Actualité à la Hune

Mini-Fastnet

La suprématie des gros nez

La suprématie de Griffon.fr, proto sur plan David Raison continue en 6,50 avec la victoire de Ian Lipinski et Sébastien Picault au terme du Mini-Fastnet qui était parti dimanche. Même domination chez les bateaux de série pour les Pogo 3, où la victoire s'est jouée dans les tous derniers milles, revenant à Fernbach/Beaudart (Le Faufiffon Hénaff)... Pour nous en parler, nous avons rencontré Ian Lipinski, vainqueur de toutes les courses d’avant-saison sur son scow racheté à Davy Beaudart, et Charly Fernbach, responsable technique et commercial du chantier Structures, constructeur du Pogo 3.
  • Publié le : 23/06/2016 - 00:01

GriffonL’ex-Maximum de Davy Beaudart qui a été repris par Ian Lipinski, a remporté toutes les premières courses du circuit 2016 dont le Mini-Fastnet…Photo @ Jacques Vapillon

Voilesetvoiliers.com : Tu as repris le Maximum de Davy Beaudart (désormais Griffon), un plan de David Raison extrapolé de son premier scow Magnum
Ian Lipinski
: Par rapport au premier dessin de l’architecte, la carène de Griffon est plus ronde, avec plus de rock longitudinal et latéral, alors que Magnum a des lignes d’eau beaucoup plus tendues. Le gréement aussi est différent puisque le premier exemplaire a un mât-aile plus lourd mais les deux bateaux ont quasiment le même poids final : moins de 800 kg ! C’est impressionnant de voir l’épaisseur des peaux de carbone…

Voilesetvoiliers.com : Tu as donc racheté ce bateau après la Mini-Transat que tu as remporté en voilier de série sur un Ofcet 6.50.
I. L.
: J’ai eu ce Mini en janvier pour le mettre en chantier chez AMCO et je l’ai mis à l’eau en mars. Mais j’ai eu un souci : la tempête de Pâques a fait s’envoler le bateau de sa remorque ! Heureusement sans trop de dégâts… J’ai donc pu participer à la BSM à Lorient avec Davy Beaudart qui m’a enseigné quelques trucs. Une belle passation parce qu’il y a eu du vent fort et que c’est un prototype un peu plus compliqué que les autres !

Voilesetvoiliers.com : En 2016, tu entames ta cinquième saison en Mini, d’abord en voilier de série sur un Pogo 2, puis sur un Ofcet 6.50…
I. L.
: C’est ma première saison en prototype. Mais je constate que je vais sur des bateaux qui ont de plus en plus de volume à l’avant ! Ce qui change le plus, c’est d’abord le confort (hors du volume intérieur) parce que la puissance de la carène permet de naviguer beaucoup moins gîté. Le bateau est moins sensible au matossage : même si l'on n’a pas le temps de tout passer d’un bord à l’autre, le bateau ne se vautre pas en sortie de virement. Alors avec Griffon, c’est encore plus marqué ! Je peux aller sous le vent sans que le bateau ne parte au lof comme c’était le cas sur le Pogo 2. Et la navigation est beaucoup plus facile sur les allures de reaching… L’Ofcet 6.50 était déjà fabuleux, mais là, on entre dans une autre dimension. Je suis encore dans la phase de découverte, mais c’est assez bluffant.

Ian LipinskiCinquième saison sur le circuit Mini : Ian Lipinski, vainqueur de la Mini-Transat en voilier de série sur un Ofcet 6.50, est passé au prototype avec un plan David Raison intouchable.Photo @ Jacques Vapillon

Voilesetvoiliers.com : Mais il y a bien des conditions où ce volume incroyable est pénalisant ?
I. L.
: Logiquement, le petit trou côté performance, c’est dans le tout petit temps clapoteux. Parce qu’il y a plus de surface mouillée. Mais à partir de 15 nœuds de vent, c’est un avion à toutes les allures. Mais ses défauts sont de petits défauts qui ne sont pas suffisants pour le mettre en ballotage sur une course au large.

Voilesetvoiliers.com : Ce n’est pas extrêmement bruyant ?
I. L.
: Pas plus qu’un autre prototype je pense, mais le grand confort, c’est que ce type de carène ne mouille pas ! J’avais l’habitude d’être équipé contre les embruns en permanence, mais là rien… C’est donc aussi nettement moins fatigant. Et comme c’est sec dehors, c’est aussi sec dedans.

Voilesetvoiliers.com : Mais c’est tout de même beaucoup plus compliqué qu’un voilier de série…
I. L.
: Il y en a des ficelles ! La quille pendulaire est aussi télescopique, ce qui rajoute un palan, le mât à barres de flèche perpendiculaires permet de jouer sur la quête sans toucher la tension des haubans (mais il ne faut pas se rater sur les bastaques !), la tension d’étai revient au cockpit, les dérives, quatre ballasts, le rocambeau du bout-dehors… J’ai encore des choses à découvrir !

Voilesetvoiliers.com : Finalement cette saison, tes plus affûtés adversaires sont des Pogo 3 !
I. L.
: Cela fait deux courses où le deuxième arrivé est un Pogo 3… C’est déjà la preuve que c’est un excellent bateau. Mais la plupart des prototypes ont changé de main et il faut du temps pour s’adapter. Et le Pogo 3 comme l’Ofcet 6.50 ont encore maille à partir avec les Nacira et les Argo à certaines allures, en particulier dans le petit temps.

Voilesetvoiliers.com : Tu as déjà pu te confronter au premier exemplaire, le Magnum ?
I. L
. : Pas encore, surtout qu’il est actuellement en développement pour y installer des foils… Et je ne sais pas si on le verra de nouveau sur le circuit Mini. Mais il y a le nouveau prototype Arkema qui vient d’être mis à l’eau… Mais qui ne sera pas présent pour la course de l’été, Les Sables-Les Açores-Les Sables. Et la saison prochaine, la Mini Transat au programme. Mon partenaire Griffon a fait l’acquisition du bateau, ce qui réduit le budget de fonctionnement.

Pogo-3L’augmentation du volume des carènes a radicalement changé le comportement des voiliers de série : Pogo 3 et Ofcet 6.50 dominent tellement qu’ils mettent même en ballotage les prototypes de la précédente génération…Photo @ Thierry Martinez
Voilesetvoiliers.com : C’est carton plein pour le Pogo 3 du chantier Structures pour lequel tu travailles !

Charly Fernbach : Cette saison débute bien ! C’est super parce que le niveau en voilier de série est assez élevé et ne fait que progresser.

Voilesetvoiliers.com : Mais tout de même, arriver devant des prototypes…
C. F.
: Le Pogo 3 est un bateau qui va vite facilement : il n’y a pas besoin de naviguer deux ans pour trouver les clés comme c’est le cas pour un prototype… Il faut se le mettre à sa main, régler le tilt de quille, le gréement, savoir comment ballaster. Mais ce sont de nouveaux skippers et il faut leur donner le temps de s’adapter : cela ne devrait pas durer et les écarts vont se creuser entre prototypes et voiliers de série.

Charly FernbachCharlie Fernbach défend les couleurs du chantier Structures pour lequel il travaille : il avait terminé quatrième de la dernière Mini-Transat sur l’un des premiers Pogo 3.Photo @ Jacques Vapillon

Voilesetvoiliers.com : Le Pogo 3 par rapport à l’Ofcet 6.50 ?
C. F.
: Les Pogo 3 sont tout de même régulièrement devant… Au reaching, la différence n’est pas sensible, mais l’Ofcet semble un peu moins à l’aise au près. En tout cas, le delta avec les précédentes générations est significatif, sauf pour l’Argo qui est entre ces deux générations. Il y a tout de même dix années d’architecture navale entre le Pogo 2 et le Pogo 
3, et le chantier a aussi bien progressé au niveau fabrication pour augmenter la raideur tout en diminuant le poids. En configuration de pesée équivalente, il y a une différence de 100 kg tout en ayant une carène plus volumineuse avec 25 % de puissance en plus !

Voilesetvoiliers.com : La différence vient essentiellement de la carène ?
C. F.
: Et des appendices qui ont bien évolué. Mais c’est surtout cette facilité à trouver le mode d’emploi qui permet de tels résultats : pas de quille pendulaire, pas de dérives, pas de mât basculant en carbone, pas de ballasts… L’aspect passionnant du prototype, c’est son développement, mais c’est aussi ce qui prend du temps et de l’énergie. Et si l'on en arrive à ce type de carène sur le Pogo 3, c’est bien grâce aux prototypes.

Mini Fastnet 2016Bon départ pour les 59 partants du Mini-Fastnet : une première nuit agitée au large de Ouessant a éliminé quelques concurrents, mais la difficulté était la traversée de la mer Celtique dans les petits airs…Photo @ Simon Jourdan-Mini Fastnet