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Halvard Mabire : «Les fondamentaux de la course au large»

Les inscriptions à la Route du Rhum 2018 seront closes le 31 mars. Sur les 120 places proposées aux six classes en lice, 50 le sont pour les Class40. Et il y a eu 58 demandes (57 aujourd’hui suite à une défection) pour une catégorie de bateaux où les constructions et les mises à l’eau s’enchaînent actuellement, à l’image de ceux de Yoann Richomme, Nicolas Troussel, Luke Berry, Andrew Thomson, Arthur Le Vaillant après ceux de Louis Duc, Maxime Sorel, Aymeric Chappellier, voilà quelques mois. De plus, trois vainqueurs de la Solitaire du Figaro (de Pavant, Richomme et Troussel) sont engagés au sein d’une flotte dont le niveau sportif ne cesse de progresser. Excellente occasion, à dix jours de cette clôture, pour faire le point avec le président de la Class40, Halvard Mabire, qui de surcroît prend date pour un très prochain tour du monde réservé à ces bateaux !
  • Publié le : 20/03/2018 - 15:30

Halvard Mabire Président de la Class40, Halvard Mabire est sans doute le marin qui a le plus navigué sur ces bateaux.Photo @ Jean-Marie Liot/Campagne de France

Voilesetvoiliers.com : La Class40 dispose d’un quota de 50 engagés sur la Route du Rhum et vous êtes près de 60 à demander votre inscription.
Halvard Mabire :
Nous sommes à 57 demandes suite à un récent désistement. On espère que la situation va se décanter en jouant sur deux tableaux. Sur les 57, certains ne réussiront peut-être pas à boucler leur budget et finaliser leur projet. Et puis il y a aussi des classes moins gourmandes qui pourraient libérer quelques places. Enfin, on espère que les organisateurs n’auront pas l’indécence de laisser à quai des Class40 répondant aux critères demandés, surtout avec des sponsors. La voile ne peut pas se permettre de jeter des sponsors à l’heure actuelle.

Voilesetvoiliers.com : Comment sont vos relations avec l’organisateur ? Celles avec d‘autres classes sont tendues…
H.M. :
Ce n’est pas parce que nous avons des choses à dire qu’il ne faut pas garder des rapports cordiaux. Il y a forcément beaucoup de remarques à faire sur la Route du Rhum, c’est général et pas spécifique à telle ou telle classe ni à tel ou tel organisateur. Il y a pas mal d’interrogations comme de constater que le plus gros événement voile en France avec le Vendée Globe est financé essentiellement par les frais d’engagements des concurrents et l’argent public. Compter sur les acteurs pour financer le spectacle est une dérive dangereuse. Ce n’est pas spécifique à la Route du Rhum. Il ne faut pas considérer que les concurrents et leurs sponsors sont les vaches à lait du système, cela ne fonctionnera pas à terme. De plus, je pense que les organisateurs sont malheureusement contraints de faire face à des dépenses délirantes qui sont hors propos, ou en tous cas qui n’apportent aucune valeur ajoutée à l’événement pour sa renommée ou son développement.

Voilesetvoiliers.com : Lesquelles ?
H.M. :
Michel Etevenon (créateur de la Route du Rhum, ndlr) était extrêmement lucide lorsqu’il expliquait qu’il était hors de question d’avoir un village dans un site aussi magnifique que Saint-Malo. Les partenaires ont évidemment besoin de lieux pour communiquer mais peut-être sous une forme différente. Et ces villages de course, en général, deviennent petit à petit la préoccupation première des organisateurs. Cela leur prend leur temps, leur énergie et des budgets importants avec en plus tous les problèmes liés à des situations comme Vigie Pirate.

 Lamotte Module CreationLamotte Module Création est le dernier Class40 à avoir été mis à l'eau. Cela se passait le 15 mars dernier à la Trinité-sur-Mer. Il s'agit d'un Mach V.3, plan de Sam Manuard construit par le chantier JPS Production, pour Luke Berry. Photo @ LB Sailing

Voilesetvoiliers.com : A presque 60 bateaux pour la Class40, vous représentez un poids économique certain…
H.M. :
Incontestablement, comme d’ailleurs tous les concurrents en général. Sachant que les organisateurs ont annoncé qu’ils comptaient à priori conserver quelque 80 % des droits d’inscription (8 000 euros HT pour un Class40, ndlr) qui ne seront rétrocédés ni aux classes ni en primes de course. Déjà nous avons obtenu que les rétrocessions des primes soient égales pour toutes les classes. Avant, vu notre nombre, c’étaient en partie  les Class40 qui finançaient pour les autres bateaux. Ainsi les IMOCA ou Multi50 récupéraient quasiment 50 % du montant de leurs inscriptions en primes et les Class40 seulement 17 %. Cela a évolué et les organisateurs ont promis l’équité entre les différentes classes.

Voilesetvoiliers.com : 58 demandes d‘inscription. De nombreux bateaux neufs. Comment expliquez-vous cette bonne santé ?
H.M. :
Il ne faut jamais faire de triomphalisme. Mais ce succès s’explique par plusieurs raisons. D’abord l’équilibre économique et le pragmatisme. Le rapport investissements/retombées est pile-poil dans les bons créneaux et les budgets abordables pour un très large panel de sponsors qui fait le corps de la voile en France. Il ne faut pas être aveuglé par les très gros comme Rothschild, Macif, Banque Populaire. La majorité est le fait de PME et TPE. Il y a une inflation non maîtrisée des coûts et des budgets des grandes classes et si l’avenir de la voile se résume à ces très gros sponsors cela devient dangereux. À l’image de ce qui se passe en Grande-Bretagne où il y a de très gros budgets comme BAR Racing ou Hugo Boss et pas grand-chose à côté. La voile a explosé en France grâce à des investissements raisonnables. Dans ce cadre, la Class40 offre un support idéal, en proposant pour un budget raisonnable un très bon niveau de compétition sur un support intéressant et dont les performances n’ont rien à envier à celles des IMOCA d’ancienne génération.

Voilesetvoiliers.com : Mais on parle globalement beaucoup moins des Class40 que des gros bateaux. Du coup, même si les budgets sont minimes, ce fameux rapport est-il encore favorable ?
H.M. 
:
Le ratio investissement/exploitation possible reste très bon, même si la performance sportive n’est pas montrée médiatiquement à sa juste valeur. La bataille pour la victoire est forcément  beaucoup plus âpre que dans les autres classes, étant donné le nombre, le niveau et l’homogénéité de la flotte. Mais globalement, il n’est pas du tout certain qu’un IMOCA sur la Route du Rhum ait un rapport aussi ou plus intéressant car cela coûte beaucoup plus cher qu’un Class40. Et sa victoire sera effacée de toutes façons par celle des Ultim.

V&BMaxime Sorel et Antoine Carpentier, à bord du Mach V&B ont gagné en Class40 la dernière Transat Jacques Vabre. Sorel sera un des favoris de la Route du Rhum.Photo @ Jean-Louis Carli/ALeA/TJV17

Voilesetvoiliers.com : Mais pour vous aussi !
H.M. :
Un très bon budget technique chez nous, c’est autour de 300 000 euros par an et cela permet d’amortir le bateau et de le faire fonctionner correctement. Sauf à bricoler, les tout petits budgets en IMOCA, c’est un million ! Ceux qui ont une chance de gagner le Rhum ont besoin probablement de trois millions annuels. Il ne faut pas oublier que, pour les partenaires, une bonne partie de la communication sur l’événement se fait dans la semaine qui précède le départ. Pour les diverses opérations qui peuvent être faites à Saint-Malo la taille du bateau n’est pas l’élément le plus important et celle « raisonnable » d’un Class40 remet l’humain, le skipper, l’aventure et le sport au premier plan. Et puis les retombées ne sont pas que médiatiques. La communication interne et le « B to B » font aussi partie de l’exploitation. Le nombre de participants en Class40 rassure.

Voilesetvoiliers.com : Sachant que de nombreux projets en Class40 se concrétisent, cela ne risque-t-il pas de faire exploser cet équilibre et pousser à la course à l’armement ?
H.M. :
La jauge est très différente des autres. Il y a une meilleure anticipation des coûts et des trous de jauge. Elle est gérée par les skippers et les armateurs avec des consultations auprès des architectes et des chantiers. On a réussi à trouver un équilibre pas trop mauvais entre la maîtrise des coûts et la conservation de bateaux attractifs. Le vrai but de la maîtrise des coûts n’est pas d’empêcher les gens de dépenser de l’argent mais que l’argent ne soit pas l’élément clef de la performance. Le marché de l’occasion se porte bien. Il y a une décote des bateaux pas trop forte et certains marins font de bons résultats avec des bateaux de 2e ou 3e main. Ensuite, cela reste excitant de lancer un nouveau bateau et si tu peux avoir l’espoir de progresser un peu, tu ne peux pas espérer tuer la flotte. Il ne faut pas se fier à la dernière Transat Jacques Vabre où la fin s’est jouée à la vitesse pure au reaching. La dernière génération de Mach prend les deux premières places en ayant doublé Phil Sharp in extremis avec un bateau dont la conception remonte à 2011. Mais Phil termine champion 2017.

Voilesetvoiliers.com : Il n’en demeure pas moins que de nombreux bateaux neufs menés par de super marins seront au départ du Rhum 2018…
H.M. :
Et c’est très bien ! Mais il y aura des bateaux pas neufs qui auront des chances de gagner ou terminer sur le podium.

Sharp ImerysEn 2017, Phil Sharp a gagné le Championnat Class40 à bord d'Imerys Clean Energy, Mach 40 lui aussi mais lancé en 2013.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

Voilesetvoiliers.com : La Class40 est-elle encore une classe de promotion ?
H.M. 
:
Plus que cela. Il y a un gros engouement sur le Vendée Globe qui sera encore à guichets fermés en 2020 mais je ne pense pas qu‘il y ait un potentiel de nouveaux sponsors capable d’armer un bateau pour gagner important. Si déjà, on arrive à cinq ou six gros partenaires pour lancer des IMOCA gagnants ce sera extraordinaire. En revanche, il y a un tas de marins qui peuvent gagner. Et en Class40 c’est beaucoup plus ouvert avec des budgets raisonnables correspondant au contexte économique.

Voilesetvoiliers.com : Certains marins passent par la Class40 actuellement en espérant faire le Vendée Globe dans deux ans en IMOCA…
H.M. :
Oui, mais le jour – et il va arriver ! – où il y aura de très grandes courses en Class40, il n’est pas dit que certains iront se brûler les ailes sur des projets qui ne peuvent pas gagner faute de financement suffisant. C’est une question d’offre. Ce ne sont pas les IMOCA qui attirent sur le Vendée Globe : c’est le tour du monde en solitaire sans escale. Il y a beaucoup de contraintes avec les IMOCA. Tout le monde ne fait pas de la voile pour mener une grosse équipe et se retrouver chef d’entreprise. Une des raisons du succès de la Class40 est que nous revenons aux fondamentaux de la course au large : des bateaux excitants pour de la course abordable, à taille humaine et sans logistique délirante.

Voilesetvoiliers.com : De «très grandes courses» dites-vous…
H.M. :
Le jour est proche où il y aura des tours du monde en Class40. L’idée fait son chemin et ce à diverses échéances. J’aimerais bien une course en solitaire en 2019 et j’aimerais que nous puissions l’annoncer avant la Route du Rhum. Et puis elle ouvrira sur un autre tour du monde en double ou en équipage avec escales. Beaucoup de marins veulent faire une aventure autour du monde en la partageant ; les escales permettront des changements d’équipiers, ce qui correspond à l’esprit de la Class40 et à la demande. J’espère que d’ici l’été, nous pourrons annoncer une première course autour du monde, mais je ne sais pas si ce sera celle en solo ou celle en équipage, ni l’échéance. Voilà cinq ans, certains disaient que c‘était infaisable ; voilà 2 ans certains disaient «Pourquoi pas ?», voilà six mois nombre de skippers ont manifesté leur intérêt et depuis 2-3 mois, hors milieu «skippers de Class40», l’idée progresse beaucoup avec l’aspiration de courses au large où l’humain reprend le dessus sur la technologie et le budget.

Campagne de FranceC'est Miranda Merron qui mènera en solo le Class40 Campagne de France quelle partage habituellement avec son compagnon et président de la classe, Halvard Mabire. Photo @ Jean-Marie Liot/Campagne de France

Voilesetvoiliers.com : Et le président de la Class40 est inscrit à la Route du Rhum à la 57e et dernière place…
H.M. :
Je me suis inscrit tardivement car, ayant anticipé qu’il y aurait plus de demandes que de places disponibles, il était normal que le président laisse sa place aux membres. Miranda Merron (sa compagne, avec laquelle il partage Campagne de France, ndlr) dispute la Route du Rhum et moi ce sera avec notre ancien bateau dont des amis sont devenus propriétaires et qui me le prêtent pour l’occasion. Je n’ai pas de sponsors. Et je ne sais pas encore si mon bateau s’appellera Inconnu ou L’inconnu.

Voilesetvoiliers.com : Alors, combien de Class40 au départ le 4 novembre prochain ?
H.M. 
:
Entre 52 et 56 aptes à prendre le départ. Nous ferons un point d’étape au 31 mars, date de clôture des inscriptions. Mais il peut se passer bien des choses d’ici le 4 novembre. C’est la magie du Rhum : il y a toujours des inconnues jusqu’au dernier moment !

 

 

Class40
Le Championnat international 2018

Grand Prix Guyader (France, équipage, coef. 1)
The Atlantic Cup (Etats-Unis, double, coef.2)
Normandy Channel Race (France, double, coef. 2)
Drheam Cup-Destination Cotentin (France, solitaire, coef. 2)
Sevenstar Round Britain and Ireland Race (Grande-Bretagne, équipage, coef. 2)
Route du Rhum-Destination Guadeloupe (France, solitaire, coef. 4)

Trophée européen 2018

Les 1 000 milles des Sables
Grand Prix Guyader
ArMen Race
Normandy Channel Race
Drheam Cup-Destination Cotentin
Sevenstar Round Britain and Ireland Race

Trophée américain 2018

Grenada Sailing Week
Miami-La Havane
RORC Caribbean 600
Les Voiles de Saint-Barth
The Atlantic Cup
Newport-Bermudes