Actualité à la Hune

TRANSAT JACQUES VABRE

La grande classe des plus petits

La Transat Jacques Vabre, l’un des plus engagés des rendez-vous de course au large mais aussi le plus régulier, sera de nouveau particulièrement importante pour les Class40, tant par le nombre d’inscrits que par la qualité du plateau. Cette nouvelle édition s’annonce très ouverte comme l’explique le nouveau chroniqueur de voilesetvoiliers.com, Thibaut Vauchel-Camus, qui connaît bien cette catégorie pour avoir remporté The Transat 2016, terminé deuxième de la Route du Rhum 2014 ou encore quatrième de cette Route du Café voilà deux ans à bord de Solidaires en Peleton-ARSEP.
  • Publié le : 02/11/2017 - 11:49

Solidaires en peloton ARSEPNotre nouveau chroniqueur, Thibaut Vauchel-Camus, est un expert de la Class40 où il a accumulé les excellents résultats. En attendant de naviguer sur un nouveau Multi50, actuellement en chantier, il nous livrera ses éclairages d'expert tout au long de la cette Transat Jacques Vabre.Photo @ Pierrick Contin/Solidaires en Peloton-ARSEP
Tous les deux ans, le bassin Paul-Vatine connaît une ambiance toute particulière sur le quai des Antilles, où se trouve la riche flotte des 40 pieds monocoques. Cul à quai, les seize bateaux sont côte à côte, comme de bons voisins mais aussi prêts à se lancer de front pour aller en découdre en mer. Cette configuration nous fait penser à un départ des 24 Heures Moto, au Mans, les machines rutilantes, fin prêtes, sont en épi. Mais c’est peut-être aussi les sauts de funambules que nous offrent les skippers lorsqu’ils doivent monter à bord depuis le ponton flottant qui rappelle les motards bondissants sur leurs bécanes.
Mais attention, telles des 125 cm3, l’aspect modeste des bateaux, en comparaison aux autres catégories de la transat, ne l’est pas du tout en proportion de l’engagement, du sérieux et des compétences de certains projets. Et parmi tous ceux-là, il va être compliqué de faire un pronostic de podium.
De nouveaux bateaux sont arrivés, de plus anciens sont particulièrement bien optimisés. Les skippers se sont donnés les moyens de leurs ambitions en participant à des stages d’entraînement avec des apports techniques, technologiques, physiques et météorologiques. Les outils développés dans le monde de la classe Figaro Bénéteau ont fait leurs preuves et il a été bon de s’en inspirer.

Bassin Paul VatineLes Class40 alignés dans le bassin Paul Vatine du Havre en attente du grand départ qui sera donné dimanche 5 novembre. Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017
Le croisement de ces paramètres va mettre en leader non pas ceux qui auront le Class40 le plus performant, mais ceux qui en auront la meilleure connaissance. Les grandes courses ont bien souvent prouvé que même ceux qui avaient rempli les deux conditions n’étaient pas pour autant les premiers à siroter un breuvage tropical les pieds dans le sable.
La Route du Café, au départ du Havre et en direction de Salvador de Bahía au Brésil, offre un parcours riche et intense avec plusieurs passages à niveaux bien connus et redoutés.


Passé du mode terrien à marin

Après avoir passé une bonne nuit, encaissé la semaine intensive d’obligations, de sollicitations, parfois même d’émotions, il faut rester convaincu d’être fin prêt pour basculer en mode régate sans avoir le stress d’avoir oublié son briquet et son stock de caleçons ! Bien choisir son côté de la ligne de départ et, pour le parcours de dégagement, bien choisir sa configuration de voile, avoir son déroulé des premières heures tout en observant ses concurrents qui pourront nous influencer par leur choix, car ils ne sauront jamais aussi proches : tout ceci est primordial pour la suite des événements. On se retrouve alors en speed-test comme en stage.
Une première impression de large, mais pas tant que ça, car il y a des points de passage obligatoires près de la côte et les effets du courant. Rajoutez à cela du trafic, des casiers et des algues et c’est parti pour une nuit blanche après le départ. Une régate au contact, en double, ça ne rend pas avare en temps de barre, en manœuvres et en réglages.

Halvard Mabire Président de la Class40, Halvard Mabire est sans doute le marin qui a le plus navigué sur ses bateaux. Le skipper de Campagne de France n'a de cesse de rappeler que cette catégorie fournie est celle de la diversité.Photo @ Jean-Marie Liot/Campagne de France
Puis c’est parti pour l’Atlantique. Un golfe de Gascogne fidèle à sa réputation en automne ? A quel moment déclencher un virement derrière le front ? Le DST à La Corogne : intérieur ? extérieur ?
On touche ensuite en premier ce flux de Nord-Est, le long du Portugal, qui propulse dans les alizés. On matosse sur bâbord à bloc.

En tout cas, les marins prennent leur rythme et sont passés du stade régatiers-figaristes en mode sangliers. La devise : «Toujours tenir les moyennes ou faire mieux que son coéquipier.» Mine de rien, on se met la pression à la barre, au réglage, surtout quand on attend les pointages tel un verdict de jury !
Madère, zou à tribord, les Canaries zou à bâbord. Le Cap-Vert : bâbord ou au centre de l’archipel ? C’est déjà là qu’il faut penser à faire de l’Ouest… VMG, bas ou vitesse ? Comment se comporte le pot au noir ? Actif ? Haut, bas ? Et comment sortir plus dans l’Est au vent ou l’inverse ?

ImerysAvec deux victoires et deux deuxièmes places sur quatre courses disputées cette année Phil Sharp et Pablo Santurde (Imerys) sont sans doute les grands favoris cette transat. Photo @ www.philsharpracing.com
Voilà tout un champ de décisions qui va soumettre le binôme à l’échange, au débat, voire même au doute. C’est aussi dans cette capacité de dialogue, de clairvoyance, d’écoute et de remise en question que la différence peut se faire. La majorité n’existe pas en double, soit c’est l’unanimité soit c’est un débat à 50/50 ! C’est aussi cela qui rend la Transat Jacques Vabre unique.
Après ce tableau dans lequel on n’a pas encore évoqué l’avarie du «pas de bol», de l’erreur, de l’usure ou de l’excès de confiance, on donne raison à cette science exacte que peut être le pronostic ! Mais il va falloir se mouiller. Dans la flotte des Class40, un groupe qui réunit moyens, ambition et expérience se démarque.

Revue d’effectif…

V&B, qui pour mieux faire qu’en 2015 ne peut que gagner ! Maxime Sorel et Antoine Carpentier connaissent leur bateau, l’ont optimisé et sont assidus aux entraînements. Bref, ils ont la pression.
Carac, que nous attendons tous : Louis Duc a enfin en main un bateau, plan Lombard nouvelle génération, digne de son talent et ce n’est pas par hasard s’il a choisi Alexis Loison, excellent marin et régatier, et normand comme lui.
Team Aïna, d’Aymeric Chappellier, un bateau flambant neuf, sistership de V&B, réputé pour être une carène puissante et redoutable. Avec son co-skipper, Arthur Le Vaillant, ils se connaissent bien. Aymeric pourra compter sur la jeunesse d’Arthur et une certaine sagesse.

Oman SailAvec l'expérimenté Sidney Gavignet en tant que skipper et son équipier Fahad Al Hasni, Oman Sail (ici lors du dernier Fastnet) pointe dans le peloton des favoris.Photo @ Lloyd Images/Oman Sail
Imerys : Phil Sharp et Pablo Santurde vont aussi être des sérieux prétendants à la victoire. Champions Class40 en titre, les deux ont un palmarès impressionnant depuis deux ans. Leur bateau, qu’ils connaissent par cœur, est certes d’une génération soi-disant précédente mais fait encore la démonstration de réelles performances et d’une grande polyvalence.
Région Normandie : Cédric Château et Olivier Cardin peuvent faire figure d’épouvantail en étant les champions du tricotage en début course. Malgré leur manque de préparation, ils sauront exploiter leur belle machine
Oman Sail va certainement être un acteur important de cette course, Sidney Gavignet et Fahad Al Hasni ont fait le pari du Sabrosa. L’expérience de la course au large et le sens du partage de Sidney, ajouté au niveau de préparation de la paire, augurent d’ambitions assumées.
Campagne de France : Halvard Mabire et Miranda Merron ont à eux deux le record du nombre de miles parcourus en Class40 ! Leur expérience est énorme et leur passion intacte. A eux de s’en servir pour résister aux assauts de la jeune garde montante.

Team WorkBertrand Delesne et Justine Mettraux naviguent sur le Mach 2, TeamWork qui est sans doute le plus ancien des bons bateaux engagés. Photo @ Christophe Breschi/Teamwork Sailing Tour 2017
TeamWork 40 : Bertrand Delesne et Justine Mettraux ont beaucoup travaillé sur le potentiel et la maîtrise de leur Mach 2 (le plus ancien des bons bateaux). La fausse douceur apparente de ce duo tente de masquer des besogneux et durs au mal bien inspirés. Ils vont en bousculer plus d’un.

Il serait réducteur de voir l’intérêt sportif de la course dans le top 5 : bien qu’il y ait des projets plus affutés que d’autres, le classement entre 5 et 12 va être particulièrement intense. Depuis la terre, l’addiction à la cartographie du site de la course ne va s’arrêter qu’une fois le podium connu.
Déjà parce que j’ai ressorti huit bateaux sur les seize partants pour un top 5, aussi parce que derrière il faut s’intéresser à la motivation et la courbe de progression de Colombre XL, Eärandil et Le Lion d’Or.
Le dernier point à souligner est la mixité de cette flotte qui réunit hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, internationaux, professionnels, amateurs. Cet éclectisme est à la fois l’identité de la Class40 et le garant d’un dynamisme sportif et économique. La Class40 est aujourd’hui le meilleur accès à la course au large pour offrir un partenariat de qualité au contact d’un public fidèle aux grands événements et vendre du rêve à tous !

 

  • Thibaut Vauchel-Camus a remporté The Transat 2016, terminé deuxième de la Route du Rhum 2014 et quatrième de la Transat Jacques Vabre 2015 en Class40. Il construit actuellement un Multi50 aux couleurs de la marque sportive Solidaires En Peloton et de la Fondation ARSEP, qui œuvre pour lutter contre la sclérose en plaques.