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Interview des deux vainqueurs de la Transat 6,50

Ruyant et Lobato racontent leur parcours sans détour !

Le 22 octobre dernier, à Salvador de Bahia, Thomas Ruyant (proto Faber France) gagnait - à 28 ans et devant 84 concurrents - la 17e Transat 6,50. De son côté, Francisco Lobato (Pogo 2, Roff-TMN) a marqué la course de son empreinte. Sa victoire en série restera liée à cette première étape d'anthologie qu'il termine deuxième au scratch en ne laissant devant lui qu'un seul proto ! Tous deux, à Bahia, se sont confiés sans détour.

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  • Publié le : 08/11/2009 - 16:02

Faber France, proto Finot Thomas Ruyant : Photo © Thierry Martinez (Sea & Co) Thomas Ruyant, vainqueur de la 17e Transat 6,50
<La différence s'est faite... il y a deux ans !>


Le 22 octobre, Thomas Ruyant (Faber France) rentrait devant 84 concurrents dans la Baie de tous les Saints à Salvador de Bahia et devenait à 28 ans le 17e vainqueur de la Transat 6,50. Titulaire d'un master en Management du sport, triathlète à ses heures perdues (il en a manifestement peu !), ce pur produit de la Classe Mini, qui <bouffe du 6.50> depuis quatre saisons, a fait preuve de beaucoup de talent et de lucidité entre La Rochelle à Bahia. Retour sur une victoire exemplaire. Propos recueillis à Bahia par Pierre-Marie Bourguinat.


Thomas Ruyant, vainqueur de la Transat 6,50 2009 Rayonnant, Ruyant ! Sur son proto Finot Faber France, Thomas vient d'enlever à Bahia la Transat 6,50, cru 2009. Photo © Thierry Martinez (Sea & Co) voilesetvoiliers.com : Ton premier souvenir de Mini, ça remonte à quand au juste ?
Thomas Ruyant :
Ça remonte à 1997... dans Voiles et Voiliers, je crois (rires) ! Je découpais les pages avec les bateaux de Coville et de Magnen. C'était un rêve. C'est devenu la réalité en 2005. Je travaillais chez le concessionnaire Jeanneau de Dunkerque et, tous les matins, je passais devant le n°247 qui pourrissait dans le port. C'était l'ancien bateau de Jonathan McKee avec lequel il avait failli gagner en 2003, avant son démâtage. Le bateau était à l'abandon dans l'eau, alors je me suis procuré les coordonnées du propriétaire et je lui ai proposé de le remettre en état en échange de courir dessus. J'ai gratté les coquillages de la quille, fait six mois de chantier et je me suis lancé !

v&v.com : Tu avais déjà un gros passé de régatier ?
T.R. :
Pas vraiment. J'ai commencé le sport par le hockey sur glace et je me suis mis au Laser à 15 ans. Mais bon, vu mon gabarit, hein ! J'ai fait assez rapidement de l'habitable, du Class 8, le Tour de France sur Défi Jean Bart. J'ai fait mes armes au large en convoyant des bateaux et en faisant des mises en main, vers la Hollande, l'Ecosse, l'Irlande... Ma première grande course, ça a été Les Sables-Les Açores en 2006. Rallier comme ça des îles au milieu de l'Atlantique en solo, j'ai trouvé ça grisant.

v&v.com : Cette année, les deux concurrents qui sont derrière toi à l'arrivée à Bahia ont construit leur bateau. Après ta première Mini en 2007, ce n'est pas une expérience qui t'a tentée ?
T.R. : A l'arrivée de la Mini 2007, je suis tombé amoureux du plan Finot. J'avais eu pas mal de soucis avec le 247, terminé 24e de la course. Là, je voulais faire une belle course sur un beau bateau, jouer devant. J'ai acheté le 667 d'Isa Joschke, un Mini hyper propre, un bateau de fille quoi ! Je me suis installé à Lorient. Dès le mois de décembre, j'ai remis le bateau à l'eau et, depuis, je n'ai pas arrêté de naviguer. Quand on me demande où s'est fait la différence dans cette Mini, c'est peut-être là, il y a deux ans.

v&v.com : En deux ans, tu es capable de dire combien de jours de navigation tu as réalisé avec le bateau ?
T.R. : Je peux pas tous les compter, mais ce que je peux te dire, c'est qu'au mois de janvier, j'étais tout seul sur l'eau !

v&v.com : Pourquoi avoir choisi Lorient comme base d'entraînement ?
T.R. : Lorient, c'est un peu La Mecque. Il y a une émulation qui te tire vers le haut. Les grands multis, les préparateurs, les équipes de navigants... J'ai aménagé en colloc' avec d'autres coureurs dans la maison où habitaient déjà il y a deux ans François Salabert et Peter Laureyssens... C'est la maison des Minis ! Tu parles Mini, tu manges Mini - et tu progresses. J'ai pu travailler aussi avec Tanguy Leglatin. Ca a été un gros plus. Tanguy, c'est quelqu'un qui est capable de monter des séances où on dit : <Aujourd'hui, on teste telle config', à tel angle, et par telle force de vent>. A chaque fois, tu fais l'acquisition d'un réglage et c'est essentiel car, sur ces bateaux, il y a de quoi se prendre la tête !

v&v.com : Du genre ?
T.R. : Le mât, par exemple. Sur mon bateau, c'est un mât-aile basculant de 2° en latéral et 7° en longitudinal. C'est un objet qui tourne dans tous les sens et on peut facilement perdre le fil. Tu ajoutes à ça les dérives asymétriques, les ballasts compartimentés avant-arrière, le matossage, le réglage du bout-dehors, les voiles, les safrans relevables... En multipliant les navigations et les tests, j'ai acquis une très bonne connaissance du bateau et du coup, j'ai des réglages assez extrêmes.

v&v.com : En 2007-2008, à part la course des Açores où tu casses, tu signes deux très belles saisons. A La Rochelle, au départ de la Transat, tu te retrouves favori. C'est un statut qui t'a gêné ?
T.R. : Non, le statut de favori, c'est sympa, plutôt agréable, ça ne m'a pas dérangé. C'est une bonne pression. Cela dit, j'ai fait une première étape prudente (Thomas a terminé 3e à un peu plus de trois heures du premier, Bertrand Delesne, ndlr). Le but, c'était d'arriver à Madère avec un bateau propre. Vue la météo de la première étape, je savais que ça ne se jouerait pas là. Trois heures d'écart à l'arrivée, c'était rien ! Bon, avec le recul maintenant et l'arrivée à Bahia, je me rend compte que c'était quand même beaucoup...

v&v.com : Tu veux dire quoi exactement ?
T.R. :
Que jusqu'au dernier moment, ça aurait pu ne pas passer. Vu le différentiel de puissance de mon bateau avec les Manuard et les Lombard, je savais qu'il me fallait 60 milles d'avance à la sortie du pot au noir. J'en avais à peine 50, ça fait pas un gros compte en banque ! Ma chance, ça a été qu'on n'ait pas de reaching trop fort sur la dernière partie. A la fin, j'ai quand même eu un gros coup de stress. <HP> (Henri Paul Schipman) me reprend 20 milles le dernier jour et je savais que Bertrand (Delesne) revenait fort. Je croyais qu'ils étaient à la côte et j'avais peur d'une arrivée dans la pétole. Heureusement, j'ai eu 15 noeuds toute la dernière nuit et jusqu'au petit matin pour passer la ligne.

v&v.com : Il y a eu beaucoup de commentaires autour de ton gyropilote HR à centrale inertielle, le même que celui de Michel Desjoyeaux dans le Vendée Globe. Ça t'a beaucoup aidé ?
T.R. : Ça m'a un peu agacé, tout ce qu'on a pu raconter sur ce pilote. D'abord, je n'ai pas le plus gros budget de la course et c'est un partenariat que j'ai décroché avec NKE. Je suis tout simplement allé les voir au dernier Salon et je leur ai dit : <Vous avez testé ça sur un 60 pieds ; mon bateau, c'est un mini 60, alors pourquoi pas ?> Ensuite, tu peux avoir ce type de pilote, mais si tu ne navigues pas toute l'année pour faire de l'acquisition et alimenter les tables de correction sur lesquelles travaille NKE, ça ne sert à rien. Et puis, ce n'est pas une panacée non plus. Dans la pétole et la grosse brise, je marchais mieux avec mon pilote <normal>. C'est au reaching et au portant, où tu cherches à descendre, que ça m'a le plus aidé.

v&v.com : En débarquant sur le ponton, tes premiers mots ont été pour le bateau, que tu as trouvé très dur physiquement. Tu avais une préparation spécifique de ce côté-là ?
T.R. :
A terre, je suis un petit dormeur. Je fais rarement plus de cinq heures par nuit, alors je ne suis pas trop gêné de ce côté-là. En revanche, physiquement, ce sont des bateaux durs, particulièrement le Finot qui est exigu à l'intérieur et sans aucune protection. C'est vraiment très humide. Mais le fait d'avoir un passé de sportif, ça aide à se faire mal. Ça apprend la niaque. Ça m'a rappelé le marathon de New York. En 2000, j'ai récupéré un dossard à un mois du départ, je n'avais aucun entraînement. J'ai terminé en 3 heures 30, mais j'ai topé la mi-course en 1 heure 20 et en tête de ma catégorie ! J'ai pleuré de douleur. Si ça ne se passe pas à New York, tu fais pas ça. Là, c'est pareil : tu arrives à Bahia, alors tu t'arraches !


Roff TMN, Pogo 2 Francisco Lobato : . Photo © Thierry Martinez (Sea & Co) Francisco Lobato, vainqueur de la 17e Transat 6.50 en série
<J'ai toujours été fort au portant !>

Ancien membre de l'équipe olympique du Portugal en Laser, Francisco Lobato a marqué la 17e Transat 6,50 de son empreinte. Sa victoire restera à jamais liée à cette première étape d'anthologie qu'il termine deuxième au scratch en ne laissant devant lui qu'un seul proto ! Lobato va vite, très vite... Il va falloir se souvenir du nom de ce grand gaillard de 25 ans qui a déjà pris rendez-vous avec la Classe Figaro pour la prochaine saison...


Francisco Lobato, vainqueur de la Transat 6,50 2009 en série Chapeau Lobato ! Vainqueur en série sur son Pogo 2, Francisco a marqué la Transat de son empreinte, notamment grâce à une première étape d'anthologie. Photo © Thierry Martinez (Sea & Co) voilesetvoiliers.com : Après une première étape d'anthologie, tu sembles avoir été plus hésitant sur la seconde partie du parcours...
Francisco Lobato : Au départ de Madère, j'étais vraiment très fatigué. L'accueil à Madère a vraiment été une folie. Quand je suis parti de Funchal, je me suis dit : <Là, je vais enfin pouvoir commencer à me reposer !> Et puis, l'objectif, c'était d'assurer (Francisco avait 22 heures d'avance sur Charlie Dalin, ndlr). C'est pour ça que je suis passé très à l'Ouest dans le pot au noir et que j'ai refait un crochet à 120 milles de Récife, j'avais trop peur de tomber dans la pétole. A la fin, je n'avais pas d'infos météo et l'incertitude sur la position de Charlie. J'ai beaucoup pensé à Sam Manuard aussi qui avait démâté à quelques milles de Bahia. Parfois, ça tient à rien...

v&v.com : Par rapport à ta première Mini, voici deux ans, qu'est-ce que tu as appris ? Sur quels points s'est fait la différence ?
F.L. :
Quand j'ai abandonné mon projet olympique pour courir la Mini, il y a quatre ans, je n'ai pas réussi à finir ce que j'étais venu chercher. En 2007, j'ai énormément souffert pendant la seconde étape. J'en ai pleuré, en passant mon temps à me dire : <Est-ce que je suis vraiment fait pour ça ?> Cette année, je suis revenu pour chercher le résultat, bien sûr, mais surtout pour trouver une certaine harmonie en mer. Me sentir bien et arriver avec un bateau propre, c'était mon premier objectif.

v&v.com : Pari gagné !
F.L. :
Oui, j'étais heureux en mer, bien avec le bateau. Je n'ai jamais paniqué. J'ai eu un ou deux petits problèmes, mais rien de bien grave. J'ai toujours géré. Le fait d'avoir couru Les Sables-Les Açores dans le mauvais temps l'année d'avant, ça m'a aussi beaucoup aidé.

v&v.com : Comment expliquer ta vitesse au portant ?
F.L. :
J'ai toujours été bon au portant ! J'ai toujours aimé ça. En Optimist, déjà, je passais souvent en queue de peloton à la bouée de près et j'étais en tête en bas ! La glisse, c'est ça qui m'a attiré vers le Mini, d'ailleurs. J'ai commencé à m'entraîner sur un Pogo 1 avant d'avoir mon bateau. Je courais contre les IRC au Portugal et je les bananais au portant ! Et puis, cette année, on a beaucoup travaillé sur les voiles avec Maxime Paul de chez Quantum Espagne. J'ai des profils assez différents des autres, je crois, un grand spi très volumineux et un médium très plat au contraire.

v&v.com : Au Portugal, gagner la Mini, c'est un tremplin comme en France ?
F.L. :
Actuellement, je suis le seul projet voile parrainé par des entreprises privées au Portugal. Le sponsoring n'est pas encore dans notre culture. D'août 2008 à mai 2009, le bateau est resté dans un hangar, car je n'avais pas d'argent. Je suis retourné faire du dériveur, un peu de TP 52 sur le bateau portugais. En France, vous ne pouvez pas imaginer comme c'est difficile de naviguer au Portugal ! Avant de pouvoir partir au large, par exemple, il faut passer trois examens, à raison d'un par an, qui nécessite à chaque fois plusieurs mois de cours. Le nombre de licences à la Fédé est plutôt en baisse... Nous, on a trouvé nos sponsors très tard et j'espère qu'ils vont continuer avec moi. C'est vrai que je suis venu faire la Mini pour me donner les moyens de faire autre chose. Gagner la Mini, c'est mon ticket pour le Figaro.

v&v.com : Qu'est ce qui t'attire dans le Figaro ?
F.L : J'arrive à un moment de ma vie où il faut que je décide où je vais. Je vais finir mon diplôme d'ingénierie navale et, après, je veux m'engager totalement dans la voile. J'ai rendez-vous avec le Figaro. J'ai envie d'aller retrouver le sens du détail que j'ai connu dans l'olympisme. Refaire de la régate au contact. J'ai énormément à apprendre avec ces gens-là.


...........
A lire dans le numéro de janvier de Voiles et Voiliers (n°467), en vente mi-décembre : la course, l'analyse tactique, les moments forts, le pot au noir, les dernières innovations techniques des derniers protos.

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