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The Transat bakerly

Jean-Pierre Dick : «Au large, c’est la vraie vie»

Habituellement, les départs des grandes courses au large se donnent un dimanche. Oui mais voilà, lundi sera jour férié au Royaume-Uni comme tous les premiers lundis du mois de mai. C’est pourquoi les organisateurs de The Transat bakerly ont choisi ce 2 mai pour lancer, à 14 heures 30 (15 heures 30 en France) la flotte des 24 concurrents (plus Loïck Peyron, hors course, Pen Duick II n’étant dans aucune catégorie autorisée) depuis Plymouth à destination de New York. Parmi eux, Jean-Pierre Dick, qui espère terminer sa première course océanique avec son nouveau StMichel-Virbac et alors que le chrono tourne vite avant son objectif principal : le Vendée Globe 2016-2017.
  • Publié le : 30/04/2016 - 00:01

Portrait Jean Pierre DickAprès son abandon lors de la Transat Jacques Vabre fin 2015, Jean-Pierre Dick estime à raison avoir besoin de compétition.Photo @ A.Pilpré/StMichel-Virbac Sailing Team
Voilesetvoiliers.com : Jean-Pierre, vous avez suivi une préparation un peu différente de la normale cet hiver après la Transat Jacques Vabre en vue de cette année charnière dont le Vendée Globe sera le point d’orgue…

Jean-Pierre Dick : Oui, une fois le bateau réparé après la Transat Jacques Vabre (StMichel-Virbac abandonna rapidement cette course pour des problème structurels, ndlr) nous nous sommes installés au Portugal pour naviguer dans une mer forte et un vent soutenu. Je suis revenu en France, à Lorient, après avoir parcouru presque 4 000 milles en solitaire entre les Canaries, le Cap-Vert et les Açores en plein hiver. C’était très inhabituel et cette navigation s’est tout de même montrée très positive. C’était une sorte de crash-test car on avait renforcé le bateau à la suite de la casse. Maintenant, je suis beaucoup plus serein. Le Vendée Globe est avant tout une épreuve de fiabilité et on a tout de même vu quelques petits points qu’il fallait encore reprendre. Il y a eu des petits incidents qu’il vaut mieux avoir vécus dans ces conditions-là que sur un Vendée Globe. Je voulais valider le bateau à son maximum : c’était l’une des contraintes de ce programme en plus de bien évaluer les performances.

Voilesetvoiliers.com : Seul, sans adversaire, vous avez réussi à vous mettre dans de vraies conditions de course ?
J.-P. D. : Oui car il fallut gérer le bateau, le pousser au maximum mais aussi gérer la fatigue du bonhomme. On s’est fait mal tous les deux en Atlantique Nord en plein hiver. J’ai navigué par 40 nœuds de vent même si on sait qu’ensuite cela doit rester anecdotique et que nous devrons éviter ces conditions-là. Mais c’état un vrai et concluant baroud d’essais ! Ensuite, je dispute les deux transats avant l’été (The Transat bakerly puis New York-Vendée, ndlr) car j’ai besoin de compétition. Sincèrement, par rapport à novembre 2015 et la Jacques Vabre, j’ai bien progressé. 

A bord StMichel VirbacA la suite de sa longue prise en main hivernale de son bateau, Jean-Pierre Dick a fait améliorer l'ergonomie de son bateau dont celle du cockpit.Photo @ A.Pilpré/StMichel-Virbac Sailing Team
Voilesetvoiliers.com : Il semble que ces bateaux soient nettement plus exigeants en termes d’inconfort que les bateaux sans foils…

J.-P. D. : Les architectes ont toujours tendance à faire des bateaux plus légers, plus rigides avec des peaux en carbone de plus en plus fines et une structure plus légère. Ces foilers sont beaucoup plus violents et bruyants que les précédents qui l'étaient déjà beaucoup. On a l’impression de vivre au milieu d’un chantier de travaux. Pour 99,9 % des gens, nous passerions pour des fous. Mais le propre de l’homme, c’est de s’habituer à tout. C’est comme avec les multis : les marins se sont habitués au stress qu’ils génèrent. C’est vrai que c’est une exigence qu’il faudra prendre en compte sur ces bateaux-là sur un tour du monde en solitaire. Ca va être quelque chose !

Voilesetvoiliers.com : Après votre grande virée en Atlantique en début d’année au départ du Portugal, qu’avez-vous fait sur le bateau lors du chantier qui a suivi ?
J.-P. D. :
On a apporté plein de petites adaptations sur le bateau par rapport à mes observations : on a pu étancher un peu le cockpit par rapport aux vagues qui arrivent par vent fort et vent arrière : on a fiabilisé des pièces que nous avons vu vieillir prématurément sur le gréement, dans le mât, etc. Ce fut un chantier de fiabilisation globale et d’amélioration de l’ergonomie. On a aussi optimisé la jauge, soit le ratio entre les ballasts, les angles de quille et le poids du bulbe de quille.

St Michel Virbac The Transat 1StMichel-Virbac est l'un des six récents IMOCA à foils lancés en 2015 et l'un des trois, avec Banque Populaire VIII et Edmond de Rothschild, engagés dans The Transat.Photo @ Y.Zedda/StMichel-Virbac Sailing Team
Voilestevoiliers.com : Avez vous constaté des usures et des contraintes différentes sur un bateau à foils par rapport à un bateau classique ?

J.-P. D. : Oui. Il me semble en effet que, comme les accélérations et les décélérations sont plus fortes, ce que nous appelons les "pics de charges" entraînent potentiellement des contraintes que nous n’avions pas précédemment sur les bateaux classiques. Les ratios de sécurité sont un peu changés car le bateau accélère quelquefois à plus de 30 nœuds. Nos voiles sont en 3Di toujours plus raides, même si j’avais déjà cette technologie en 2012. Les pièces sont plus sollicitées. On apprend tous les jours. Ce sera une des grandes inconnues du Vendée : comment allons-nous passer longtemps dans les grosses vagues à fond la caisse ? Il faudra bien anticiper. C’est clair qu’il y aura des problèmes.

Voilesetvoiliers.com : Avez-vous envisagé un moment de revenir en arrière à des dérives classiques ?
J.-P. D. :
On peut le faire, mais, finalement, cela ne m’a jamais effleuré l’esprit. On est parti dans un concept et on y va à fond ; pas à moitié. De plus, dans un projet aussi court, revenir en arrière est compliqué. Tous les foilers se sont développés. Certains vont faire évoluer le shape. On a constaté ces pointes de vitesse que nous attendions. La grande chose sera de les tenir longtemps.

Voilesetvoiliers.com : Des skippers d’anciens bateaux, seul Jérémie Beyou (Maître CoQ) a remplacé ses anciennes dérives par des foils. Que pensez-vous de ce choix ?
J.-P. D. :
C’est une décision qui tient debout. Sur le prochain Vendée Globe, avoir des foils ne me semble pas idiot pour un projet tel que celui de Jérémie. Ensuite, la course peut se jouer en fonction des conditions que nous  rencontrerons. Cela va s’égaliser avec les non-foilers. Au début les architectes étaient très pro-foils ; maintenant, il y a cette incertitude sur la capacité de mener ces bateaux à ces vitesses. Ils ont convaincu un peu tout le monde : à nous de nous montrer à la hauteur de leurs prédictions.

Virbac The Transat 2008Mauvais souvenir lors de The Transat 2004. Le Virbac de Jean-Pierre Dick est retourné par une vague scélérate. Le mât se casse en trois parties. Avec abnégation, le skipper attend les secours pendant quinze jours au large de Terre-Neuve, sauve son bateau et le ramène à bon port. Photo @ StMichel-Virbac Sailing Team

Voilesetvoiliers.com : Le parcours de The Transat – une traversée Est-Ouest de l’Atlantique Nord – va vous faire rencontrer des conditions très différentes du Vendée Globe, la course pour laquelle ce bateau est conçu. Est-ce intéressant néanmoins en termes de préparation ?
J.-P. D. :
C’est mener le bateau en solo et en course. Ma dernière Transat anglaise en 2004 a tout de même été extrêmement douloureuse avec un chavirage et un abandon du bateau. Au début, je ne voulais pas y aller car c’était un souvenir que je ne voulais pas reproduire. Et puis il y a eu cet abandon lors de la Jacques Vabre qui a entraîné un manque de compétition que je voulais combler. Enfin, c’est une course de légende qui est importante pour les sponsors avec les références d’Eric Tabarly et de Loïck (Peyron, ndlr) qui a fait un joli triplé sur cette course. Elle a une vraie histoire et le public apprécie. L’aspect médiatique devrait être plus prononcé que lors de la Transat New York-Les Sables.

Voilesetvoiliers.com : L’hiver dernier, on a mesuré combien il était dur pour vos bateaux d’enchaîner deux transats avec la Jacques Vabre puis la course Saint-Barth/Port-la-Forêt…
J.-P. D. :
Il faut qu’on y arrive car le Vendée, c’est deux mois et demi de course ! Et si nous ne sommes pas capables d’enchaîner deux courses de dix à douze jours avec un arrêt au stand entre les deux, on ne passera jamais le Vendée ! C’est bien beau de faire des courses devant notre port d’attache et de rentrer à la maison tous les soirs : c’est pas le jeu. Le jeu, il est au large avec des vagues supérieures à deux mètres en moyenne et du vent supérieur à 15 nœuds en permanence. Au large, c’est la vraie vie ; c‘est ce que nous allons chercher dans ces deux courses-là.

St Michel The Transat 3Samedi dernier, StMichel-Virbac participait au Warm-Up de The Transat entre Saint-Malo et Plymouth.Photo @ Lloyd Images

Six IMOCA au départ

Six skippers de 60 pieds Open seulement prendront le départ de The Transat alors qu’ils seront 17 le 29 mai prochain à appareiller de New York à destination des Sables-d’Olonne dans le cadre de la Transat New York-Vendée. Entre ceux en manque de préparation, ceux désireux de ne pas affronter l’Atlantique Nord dans le cadre d’une traversée toujours rude dans le sens Est-Ouest, ceux dont les moyens financiers ne leur permettent pas de disputer deux épreuves dans un laps de temps si serré… les raisons sont nombreuses. De plus, The Transat n’est pas non plus inscrite au championnat IMOCA Ocean Master.
Parmi les six qui prendront le départ lundi se trouvent trois skippers de bateaux neufs et à foils, Jean-Pierre Dick bien sûr mais aussi Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII, 2e de la dernière Transat Jacques Vabre) et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild, vainqueur de la Transat Saint-Barth/Port-la-Forêt en décembre dernier). Les autres sont Vincent Riou (PRB, vainqueur de toutes les courses dont il prit le départ en 2015 et actuel leader du championnat) à bord d’un bateau profondément refondu, Paul Meilhat (SMA) qui a abandonné lors des deux Transat de fin 2015 et dont le bateau passa 45 jours à la dérive et qui a grand besoin de compétition, et le britannique Richard Tolkien (44).

Portrait Vincent RiouAvec son expérience et son PRB affûté, Vincent Riou (ici à l'arrivée de la dernière Transat Jacques Vabre en vainqueur) a la faveur des pronostics parmi les six IMOCA en lice dans cette épreuve.Photo @ Jean-Marie Liot / DPPI / TJV 2015

The Transat bakerly

Les engagés 2016

Class40 (10)

- Louis Duc (FRA, Carac)
- Edouard Golberry (FRA, Normandie)
- Isabelle Joschke (ALL/FRA, Generali-Horizon Mixité)
- Hiroshi Katada (JAP, Kiho)
- Robin Marais (FRA, Esprit Scout)
- Anna-Maria Renken (ALL, Nivea)
- Phil Sharp (GBR, Imerys)
- Maxime Sorel (FRA, VandB)
- Armel Tripon (FRA, Black Pepper/Les ptits doudous)
- Thibaut Vauchel-Camus (FRA, Solidaires en Peloton-ARSEP)

Multi50 (5)

- Pierre Antoine (FRA, Olmix)
- Gilles Lamiré (FRA, La French Tech Rennes Saint-Malo)
- Erwan Le Roux (FRA, FénêtréA-Cardinal)
- Erik Nigon (FRA, Vers un monde sans Sida)
- Lalou Roucayrol (FRA, Arkema)

IMOCA (6)

- Jean-Pierre Dick (FRA, StMichel-Virbac)
- Sébastien Josse (FRA, Edmond de Rothschild)
- Armel Le Cléac’h (FRA, Banque Populaire VIII)
- Paul Meilhat (FRA, SMA)
- Vincent Riou (FRA, PRB)
- Richard Tolkien (GBR, 44)

Ultime (3)

-Thomas Coville (FRA, Sodebo)
- François Gabart (FRA, Macif)
- Yves Le Blévec (FRA, Actual)

Hors catégorie (1)

- Loïck Peyron (FRA, Pen Duick II)