Actualité à la Hune

Mini-Transat La Boulangère

Le jeu des 7 familles

Ce dimanche, à 16 heures, la Mini-Transat La Boulangère s’élancera de La Rochelle à destination du Marin, en Martinique, via Las Palmas de Gran Canaria. Au départ : 81 marins, hommes et femmes, représentant une quinzaine de nationalités et d’origines sociales et professionnelles très variées. Petit tour d’horizon de ces Ministes aux motivations et aux objectifs très différents à travers sept familles : les favoris, les outsiders, les récidivistes, les bizuths à suivre, les femmes, les aventuriers du large et les amateurs.
  • Publié le : 29/09/2017 - 00:01

Jörg Riechers (934 - Lilcenthal)L'allemand Jörg Riechers (934 - Lilcenthal), tentera de titiller Ian Lipinski, Le favori sur Griffon.fr pour la victoire en Proto.Photo @ Breschi/ Breschi-photo-video.com
1.Les favoris

Depuis deux saisons, il a tout raflé. C’est donc légitimement qu’il apparaît comme le grandissime favori de la course parmi les engagés en Proto. Reste que Ian Lipinski est loin de partir la fleur au fusil. «Mon statut de favori était totalement justifié sur les courses en avant-saison qui sont des compétitions souvent côtières et avec une ou deux nuits en mer. Au départ de cette Mini-Transat, c’est un peu moins légitime car, sur une traversée de l’Atlantique, il y a de l’eau à courir. De plus, je n’oublie pas que lors des dernières éditions, les favoris n’ont jamais gagné. Cela dit, je suis très bien préparé, j’ai l’expérience de la Mini et j’ai tout fait pour me mettre en situation de victoire», explique le skipper de Griffon.fr, qui a déjà remporté l’épreuve en Série lors de la dernière édition, en 2015, et qui espère réitérer la performance, mais en Proto cette fois. A la clé, s’il y parvient : un exploit totalement inédit – jusqu’alors, seul Sébastien Magnen a réalisé un doublé, mais en Proto, en 1997 et 1999. Du côté des bateaux de Série, celui qui fait office d’homme à battre n’est autre qu’Erwan Le Draoulec, le benjamin, même s’il s’en défend tant il déteste qu’on lui colle la pression. Reste que depuis son arrivée sur le circuit des minis 6.50 en 2012, il n’a eu de cesse de progresser. D’ailleurs, depuis septembre 2016, sur les huit épreuves auxquelles il a participé, le skipper d’Emile Henry a toujours fini sur le podium – exception faite du la Pornichet Select, bouclée en 5e position. «Mon rêve, avant tout, c’est de réussir à traverser l’Atlantique tout seul. Bien sûr, je rêve aussi de finir bien et pour ça, je vais faire marcher mon bateau comme je l’ai fait ces derniers mois», annonce le jeune Charolais, qui espère bien fêter ses 21 ans en Martinique, en décembre prochain.

Erwan Le Draoulec (895 - Emile Henry)Erwan Le Draoulec (895 - Emile Henry), l'un des grands favoris en Série et benjamin de la course.Photo @ Breschi/Mini Transat La Boulangère
2. Les outsiders 

Pas simple de pronostiquer les podiums, aussi bien en Proto qu’en Série. Dans la première catégorie, on peut toutefois évoquer sans se tromper le nom de Jörg Riechers (934 - Lilcenthal). Et pour cause : il est l’un des rares coureurs susceptibles de tenir la dragée haute à Ian Lipinski, même si son bateau, un plan Etienne Bertrand au nez rond particulièrement accentué, manque peut-être de temps de navigation et de fiabilisation – l’installation de foils a d’ailleurs été reportée après la Mini-Transat. Reste que le marin allemand a de la suite dans les idées et une expérience énorme de la course au large : il a derrière lui sept saisons de Mini, une année de Class40 et une Barcelona World Race bouclée en 6e position avec le Brestois Sébastien Audigane. Assurément un client, donc. Même topo pour Erwan Le Méné (800 - Clôtures Rousseau), le nouveau propriétaire du plan Lombard-Shipman ayant mené Fred Denis à la victoire lors de la Mini-Transat 2015, et le Suisse Simon Koster (888 - Eight Cube), dont la monture est désormais simplifiée. Mais il faudra aussi surveiller de près Quentin Vlamynck (900 - Arkema 3), le jeune aquitain de 25 ans dont la machine est un véritable condensé d’innovations (foils, étai sur rail, nouveaux procédés de construction, grand-voile épaisse à volets… (A découvrir en vidéo ici et dans Voiles et Voiliers n°560 actuellement en kiosque). Bref, le jeu est ouvert et c’est encore plus vrai en Série avec notamment Clarisse Crémer (902 - TBS), récente vainqueur de la Transgascogne, l’Irlandais Tom Dolan (910 - Offshoresailing.fr), Tanguy Bouroullec (909 - Kerhis-Cerfrance), Pierre Chedeville (887 - Blue Orange–Fair Retail), Rémi Aubrun (868 - Alternative Sailing–Constructions du Belon) ou encore Germain Kerleveo (913 – Astrolabe Expéditions), tous dotés d’un Pogo 3 dont ils connaissent toutes les clés, sans oublier Henri Patou (890 - DA.fr) ou encore Valentin Massu (917 – Challenge Espoir Mini-Transat) dont les Ofcet ont de quoi faire parler la poudre sur le parcours.

Fred Guérin (614 - Les-Amis.Fun)Fred Guérin (614 - Les-amis.fun) s'aligne au départ de la course pour la 4e fois... 34 ans après la première.Photo @ Breschi/Mini Transat La Boulangère

3. Les récidivistes 

Sur les 81 marins au départ de cette 40e Mini-Transat-La Boulangère, ils sont quinze à récidiver. Parmi eux, il y a ceux qui comptent sur leur(s) première(s) expérience(s) pour maintenant jouer aux avant-postes, avec des vraies ambitions de résultats, comme Rémi Aubrun (868 - Alternative Sailing), Tom Dolan (910 – Cailin Hua 2), Henri Patou (890 – DA.fr), Andrea Fornaro (931 – Sideral), Antoine Cornic (759 – Follow Me), Guillermo Cañardo (657 – Peor para el Sol), Quentin Vlamynck (900 – Arkema 3) ou Jorg Riechers (934 – OTG 1), ; ceux qui reviennent avec le but, cette fois, d’aller au bout de leur rêve après un abandon forcé lors de leur(s) précédente(s) participation(s), comme Arnaud Etchandy (739 – Adelaïde 2), Pilar Pasanau (240 - Peter Punk), ou Arthur Léopold Léger qui, rappelons-le, en 2013, était passé tout près du drame après une chute à la mer et un démâtage. Il y a aussi ceux qui espèrent enfoncer le clou comme Ian Lipinski (865 – Griffon.fr) qui voudrait, on l’a dit, inscrire son nom au palmarès de la course à la fois en Série puis en Proto, ou Simon Koster (888 – Eight Cube), qui après ses 3e et 5e places en 2013 et 2015, espère maintenant monter sur la plus haute marche du podium. Tous ces derniers s’alignent au départ de l’épreuve pour la deuxième ou la troisième fois, ce qui n’est déjà pas rien, mais deux coureurs sont carrément de retour pour la 4e fois. Récidivistes ou addicts ? C’est au choix. Quoi qu’il en soit, il s’agit de l’Italien Andrea Pendibene (883 – Pegaso Marina) et de Fred Guérin (614 – Les-amis.fun). Le premier est bien décidé à conjurer le sort après sa 41e place en 2007, puis ses deux abandons en 2011 et 2015. Le deuxième revient avec l’objectif de montrer qu’il est toujours dans le coup... 34 ans après sa première participation. «L’idée, c’est de refaire une traversée de l’Atlantique en solitaire. La Mini-Transat s’est imposée naturellement, car elle est pour moi la seule couse abordable, au niveau du budget et de l’organisation. J’avoue par ailleurs que j’y retourne aussi parce qu’elle repart aux Antilles», indique Guérin qui, pour mémoire, a terminé 5e en 1983, puis 2e en 1985 et en 1989. «A l’époque, au sextant, au pilote aérien et au pilote électrique», rappelle le skipper âgé aujourd’hui de 62 ans – il est le doyen de l’épreuve –, dont la dernière course au large (la Transat AG2R disputée en double avec Lionel Lemonchois) remonte à 1992 et s’était soldée par une 4e place.

4. Les bizuths à suivre 

Dans la mesure où, sur les 81 concurrents au départ, 66 sont bizuths, il n’est pas franchement facile de définir ceux qui seront plus à suivre que d’autres. Malgré tout, l’on peut évoquer l’Italien Ambrogio Beccaria (539 – Alla Grande Ambeco), dont la résistance au sommeil et la capacité à repousser ses limites impressionnent manifestement ses concurrents. «A la barre de son Pogo 2 (construit en 2005, ndlr), il s’est offert le luxe de laisser dans son tableau arrière nombre de bateaux de série de nouvelle génération sur toutes les courses auxquelles il a participé. Il est capable de créer la surprise, c’est certain», annonce Annabelle Moreau, de la Classe Mini. En Proto, le jeune talent qui monte n’est autre que Kéni Piperol (788 – Région Guadeloupe). Le jeune Antillais de 21 ans, pur produit du centre Guadeloupe Grand Large, au sein duquel il a trouvé quelques mentors ayant tous l’expérience de la Mini-Transat (Luc Coquelin, François Lamy et Carl Chipotel, entre autres) n’a eu de cesse de progresser depuis son arrivée sur le circuit. Il a d’ailleurs réussi à monter sur le podium de la Transgascogne, en août dernier. Peut-être le début d’une longue série… «Sur cette dernière course, il n’y avait pas tous les requins de la classe, mais je me dis malgré tout que je suis capable de rentrer dans le Top 5. Mon bateau est prêt et je l’ai bien en main. Je suis bien épaulé par ma famille, Luc Coquelin et sa femme. Cela me permet de partir relativement serein, même si une traversée de l’Atlantique en solo sur un bateau de 6,50 mètres, ce n’est pas anodin», admet Piperol.

Kéni Piperol (788 - Région Guadeloupe)Kéni Piperol (788 - Région Guadeloupe), un jeune talent qui monte et qui pourrait créer la surprise, chez lui, aux Antilles.Photo @ Breschi/Mini Transat La Boulangère
5. Les aventuriers du large

«La Mini-Transat est une aventure humaine. Sur l’océan, nous sommes sans cesse rappelés à notre petitesse. Nous sommes appelés à tendre l’oreille pour écouter le bateau qui évolue dans la houle, à regarder les nuages pour comprendre le vent. Nous apprenons à voir le monde. A vivre avec des ressources finies dans un espace confiné. Chaque centilitre d’eau est compté. Nos déchets sont pensés, stockés, limités. Nous apprenons à respecter l’océan, à rester humble face à la force de la nature et face à la fragilité de la vie.» Voilà comment Charlotte Méry (802 – Femmes de Bretagne–Optigestion) résume l’épreuve. Comme elle, ils sont nombreux, au sein de la flotte, à être tentés par l’entreprise d’une transatlantique pour ses difficultés, sa part d'inconnu et ses aspects extraordinaires. Parmi eux, on peut notamment citer Benoît Lacroix (889 – Team Eden Promotion), montagnard convaincu, qui n’imaginait pas qu’il allait un jour traverser l’Atlantique en solitaire sur un bateau de 6,50 mètres, mais aussi Jonathan Chodkiewiez (335 – Tasty Granny). Malgré un tout petit budget, le Varois a pu louer un bateau à un tarif défiant toute concurrence. En échange de quoi, il s’est engagé dans une révision complète, renouant ainsi avec la longue tradition des ministes bricoleurs. Pareil ou presque pour l’Italien Marc Miro Rubio (371 – Alfin). «Comme Jonathan, je pars avec l’un des plus vieux bateaux de la flotte. Lui peut jouer les trouble-fête. Moi, en revanche, j’ai conscience que je risque de finir dernier, mais qu’importe, ce qui m’intéresse, c’est le voyage et la découverte

Charlotte Méry  (802 - Femmes de Bretagne - Optigestion)Charlotte Méry (802 - Femmes de Bretagne - Optigestion), diplômée de Sciences Po, a mis sa carrière professionnelle entre parenthèses pour accomplir son rêve.Photo @ Breschi/Mini Transat La Boulangère
6. Les femmes en force

En moyenne, moins de 10 % des concurrents de la Mini-Transat sont des femmes. Cette année, elles sont dix sur les 81 marins au départ, représentant ainsi 12,5 % de la flotte. Un joli score donc, pour cette édition 2017. Dans les rangs : Nolwenn Cazé (626 – Fée Rêvée), Clarisse Crémer (902 – TBS), Estelle Greck (514 – Starfish), Marta Guemes (591 – Artelia), Agnès Menut (582 – Mini Doudou), Elodie Pédron (504 – Manu Poki) et Lina Rixgens (732 – Minidoc) en bateaux de série, mais aussi Charlotte Méry (802 – Femmes de Bretagne–Optigestion) et Camille Taque (791 - Foxsea Lady) en prototypes. «La Mini-Transat renoue avec l’esprit aventureux des premières transatlantiques. C’est une aventure hors normes qui pousse à se dépasser, à mettre à l’épreuve ses capacités d’analyse et de stratégie comme la gestion de ses ressources physiques. Hommes et femmes sont sur clairement sur un terrain d’égalité», explique Marta Guemes qui jouera en terre de connaissance, puisqu’elle est originaire des Canaries. « L’idée, c’est déjà d’y arriver. J’ai tout mis en œuvre pour que cela soit le cas. J'ai découvert la voile à 24 ans à l'école de voile des Glénans et depuis je n'en démords plus !» détaille la navigatrice espagnole, qui vit et travaille en tant qu'ingénieure à Grenoble depuis plusieurs années et qui compte bien marcher dans les pas de sa compatriote Anna Corbella. Car oui, la liste des grandes dames de la course au large passées par la Mini-Transat est longue et suscite légitimement des vocations. De fait, Ellen MacArthur, Isabelle Autissier, Catherine Chabaud, Samantha Davies ou Isabelle Joschke ont fait leurs premières armes sur la course avant de se lancer dans l’aventure du Vendée Globe. «Mon but à moi, c’est de me retrouver un jour au départ de la Barcelona World Race, le tour du monde en double sans escale», déclare la skipper d’Artelia.

7. Les amateurs

Le besoin de se dépasser, de se confronter à ses limites pour savoir qui on est, l’envie de s’accomplir, de bâtir son existence sur un projet fort… Telles sont  les motivations des concurrents de cette Mini Transat–La Boulangère 2017 qui ont choisi de mettre leur vie entre parenthèses le temps de la course. Car pour la plupart, ce sont des amateurs. Des gens qui ont un autre métier que skipper. Parmi eux, on peut notamment parler de Guillermo Cañardo (657 – Peor para el Sol), médecin urgentiste engagé auprès d’une ONG. «Repartir faire la Mini-Transat, c’est aussi me vider un peu la tête, m’impliquer dans autre chose, car ce service humanitaire, au quotidien, c’est particulièrement éprouvant», déclare-t-il.  Même chose ou presque pour Timothée Bonavita (796 – Mini Lab), qui a choisi de quitter les tours de La Défense, où il exerce sa profession de cadre commercial pour sortir de sa zone de confort. A coup sûr, la course sera également un grand bol d’air pour Cédric Faron (899 – Marine Nationale), sous-marinier à Toulon, Martin Callebaut (721 – Extasea) cadre dans le domaine de la finance, Julien Mizrachi (832 – Golborne), qui partage sa vie entre la France, où il navigue et la Royaume-Uni, où il travaille, Elodie Pedron (504 – Manu Poki) qui quittera le temps de quelques semaines son laboratoire d’immunologie, mais aussi Boris Pelsy (880 – Novintis) qui, après avoir accompagné Julien Pulvé dans l’aventure lors de la dernière édition, a décidé de se jeter à l’eau à son tour, s’accordantle droit de rêver comme la plupart de ceux qui, comme lui, s’élanceront dimanche sur les 4 050 milles du parcours de la Mini Transat–La Boulangère.

Pour tout savoir sur la Mini-Transat La Boulangère, consultez le site officiel.