Actualité à la Hune

Les Sables-Horta

Jean Galfione ou l'art de se remettre en question

Cinquième de la première étape des Sables-Horta – courue en double avec Jean-Christophe Caso –, Jean Galfione s’affirme petit à petit comme l’un des concurrents les plus sérieux de la Class40. Le skipper de Serenis Consulting continue cependant de marcher sur la pointe des pieds. Ne pas griller les étapes, prendre le temps de progresser et se fixer des objectifs à sa mesure : tel est le credo de l’ancien perchiste aujourd’hui parfaitement installé dans ses habits de marin.
  • Publié le : 12/07/2017 - 15:30

Jean GalfioneAgé de 46 ans, Jean Galfione réussit une jolie deuxième carrière sportive. Son objectif majeur à court terme est la Route du Rhum 2018, course qu'il termina à la 18e place en Class40 (sur 43 inscrits) et à la 38e au général en 2014.Photo @ Christophe Favreau/Les Sables - Horta 2017
Une quarantaine de sélections en équipe de France d’athlétisme entre 1991 et 2005, un titre de champion olympique, une barre à 6 mètres (le premier Français à atteindre cette hauteur) : Jean Galfione, superstar du sport tricolore, affiche un palmarès hors norme en saut à la perche. Mais ça, c’était sa «vie d’avant», comme il dit. En quelques années, celui qui a commencé la voile à l’âge de 35 ans a réussi à s’imposer comme le marin qui faisait de la perche et non plus comme l’ex-perchiste qui fait de la voile. Au début, le pari était pourtant loin d’être gagné. Et pour cause, en 2004, lorsqu’il commence la compétition en rejoignant comme «grinder» l’équipe d’Areva/K-Challenge (le syndicat français ayant participé à la 32e Coupe de l’America), c’est clairement pour sa puissance et ses compétences de préparateur physique. «Je me sentais un peu paumé dans cet univers mais j’ai fait et appris une multitude de choses.» L’expérience est enrichissante pour Jean, qui sort de quatre années un peu difficiles, la faute à des blessures à répétition qui l’éloignent régulièrement des stades. Ainsi, après une ultime saison en saut à la perche lors de laquelle il parvient tout de même à décrocher une belle 6e place au Championnat du monde puis à se qualifier pour le mondial de la discipline, il décide de tourner définitivement la page de sa carrière en athlétisme. Il accepte toutefois un poste de consultant auprès de la Fédération pour le compte d’Areva. Enfermé dans son bureau du 52e étage d’une tour à la Défense, même s’il apprécie la mission qui lui est confiée, Galfione sent malgré tout qu’il s’éloigne progressivement des plans d’eau. Que les appels des copains ou de ses anciens équipiers commencent à se faire plus rares. «A ce moment-là, je décide d’appeler le chantier Structures pour commander la fabrication d’un Class40.» Ainsi l’aventure est lancée.

Serenis ConsultingDeuxième cette année du Grand Prix Guyader puis de la Normandy Channel Race avant cette épreuve, le HH40 de Jean Galfione est un des grands animateurs de la Class40. Photo @ Christophe Favreau/Les Sables - Horta 2017
La question de la légitimité

«Dans un premier temps, je loue ce bateau à Nicolas Troussel, double vainqueur de la Solitaire du Figaro. Il devient mon formateur. Pour moi, c’est alors une vraie remise en question et je suis constamment dans l’opposition avec “ma vie d’avant”. Une vie finalement confortable, passée dans un cocon, avec des gens qui géraient tout pour moi. Le choc est un peu brutal et je ne me sens pas toujours très à l’aise. J’ai très peur que l’on pense que je voulais simplement faire un coup de com’. La légitimité est quelque chose d’important pour moi et, à cette époque, pour le coup, j’en manque cruellement. Il a fallu que je fasse mon trou, petit à petit», souligne le navigateur pour qui la situation change à partir du moment où il décroche sa qualification pour la Route du Rhum, en 2014. «Dès lors, j’ai commencé à me dire que je faisais partie de cet univers de la course au large. Malgré tout, ça reste un challenge au quotidien d’être à la hauteur. J’ai toujours le sentiment de ne pas en faire assez ou que les autres savent des choses que moi je ne sais pas. C’est d’ailleurs une des raisons qui font que j’ai encore un peu du mal à vraiment imposer mes points de vue lorsque je navigue en double ou en équipage», précise le skipper de Serenis Consulting dont la conception de la voile est finalement assez éloignée de celle des marins dont il dévorait les récits, plus jeune. «Je lisais les bouquins de Moitessier et de grands voyageurs… des gens pour qui partir en mer était tout à fait autre chose que faire marcher le bateau le plus vite possible. En ce qui me concerne, c’est un truc qui m’intéresse beaucoup. Je suis passionné par tous les aspects techniques. Lorsque je faisais du saut à la perche, j’aimais déjà mener des réflexions ou des recherches pour aller toujours plus loin dans la technique de l’entraînement», souligne un garçon dont la soif d’apprendre semble intarissable.

Jean Galfione et Jean-Christophe CasoLors de cette première étape, Jean Galfione faisait équipe avec Jean-Christophe Caso. Il sera épaulé par Nicolas Troussel lors de la seconde qui part samedi.Photo @ Christophe Favreau/Les Sables - Horta 2017
Du temps et de l’abnégation

«Ce que j’apprends aujourd’hui avec la course au large, c’est que les choses se font avec du temps et énormément d’abnégation. Mon nouveau bateau (un HH40 mis à l’eau en 2013, ndlr) est beaucoup plus technique que le précédent. Il faut passer du temps à bord pour bien le sentir, apprendre et essayer des choses», ajoute le Parisien d’origine, avouant par ailleurs que la voile est un sport plus difficile qu’il ne le pensait au départ. «Au niveau de l’inconfort, ça n’a vraiment rien à voir avec ce que je faisais auparavant. C’est vrai que le saut à la perche est une discipline exigeante, mais j’ai toutefois le sentiment d’être beaucoup plus robuste et dur au mal aujourd’hui que je ne l’étais hier. En athlé, on fait monter le taux d’acide lactique. En voile, on prend des chocs, on ne dort pas, on est mouillé pendant des jours, on a froid… C’est vraiment dur», raconte le marin dont l’objectif affiché est la Route du Rhum 2019. «Après, je ne sais pas ce que je ferai. Souvent on me demande si je serais au départ d’un Vendée Globe. C’est une question qui m’étonne toujours. Pour moi, c’est aussi fou que si on me demandait si j’avais envie de participer à la finale de la Coupe du monde de football ! Ce que je veux faire et ce qui m’éclate, c’est de faire les choses à mon rythme, avec des gens de mon niveau. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’aime régater en Class40», conclut le skipper, qui s’alignera vendredi prochain au départ de la deuxième étape des Sables-Horta, avec Nicolas Troussel à ses côtés cette fois. Et l’envie de faire au moins aussi bien que lors de la première remportée, samedi dernier, par la paire Pablo Santurde-Gonzalo Bontin sur Tales II.

Serenis ConsultingA bord de Serenis Consulting, Jean Galfione a terminé cinquième de la première étape de la course Les Sables-Horta.Photo @ Christophe Favreau/Les Sables - Horta 2017

Classement première étape (Les Sables-Horta) :

1. Tales II (Pablo Santurde Del Arco - Gonzalo Botin) en 5 jours 23 h 5’42’’
2. Imerys (Phil Sharp - Corentin Douguet) à 43’40’’ des premiers
3. Stella Nova (Alexander Krause - Antoine Carpentier) à 5 h 02’20’’
4. Colombre XL (Massimo Juris - Pietro Luciani) à 6 h 11’7’’
5. Serenis Consulting (Jean Galfione - Jean-Christophe Caso) à 9 h 53’29’’
6. Oman Sail (Sidney Gavignet - Fahad Al Hasni) à 10 h 10’15’’
7. Campagne de France (Halvard Mabire - Miranda Merron) à 10 h 23’12’’
8. Aina enfance et avenir (Aymeric Chappellier - Arthur Le Vaillant) à 11 h 55’37’’
9. Transport Hesnault - Cabinet Z (Cédric de Kervenoael - Robin Marais) à 22 h 35’32’’
10. Yoda (Franz Bouvet - Thomas Guichard) à 23 h 30’43’’

etc.
17 classés

 

Le programme

Vendredi 14 juillet
13 h 02 : Signal de départ pour les Sables-d’Olonne

Samedi 22 juillet
18 heures : Remise des prix

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