Actualité à la Hune

Interview d'un solitaire au large de l’Afrique du Sud sur un mini 6.50

Alessandro di Benedetto : «J’ai l’impression d’avoir 20 ans !»

Et il vient pourtant de fêter son 39e anniversaire au large de l'Afrique du Sud ! Alessandro di Benedetto puise cette jouvence au plus près de l'océan qu'il parcourt sur son mini 6,50, reconfiguré pour... un tour du monde ! Heureux d'être en mer à l'entame de l'océan Indien et plus que jamais déterminé à devenir le plus petit bateau à réaliser le tour du monde en solitaire par les trois caps, le skipper italien nous raconte les deux premiers mois de sa circumnavigation.

  • Publié le : 11/01/2010 - 07:15

Un mini chargé, un programmé lourd ! Alourdi par 850 kilos de matériel et d'avitaillement, Findomestic ne peut prétendre aux moyennes des minis de la Transat 6,50. Mais il tient actuellement dans les 40e des journées à 150 milles ! Photo © Romain Lucat <Appelle demain à 11 heures françaises. Ciao, merci !> Les messages textes qu'il échange avec la terre ne peuvent excéder 60 signes - pas de quoi s'épancher sur le clavier, donc. Mais, une fois au bout du fil, on retrouve la voix chaleureuse et enjouée d'Alessandro di Benedetto, que j'avais rencontré aux Sables-d'Olonne avant son départ (vous pouvez lire l'article ici).

Le voilà au pied du mur sur son Findomestic, mini 6,50 sur plans Rolland (ex-Hakuna Matata, qui a couru les Minis 1997 et 2005), construit en contreplaqué et largement modifié pour cette tentative de tour du monde. Parti le 26 octobre des Sables-d'Olonne, Alessandro di Benedetto a parcouru l'Atlantique Nord et Sud en deux mois à 4,5 noeuds de moyenne, et franchi la latitude de Bonne-Espérance le 30 décembre dernier.

Ultimes préparatifs Alessandro à quelques minutes de son départ, le 26 octobre dernier aux Sables-d'Olonne. Lover et vérifier une dernière fois quelques-unes des manoeuvres et cordages qui devront tenir six mois durant - dont deux mois de Grand Sud ! Photo © Romain Lucat Pendant notre conversation par téléphone Iridium, Findomestic marchait à 7,5 noeuds au largue par 25 noeuds de vent et Alessandro s'apprêtait à connaître son premier sérieux coup de vent. Yves Parlier, qui participe à son routage avec quelques autres amis, annonçait <50 noeuds pour la nuit, car il y a pas moins de 35 dans les fichiers>, mais se montrait confiant pour la suite. <Je connais Alessandro depuis sa première traversée en cata de sport : l'Atlantique en solo en 2002 avant de traverser le Pacifique en 2006 sur le même bateau. Je pense qu'il ira au bout. Il prévoyait d'être au cap Horn en avril mais, s'il n'a pas de gros problèmes techniques, je l'y vois bien avant fin mars>.

Bien calé sur le 42e Sud, Alessandro a accéléré la moyenne, réalisant désormais des journées à plus de 150 milles sur la route. Avant de penser au Pacifique et au Horn, qui nécessiteront de descendre beaucoup plus Sud, c'était le passage des îles Crozet qui retenait hier toute son attention. Chi va piano...

voilesetvoiliers.com : Quel bilan tires-tu de ces deux premiers mois de mer ?
Alessandro di Benedetto : Globalement, ça va bien. Je suis en forme et le bateau aussi. Je n'ai eu que des petits problèmes techniques, mais il y a beaucoup de route et il faut être vigilant. Je suis content d'avoir changé d'océan. J'ai fêté le Nouvel An avec ça. C'était bien parce qu'en Atlantique Sud, je n'ai eu que du près ou du bon plein. Là, au portant, je vais pas aussi vite qu'un Mini, car le bateau est très lourd, mais j'arrive quand même à faire plus de 150 milles par jour.

vetv.com : En ce moment, tu te trouves dans la cabine ou dans le coqueron arrière que tu as rajouté sur le bateau ?
A.d.B. : Oui, je suis dans la partie centrale, la cabine du bateau. L'arrière n'est fait que pour intervenir sur les pilotes ou les safrans ou me réfugier. Ceci dit, le vent va monter cette nuit et je vais bientôt enfiler ma combinaison étanche et aller réduire la toile. Un parcours classique et… chaotique Sur cette carte Google, on voit bien le trajet classique d'Alessandro jusqu'à la longitude de Bonne-Espérance. Classique, mais parfois chaotique, comme on peut le voir dans l'Atltantique Sud, à la latitude du Brésil. Photo © D.R. (Google Maps)

vetv.com : Quelle est la température dans le bateau ?
A.d.B. :
Là, l'eau est à 5°C et il fait environ 9°C dans le bateau. Ça s'est rafraîchi très vite quand j'ai passé le 30e Sud. Il y a dix jours, j'ai plongé sous le bateau pour nettoyer la coque, mais là, maintenant, ce n'est plus possible !

vetv.com : Quelles ont été les pires conditions depuis le début du parcours ?
A.d.B. :
La sortie du golfe de Gascogne, c'était long. Mais, globalement, je n'ai jamais eu beaucoup plus de 40 noeuds de vent. Finalement, le plus de brise que j'ai connu avec le bateau, c'est pendant les essais en Sicile ! Cette nuit et demain, je vais voir comment ça se passe. En particulier, j'ai conservé la grand-voile classique pour avoir de la vitesse dans le médium, mais j'ai aussi une voile plus petite que je peux porter en bordure libre, sans la bôme. Peut-être que je vais faire avec celle-là dans les jours qui viennent.

vetv.com : Les petits soucis techniques dont tu parles, quels sont-ils exactement ?
A.d.B. :
Essentiellement des problèmes de panneaux solaires dont les connexions se sont oxydées. J'ai refait tout ça et ça fonctionne à nouveau. Autrement, j'ai des problèmes de voile : j'ai déchiré le génois et le tourmentin anormalement, alors que ces voiles ne sont pas usées. Je ne comprends pas ce qui se passe. Mais j'ai deux autres tourmentins, alors ça va. L'autre nuit aussi, j'étais avec la grand-voile haute et le code zéro et le vent est monté à 35 noeuds sous un nuage et paf ! le code zéro a pété. J'ai beaucoup de matériel, mais il faut rester vigilant tout le temps...

vetv.com : Ton projet a été mené dans l'anonymat, mais il y a pas mal de gens qui t'aident à terre, en particulier pour la météo ...
A.d.B. :
Ah, tu veux dire que j'ai la meilleure équipe du monde ! Il y a Sébastien Roubinet (skipper de Babouche), Romain Lucat (Bureau d'Etudes Bénéteau), Yves Parlier et Pierre Lasnier ! C'est formidable, n'est-ce pas ! Et puis, j'ai souvent ma mère au téléphone, Marcella ma sirène et mon pote Giuseppe qui s'occupe de l'organisation...

Un mini autour du globe Totalement revu, renforcé, agrémenté d'une cellule de vie étanche à l'arrière, l'ex-Hakuna Matata reste tout de même un mini 6,50 qui veut faire le tour du globe. Photo © Romain Lucat vetv.com : Ce que tu appelles l'organisation, ça comporte aussi la reconnaissance de ton parcours par le WSSRC (World Sailing Speed Record Council), organisme qui valide les records ?
A.d.B. :
Lorsque je suis parti des Sables-d'Olonne, il y avait Jean-Jacques Clerc, représentant du WSSRC, pour noter le temps de départ. J'ai à bord trois balises Argos ainsi qu'une boîte noire qui enregistre la position tous les 300 mètres. Le but du projet, c'est d'établir le record du plus petit bateau ayant fait le tour du monde en solitaire. Il est détenu à ce jour par Robin Knox-Johnston sur Suhaili (9,70 mètres, Golden Globe 1969 en 313 jours à 3,39 noeuds de moyenne, ndlr). Il y a aussi la performance d'Alain Maignan, qui a mis 185 jours sur son Sun Rise qui m'intéresse. Mais bon, je sais que le plus dur est devant et qu'il y aura des moments où je devrais baisser la tête...

vetv.com : Par rapport à tes traversées en cata, ça doit être presque plus confortable, tu dois avoir plus de temps pour observer la nature ?
A.d.B. : Plus ou moins. Avec le froid et l'humidité, là, c'est quand même plus dur que l'Atlantique en cata de sport... Mais depuis dix jours, je vois beaucoup de gros oiseaux. Je pense que ce sont des albatros, mais je suis pas sûr parce qu'il y a plusieurs variétés. Et puis, c'est la première fois, je n'en ai jamais vu. Quand je les décris à ma mère, elle me dit que ce sont peut-être des sternes arctiques. Mais l'envergure me paraît importante, c'est comme de petits avions avec le dessous du corps blanc brillant.

vetv.com : Tu as eu 39 ans voici quelques jours. Tu as fêté ça dignement ?
A.d.B. : Oui, je vais te dire, j'ai vraiment l'impression d'en avoir 20 et pas 39 tellement tout ça, c'est merveilleux ! J'ai ouvert un bocal de foie gras et j'ai débouché une bouteille de champagne. J'en ai deux à bord. La prochaine est pour le Horn !

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