Actualité à la Hune

SPI OUEST-FRANCE – DESTINATION MORBIHAN

Jimmy Pahun, trente-sept moins une

Il est l’une des figures du Spi Ouest-France depuis l’origine du grand rendez-vous vélique du week-end pascal. Et par dix fois il a gagné son poids en huîtres et Muscadet. De ses premiers bords avec la famille Gautier jusqu’à aujourd’hui, Jimmy Pahun garde des souvenirs impérissables, ceux ayant rythmé sa vie de régatier. Un savant mélange de nostalgie empreint de son indispensable humour.
  • Publié le : 23/03/2016 - 00:01

Jimmy Pahun 10e victoireEn 2006, Jimmy Pahun gagnait son dixième Spi Ouest-France à bord d'un Grand Soleil 43 baptisé Île de France.Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI

Fonts baptismaux

«Je découvre l’épreuve à ses débuts, le week-end pascal 1979. C’était le Spi d’Or, créé par André Facque, alors président de la Société des régates de La Trinité-sur-Mer, Gilles Le Baud et Roger Lavialle, un des dirigeants de Ouest-France. A l’époque, tous les quinze jours, les entraînements d’hiver de La Trinité étaient le seul rendez-vous des régatiers en habitable de la façade Atlantique, de Concarneau à La Baule. Pendant mon adolescence, je faisais du stop depuis chez mes parents, à Pont du Bonhomme, à côté de Lorient, pour rejoindre la famille Gautier. Au grand dam de mon père, marin de commerce, qui ne comprenait pas qu’on aille sur la mer pour le plaisir. Il considérait que le milieu maritime était hostile. Au contraire du commandant Pierre Martinie, une figure du Spi, qui a également participé à la Course de l’Aurore puis à la Solitaire du Figaro. Je rejoignais donc le Super Arlequin de Maurice Gautier et ses fils – Pierre, Yves et Alain – qui s’appelait Titi Raccoon. Pour cette première édition, on s’était pas mal débrouillé. Le vainqueur étant un Impensable. Je ne me souviens plus si nous étions nombreux sur l’eau mais les stars de l’époque étaient des Rochelais. Comme Œsophage Boogie ou Samsara, des bateaux magiques.»

Ambiance

«On peut comparer le Spi à une rentrée des classes. Il commence à faire meilleur, en principe, et les journées commencent à rallonger. Même si de nos jours les bateaux naviguent toute l’année, c’est toujours le début de quelque chose. Et c’est toujours agréable. C’est comparable aux grandes épreuves cyclistes comme Paris-Roubaix qui est la belle classique de printemps. Et à une époque, il y avait au moins cinq ou six pages dans le journal.»

Ambiance Spi Ouest FranceLe Spi Ouest-France, une épreuve sans nulle autre pareille qui ouvre la saison.Photo @ Didier Ravon

Victoires

«J’ai participé à toutes les éditions depuis cette époque-là. Sauf l’an dernier où j’ai été un peu remercié de mon équipage dix jours plus tôt. Ma première victoire est en 1985. La remise des prix se déroulait alors dans l’ancienne salle des fêtes qui jouxtait la mairie. Pendant des saisons, j’ai participé en monotype, jusqu’aux années 2000 où j’ai commencé à m’embourgeoiser et où je suis passé en croiseur. Sur des bateaux de série confiés par les chantiers. Le Spi a toujours été une belle image pour eux. Je totalise dix victoires en tout, cinq en monotype et cinq en croiseur. En fait, je n'ai pas réellement de mauvais souvenir, si ce n'est de ne plus avoir gagné depuis 2006 !»

Difficultés au Spi

«Il y a eu bien sûr des éditions avec des conditions plutôt délicates, comme en 1994. On venait de gagner deux ans de suite en JOD 35 avec un superniveau en équipage. C’était mes grandes années du Tour de France où on quittait rarement le podium. Mais le Tour reste une petite épreuve. Pour moi, il n’y a que deux grandes courses au monde pour les grands champions : la Solitaire du Figaro et le championnat du monde de Star (rires). En 1994 donc, j’avais embarqué deux bons régatiers avec moi, mais l’alchimie n’a pas fonctionné.»

M 34 Ile de France PahunPahun à la barre du M34 Île de France.Photo @ Didier Ravon

Bons moments

«Tous, et surtout les victoires. La première bien évidemment. J’ai eu aussi un superpropriétaire pendant trois ans dont je ne me suis d’ailleurs pas assez occupé. C’était Didier de Puyraimond, et avec lui on a gagné trois Spi consécutifs. Un en Figaro et deux en JOD. Il y a aussi une victoire particulière, en 1999. Nous étions alors en Sun Fast 40 dessiné par Daniel Andrieu. Jean-François de Prémorel avait mis le paquet pour nous fournir un bon bateau des chantiers Jeanneau. Nous nous battions contre Luc Pillot et Pierre Follenfant qui avaient des unités bien plus rapides. Des First 40.7 de chez Bénéteau. Au deuxième soir, on se retrouve en tête du classement général. Le dimanche et le lundi, il y avait tellement de brume sur toute la baie que le comité de course a été incapable de mouiller une ligne et de lancer la moindre procédure. Dans toutes les séries je crois. On a gagné ainsi avec un coup de chance incroyable. Nous sommes restés pendant sept heures dans un restaurant avant d’aller quelque peu chaloupant à la remise des prix. Une des rares fois dans ma vie…»

Évolution

«J’ai l’œil sur tout. Sur l’évolution des bateaux du plateau, il y a un avant et un après la Coupe de l’America 2013. Un vrai changement. Les grands professionnels ne navigueront plus que sur des bateaux qui volent. Cela dit, cette année, il y aura pas mal de bateaux tout neufs en IRC 1. Certes, il y a moins de participants mais c’est un souci de période. Il y a une crise mais c’est aussi difficile de trouver des équipiers. Il n’y a plus beaucoup de courses qui forment les très bons équipages comme dans les années 1980 où l’on avait sur le Tour huit à neuf marins sur les Sélection. Deux ou trois continuaient vers le haut niveau. Maintenant, avec la professionnalisation, on a coupé l’herbe sous le pied à ce très bon vivier. Il faut le reconstruire à travers des épreuves qui sont le Tour du Morbihan ou celui du Finistère. Recréer une filière facile d’accès. Quant aux coûts, cela a toujours été un problème. La voile est hélas un sport matériel et donc onéreux. Heureusement, il y a des propriétaires qui préfèrent entretenir des beaux bateaux plutôt qu’une danseuse des ballets russes…»

45 SouthC'est à bord de ce célèbre quarter tonner 45 South, signé Bruce Farr, que Pahun disputera à partir de vendredi le Spi Ouest-France - Destination Morbihan 2016.Photo @ Didier Ravon
Pahun, le retour

«Je participe cette saison en IRC 4 sur 45 South. Un bateau signé Bruce Farr qui a révolutionné l’architecture navale et qui a gagné en 1975 la Quarter Ton Cup à Deauville avec à son bord des Néo-Zélandais. Depuis ces années-là, des gros déplacements lourds qui ne marchaient quasiment qu’au près, on est passé aux déplacements légers, agiles au portant et où le poids de l’équipage devient important. C’est ma transat, mon Pen Duick II à moi…»

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Jimmy Pahun ChampagneJimmy Pahun renouera-t-il cette année avec le champagne de la victoire ?Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI