Actualité à la Hune

dixième anniversaire

La bonne santé du RC44

L’année 2016 marquait le dixième anniversaire de la classe RC44. Avec onze bateaux régulièrement en compétition sur un circuit partagé entre l’Europe et les Antilles, ce monotype ultraperformant pour les propriétaires barreurs reste un bateau de course qui continue de briller par sa modernité.
  • Publié le : 08/01/2017 - 09:19

Flotte RC 44Onze bateaux naviguaient lors du championnat 2016, mais les régates en RC44 sont toujours engagées.Photo @ Studio Martinez

Le RC44 est unique au rang des monotypes : il a été conçu par Russell Coutts – lui-même légende de la Coupe de l’America dont il est aujourd’hui le grand manitou – avec l’architecte slovène Andrej Justin. Bien que la réputation du Néo-Zélandais soit fondée sur ses talents de marin, une grande part de sa réussite tient à sa formation d’ingénieur et à sa profonde compréhension de la technicité des bateaux de course. Sans surprise venant de Coutts, le RC44 est un monocoque sans compromis qui réunit ce qu’il y a de mieux en matière de technologie. Mais contrairement à la plupart des bateaux de série, il n’est en aucun cas simplifié. Il s’agit d’un prototype en carbone transformé en monotype et construit avec soin chez Pauger Carbon Composites en Hongrie.

D’emblée, le critère le plus important était que le RC44 soit un «bateau bien équilibré» et en accord avec une partie clé de la recette de Coutts pour les 34 et 35es America’s Cup : tenter d’offrir une compétition de haut niveau dans une large gamme de conditions, soit concrètement entre 5 et 25 nœuds de vent. Comme l’explique le Kiwi : «C’est un bateau léger, très rapide dans le petit temps, et très fun dans la brise.»

Team AquaLe RC44 ne peut pas nier sa filiation avec les Class America, ultimes monocoques engagés en Coupe de l'America entre 1992 et 2005. Ici le britannique Team Aqua.Photo @ Studio Martinez

Bien que légère et étroite, la quille du RC44 plonge à 2,90 mètres et se termine par un bulbe high-tech fruit d’un usinage à commande numérique, qui garantit un centre de gravité le plus bas possible. Ce bateau est également le seul monotype à posséder sur sa quille un trimmer, que l’on trouvait sur tous les Class America version 5. Il offre de la portance, ce qui améliore considérablement l’efficacité de la quille au près et permet à l’appendice d’avoir une traînée beaucoup plus faible. Et ce n’est qu’une des nombreuses caractéristiques du RC44 qui tire ses origines dans l’America’s Cup.
Contrairement aux monocoques de la Coupe, le RC44 est léger. Son déplacement d’à peine plus de 3 500 kilos lui permet de planer au portant dans seulement 15 nœuds de vent.

Coutts se souvient : «Nous avons pris beaucoup de plaisir à naviguer sur ces bateaux. Ils sont vraiment fun et les gars du chantier ont fait du très bon boulot pour que tous les bateaux soient identiques. La jauge est bien gérée, donc les régates sont très disputées et on peut voir des vainqueurs différents à chaque épreuve, ce qui préserve tout l’intérêt pour les équipes en compétition.»

Russell CouttsTriple vainqueur de la Coupe de l'America à la barre, Russell Coutts dirigeait Oracle Team USA lors des deux derniers succès américains. A 54 ans, il est aujourd'hui le grand manitou de l'épreuve mais continue d'orchestrer aussi le circuit des RC44. Photo @ Studio Martinez

Dirigée en Suisse par Bertrand Favre, qui s’occupe également du circuit des catamarans D35 sur le lac Léman, la classe RC44 a toujours cherché à innover en matière de direction de course. Elle est parmi les premières à avoir adopté l’arbitrage sur l’eau, supprimant ainsi les réclamations interminables et fastidieuses à terre après la course. Cette classe tenait à avoir une gestion sportive de qualité avec Peter Reggio au poste de directeur de course du championnat RC44 et Marco Mercuriali comme juge arbitre. Elle a en outre répondu à la demande des propriétaires barreurs, qui en déterminent la politique, en faveur d’une réduction des parcours. Cette mesure permet de courir entre 10 et 14 manches à chacun des rendez-vous de quatre jours, et donc d’optimiser le retour sur investissement pour les propriétaires.

Le transport est l’un des aspects bien pensé concernant le RC44. Sur un circuit international, le convoyage des bateaux par cargo constitue un pourcentage important du budget annuel et augmente les risques de casse. C’est pourquoi le RC44 a été conçu dès le départ pour tenir sur un conteneur plate-forme de 40 pieds classique. Convoyer les bateaux de cette manière coûte ainsi un tiers, voire un quart du prix d’un convoyage sur le pont d’un cargo. Pour être rangé dans son conteneur, le RC44 possède un tableau arrière démontable ainsi qu’un mât en deux parties. «Le bateau est plus simple à gérer en termes de transport et cela signifie que nous pouvons les emballer et les stocker en toute sécurité, plus facilement et à moindre coût, explique Coutts. Il permet également à la classe de se déplacer dans toutes sortes de lieux différents à travers le monde. Les propriétaires apprécient de pouvoir courir sur des plans d’eau différents chaque année.» En 2016, par exemple, le championnat RC44 s’est tenu pour la première fois aux Bermudes et à Portsmouth.

CascaisTout a été conçu pour des déplacements faciles et des manutentions aisées de la flotte existante.Photo @ Studio Martinez

L’étrave et le tableau arrière amovibles facilitent par ailleurs la réparation ou le remplacement de ces pièces vulnérables. Comme Russell Coutts l’observe : «Si vous avez une avarie ou une collision, vous pouvez facilement réparer le bateau et naviguer le lendemain.»
Ces dix dernières années, le RC44 a en permanence été amélioré. Récemment, toute l’électronique B&G a été remplacée par la dernière génération H5000. Juste avant, les grands-voiles avaient été redessinées avec une nouvelle à corne plus prononcée. Le système des écoutes du J3 a également été modifié pour pouvoir être réglé verticalement et latéralement. Un cunningham de génois a été ajouté, ainsi qu’un nouveau système de réglage des basses bastaques. Les modifications sont apportées sur tous les bateaux simultanément pour qu’ils soient tous identiques, ce qui permet aussi d’acheter le matériel en gros et de réduire les coûts.
Outre l’aspect technique du bateau, Coutts pense que le niveau sur le circuit est de plus en plus élevé. «Ils naviguent beaucoup mieux maintenant qu’il y a dix ans. Les équipages ont appris comment développer les voiles et les techniques pour naviguer en RC44…

RC44 AutricheDepuis ses débuts, le championnat RC44 s'est rendu dans de nombreux pays, comme ici en 2012 en Autriche.Photo @ Studio Martinez

La France est représentée sur le circuit RC44 depuis quelques années par le team Aleph Racing de Hugues Lepic ; la moitié de l’équipage est française, avec quelques pointures néo-zélandaises comme le tacticien Hamish Pepper et le régleur Warwick Fleury, plusieurs fois vainqueur de l’America’s Cup. Le responsable du team n’est autre que Thierry Briend, bien connu du milieu de la course au large en Bretagne, qui a également participé à deux America’s Cup avec les Français en 2003 et 2007, membre de l’équipe de routage lors du récent record autour du monde en solitaire de Thomas Coville sur Sodebo Ultim’.

«Le niveau de la classe est très élevé et c’est un bateau vraiment sympa, confie Thierry Briand au sujet du RC44. C’est un format qui me plaît beaucoup. Le match race est très tactique et les régates en flotte sont serrées. C’est une belle classe avec de belles épreuves, sur de beaux plans d’eau. Les performances sont exceptionnelles. Le bateau est très léger, ce qui permet de planer. Il offre de bons résultats dans une large gamme de vents. Il marche bien dans le petit temps, mais on peut tout aussi bien naviguer dans 25 nœuds, même si c’est assez difficile. C’est un bon support pour naviguer à haut niveau. Il a aussi une bonne taille. Les TP52 sont plus grands et les équipiers plus nombreux. Le format RC44, avec dix équipiers, est plus sympa. Le propriétaire n’a à s’occuper de rien. La classe prend en charge toute la logistique, ce qui facilite les choses pour l’équipe et pour le propriétaire. Il arrive, il s’assure que tout est en place et il ne lui reste plus qu’à apprécier la régate. Et puis ce n’est pas cher comparé à un TP52."

Coutts RC44Russell Coutts, ici écoute de grand-voile en mains à bord du russe Team Nika, ne dédaigne pas naviguer à l'occasion en RC44.Photo @ Studio Martinez

Avec l’America’s Cup qui se court désormais en multicoque, de nombreux équipiers spécialistes des monocoques de haut niveau sont disponibles pour régater dans des classes comme le RC44 et le TP52. Il y a même de nombreux échanges entre les deux circuits, comme Ed Baird tacticien de Team Nika, qui est également skipper du TP52 Quantum Racing, ou encore l’Italien Vasco Vascotto, tacticien sur Peninsula Petroleum et sur le TP52 Azzurra.
Le fait d’être un monotype plus petit avec moins d’équipiers et une logistique simplifiée permet au RC44 de réduire les coûts et la complexité de fonctionnement par rapport aux plus grandes classes. Neuf, il coûte environ 450 000 euros et 250 000 euros d’occasion (tout compris, notamment le conteneur plate-forme et un conteneur de 20 pieds pour ranger le matériel, les voiles, les pièces de rechange, etc.). Beaucoup moins que les 2 millions d’euros d’un TP52 neuf (un million d’occasion), sans compter les 400 000 euros supplémentaires pour le conteneur/atelier et le bateau accompagnateur.

Le budget de fonctionnement est généralement compris entre 450 000 et 700 000 euros par an (1,5 à 2 millions d’euros pour un TP52, où l’équipage est parfois deux fois plus important, avec également plus de voiles et de matériel). Avec le RC44, le budget de fonctionnement pour le bateau est le même pour tous les teams. Une équipe peut, par exemple, avoir un maximum de six nouvelles voiles par an, sept si elle court l’ensemble de la saison. Le budget voiles annuel s’élève ainsi à 120 000 euros. Les nouvelles équipes qui rejoignent le circuit RC44 sont autorisées à avoir huit nouvelles voiles. Il faut également compter les salaires des équipiers et des membres de l’équipe à terre (au moins deux), et des extras pour le coaching par exemple. En 2017, les frais de fonctionnement devraient baisser de 20 à 25 % en raison de la durée plus courte des régates, les épreuves de match race étant supprimées pour ne garder que quatre jours de régates en flotte.

Aleph Propriété de Hugues Lepic, Aleph (à gauche, ici à Malte en 2016) est le seul représentant français dans la série. A son bord quelques pointures de la voile telles que Hamish Pepper, Warwick Fleury, Thierry Briend...Photo @ Studio Martinez

Coupe de l’America oblige, ces dernières années, Russell Coutts s’est évidemment concentré sur les courses de «catamarans volants». Est-ce à dire que ce sport est aujourd’hui scindé en deux ? «Oui, mais ce sont les mêmes hommes qui gagnent quel que soit le format, catamarans à foils, monocoques ultraperformants ou monocoques plus lourds. Cela reste de la voile. Ben Ainslie par exemple peut naviguer sur n’importe lequel de ces bateaux et quand même gagner. Bien sûr, ils fonctionnent différemment et les stratégies ne sont pas tout à fait semblables, mais il faut toujours les mêmes compétences à la base. Les meilleurs marins s’adaptent et gagnent, quel que soit le format.»

Pour ce qui est du RC44, Russell Coutts se dit fier de voir le bateau qui porte avoir passé le cap de son dixième anniversaire : «Le RC44 a été régulièrement mis à niveau et ses fidèles propriétaires forment un très beau groupe, donc je ne vois pas pourquoi il n’en serait pas ainsi pour les nombreuses années à venir.»

RC44En 2017, le calendrier comptera cinq rendez-vous.Photo @ Studio Martinez

Championnat 2016
(onze classés)

1.       Team Cereef (SLO), 9 points
2.       Team Aqua (GBR), 10 pts
3.       Artemis Racing (SUE), 14 pts
4.       Katusha (RUS), 17 pts
5.       Bronenosec Sailing (RUS), 18 pts 


10.     Aleph Racing (FRA), 38 pts

Calendrier 2017

27-30 avril : Sotogrande Cup (Espagne)
29 juin-2 juillet : Porto Cervo Cup (Italie)

9-13 août : Marstrand World Championship (Suède)
28 septembre-1er octobre : Cascais Cup (Portugal)
23-26 novembre : à confirmer