Note :
A 37 ans, Ronan Lucas est Directeur technique des équipes voile Banque Populaire et n°1 du Maxi trimaran. Une tronche et un physique de dingue !
Photo © Yvan Zedda (Banque Populaire)
Ronan Lucas, 37 ans, c'est la tête et les jambes. L'expression est galvaudée, mais inévitable... Car le coureur présente un CV à rallonge, performances sportives et bagage universitaire compris : Lucas a fait du Figaro, deux Coupes Louis Vuitton, des campagnes en multi de 60 pieds ; aux côtés de Bertrand Pacé, il signe un titre mondial en match-race et gagne le TFV en 2001 sur le bateau de Jean-Pierre Dick ; il affiche en outre un DEA et un DESS de droit.
Pour Banque Populaire, il a d'abord été recruté comme directeur technique des équipes. Ensuite, il a été pris comme n°1 du maxi-trimaran... Les autres l'ont coopté.
Les autres, c'est l'équipage de 13 hommes du plus grand trimaran du monde, auteur de deux records - nombre de milles parcourus en 24 heures et traversée de l'Atlantique Nord. Mais ce mot "équipage" semble avoir été oublié de Lucas. Il lui préfère celui de "groupe", qu'il décrit comme soudé et performant, avec une foison d'adverbes élogieux et une expression un peu passée... Ses hommes <ont toujours la frite>.
Et ce malgré une attente qui dure depuis le 12 novembre dernier. Pour eux, il n'y a pas eu de fenêtre pour un départ sur le Trophée Jules Verne.
50j 16h 20min 4s, le record a été établi par Bruno Peyron sur Orange 2, en 2005. Le Groupama 3 de Franck Cammas est parti le titiller dimanche dernier, pour la seconde fois de l'hiver... Et Banque Populaire 5 n'a toujours pas bougé.
Les médias et le public aiment beaucoup cette idée qu'il y ait entre les deux Maxis un match réel, direct. Mais décidément, "courir après Groupama" n'inspire pas Lucas, qu'il s'agisse d'un tabou ou d'un sujet réellement hors de propos... Lui qui n'a jamais navigué dans le Grand Sud voit ce tour du monde comme une gestion intelligente du bateau et du projet.
v&v.com : Tu es souvent présenté comme le frère de l'ombre de Pascal Bidégorry, sans a priori négatif...
Ronan Lucas : Pascal et moi travaillons ensemble depuis 2004 et je pense que l'on se complète assez bien. Pascal est quelqu'un de très pointu techniquement, qui n'hésite pas à nous pousser dans nos retranchements quand on bosse sur un projet. En tant que directeur technique de l'équipe Banque Populaire, j'essaie de mettre en musique les orientations qu'il veut donner. J'ai un rôle très terre à terre, parce que (rictus) ce n'est pas forcément simple, comme on peut l'imaginer, d'avoir construit ce multicoque. Tantôt je donne les moyens de travailler à notre équipe, tantôt je dois mettre le holà financier. On ne travaille pas comme Alinghi ou Oracle sur la Coupe, où la recherche semble perpétuelle et sans limite ! Nous, on tâche de définir un cahier des charges technique et financier réaliste ; d'ailleurs, ce n'est pas toujours les solutions les plus chères qui sont les meilleures.
La mise en scène est un peu kitsch, mais pas totalement à côté de la plaque. Sur le projet Jules Verne de Banque Populaire, le skipper Pascal Bidégorry (à gauche) et son second Ronan Lucas sont les deux têtes.
Photo © Yvan Zedda (Banque Populaire)
v&v.com : Tu as donc logiquement participé au choix de l'équipage ?
R.L. : On a beaucoup échangé pour ce recrutement de l'équipe navigante, mais dans l'ensemble on a souvent le même feeling, qu'il s'agisse des gens en général ou de la manière de créer un groupe. Au final, je pense qu'on n'a pas forcément de rock stars à bord de Banque Pop', mais on a un vrai groupe qui vit bien ensemble. Les gens se connaissent parce qu'on a passé du temps ensemble. Cela crée des affinités qui feront que dans les moments durs, on connaît bien l'autre, ses compétences, ses limites, ses capacités...
v&v.com : Quelle est la marque de fabrique des équipiers de Banque Populaire 5 ?
R.L. : (Un temps.) D'abord, ils sont tous d'excellents navigants, même si pour la majorité d'entre eux, ils n'ont pas tenu le premier rôle dans leurs précédents projets. On les a aussi choisis pour l'aspect humain. Pour leur capacité primordiale à tirer tous dans le même sens. Je ne saurais pas vraiment déterminer le trait de caractère qu'ils ont en commun... Mais je dirais que j'ai plaisir à aller naviguer avec eux. Quand on est en difficulté, c'est important d'avoir des gens avec lesquels on a la certitude que cela se passera bien. Sur un tour du monde, il va obligatoirement y avoir plein de moments sympas et trois ou quatre galères où il faudra des gens hyper soudés. C'est le groupe qui va faire qu'on va s'en sortir.
v&v.com : Qui est le gai luron de la bande ?
R.L. : Je n'en désignerais pas un en particulier. Euh... Je dirais que chacun est capable d'entrainer le groupe à un moment. C'est d'ailleurs ce qui fait notre force. Il y a des moments où on a la frite, des moments où on est moins bien... Mais dans l'ensemble, il y en aura toujours pour compenser le coup de mou des autres. Notre équilibre ne dépend pas d'une seule personne.
v&v.com : Le sujet revient souvent, mais durant ce long stand by, comment résiste-t-on à une érosion de la motivation ?
R.L. : Moi, je ne considère pas que notre motivation s'érode ! A la limite, si on a tous une peur, c'est celle de ne pas y aller ! Le moment où on aura une météo... - pas exceptionnelle, mais disons... - propice pour y aller, ce sera une délivrance. D'ici là, l'équipage se voit régulièrement et chaque fois, on voit bien que tout le monde est à fond. Quasiment tous les jours, on échange sur la météo... Il n'y a pas de baisse de motivation car d'ici le 20 février, il va forcément y avoir un petit truc qui va nous permettre d'y aller et il ne faudra pas le rater.
<Le Grand Sud, c'est un peu comme la Bretagne...>
v&v.com : Vous ne craignez pas de devoir prendre une fenêtre satisfaisante, plutôt que parfaite, et d'en être déçus ?
R.L. : Non, il n'y aura aucune frustration, car malheureusement il n'y a pas eu profusion de fenêtres depuis le début du stand-by. (Un temps.) Y'en a eu une début janvier qu'on a refusé de prendre pour des raisons de sécurité... De toute façon, on en discute avec tout l'équipage : points positifs, points négatifs. Il en ressort un consensus sur le fait de partir ou non. Il y a quinze jours, quand s'est présentée une petite fenêtre et qu'on a décidé de ne pas y aller, personne ne s'est dit <Merde, j'aurais aimé qu'on la prenne.> Tout le monde trouvait dommage de partir alors qu'on était pratiquement certains d'accuser un retard conséquent sur Orange 2 à l'entrée du Sud.
v&v.com : Si vous aviez dû partir dans le même créneau que Groupama 3, vous auriez tenu compte de ses choix ?
R.L. : Je pense que... Enfin, moi je suis assez clair là-dessus. Autant si on part le même jour ou à une ou deux heures d'écart, on est forcément tenté de regarder l'autre bateau. Les trajectoires des deux seront assez proches et s'il y en a un qui part à 40° de la route, l'autre s'interrogera. Autant quand on part avec plusieurs jours d'écart, personne n'a la même météo. Il faut faire sa course, par rapport au vent qu'on a et aux objectifs qu'on a. Le tour du monde, faut déjà le finir. Orange 2 est détenteur du record, parce qu'il l'a fini en faisant une superbe performance. Mais je pense qu'à certains moments, il a levé le pied. Peyron a su gérer son bateau et son record. C'est ce que nous souhaiterions réussir à faire. Avoir un tout petit peu d'avance sur Orange 2 au début, pour pouvoir être gestionnaire par la suite plutôt qu'à l'attaque en permanence.
Lucas reste un n°1 hors classe, physique et dynamique, connu comme le loup blanc et dont le palmarès s'allonge sans cesse...
Photo © Yvan Zedda (Banque Populaire)
v&v.com : En somme, le match entre Banque Populaire 5 et Groupama 3 n'est qu'un bon plan médiatique...
R.L. : Non, non, non ! Ce n'est pas un bon plan médiatique ! Parce que si l'on partait ensemble, forcément qu'il y aurait un aspect compétitif ! Comme le disait Marcel (Van Triest, ndr), quand on est au contact avec quelqu'un, lâcher 50 milles pour quelque chose qui va se passer dans trois jours, cela n'est pas forcément évident à gérer. Un adversaire direct est un bon stimulant pour aller vite, mais cela peut aussi pousser à faire des bêtises. Après, si l'on part plusieurs jours plus tard, c'est différent, on n'est plus dans le même système météo et il faut se détacher de la route de l'autre. Il ne faut pas commencer à se dire <Ah, lui est allé vite ici et nous on se traîne !> Non, si nous avons de la mer défoncée ici, on ne va pas aller vite et puis voilà.
v&v.com : Si vous deviez encore attendre avant de vous élancer, à quoi risque de ressembler l'automne dans le Grand Sud ?
R.L. : L'automne, l'automne ! On n'y est pas encore tout à fait ! On sait d'après Marcel que l'on vise des périodes où il est encore possible d'échapper aux grosses grosses dépressions. Après, le Sud, je dirais que c'est comme la Bretagne. Parfois on a des mois de septembre-octobre qui sont merveilleux, parfois c'est la catastrophe... Donc... Euh... (Rires.) Il faudra gérer !
v&v.com : Aucun risque de rencontrer davantage de glaces ?
R.L. : Sur ce point, je ne pense que cela fasse une différence fondamentale. Les glaces que l'on va trouver sur notre route sont décrochées depuis plusieurs années. Elles seront peut-être un peu plus Nord en fonction de ce qu'on a comme vent, mais on a toute une procédure de repérage des icebergs par satellite et on essaiera de ne pas trop approcher des zones à forte concentration. Le but n'est pas de jouer à la roulette russe.
v&v.com : Et la Coupe, vous aurez l'occasion de la suivre depuis le bord ?
R.L. : On se tiendra forcément au courant... On est des passionnés ! Et on a eu la chance de collaborer avec Alinghi et d'être un peu confrontés à BMW au travers d'un entrainement en Suisse, en 60 pieds... Alors forcément, on a hâte de les voir en découdre.
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22/01/2010 - 18:29
Pourquoi ils ne partent pas ?!
Quatre jours sur les dents et rien ! Après des heures et des heures de conciliabules et de briefings, ni Banque Populaire 5 ni Groupama 3 ne prennent la (toute) petite fenêtre météo qui s'était dessinée sur l'Atlantique. Trop risquée, trop étroite, trop incertaine... Les équipages repassent en code rouge et attendent la prochaine... Peut-être la semaine prochaine... Explications.
22/01/2010 - 08:29
Marcel Van Triest : «Faire du match-race dès le départ d’Ouessant, ce serait ridicule !»
Record ou régate ? Depuis hier, Banque Populaire V et Groupama 3 tirent tout deux sur leurs amarres dans le port de Brest, prêts à rejoindre au signal de leur routeur la ligne de départ du Trophée Jules Verne, au large d’Ouessant. En mettant à profit la première fenêtre météo potable depuis bien longtemps, les deux trimarans géants pourraient donc transformer leur quête de record en régate planétaire. Un match-race pas forcément du goût des routeurs, comme nous l’a expliqué Marcel Van Triest qui s’occupe de la trajectoire de Banque Populaire V.
21/01/2010 - 10:30
Ira ? Ira pas ?
Depuis quelques jours, la frénésie a repris les pontons : que ce soit du côté de Groupama comme du côté de Banque Populaire, les météorologues n’ont de cesse d’observer une fenêtre météo qui pourrait s’ouvrir pour les postulants au Trophée Jules Verne… Tout l’enjeu reste de savoir si cette opportunité est suffisamment bonne pour assurer toute la descente de l’Atlantique.
15/01/2010 - 07:13
Pascal Bidégorry : «C’est très dur de ne pas partir !»
Voilà deux mois que Pascal Bidégorry et ses douze équipiers attendent la bonne fenêtre météo pour s’élancer à l’assaut du Trophée Jules Verne. Deux mois qu’ils étudient chaque jour les champs de vent avec l’espoir de conditions favorables. En attendant, Banque Populaire V, fin prêt, tire sur ses amarres à Brest. Et pourrait bien s’élancer dès que possible en même temps que l’autre maxi-trimaran, Groupama 3.