Actualité à la Hune

Transat Jacques Vabre

La mesure de la démesure

La classe Ultime se structure au fil des saisons avec un nouveau venu, MACIF qui va se mesurer lors de cette Transat Jacques Vabre face à un trio disparate mais au potentiel gagnant selon les conditions météorologiques de cette transat Nord-Sud. Deux autres projets de 100 pieds sont en cours d’élaboration pour Banque Populaire et l'équipe Gitana alors que deux autres trimarans de référence ont choisi le Trophée Jules Verne pour cet hiver.
  • Publié le : 23/10/2015 - 00:01

SodeboSodebo Ultim devrait être particulièrement à l’aise lors de l’entame de cette Transat Jacques Vabre : s’il sort en tête de la dépression irlandaise, il pourra dérouler au moins jusqu’à l’équateur !Photo @ Yvan Zedda

Finalement, il est fort peu probable que les candidats au Trophée Jules Verne partent en même temps que les Ultime de la Transat Jacques Vabre ! Les premiers en stand-by à Brest (Spindrift 2) ou à La Trinité-sur-Mer (IDEC Sport) attendent une fenêtre météo plus favorable (qui pourrait d’ailleurs s’ouvrir en milieu de semaine prochaine…) qu’une dépression au large de l’Irlande lundi matin qui devrait générer des vents de plus de trente nœuds de secteur Sud-Ouest avec six mètres de creux… Les deux premiers veulent atteindre l’équateur en moins de six jours, les autres visent à franchir la ligne d’arrivée à Itajai en premier !

Bref, la catégorie Ultime qui regroupe tous les voiliers de plus de 69 pieds (sans limite pour la Route du Rhum, jusqu’à 105 pieds pour la Transat Jacques Vabre 2015) est en pleine effervescence mais aussi en pleine structuration comme l’indiquait Magnus Henderson en juin dernier… Sans entrer dans la polémique radicale de notre confrère, il faut bien constater que la création d’une Class 100 (multicoques de 100 à 110 pieds) clarifierait les courses à venir que le Collectif vise à organiser…

Quatre visions différentes

Mais au Havre, l’heure est plutôt à la préparation d’une transat de 5 400 milles qui s’annonce animée au lendemain du coup de canon puis très véloce une fois le cap Finisterre débordé. Or les quatre prétendants n’ont pas du tout le même potentiel selon les conditions météorologiques et l’entame de cette Transat Jacques Vabre pourrait bien redistribuer les cartes avec une dépression costaude au large de Ouessant. D’un côté, le plus puissant du quatuor est sans conteste Sodebo Ultim qui, pas sa longueur, sa largeur et le volume de ses flotteurs peut se permettre de traverser la perturbation, une situation assez similaire au départ de la Route du Rhum 2014. Le fait de sortir en tête au cap Finisterre offrirait pour Thomas Coville et Jean-Luc Nélias un net avantage puisque les alizés portugais semblent être au rendez-vous dès lundi soir.

Prince de BretagnePrince de Bretagne est une redoutable machine de petit temps et de medium comme il l’a démontré lors de sa tentative vers l’île Maurice sur le tronçon Lorient-équateur.Photo @ Marcel Mochet

Pour MACIF, le manque de navigation est un handicap et le tout nouveau trimaran de François Gabart, épaulé par Pascal Bidégorry, ne sera pas à la fête à la pointe bretonne. Tout comme Prince de Bretagne qui, par sa taille nettement moindre (23,30 m), aura plus de mal à affronter une mer forte à grosse. Mais tout dépend aussi de la largeur réelle du front car même s’il n’y a que quelques heures à faire le dos rond, il faudra ensuite pour Lionel Lemonchois et Roland Jourdain naviguer dans une mer chaotique entre houle de Sud et vagues de Nord-Ouest… Quant à Actual, Yves Le Blévec et Jean-Baptiste Le Vaillant savent que le trimaran n’a rien à craindre dans ces conditions musclées, mais le louvoyage n’est pas le point fort de ce plan Nigel Irens.

Reste qu’une solution originale peut être adoptée : piquer dans le golfe de Gascogne où le vent sera franchement moins soutenu et la mer moins mauvaise. C’est loin d’être un raccourci, mais l’avantage est de préserver la monture… Or, à l’issue de cette première phase tonique, la glisse est au rendez-vous jusqu’à l’équateur : le premier à toucher les alizés va donc creuser l’écart et le delta ne pourrait être comblé qu’à l’approche du Pot au Noir ! Mais de l’autre côté de l’hémisphère, bien des pièges peuvent se dresser (dépression sur le Brésil, rupture des alizés de Sud-Est, calmes au cap Frio…) et les 2 000 milles restant à parcourir peuvent tout chambouler en quelques poignées d’heures lorsqu’on sait que ces trimarans Ultime peuvent aligner plus de 700 milles en 24 heures !

Trimaran MACIFLe dernier-né s’annonce encore plus puissant et rapide que Groupama 3 : MACIF a réduit le volume des flotteurs puisque les foils doivent les soulager.Photo @ MACIF


Quatre questions à 
François Gabart

Voilesetvoiliers.com : Pourquoi avoir choisi de faire construire un trimaran Ultime, puisqu’à l’époque de cette décision, il n’y avait ni Collectif, ni programme en dehors de la Route du Rhum, de la Transat Jacques Vabre et des records ?

François Gabart : Il y avait d’abord l’intérêt pour le potentiel extraordinaire de ces bateaux. J’avais envie de naviguer sur ce type de multicoque et il existait tout de même une flotte avec Sodebo, IDEC, Prince de Bretagne, Groupama 3… Il y avait aussi une volonté de plusieurs skippers et armateurs de se confronter sur l’eau. C’était donc suffisamment convaincant et la venue d’autres skippers (Armel Le Cléac’h, Sébastien Josse) confirme l’engouement pour cette nouvelle classe.

Voilesetvoiliers.com : Pour cette Transat Jacques Vabre, le plateau est réduit et très diversifié entre Sodebo, MACIF, Actual et Prince de Bretagne… Alors que certains comme Francis Joyon ou Yann Guichard s’élancent sur le Trophée Jules Verne !

François Gabart : On ne peut pas être déçu dans le sens où la précédente édition ne regroupait que deux MOD-70 ! Et la quantité ne fait pas forcément la qualité… Il y a au Havre des skippers et des équipiers de haut vol et si les bateaux peuvent paraître très différents, ils n’en restent pas moins susceptibles de gagner. MACIF a un énorme potentiel, mais il est très récent face à des machines qui sont parfaitement fiabilisées.

Voilesetvoiliers.com : MACIF est un trimaran très inspiré de Groupama 3 mais avec la volonté de sustenter sur ses foils…

François Gabart : Ce sont les mêmes architectes (VPLP), mais le trimaran de Franck Cammas date de 2005. MACIF se rapproche plus des formes de Banque Populaire V conçu en 2007 (devenu Spindrift 2). Ensuite, il y a moult évolutions sur ce nouveau prototype au niveau du plan de pont, des emménagements, des appendices…

Voilesetvoiliers.com : Justement, vous partez avec un seul foil : pourquoi ?

François Gabart : Nous avons le foil tribord parce que nous estimons que sur ce parcours Le Havre-Itajaí, nous allons faire majoritairement du bâbord amures. En fait, nous avions des ambitions et un cahier des charges précis sur ces appendices que nous n’étions pas en mesure de concevoir et construire dans les délais imposés. Nous aurions pu réaliser deux foils plus petits et moins porteurs, mais nous voulions avant tout tester ce qui nous paraissait efficace : il ne faut pas oublier que le projet MACIF court sur cinq ans. La Transat Jacques Vabre est importante pour nous, mais ce n’est qu’une épreuve parmi d’autres au programme du bateau.

SodeboActual, ex-Sodebo est avant tout conçu pour les mers du Sud en solitaire, mais c’est un trimaran très polyvalent et très sûr pour un parcours vers le Brésil.Photo @ Yvan Zedda

Les quatre engagés en Classe Ultime


Actual : Yves Le Blévec & Jean-Baptiste Le Vaillant (trimaran Irens-Cabaret de 31 m : 2007)

MACIF : François Gabart & Pascal Bidegorry (trimaran VPLP 2015 de 30 m)

Prince de Bretagne : Lionel Lemonchois & Roland Jourdain (trimaran VPLP de 23,30 m : 2002 modifié en 2012)

Sodebo Ultim : Thomas Coville & Jean-Luc Nélias (trimaran VPLP de 31 m : 2001 modifié 2014)