Actualité à la Hune

L'analyse de Dominic Vittet

Le Cléac'h-Thomson : poker menteur à Rio

Des deux leaders, lequel touchera en premier les alizés d’Est qui soufflent au Nord de Rio ? L’enjeu est énorme : le premier sorti de la zone de calmes prendra une option importante sur la victoire finale. La partie de poker commence. Derrière eux, Jérémie Beyou est bien installé à sa 3e place alors que Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) et Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) ont passé le cap Horn hier.
  • Publié le : 31/12/2016 - 07:39

Remonte pente AtlantiqueEn résumé par notre illustrateur, ce que peuvent être les rêves d'Armel Le Cléac'h en cette remontée de l'Atlantique Sud...Photo @ François Denis

Dans un anticyclone un peu hésitant, ce qui était le cas ces derniers jours dans l’Atlantique Sud, la masse d’air n’est pas homogène. Il y a le cœur principal de cette masse avec son centre sans vent qui peut s’étaler sur quelques centaines de milles. Mais il peut aussi y avoir des centres secondaires tout petits et plutôt volages que les marins appellent des bulles.
Hier après-midi, en forçant un peu trop sa route dans l’Est, Alex Thomson (triangle noir) qui était revenu à 28 milles d’Armel Le Cléac’h (triangle bleu) dans la nuit de jeudi à vendredi, est rentré dans une bulle anticyclonique et a aussitôt reperdu près de 120 milles. Erreur tactique ou prise de risque trop importante ?

vendredi 30Armel Le Cléac’h (triangle bleu) a gardé son sang-froid en ne cherchant pas à imiter Alex Thomson (triangle noir) mais en contournant consciencieusement la bulle sans vent par la gauche. Il a ainsi regagné des milles précieux pour reprendre son destin en main.Photo @ Dominic Vittet

Même si Armel respire un peu mieux ce matin, la partie est relancée. Désormais, l’objectif de chacun des deux hommes est clair : réussir à contourner la zone sans vent du cœur de l’anticyclone pour toucher l’alizé d’Est en premier et filer vers le Nord.
A priori, le schéma stratégique reste à peu près identique pour les deux skippers. Dès lors, Alex a-t-il une solution pour surprendre Armel ?

Après son décalage à l’Ouest pour éviter le calme dans lequel est tombé Hugo Boss, le skipper de Banque Populaire VIII a réussi à se reconstituer un petit capital de sécurité très précieux.  En bon régatier, il devrait probablement consommer une partie de cette avance de 148 milles (au classement de ce matin, 5 heures) pour se recaler dans l’Est, jusqu’à se positionner dans l’axe du bateau noir et le coincer ainsi contre le cœur de la zone sans vent. S’il parvient à réaliser cette manœuvre tactique, non seulement il contrôlera la situation en ayant le même angle que son partenaire pour aborder l’alizé, mais il bénéficiera aussi avant lui des vents plus soutenus qui soufflent au Nord de l’anticyclone.

1er  janvierEn se recalant dans l’Est, devant l’étrave d’Hugo Boss (trait noir ou rose), Banque Populaire (trait bleu) pourrait reprendre le contrôle de la course.Photo @ Dominic Vittet

Pour Alex Thomson, la marge de manœuvre est faible. Jusqu’à ce qu’il se fasse piéger par la bulle anticyclonique hier, son atout principal était de se trouver plus à l’Est qu’Armel. Il espérait ainsi bénéficier plus tôt d’angles de vent plus favorables pour entrer dans l’alizé.

Mais le retard pris dans les calmes l’accule à deux options tactiques distinctes : soit il continue à prendre des risques en cherchant à rester plus à droite que Banque Populaire VIII  (trait noir) au risque de perdre encore du terrain en mordant la ligne jaune de la zone sans vent. Soit il considère que l’opportunité qu’il a eu de pouvoir revenir aussi près du leader est une chance qu’il ne faut pas gâcher, auquel cas il se range sagement dans l’axe du bateau bleu et blanc (trait rose) et attend son heure.

Alex ThomsonAprès être bien revenu, la situation se complique pour Alex Thomson.Photo @ Mark Lloyd/Hugo Boss

Il aura inévitablement d’autres occasions d’attaquer le Finistérien. Mais le caractère fougueux du Gallois est peut-être son pire ennemi. Est-ce le moment de «faire tapis» alors qu’il reste moins de 5 000 milles à parcourir et que le jeu est grand ouvert ?
Une fois lancé dans l’alizé, si l’écart entre les deux hommes était inférieur à 200 milles, Thomson pourrait encore le réduire en s’appuyant sur son foil intact (en naviguant tribord amure) et… tout resterait encore possible !

(Cette nouvelle analyse matinale est signée Dominic Vittet. Durant tout le Vendée Globe, l’ancien vainqueur de la Solitaire du Figaro, champion de France solitaire ou champion du monde Class40 – entre autres – devenu analyste météo et routeur, nous livre son analyse de l’évolution de la course.)

Classement samedi 31 décembre à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 4 942 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 148 milles du premier

3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 1 125 milles       
4.       Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), à 1 814 milles
5.       Jean Le Cam (Finistère Mer Vent), à 1 962 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.