) 42e de la 41e édition de la Solitaire du Figaro sur 45 engagés, Didier Bouillard est un habitué des dernières places lors de la classique estivale. Quatre participations, et jamais mieux que 40e : quelles raisons peuvent-elles pousser ce quadragénaire, directeur d'une société d'informatique, à s'infliger pareils tourments pour de tels résultats ? Voici l'interview de l'un des derniers amateurs de l'épreuve - trois jours après l'arrivée du Figaro, il avait déjà réintégré son bureau parisien.

voilesetvoiliers.com : 44e en 2007, 40e en 2008 et 2009, 42e cette année, vous n'en avez pas assez de camper en fin de classement ?
Didier Bouillard : amateur, sportif et passionné Agé de 46 ans, directeur de la filiale européenne de Sungard, société américaine d'informatique, Didier Bouillard s'appuie sur son passé de sportif pour préparer le Figaro avec un calendrier d'amateur. Photo © Marine Chombart Didier Bouillard : Je suis un amateur, et un amateur, c'est d'abord quelqu'un qui aime ! Quant aux résultats, je me mesure avec des navigateurs dont c'est le métier : heureusement pour eux qu'ils terminent devant ! Il y a quand même une année où nous étions 52, si bien que ma 40e place valait un peu mieux... Ma motivation, c'est de réaliser une belle étape, en sachant que cela m'est impossible de conserver le même niveau sur toute l'épreuve, qu'à un moment où un autre je vais montrer des faiblesses. A moins de 20 noeuds de vent, on peut aller chercher les champions sur le plan d'eau, mais lorsque le vent monte, les écarts se creusent vite, notamment sous spi. Chaque départ au tas se paie très cher, vous restez collé tandis que les autres filent à 13 noeuds.

v&v.com : Et cela représente quoi, pour vous, une bonne étape ?
D.B. :
Ma meilleure étape, c'est aux alentours de la 30e place. Cette année, j'ai terminé 34e de la première étape. Derrière les champions, il y a un tout un groupe de coureurs assez homogène, et c'est beau de pouvoir se glisser dedans. Je suis quand même content d'avoir réussi à mettre derrière moi des gens comme Nicolas Lunven, le tenant du titre, ou encore Sébastien Josse.

v&v.com : Où puisez-vous votre détermination ?
D.B. : Je suis sportif dans l'âme, et j'ai l'habitude du haut niveau. La voile n'est que mon troisième sport, que j'ai débuté en 2001. Auparavant, j'ai beaucoup fait de handball : à vingt ans j'évoluais en Nationale 1, sous le maillot du PUC. Puis, en m'établissant en Angleterre, je me suis mis au squash, et j'ai atteint un petit top 100 français. A 35 ou 36 ans, j'ai commencé à me faire vieux pour ces sports-là et j'ai dû arrêter.

v&v.com : Et comment vous est venue l'envie de disputer le Figaro ?
D.B. : J'ai beaucoup couru au RORC et en IRC, et j'étais assez frustré par cette problématique des bateaux différents, par les ratings. Je ne trouvais pas cela cohérent, j'avais envie de compétitions où le vainqueur soit le premier à passer la ligne, point.

v&v.com : Quel poste occupiez-vous alors à bord ?
D.B. :
Skipper. Dès que j'ai commencé à naviguer, j'ai compris que pour avancer, il fallait être skipper. Alors, je me suis acheté un First 31.7, et j'ai formé un équipage.

v&v.com : Et dans quelles circonstances aviez-vous découvert la voile ?
D.B. : Par hasard, lors d'un entraînement d'hiver à Cherbourg, et c'était déjà à bord d'un Figaro. J'avais sponsorisé un équipage de mon entreprise pour une épreuve corporate, il leur manquait quelqu'un pour un entraînement, je me suis prêté au jeu, et cela m'a tout de suite plu. J'ai lu tout ce qui pouvait exister sur terre, acheté tous les bouquins et construit mon expérience petit à petit. Après trois ans de RORC, j'ai voulu changer de bateau. C'est le concessionnaire Bénéteau qui m'a convaincu d'acheter un Figaro. Il me voyait partir vers un J105 - il y en avait beaucoup dans les courses du RORC et, même s'il ne s'agissait pas d'une stricte monotypie, j'aurais pu me battre avec des bateaux semblables.

v&v.com : Si la monotypie vous attirait, vous pouviez aussi bien craquer pour un J80, et régater dans un monde d'amateurs...
D.B. : Le J80, c'est de la régate autour de trois bouées, une chorégraphie très particulière qui, pour le coup, privilégie ceux qui ont commencé la voile tout petits. Ce que je voulais, c'était le large. La première course qui m'a donné envie de large, c'est la Transmanche, courue en double avec mon frère. Lui aussi, ça l'a complètement retourné, au point de s'engager dans un projet de 6.50. Il s'est acheté un Pogo, et a couru la Mini-Transat.

v&v.com : Vous-même n'étiez pas attiré par la Mini ?
D.B. : Je trouvais ces bateaux trop petits, dangereux pour le large, je trouvais ça chaud. Avec le recul, je me dis aujourd'hui que cela m'aurait beaucoup plu.

Le portant : pas toujours rose Beau temps, belle mer, le Figaro glisse avec bonheur. Mais si la brise monte... Dans la troisième étape, Didier Bouillard a vécu son premier départ à l'abattée avec ce bateau. Photo © Marine Chombart v&v.com : Comment s'est déroulé votre apprentissage du solitaire et du Figaro ?
D.B. : Progressivement. Cela a commencé en 2005 par la Transquadra en double, dont je n'ai disputé que la première étape, en raison d'une blessure. Cette course m'a beaucoup plu - et beaucoup frustré. Nous étions deuxièmes en temps réel, mais cinquièmes en temps compensé, on ne sortait pas du problème. Aussi ai-je voulu courir contre d'autres Figaro. D'abord en double, avec le Tour de Bretagne, la Route du Ponant et Cannes-Istanbul, puis la Course des Falaises en solitaire. J'ai rencontré beaucoup de skippers avec qui j'ai pu échanger et apprendre, et je me suis lancé sur la Solitaire du Figaro.

v&v.com : Aviez-vous conscience d'être un amateur très marginal dans ce monde de professionnels ?
D.B. : L'amateurisme est devenu marginal, mais il ne l'était pas lorsque j'ai commencé. Cela m'a d'ailleurs surpris, j'étais persuadé que ce nouveau bateau ferait venir plus d'amateurs dans la série.

v&v.com : Comment vous entraînez-vous ?
D.B. :
Je fais de la musculation l'hiver, car c'est un bon moyen de ne pas être trop emmerdé sur le bateau. Puis je navigue comme je peux, je dispute les courses d'avant-saison. Je ne suis objectivement pas assez entraîné, alors que les autres passent 200 jours sur l'eau, participent à des stages à plusieurs bateaux... Je suis un peu trop seul. A un moment, j'avais réussi à travailler avec Yannig Livory, amateur comme moi. Nous nous retrouvions le week-end, au moment où les skippers, qui s'entraînent toute la semaine, sont en famille.

v&v.com : Quel plaisir garderez-vous de votre Figaro 2010 ?
D.B. :
Je suis allé au bout... ce qui n'est jamais gagné ! Et nous avons effectué des navigations géniales, dans des endroits extraordinaires, Barfleur, le raz Blanchard, l'Irlande, le raz de Sein à deux reprises. Donc, même si je ne suis pas premier, je suis content. Et j'ai quand même battu l'Anglais Johnny Malbon (44e). Dans une course (rires), il faut toujours battre l'Anglais !

v&v.com : Disputerez-vous l'édition 2011 ?
D.B. :
Je n'ai pas encore décidé. Je m'étais dit que celle-ci serait peut-être la dernière, mais ce que j'y ai vécu est tellement fort que j'ai du mal à imaginer ne pas revenir. En tout cas, je vais continuer à courir au large. Je n'ai encore jamais fait de transat, cela me tente énormément. La Class40 est très excitante, d'autant qu'on y trouve des coureurs avec un profil d'amateurs comme le mien. Mais cela implique beaucoup de travail, pour s'approprier un nouveau support, alors que mon Figaro, je le connais sur le bout des doigts. On verra...

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