Note :
Denis Horeau a été le directeur de course du Vendée Globe en 1989, 2004 et 2008. Du Figaro de 1996 à 2004. De New York-San Francisco et de The Race. A 59 ans, il est maintenant le directeur de la Barcelona World Race 2010, qui s'élancera d'Espagne le 31 décembre prochain à midi, libérant une douzaine de concurrents. La deuxième édition de la course autour du monde en double sans escale sur 60 pieds IMOCA, souvent résumée à <un Vendée Globe à deux>, vaut mieux que ce raccourci facile. Interview.
voilesetvoiliers.com : Denis, où en es-tu pour les inscrits officiels de la deuxième Barcelona World Race ?
Denis Horeau : Aujourd'hui, nous avons neuf bateaux fermes (voir encadré ci-dessous, ndlr), dont Michel Desjoyeaux avec son futur Foncia et Jean-Pierre Dick avec son nouveau Virbac-Paprec 3. Cela dit, d'ici un mois, nous allons voir ce plateau joliment s'étoffer, mais on ne peut pas encore communiquer là-dessus...
v&v.com : Parmi les bateaux et les concurrents que tu attends, que peut-on quand même dire aujourd'hui ?
D.H. : Que pratiquement tous seront connus avant la fin de ce mois de mai. Il y aura au total beaucoup de nationalités différentes (au moins huit ou neuf !), de beaux couples et quelques surprises. Les Espagnols - et Anne-Sophie Lefeuvre en France - n'ont pas ménagé leurs efforts pour <marier> des skippers d'horizons très divers, des projets, des sponsors. De toute façon, au 31 août, tous les projets et tous les couples devront être connus et définitivement entérinés. Et, en définitive, on devrait avoir un plateau de 12-13 bateaux au départ.
| Les inscrits de la BWR 2010 au 1er mai |
| > Virbac-Paprec 3, Jean-Pierre Dick (FRA), équipier inconnu pour l'instant. > Hugo Boss (ex-Artemis), Alex Thomson (GBR), équipier inconnu pour l'instant. > Mirabaud (ex-Temenos), Dominique Wavre et Michèle Paret (SUI). > W Hotels (ex-Gitana de Loïck Peyron), Antonio Piris (ESP) et Pachi Rivero (ESP). > Estrella Damm (ex-Virbac-Paprec 2) avec Alex Pella (ESP) et Pepe Ribes (ESP). > Le futur Foncia, Michel Desjoyeaux (FRA), équipier inconnu pour l'instant. > Gaes (ex-Aviva), Dee Caffari (GBR) et Anna Corbella (ESP). > L'ex-Foncia (de Mich'Desj', vainqueur du Vendée 2008), Iker Martinez (ESP) et Xavi Fernandez (ESP). > L'ex-Mutua Madrilena (ex-Ecover), Juan Meledi (ESP) et Francisco Palacio (ESP). |
v&v.com : Tu as un exemple ?
D.H. : Le rapprochement Anna Corbella-Dee Caffari. Anna a fait de l'olympisme, du mini et va bientôt naviguer en Figaro ; Dee, on la connaît, elle a couru le dernier Vendée Globe sur Aviva. La première n'avait pas de bateau, mais un sponsor (Gaes), la seconde un bateau (l'ex-Aviva), mais plus de sponsor. Eh bien, les responsables de la FNOB ont créé les conditions d'un rapprochement, et toutes deux vont courir sur le 60 pieds de Dee, rebaptisé Gaes. Mieux : les Espagnols ont créé une vraie écurie de course, racheté les deux plans Farr français (Paprec-Virbac 2 et Gitana Eighty) le lendemain de leur arrivée au Vendée Globe. Et, plus tard, au moment de l'intégration de Caffari, ils ont adapté leur écurie à la géométrie de son projet, car Dee avait déjà son équipe technique. Souplesse, adaptation, volonté de construire - bien joué...
v&v.com : Et puis, il y a aussi le rachat de Foncia - pas mal !
D.H. : Oui, quelle belle idée ! Racheter le vainqueur du dernier Vendée, demander à Mich'Desj' d'organiser la transmission du bateau et le confier à deux marins atypiques, éclectiques, talentueux - champions de 49er, Iker Martinez et Xavi Fernandez ont aussi couru la Volvo Ocean Race. C'est original, culotté et malin.
La Barcelona World Race emprunte le mythique parcours par les trois caps... la Méditerranée en plus ! Notez les deux détroits obligatoires, Gibraltar et Cook, et les désormais traditionnelles portes des glaces. (Cliquez pour agrandir).
Photo © D.R. (BWR)
v&v.com : Y aura-t-il des changements par rapport à la première édition de la Barcelona ?
D.H. : Pas vraiment. En fait, on pérennise, on officialise, des idées testées pendant la première course. Exemple : le passage obligatoire par le détroit de Cook, en Nouvelle-Zélande, initié la dernière fois, a donné lieu à des discussions avec l'IMOCA. Laquelle a bien compris que ce passage était cohérent avec la philosophie de l'épreuve. Ça induit une vraie différence avec le Vendée Globe - et ça permet d'atteindre un objectif fondamental aujourd'hui en course autour du monde : que le nombre d'arrivées ne soit pas trop différent du nombre de partants. Ce qui s'est passé lors du dernier Vendée Globe - 11 arrivées, 30 partants - est assez significatif.
Dominique Wavre, 3e de la première édition de la Barcelona sur Temenos avec sa compagne Michèle Paret, va repartir pour plusieurs tours : avec son nouveau sponsor, Mirabaud, il a un programme chargé jusqu'au Vendée Globe 2012 !
Photo © Chris Cameron (BWR)
v&v.com : Les arrêts, les escales, sont donc toujours possibles ?
D.H. : Oui, et là aussi pour les deux mêmes raisons. On peut s'arrêter autant de fois qu'on veut, réparer, changer une voile, avec une règle simple : toute escale avant la longitude de la Tasmanie ne donne lieu à aucune pénalité ; une fois cette limite géographique franchie, tout arrêt doit obligatoirement durer 48 heures minimum.
v&v.com : Ceci pour décourager tout arrêt programmé qui permettrait à une équipe fortunée, au milieu du tour du monde, de remettre à neuf son bateau ?
D.H. : Exactement. Dans le règlement comme dans l'esprit, il est hors de question de programmer une escale. Et, bien sûr, de changer les hommes sur le bateau... Tu sais, la Barcelona n'en étant qu'à sa deuxième édition, elle teste son histoire. Elle teste ses concepts. Elle n'est pas monolithique, figée. Arrivant vingt après le Vendée Globe, sa démarche est logique.
Vainqueurs de l'édition 2007-2008 sur Paprec-Virbac, Jean-Pierre Dick et l'Irlandais Damian Foxall ont tourné en 92 jours à la moyenne de 11,13 noeuds.
Photo © Thierry Martinez (BWR)
v&v.com : Toi qui as été, à trois reprises (1989, 2004 et 2008), directeur de course du Vendée Globe - c'est-à-dire de la course la plus simple et la plus radicale qui soit -, qu'est-ce qui t'a attiré dans ce projet Barcelona ?
D.H. : Ce qui m'a plu en premier lieu, c'est l'aspect international. Le schisme culturel entre la navigation en solitaire et la navigation en équipage - à deux, on en forme déjà un - n'est pas près d'être résolu. Pour faire court, malgré quelques exceptions, le solo reste franco-latin, et l'équipage, plutôt anglo-saxon. Du coup, ce schisme trouve une partie de sa solution avec le concept de la Barcelona. Il peut réunir, réconcilier, les adeptes des deux types de navigation. On a vu, et on verra encore dans cette édition, des skippers anglo-saxons venir sur des 60 pieds IMOCA et naviguer dans le Grand Sud avec, peut-être, l'idée un jour de courir le Vendée Globe, de passer au solitaire. On a vu, et on verra encore dans cette édition, des coureurs chevronnés mettre le pied à l'étrier de marins plus jeunes. Ces notions de réconciliation, de passation, de transmission, de passerelle, sont très importantes. Et si l'on a en effet huit à neuf nationalités cette année au départ, on aura déjà réussi quelque chose.
v&v.com : D'autant que les courses en double, aujourd'hui, ont trouvé leurs lettres de noblesse...
D.H. : C'est d'autant plus vrai que, pour ma part, quand s'est créée la première Route du Café, je faisais partie des sceptiques, je le reconnais. Eh bien, aujourd'hui, la Transat Jacques Vabre, la Transat Ag2r ou la Barcelona World Race démontrent que le double est un genre en soi, passionnant, exigeant, avec des aventures humaines très fortes et des performances inouïes. Il y a des histoires à raconter. Car le concept est simple et direct : trois mois, deux hommes, un bateau, la planète.
Trois mois, deux hommes, un bateau, la planète. Sur le papier, la Barcelona est simple. Mais la vie à deux dans un espace confiné et jusque dans le Grand Sud ne l'est pas forcément !
Photo © D.R. (BWR)
v&v.com : Et courir à deux pendant trois mois à bord d'un 60 pieds, qui plus est dans le Grand Sud, ça doit ménager quelques rudes moments, en effet. Quand la Mini-Transat pouvait être courue en double, on a vu des équipages sortir les couteaux, au sens propre !
D.H. : Voilà ! C'est fort, le double ! Pour ma part, j'adore ça, j'ai pas mal couru en double et j'en garde des souvenirs magnifiques.
v&v.com : En transat ?
D.H. : Oui, je me souviens notamment d'un Lorient-les Bermudes-Lorient, en 1983, avec François Girod, sur le trimaran Dellos Avenue, l'ancien plan Newick de Daniel Gilard et de Mike Birch. On a chaviré, déclenché notre balise Argos et on a été récupéré. Au-delà de cette histoire, j'adorais ce partage en mer. Il faut bien sûr que l'alchimie s'opère, sans quoi on risque de souffrir horriblement. Mais si elle se fait, c'est un immense bonheur. C'est à la fois un partage à haute valeur ajoutée et à haut danger ajouté. Passionnant.
v&v.com : Quels points communs et quelles différences vois-tu entre la Barcelona et le Vendée ?
D.H. : Il y a bien entendu pas mal de points communs, à commencer par celui-ci... Le Vendée Globe est le fruit de l'investissement sans faille, en temps, en énergie, en moyen, d'un département français. Le fruit d'une volonté inébranlable de garder le cap originel, malgré tous les gens qui ont pu dire, par exemple : <Allez, autorisez les escales, autrement, un sponsor peut tout perdre au bout de dix jours, du coup, il va hésiter à s'inscrire>. La Vendée a toujours refusé ces compromissions, a toujours gardé le cap de l'idée originelle. Elle a eu raison. Même chose pour la Barcelona World Race, qui est le fruit de la volonté d'une région espagnole, la Catalogne, d'investir sans faille dans la voile océanique et dans une course, un concept, et de s'y tenir. Cela est aussi passé par l'écurie dont on a parlé, le rachat de bateaux, le fait d'intégrer des spécialistes et des coureurs étrangers... Cette détermination sans faille, pour la Vendée comme pour la Catalogne, est <le> point commun évident. Et elle aboutira au même résultat : la réussite.
A l'image d'Alex Thompson et Andrew Cape menant Hugo Boss à la limite - battant le record de la distance en 24 heures avec 501,3 milles !- et finissant 2e de la première édition, la Barcelona World Race permet de pousser les 60 pieds à fond.
Photo © Jonathan Glynn-Smith (BWR)
v&v.com : Et côté budget ?
D.H. : Pour autant que je puisse le savoir, le budget de la Barcelona ne doit pas être très loin de celui du Vendée Globe. C'est-à-dire environ huit millions d'euros.
Les Espagnols ont une réelle ambition océanique. Création d'un tour du monde en double, d'une écurie de course, rachat de deux plans Farr récents (Gitana et Virbrac-Paprec 2), intégration de spécialistes et de coureurs étrangers. A l'image d'Estrella Damm en 2007, ils veulent aller vite et loin !
Photo © Jorge Andreu (BWR)
v&v.com : Et les différences ?
D.H. : La Vendée a construit son histoire depuis vingt ans, pierre après pierre, avec ses drames, ses exploits, ses aventures, ses sauvetages. Et cette histoire est très forte. La Barcelona, elle, est neuve. Pour se différencier, elle se doit d'apporter du contenu, de la visibilité, d'enrichir le contexte. Par exemple en créant le record New York-Barcelone, qui vient d'être établi par les deux 60 pieds espagnols W Hotels et Estrella Damm. Ou en créant la Vuelta, c'est-à-dire le Tour de l'Espagne réservé aux 60 pieds IMOCA. Ce Tour va partir le 12 juin de San Sebastian (Pays basque espagnol) et arriver à Barcelone. Entre les deux, il va s'arrêter dans tous les ports, toutes les régions d'où sont issus les coureurs espagnols engagés - Gallice, côte Cantabrique... Pour ce Tour, on retrouvera de six à dix bateaux, des concurrents de la Barcelona et tous les Espagnols bien sûr, mais aussi le nouveau PRB de Vincent Riou, par exemple, et peut-être Safran de Marc Guillemot. Ces opérations à la fois locales, nationales et internationales permettent de faire connaître la course. Et, en Espagne aujourd'hui, on ne peut pas ouvrir un journal sans voir le logo de la Barcelona World Race sur toutes les pubs ou presque...
v&v.com : Côté sécurité, maintenant, j'imagine que les portes des glaces seront reconduites ?
D.H. : Bien sûr. Surtout qu'avec les progrès technologiques et notamment les observations satellitaires, on peut suivre de près et précisément le cheminement des glaces. Donc positionner et déplacer plus finement ces portes.
v&v.com : Tu viens aussi de boucler un tour du monde austral des MRCC (Maritime Rescue Coordination Center), autrement dit des Centres de coordination du sauvetage en mer ?
D.H. : Oui, ça me tenait à coeur depuis longtemps. Je suis allé voir les MRCC de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Chili et de l'Argentine. Autrement dit, des pays susceptibles de porter assistance aux marins dans le Grand Sud. Tous sont aujourd'hui très professionnels, dotés d'équipements ultra-modernes, chapeautés par des spécialistes. Tous disent qu'ils ne sont absolument pas hostiles aux courses autour du monde à la voile. Tous demandent simplement que les organisateurs respectent quelques règles - exemple : les Australiens souhaitent que les parcours ne passent pas à plus de 1 000 milles de leurs côtes, pour des raisons d'autonomie (avions, hélicos, bateaux) et de rapidité d'intervention. Tous demandent aussi des infos régulières et des bases de données détaillées et précises.
v&v.com : Ce sont les fameux sites <Rescue> ?
D.H. : Exactement, un outil fantastique qu'on a initié pour le Vendée Globe 2008 ! Il s'agit d'un site confidentiel à accès codé, sur lequels figurent tous les renseignements utiles en cas de sauvetage : taille et poids des skippers, langues qu'ils parlent, couleurs, structure et matériau de leur bateau, description de leurs combinaisons de survie et de leurs radeaux, identifiants et codes de leurs équipements de sécurité... Un clic, et les sauveteurs savent tout ce qu'il faut pour mener au mieux leur intervention.
Déjà, en 2007, Barcelone avait réservé un accueil incroyable aux 60 pieds du tour du monde en double. Et, pour l'édition 2010, le départ sera donné le 31 décembre à midi. Chaude ambiance et fiesta garanties !
Photo © Alfred Farré (BWR)
v&v.com : Le départ est toujours bien prévu le 31 décembre à midi ?
D.H. : Oui, comme The Race en 2000. Et quand on sait ce que réprésente la <fiesta>, la fête, en Espagne, ça va être extraordinaire !
v&v.com : Après la Barcelona World Race, que voudrais-tu faire ? Revenir... au Vendée Globe ?
D.H. : J'aimerais beaucoup, oui ! Ne serait-ce que pour des raisons de continuité d'action. Il est toujours préférable de travailler dans la continuité que de tout reprendre à chaque fois. La technologie évolue vite. Cette édition de la Barcelona va bénéficier directement de ce que nous avons fait lors du Vendée Globe 2008, et il est évident que le Vendée Globe 2012 profitera, d'une façon ou d'une autre, des avancées qui auront été menées pour la course espagnole. A chaque fois, on apprend, on valide, on se rapproche des concurrents, on est de plus en plus <juste> dans la façon de traiter les problèmes. Il serait donc logique, bénéfique, que le prochain Vendée Globe, qui va se courir avec les mêmes bateaux, les mêmes marins, les mêmes process, le même parcours, s'inscrive dans cette continuité. Je serai ravi de faire un quatrième Vendée Globe, oui.
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Le site de la Barcelona World Race est ici.
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30/12/2010 - 20:00
Barcelona World Race 2010, la bande-annonce vidéo
Le 31 décembre prochain, la seconde édition de la Barcelona World Race s’élancera de Barcelone pour un tour du monde en double sans escales et sans assistance sur 60 pieds IMOCA. Organisée par la Fondation pour la Navigation Océanique de Barcelone, la course promet d’être passionnante, puisque parmi les équipages inscrits, on compte déjà Michel Desjoyeaux, Jean-Pierre Dick, Guillermo Altadill ou Pachi Rivero… Voici la bande-annonce en vidéo.
27/07/2009 - 16:21
Denis Horeau nommé directeur de course
Il a été trois fois directeur de course du Vendée Globe (1989, 2004 et 2008) et neuf fois de la Solitaire du Figaro, entre 1996 et 2004 – mais aussi de New York-San Francisco ou The Race. Connu et apprécié des coureurs, notamment au sein de l’IMOCA, Denis Horeau est depuis aujourd’hui le directeur de course de la Barcelona World Race, tour du monde en double dont la deuxième édition s’élancera le 31 décembre 2010 à Barcelone.
20/04/2009 - 13:45
Barcelona World Race vs Velux 5 Oceans
Que font les skippers d'Open 60' entre deux Vendée Globe ? Des tours du monde ! En 2010, ils auront même le choix entre deux événements : la Barcelona World Race, une course en double, officiellement retenue par la classe IMOCA, et la Velux 5 Oceans, en solitaire et par étapes... Entre les deux, cela ne va pas être facile de se décider : elles se courent en même temps !