Actualité à la Hune

Jeanne Grégoire, la folie douce

«Le Vendée Globe n’est pas un rêve : j’espère bien que je vais le faire !»

Avec Jeanne Grégoire, il n'y a pas d'histoire de sel et de soleil qui auraient blondi ses cheveux et souligneraient la couleur de ses yeux. Pas de place pour la minauderie. Après s'être arrêtée un an pour faire un bébé, elle revient aux affaires. Cinquième de la Solitaire du Figaro en 2008, elle compte bien la gagner en 2010 et courir le Vendée Globe dans la foulée, comme sa meilleure copine Sam' Davies. Attention les yeux, chaud devant. Cette nana-là arrache.

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  • Publié le : 21/12/2009 - 07:46

P'tit bout de femme ? La force physique est-elle un problème pour Jeanne Grégoire ? Pas vraiment, non. Elle n'a pas peur de faire un tour de plus autour du winch et de serrer les dents. Photo © Yvan Zedda (Banque Populaire) Avec Jeanne Grégoire, il n'y a pas d'histoire de sel et de soleil qui auraient blondi ses cheveux et souligneraient la couleur de ses yeux. Elle, elle dit que c'est parce qu'elle n'a pas ce genre d'atouts physiques et éclate de rire. On n'est pas d'accord, mais on reconnaît volontiers qu'elle ne donne pas vraiment envie de minauder.

A 33 ans, cette Parisienne subitement reconvertie en skipper à l'âge de 18 ans dégage une telle énergie que l'air du salon nautique claque. Fascinant. En 2010, elle revient sur le circuit Figaro avec son sponsor Banque Populaire. (La saison dernière, elle a confié son bateau à Gildas Mahé, le temps pour elle de mettre au monde une petite fille.)

En fait, elle est déjà revenue. <Mon envie de renaviguer était dingue, même si en ce moment, c'est plutôt la période où tout le monde remonte son bateau pour le passer en chantier.>

Jeanne Grégoire, skipper Jeanne Grégoire n'est pas aussi sage qu'elle en a l'air sur ce portrait... Mais est plutôt d'un genre à dynamiter votre après-midi. Photo © Jean-Christophe Marmara (Banque Populaire) Elle s'en fiche. Elle est à fond, totalement déchainée dès qu'elle parle navigation. <J'ai aussi besoin de retrouver mes automatismes... Hum, y'a du boulot. Mercredi matin, on est parti dans le Sud des Glénan parce qu'on savait qu'il allait y avoir du vent et de la mer. Bon ben voilà, j'ai vu ce que c'était que 32 noeuds ! Parce que j'avais presque oublié ce que c'était et que cela faisait autant de bruit ! Le bateau qui tape ! On est rentré sous spi, à 17 noeuds, et j'étais là "Ohh ! Maman, elle sait plus faire !" et mon préparateur qui me disait "En même temps, c'est que 17 noeuds !">

Elle a une sacrée gouaille, Jeanne Grégoire. Sa voix rauque et feutrée monte et descend, s'emballe, suivant l'intensité de ses émotions. Son rire sonne comme les blocs de la digue les jours de tempête. Depuis le temps qu'elle a déménagé en Bretagne, elle a même chopé l'accent. Un vrai marin, un sacré skipper.

Jeanne, c'est une Marseillaise qui serait née par erreur en Bretagne.

En 2008, elle a terminé 5e de la Solitaire du Figaro. Ça cause. Devant elle, il y avait Nicolas Troussel, Gildas Morvan, Frédéric Duthil et Erwan Tabarly. Derrière elle, Christopher Pratt, Nicolas Bérenger, Gildas Mahé... Dans les annales, il faut remonter à 1975 pour trouver la performance de Clare Francis. <Le but, cette année, c'est de montrer que ce n'était pas juste un coup de bol.>

Quelqu'un en doutait ? Elle coupe : <Ça serait mieux de la gagner quand même>. Les mois de travail qui s'annoncent ne lui font pas peur. Elle a déjà repris les séances de prépa physique de Port-Laf', grimace qu'elle ne tient plus que 30 secondes sur ses séries d'abdos, mais compte bien en mettre plein la vue aux gars. Dès fin janvier, elle sera sur l'eau avec eux. Prête à en découdre.

Prête à mordre. Elle veut continuer de faire peur sur les lignes de départ et que les petits jeunes, <les petits branleurs>, s'écartent à la bouée au vent, même quand elle leur gueule de lui laisser de l'eau. Elle se marre. Ça n'existe pas l'eau à la bouée au vent, mais elle se targue de ne pas connaître les règles.
Jeanne, c'est une Marseillaise qui serait née par erreur en Bretagne.

Nicolas Lunvent et Jeanne Grégoire, 5e de l'Ag2r En 2008, Jeanne Grégoire et Nicolas terminaient 5e de l'Ag2r. La même année, la skipper a également pris la 5e place sur la Solitaire. Et la suivante, son cadet emportait l'épreuve. Photo © Marcel Mochet (AFP / Banque Populaire) Sauf qu'elle doute un peu, aussi. Va-t-elle parvenir à revenir à son niveau ? <Je me dis que je n'ai pas fait deux ans de Mini et huit de Figaro pour rien. Quand je suis arrivée en Figaro, sur une ligne de départ, je ne savais même pas qu'il y avait un côté favorable. Sur mes premières bananes, les bords favorables et tout le bordel, c'est des trucs, même pas ça me parlait, j'avais jamais fait de régate de ma vie. J'ai bossé pendant des années et des années pour arriver à mon niveau... J'ai pas envie de recommencer à zéro. Mon boulot, c'est d'être une sportive, pas un fonctionnaire de la voile. Les seules armes que j'ai actuellement, c'est le niveau que j'avais avant, le fait de continuer à bosser, d'être heureuse dans la vie et de vouloir aller chercher une perf'... à l'heure actuelle, je ne sais rien faire d'autre.>

Son truc à elle, c'est de gagner sur des petits coups,
de profiter qu'on ne la regarde pas trop.

Drôle d'équilibre entre humilité et léger manque de confiance en soi. La passion lui chavire la tête et le coeur. Chaque fois qu'elle raconte ses courses, ses yeux pétillent. <Les grands bords comme le dernier, 110 milles de largue serré sous spi jusqu'à L'Aber-Wrac'h où tu peux rien lâcher ! Quand t'es une fille, t'es bien obligée d'aller pisser donc d'abattre et tu perds un peu. Et puis t'es comme ça - elle singe la Jeanne Grégoire hyper stressée à la barre - parce que tu joues ta 5e place.>

Elle confie que son truc à elle, c'est de gagner sur des petits coups, de profiter qu'on ne la regarde pas trop. On a un peu de mal à l'imaginer discrète... Mais pourquoi pas, elle reste une nana dans un monde de mecs. Elle prétend qu'elle ne sait pas son surnom parce qu'elle vit dans une bulle depuis qu'elle a débuté en Figaro. <Tu comprends, moi je suis celle qui a commencé avec un bateau de tricheur. J'allais vite parce que le bateau allait vite et que c'était un bateau trafiqué.>

Extrait du palmarès Figaro de Jeanne Grégoire

2008. 5e de la Solitaire du Figaro. 5e de la Transat Ag2r avec Nicolas Lunven.
2007. 9e du Trophée BPE.
2006. 14e de la Solitaire du Figaro. 3e de la Transat Ag2r avec Gérald Véniard.
2005. 12e de la Solitaire du Figaro. 6e du Trophée BPE.
2004. 15e de la Solitaire du Figaro. 5e de la Transat Ag2r avec Samantha Davies.

La vitesse, c'est ça qui la fait vraiment triper. Elle a son palmarès perso : Yann Eliès y figure en tête, puis viennent Armel Le Cléac'h et Gildas Morvan. <Tu navigues à côté de lui, t'es dépité. Il est monstrueux. Quand y'a 35 noeuds, toi tu fais le meilleur parcours de ta vie parce que t'es pas parti au tas. Lui, il est arrivé au ponton avec son génois plié dans un truc grand comme ça.> Elle figure un rectangle de la taille d'un A4.

La tactique et la stratégie l'impressionnent moins. Elle sait faire. Pour l'Ag2r au printemps, d'ailleurs, elle voudrait partir avec quelqu'un qui fasse carburer le bateau pendant que <maman> réfléchit. Elle voudrait apprendre, aussi, et rigoler... Elle ne sait pas encore avec qui. Après, elle aura quelques jours pour préparer sa Solitaire. Et puis...

Le Vendée Globe. <Ce n'est pas un rêve : j'espère bien que je vais le faire. Quand j'étais enceinte, j'ai fait deux fois de l'IMOCA, avec Cali et avec Sam'. Whaouhou !> Elle vibre. <Mais la dernière fois, j'étais tellement grosse que je pouvais même pas approcher le winch !>

Une dingue piquée de folie douce. Une nana super, Jeanne Grégoire.

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