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ROUTE DU RHUM - DESTINATION GUADELOUPE

Kito de Pavant : « Content d’être en Class40 ! »

Un an après une Transat Jacques Vabre courue avec Yannick Bestaven en monocoque 60 pieds, Kito de Pavant va s’aligner au départ de la Route du Rhum, le 4 novembre prochain, à bord d’un Class40 très compétitif signé Guillaume Verdier. À plus long terme, et alors qu’il approche aujourd’hui des 60 ans, le skipper languedocien, trois fois malheureux sur le Vendée Globe, rêve encore de tour du monde, mais peut-être pas en course… plutôt à la recherche du bonheur. Et il travaille aussi sur un ambitieux projet de course au large qui relierait les différentes rives de la Méditerranée. Il nous a reçus dans ses bureaux de Port Camargue.
  • Publié le : 04/05/2018 - 16:52

KITO_DE_PAVANT_TRANSAT_JACQUES_VABRE_2017Kito de Pavant a beaucoup pratiqué le monocoque 60 pieds (ici pendant un entraînement pour la dernière Transat Jacques Vabre), mais il connaît bien aussi le Class 40…Photo @ Hervé Giorsetti
Voilesetvoiliers.com : Peux-tu nous parler du bateau sur lequel tu vas partir pour la Route du Rhum ?
Kito de Pavant : C’est un joli dessin de Verdier… l’ancien bateau de Yannick Bestaven, qui a été fait pour la Route du Rhum 2014. Il était alors parti un peu en vrac, parce qu’il sentait encore un peu la peinture au moment du départ. Donc il y avait eu pas mal de soucis techniques, et pourtant il était arrivé, je crois, une heure après moi (Kito avait alors pris la troisième place en Class40, et déjà sur un plan Verdier, ndlr). Donc clairement c’est un très, très bon bateau. Et il va être encore mieux parce que, de notre côté, on a tout repris ! En fait le bateau avait été racheté par un Norvégien qui l’avait un peu aménagé pour la croisière, et les petits défauts s’étaient aggravés au passage… Mon fils Hugo l’a ramené de Norvège juste avant la Transat Jacques Vabre (fin 2017, ndlr) que je faisais avec Yannick (les deux skippers avaient pris la 5e place en IMOCA, ndlr) et, depuis, on bricole dessus. À première vue, les Class40 sont des bateaux relativement simples par rapport aux 60 pieds, mais quand tu commences à creuser, en fait il y a pas mal de choses en commun. Alors bien sûr il n’y a pas de quille basculante, mais il y a de l’informatique, de l’énergie, de la structure, des voiles, un mât, du gréement… Donc finalement on a tout démonté, en se disant que ce serait vite remonté, qu’on allait juste faire un check et puis tout remonter. Mais comme on est peut-être un peu idiots et exigeants, on s’est quand même retrouvés dans un gros, gros chantier (rires). Ce qui est un peu déstabilisant, c’est que malgré tout on ne fait pas de grosses modifs. En fait on travaille un peu partout.


KITO_DE_PAVANT_CLASS_40_1Le Class 40 sur lequel Kito de Pavant doit prendre le départ de la Route du Rhum le 4 novembre prochain. Il est encore en chantier, jusqu'à fin mai.Photo @ Made in Midi

Voilesetvoiliers.com : Quelles améliorations ont-elles été apportées ?
K. de P. : Il y a un gros changement, c’est le plan de pont. On a repositionné certaines choses, et puis on a commencé à en voir d’autres qu’on n’aurait pas vu si on n’avait pas tout démonté. Le bateau a été conçu avec une structure un peu « molle », parce qu’il est très léger. Trop léger d’ailleurs, puisqu’au début il y avait 80 ou 90 kg de gueuses. On s’est dit qu’il valait mieux avoir de la structure plutôt que du plomb. Donc on essaie de raidir un peu le bateau au niveau de la quille. Ce ne sont pas des petits travaux… Mais on espère que ce sera fini avant le mois de novembre (rires) ! Et plus sérieusement, fin mai, ce qui nous laisse six mois pour préparer le Rhum.

 

KITO_DE_PAVANT_CLASS_40_2Le plan Verdier mené par Yannick Bestaven dans la précédente Route du Rhum (celle de 2014) a bénéficié ces dernières semaines de quelques travaux structurels.Photo @ Made in Midi

Voilesetvoiliers.com : Ce sera ta deuxième Route du Rhum en Class40. Quel est ton point de vue sur cette classe ?
K. de P. :
La jauge est plutôt bien faite, avec essentiellement deux mesures : un poids minimum, ce qui permet justement d’avoir des bateaux un peu lourds, mais solides et l’autre, c’est le moment de redressement, mesuré en tête de mât. Bateau couché à 90 degrés, on doit être en dessous d’une certaine limite. Ces deux paramètres sont très pertinents, et cela permet d’avoir une flotte homogène. Je pense d’ailleurs que cette notion de poids minimum, en IMOCA nous amènerait à faire moins de bêtises… et surtout à mieux assurer l’homogénéité de la flotte. C’est un élément qui pose problème aujourd’hui puisqu’on peut avoir deux tonnes de différence entre les bateaux de dernière génération et ceux de 2008. Comme il n’y a aucune règle à respecter sur le poids, on a tendance à faire des bêtises, à faire des bateaux trop légers. On essaie de diminuer le poids dans les hauts… et donc on fait des bateaux de plus en plus idiots… Je suis content d’être en Class40 ! Le gros atout de cette classe, c’est qu’il y aura 50 bateaux sur la ligne de départ, qui sont tous capables de gagner la Route du Rhum. Certains ont déjà une dizaine d’années et ils sont redoutables ! La seule liberté, c’est la forme de carène : avec des carènes un peu plus puissantes, les derniers Class40 sont plutôt à l’aise au reaching. Mais ils le sont moins dans le petit temps, au portant, ce qui équilibre un peu les choses.

KITO_DE_PAVANT_TRANSAT_JACQUES_VABRE_2017Pour la dernière Transat Jacques Vabre (en 2017), Kito courait avec Yannick Bestaven sur un plan Farr de 2006 (lancé à l"origine pour Vincent Riou - c"est le bateau avec lequel celui-ci avait sauvé Jean Le Cam en janvier 2009, dans le Vendée Globe).Photo @ Gilles Martin-RagetVoilesetvoiliers.com : Tu es content de courir à nouveau en solo ? Et la Route du Rhum a une saveur particulière ?K. de P. : J’aime bien le solo, et puis la Route du Rhum, c’est vraiment la course qui m’a fait devenir marin, donc je suis très content d’y revenir. Tu te rends compte qu’il a fallu que j’attende d’avoir 50 ans pour la faire… Du coup je n’en ai fait que deux, en 2010 et 2014. C’est curieux d’ailleurs parce que j’ai fait beaucoup de courses et, pendant longtemps j’ai toujours eu du mal à être au départ de la Route du Rhum ! Lors de la première édition, en 1978, j’avais 17 ans. À cet âge-là on se demande ce qu’on va faire de sa vie… Et quand j’ai vu ces images du trimaran jaune qui doublait le monocoque de Michel Malinovsky sur la ligne d’arrivée, je me suis dit que je voulais faire ça. Mais j’ai attendu 33 ans avant d’être au départ à Saint-Malo. Faut être opiniâtre pour faire ce métier-là ! En revanche, c’est un parcours que je connais bien parce que j’ai été convoyeur, et des transats vers les Antilles j’en ai fait une cinquantaine. À l’époque, même si je n’étais pas au départ de la Route du Rhum, j’étais souvent à l’arrivée !

Voilesetvoiliers.com : Travailles-tu sur d’autres projets, à plus long terme ?
K. de P. :
Il y a toujours dans un petit coin de ma tête l’idée de faire un quatrième Vendée Globe… Mais bon un Vendée Globe, ça ne dure pas très longtemps avec moi, donc c’est facile (rires. Kito a pris le départ des trois dernières éditions mais il a été contraint à l’abandon trois fois de suite - et au bout de quelques heures seulement en 2008 et 2012, ndlr). Très franchement, aujourd’hui ça paraît mal engagé. À part ça, j’ai un projet d’expédition qui est un peu plus concret. On aimerait faire le tour du monde pour deux raisons : d’abord accompagner des missions scientifiques, et ensuite, ramener des images de la planète. Pour l’instant on n’a pas encore de partenaires, mais on a bien ciblé notre truc et on sait exactement ce qu’on veut faire : partir à la recherche du bonheur sur la Terre, faire en sorte qu’on en connaisse un peu plus sur quelque chose qui est impalpable, qu’on ne sait pas mesurer – en fait on ne sait pas ce que c’est ! L’idée générale, c’est donc le bonheur sur la planète, concernant les hommes mais aussi la faune et la flore. C’est un fil directeur qui va nous amener assez loin, puisqu’on voudrait partir pendant dix ans. On est en contact en ce moment avec des partenaires potentiels, et ça peut partir assez vite. Il y a des gens qui veulent aller sur Mars dans cinquante ans, mais avant d’aller foutre le bordel sur Mars, ce serait bien de régler deux-trois trucs sur notre planète (rires), c’est ce qu’on pense en tout cas !

 

KITO_DE_PAVANT_KERGUELEN_1En décembre 2016, ayant dû abandonner son bateau alors qu"il courait le Vendée Globe, Kito avait été secouru par le Marion Dufresne, navire ravitailleur des TAAF (Terres australes et antarctiques françaises), et avait ainsi fait escale aux îles Kerguelen.Photo @ Kito de Pavant

Voilesetvoiliers.com : Et avec quel genre de bateau ?
K. de P. :
Pour ce projet, on veut un bateau pas trop grand, un truc agile et facile à entretenir, pour pouvoir remonter les fleuves, ou pour aller dans les glaces, donc avec peu de tirant d’eau. On ne veut pas une usine à gaz de 40 ou 50 mètres avec un hélicoptère sur le pont… On voudrait pouvoir aller à la rencontre de populations très diverses.

Et puis on travaille aussi sur un autre projet : créer une course au large en Méditerranée. Moi je veux faire ça depuis très longtemps. On trouve qu’on a un terrain de jeu formidable. L’idée serait de faire un départ d’ici, autour de Montpellier, ou de la région Occitanie, avec une étape en Afrique et une autre en Asie. Donc au Maghreb puis au Moyen-Orient, par exemple en Israël. Le thème, serait d’essayer de mettre un peu de tolérance dans notre monde. C’est-à-dire que la Méditerranée c’est très joli, quand tu la vois sous un certain angle, mais elle est à feu et à sang de l’autre côté. Nous sommes spectateurs de ça et ce n’est plus acceptable. On vit dans l’un des berceaux de l’humanité, et on ne peut pas accepter que celle-ci soit dans cet état à cet endroit-là – ni à aucun autre évidemment. L’idée, c’est donc d’essayer de rapprocher les communautés de la Méditerranée. Commencer à essayer d’avoir des relations normales avec d’autres gens qui vivent autour de cette mer où il s’est passé tellement de choses depuis des millénaires. Par exemple on nous reproche souvent de ne plus avoir de culture maritime : eh bien elle est riche, en Méditerranée. C’est important pour moi de faire un truc pérenne, qui s’inscrit dans le temps, qui s’ancre en Méditerranée. Donc ça se fera rapidement, ou ça ne se fera pas. En bref, c’est une année charnière ! En plus, le fait que la Barcelona World Race ne se fasse pas nous a suggéré qu’il fallait peut-être en profiter pour mettre cette nouvelle idée en orbite… En 2009 on avait fait une Istanbul Europa Race, en IMOCA (Istanbul-Nice-Barcelone-Brest, ndlr). C’était génial, ce parcours ! Avec le prologue devant Istanbul et le détroit des Dardanelles sous spi…

Départ de l"Istanbul Europa RaceC'était en 2009 : petit temps mais joli décor pour le départ de l'Istanbul Europa Race, avec en fond de toile la Mosquée Bleue et Sainte-Sophie.Photo @ Benoît Stichelbaut/Sea&Co