Actualité à la Hune

Transat Jacques Vabre : L'analyse

Le point de vue des stratèges

  • Publié le : 08/11/2015 - 00:59

Embarqués comme co-équipier de François Gabart et de Thomas Coville, Pascal Bidégorry et Jean-Luc Nélias reviennent sur leurs parcours lors de la Transat Jacques Vabre, une première pour les trimarans Ultime menés en double. MACIF s’est finalement imposé à Itajaí avec une centaine de milles d’avance sur Sodebo Ultim’ après une belle bataille marquée par plusieurs points stratégiques.

Trimaran MACIFSituation aérienne en bâbord amures pour le nouveau plan VPLP : la Transat Jacques Vabre s’est essentiellement déroulée avec des brises de secteur Est…Photo @ Vincent Curutchet

L’un fut skipper de trimarans ORMA et géant avec Banque Populaire, et accumule six participations à la Transat Jacques Vabre : il fut aussi navigateur sur la dernière Volvo Ocean Race aux côtés de Charles Caudrelier sur Dongfeng. L’autre fut aussi skipper de trimarans ORMA et aussi co-équipier, avant de devenir routeur ou navigateur comme lors des deux dernières Volvo Ocean Race sur Groupama 4 puis Mapfre. Pascal Bidégorry et Jean-Luc Nélias connaissaient donc parfaitement les spécificités des multicoques, même géants, mais aussi les particularités de ce parcours de 5 400 milles entre Le Havre et Itajaí. Interviewés séparément, ils analysent leurs trajectoires et mettent en exergue les caractéristiques de MACIF et de Sodebo Ultim’…

Pascal Bidégorry

BidégorryPascal Bidégorry connaît bien les multicoques géants puisqu’il fut à l’origine du projet Banque Populaire V et son skipper pendant deux années.Photo @ MACIF
Voilesetvoiliers.com : Quels ont été les points marquants de cette Transat Jacques Vabre ?
Pascal Bidégorry :
Pour ce qui est de l’émotion, c’est évidemment le départ : c’est sympa ces parcours préliminaires et c’était une première sur ce beau bateau MACIF ! Et on vire en tête à Étretat… Mais on a rapidement compris que Sodebo Ultim’ allait vite. Ensuite il y a eu du portant jusqu’à Cherbourg où nous restons sous J1 quand ils ont le gennaker : ils nous ont donc rattrapé en tribord, mais on les a redoublé en bâbord avec le foil. C’était super avec Prince de Bretagne à côté aussi qui tenait la cadence… On a pris notre temps lors de la manœuvre à La Hague pour tout ranger parce que nous savions qu’ensuite, ça allait allumer et ils en ont profité pour s’échapper un peu. Au reaching avec le bon angle et le foil sous le vent, le bateau commençait à vibrer avec un ris et trinquette et ça envoyait du lourd ! On prenait quand même nos marques et d’ailleurs à Ouessant, on est passé par le Fromveur et ce n’était pas une très bonne idée : Sodebo Ultim’ nous a mis huit milles.

Voilesetvoiliers.com : Puis il y a eu la traversée vers le cap Finisterre…
Pascal Bidégorry :
Ensuite au large du golfe de Gascogne, on a commencé à faire du près avec foc ORC et un ris : la mer n’était pas trop dure mais il a fallu faire plusieurs des recadrages avec des virements de bord qui sont quand même très physiques. Nous n’avons pas trop perdu au cap Finisterre, mais on voyait que la mer commençait à se former avec une grande houle de Sud. Je me suis fait une grosse session à la barre parce que nous n’avions plus d’électronique et François a mis son nez dedans pour réparer : on était un peu dans le vrac. Nous avons donc perdu le contact et Thomas et Jean-Luc nous ont mis 70 milles !

Trimaran MACIFSans son foil tribord, MACIF s’est avéré très différent en termes de comportement car les flotteurs sont conçus pour être soulagés.Photo @ Vincent Curutchet

Voilesetvoiliers.com : Une descente obligatoire s’enchaîne vers les côtes marocaines !
Pascal Bidégorry :
Il n’y avait pas d’ouverture stratégique à part un léger décalage à la pointe de Saint-Vincent en arrondissant par en dessous afin de garder la pression plus longtemps et chercher le point d’empannage plus vite et plus droit. C’était un bon coup parce que le pilote remarchait le lendemain matin et nous n’avions plus qu’une quarantaine de milles de retard. Alors que nous étions sur notre bord sans foil… Le bateau a vraiment deux comportements différents : en tribord sans foil, MACIF est tout soft, tout doux, tout en glisse en cherchant de l’appui sur le flotteur, mais il n’y en a pas beaucoup puisque le volume est réduit ! Alors qu’en bâbord avec le foil sous le vent, c’est du rodéo, avec une très grande nervosité. En fait, on avait deux bateaux… Nous ne naviguions pas avec les mêmes angles pour de mêmes conditions, nous ne réglions pas les voiles de la même façon, nous ne remontions pas le chariot ni bordions l’écoute de grand-voile similairement. L’enfoncement du flotteur change la donne : ce sont des formes de foil qui poussent énormément ! Au reaching avec de la brise, on peut donc bien s’appuyer parce que le flotteur ne s’enfonce pas, voire même fait décoller de l’eau.

Voilesetvoiliers.com : Vous avez joué sur la profondeur du foil ?
Pascal Bidégorry :
Un peu mais sur une plage d’une vingtaine de centimètres quand ça poussait fort. On le descend entièrement mais quand ça va trop vite, on remonte un poil… Et on joue surtout sur l’incidence qui peut varier de zéro à 4°, mais on est en fait resté entre 0° et 2°. Car on n’a pas eu besoin de cabrer énormément, et je pense même que le foil pousse trop au près au point qu’il faudrait peut-être passer en négatif (-1°) parce que la partie horizontale (tip) a déjà une cambrure qui pousse verticalement.

Voilesetvoiliers.com : Vous avez tricoté le long des côtes africaines…
Pascal Bidégorry
:
Nous avons dû empanner plusieurs fois le long du Sahara : ça m’a rappelé la Volvo Ocean Race… C’est étonnant, magnifique, au bord du désert. Et il y a des bascules incroyables : on se prenait des gauches de 60° ! Mais il faut naviguer sur une bande super étroite ce qui n’est pas facile avec un trimaran Ultime à deux… Avec Sodebo Ultim’, on en a fait des manœuvres : ça tire dans les bras. On a pu faire un bord avec le gennaker et un ris sur le foil : mama mia ! Ça envoyait avec 24-26 nœuds de vent… On n’a pas mis le pilote ! On a été jusqu’aux abords de la frontière mauritanienne, puis on a profité d’une droite pour s’écarter de la côte.

Voilesetvoiliers.com : C’est sur ce bord que vous avez pris la main !
Pascal Bidégorry :
Nous voulions déclencher l’empannage pour qu’il dégaine sans pour autant être les plus Sud : on voulait garder une position au vent pour descendre vers le Pot au Noir. Jean-Yves Bernot, notre routeur à terre, nous a bien aidé avec une bonne analyse du plan d’eau, de la pression, des bascules, des changements entre le jour et la nuit dans les alizés.
Comme on était sur notre bord sans foil, on a cherché à accrocher trente nœuds de vitesse puis à glisser le plus possible. Pendant ce temps, Sodebo Ultim’ attaquait plus donc lofait plus en étant plus rapide. Il a empanné deux fois pour nous contrôler, mais pas assez agressivement.  Au final, on pique tous les deux plein Sud en même temps, mais nous à l’intérieur. En plus avec le foil en bâbord amures, nous arrivions à naviguer vite et bas ! Parce que le bateau se lève et dérape… Et il faut mettre de la barre pour l’empêcher d’abattre trop. Au dessus de vingt nœuds de vent réel, on foile ! Avec un ris, on sent bien qu’il y a un turbo…

Trimaran MACIFEn gagnant en poids plus de deux tonnes par rapport à ses prédécesseurs, MACIF est plus facile à être sustenté par ses foils en « L ».Photo @ Vincent Curutchet

Voilesetvoiliers.com : Puis vient le Pot au Noir…
Pascal Bidégorry
:
On a tous les deux le même point d’entrée dans le Pot vers le 28°30W en s’appuyant sur le modèle météo européen. En fait, il y avait un gros décalage entre les fichiers vents et les images satellites : Sodebo Ultim’ a suivi les fichiers météo et nous les images sat… Il a fait du Sud-Ouest et nous plutôt du Sud. Il voulait rester dans la pression. En entrant, il y avait 25 milles de latéral et à la sortie, 55 milles. Nous avions donc plus de vent, plus de rotation gauche et plus tôt : il y avait jusqu’à 8° d’écart. Et quand ils ont tutoyé Recife, ils se sont fourvoyés dans une molle pendant trois heures. Trop près de terre. Alors ils avaient déjà encaissé 150 milles de retard sur le reaching en sortie de Pot au Noir et là, une nouvelle couche de 100 milles en quelques heures !

Voilesetvoiliers.com : Que penser alors de Sodebo Ultim’ ?
Pascal Bidégorry :
C’est un bon bateau ! L’avantage que nous avons sur MACIF, c’est la légèreté qui permet de glisser mieux au portant, pas en vitesse mais en cap. Sodebo Ultim’ est plus lourd et doit donc attaquer plus pour avancer dans les brises modérées. Mais il glisse bien dans le petit temps, il semble très sain dans la brise : c’est une grosse machine quand nous sommes une mobylette. Mais c’est un trimaran Ultime tout à fait compétitif !

Trimaran MACIFLa casquette originale de MACIF permet à l’équipage d’être protégé pour manœuvrer et régler, mais aussi plus rapidement sur le pont puisque la coque centrale est vide.Photo @ Yann Riou

Voilesetvoiliers.com : Ce fut une transat de vents faibles à modérés !
Pascal Bidégorry :
Nous avons eu jusqu’à 28 nœuds et nous n’avons pris qu’une fois deux ris. Mais dans l’ensemble, il n’y a pas eu trop de petit temps, mais plutôt une brise active et très instable, même dans les alizés : il a fallu beaucoup manœuvrer entre empannages et prises de ris-changements de voile d’avant.

Voilesetvoiliers.com : Au programme maintenant ?
Pascal Bidégorry
:
Repos ! Et participation à l’évolution de MACIF avec François. J’aimerai bien voler aussi… En sortant de la Volvo Ocean Race, enchaîner avec la Transat Jacques Vabre sur ce bateau à mettre au point, c’était super intéressant, mais maintenant, il faut que je m’occupe de ma fille. On verra pour la suite après… Mais on est à un tournant avec ces bateaux qui volent ! En tous cas, c’était super bien avec François… Que du plaisir.

 

Jean-Luc Nélias

JL NéliasJean-Luc Nélias navigue depuis deux saisons avec Thomas Coville outre leur tour du monde en équipage avec Franck Cammas sur Groupama 4.Photo @ Sodebo

Voilesetvoiliers.com : Ce fut une transat physique ?
Jean-Luc Nélias :
Tout du long, ça a été très engagé ! Parce qu’il y a eu beaucoup de manœuvres, beaucoup d’empannages, beaucoup de changements de voiles d’avant, beaucoup de virements, le démanchage, le passage du Pot au Noir… On a eu du mal à se mettre dans la bannette pendant trois heures d’affilée a contrario du convoyage que nous avions fait ensemble cet été avec Thomas parce qu’il y avait du près stable. Là, le rythme était différent parce qu’il fallait aussi barrer plus au portant pour grappiller des dixièmes de nœuds. On est arrivé fatigués : on a terminé avec des quarts de deux heures où tu dors au mieux une heure. Les manœuvres à la fin, tu as l’impression que le mât a grandi, que la surface des voiles a augmenté. Les charges sont énormes. Mais le comportement du bateau est extraordinaire parce que tu peux bourriner dans la mer dans une relative sécurité : tu ne vois pas les limites du bateau. On a moyenné à quarante-deux nœuds lors du dernier grand bord après le Cabo Frio sur Sodebo Ultim’ ! Mais installer la trinquette quand tu avances à 37 nœuds, c’est physique…

Voilesetvoiliers.com : Revenons sur le déroulé de la Transat Jacques Vabre…
Jean-Luc Nélias
:
Nous ne partons pas bien mais on s’en sort sans mollir sur les manœuvres : on est pro actifs ! Et ça porte ses fruits à Cherbourg puisqu’on prend la poudre d’escampette. Pour enchaîner sur un bord génial sous deux ris et trinquette dans la nuit, le foil à fond en bas :
Prince de Bretagne est déjà à 80 milles. En fait, les routages nous proposaient une route intermédiaire entre celle que nous avons suivie et celles des monocoques IMOCA parce qu’on était trop tôt pour contourner la dépression irlandaise. Cela nous permettait de nous décaler très à l’Ouest mais nous nous sommes dits que nos concurrents allaient plutôt choisir la sécurité en piquant vers l’Espagne tout de suite : nous n’allions pas faire notre course tout seuls et on a bien vu dès les anglo-normandes que les trois autres Ultime n’allaient pas partir dans l’Ouest. Alors il a fallu faire cinq ou six virements pour atteindre le cap Finisterre sur une mer encore très maniable. Vent de travers ensuite, on pouvait allonger vers le Maroc et comme MACIF a eu des problèmes de pilote, il concède du terrain. Au cap Saint-Vincent, il fallait négocier une dorsale : on savait qu’avec cinq nœuds de vent, on était encore maître de notre trajectoire.

SodeboThomas Coville devrait installer de nouveaux foils pour la saison prochaine afin de sustenter plus Sodebo Ultim’ dans le vent médium.Photo @ Yvan Zedda

Voilesetvoiliers.com : Mais vous n’arrivez pas à décrocher MACIF
Jean-Luc Nélias :
Curieusement, il ne se fait pas ralentir dans cette dorsale alors qu’il était derrière nous donc plus proche des vents faibles. Et il attrape la bascule en même temps que nous, sans décalage temporel. Quand nous sommes près des côtes marocaines, les routages sont très précis : il faut aller chercher les effets de pointe, les accélérations, les courbures, les effets Venturi à Lanzarote. MACIF est limite à l’agonie pour ne pas se faire avaler par la molle qui vient par derrière : il concède un peu de terrain, mais échappe au petits airs… Et puis on voit une dépression en formation sur le Sénégal qui laissait entendre qu’il y avait un chemin à l’intérieur de l’archipel du Cap-Vert. On reporte le choix au plus tard possible comme notre concurrent… Mais au final, les routages basculent pour une trajectoire vers l’Ouest. Cela nous donnait aussi plus de choix pour le point de passage dans le Pot au Noir. Car en arrivant par l’Est du Cap-Vert, tu es obligé de serrer la côte africaine. En faisant l’extérieur, il y a plus de latitude pour lofer ou abattre.

Voilesetvoiliers.com : C’est un moment clé, au Nord de l’archipel !
Jean-Luc Nélias :
MACIF prend la même option et comme on va vers une rotation droite persistante, il ne peut que s’aligner… Sauf que la dépression sénégalaise compresse les alizés en les faisant basculer plus à gauche ! Après deux empannages pour se recaler, on voit qu’il est dix degrés plus bas que nous : qu’est-ce qu’il se passait ? Puisqu’il était en plus sur son flotteur sans foil, on s’attendait à lui mettre une cartouche. Pas de chance puisque nous étions dans du vent tournant vers la droite quand lui était dans une brise tournant vers la gauche… La dépression a fait diverger les alizés sur cette zone. On se retrouve avec un écart latéral important quand tous les deux, on déclenche le dernier empannage avant le Pot au Noir. Ce sont des schémas habituels pour se positionner tactiquement par rapport à un adversaire, mais nous ne pouvions rien faire. Nous nous sommes donc retrouvés plus à l’Ouest à l’entrée du Pot au Noir. Le problème est aussi que nous avions une position mutuelle toutes les demies heures, ce qui lui a permis de voir tout de suite ce que nous faisions en empannant plus tôt que ce que les routages nous indiquaient : il a pris l’intérieur !

sodeboSodebo Ultim’ est particulièrement à l’aise dans la brise et la mer : son poids est aussi un avantage pour un tour du monde en solitaire.Photo @ Yvan Zedda

Voilesetvoiliers.com : Et à suivre un Pot au Noir compliqué…
Jean-Luc Nélias :
Du coup, on percute le Pot au Noir plus à l’Est que ce que nous voulions, face à lui qui navigue 35 milles plus à l’Est encore que nous. Ils étaient en pointe et comme on avait rapidement des vents de Sud-Est, on ne pouvait pas combler ce décalage latéral. Et à force de se déporter vers l’Ouest, MACIF avait 55 milles de gain latéral quand nous sommes sortis du Pot au Noir… Et en plus, dès qu’il sort il allonge à vingt nœuds quand nous, nous n’allions plus au Brésil pour atteindre cette vitesse-là : il nous a fallu serrer le vent. Il a plus de vent, plus de gauche et il est 25 milles plus Sud ! On réussit à conserver une route parallèle, mais lui à 20 nœuds, nous à 18 nœuds…

Voilesetvoiliers.com : Puis le nuage de Recife…
Jean-Luc Nélias :
De 25 milles d’avance, l’écart passe à 120 milles à Fernando de Noronha. Et devant Recife, on se retrouve à 27 milles au large des côtes quand MACIF était à 70 milles du Brésil. Et on tombe dans une zone de grains que nous ne pouvons éviter avec un alizé qui se casse la figure : on navigue dans une brise de dix nœuds au 176° pendant trois heures ! Alors qu’on cherchait à faire du 200°. On prend un caramel ! Jusqu’à jeudi soir où on empanne pour revenir à terre chercher une accélération : avec 26 nœuds de vent, on bombarde toute la nuit. Mais on craignait le passage du Cabo Frio où il y avait un thalweg pour passer d’un régime de Nord à un flux de Sud-Est.

Voilesetvoiliers.com : Un retour très dynamique pour vous dans le golfe de Rio !
Jean-Luc Nélias :
Nous avons pu nous glisser à l’intérieur, plus proche de la côte avec du vent. Avec douze nœuds de Nord-Est, on filait à seize nœuds vers un nuage de pluie et d’un seul coup, le génois prend à contre, on choque les écoutes pour le faire passer de l’autre bord… Et on repart à seize nœuds sur l’autre amure ! Une bascule de 180° en quelques secondes… Et on enchaîne sur un bord tonique avec 25-28 nœuds de vent entre 130° et 110° : on survolait la mer ! Mais l’écart sur MACIF était trop important… On en pouvait pas revenir mais on a montré que Sodebo Ultim’ pouvait être très rapide dans ces conditions. Jusqu’à samedi matin où le vent s’est totalement écroulé avant Itajaí.

Sodebo Ultim"L’ex-Geronimo a été imaginé pour la Route du Rhum et totalement revisité par les architectes et le team Sodebo la saison passée.Photo @ Y.Zedda/ Sodebo

Voilesetvoiliers.com : Quels enseignements sur cette Transat Jacques Vabre…
Jean-Luc Nélias :
Nous avons été lucides sur tous les coups stratégiques, et sur le décalage au Cap-Vert, on aurait pu se dire qu’on empannait plus tôt pour les forcer à suivre même si on perdait quinze milles dans l’histoire. Mais on savait aussi que dans le vent médium sur son foil, il avait un léger avantage vitesse. On était donc partagé entre un schéma conservateur avec notre météo et nos polaires comme référence ou une vision plus régatière et agressive en jouant façon match-race : on peut éventuellement se reprocher notre approche océanique plutôt que contact rapproché. Mais un contrôle serré à 3 000 milles de l’arrivée, ce n’est pas évident comme démarche en sachant qu’on ne suit plus les routages météo, et donc que l’on peut se faire surprendre, en l’occurrence au Pot au Noir…

Voilesetvoiliers.com : Et vous avez noté des différences sensibles de potentiel entre les deux bateaux ?
Jean-Luc Nélias
:
On a pu noter la grosse différence pour lui entre la navigation avec et sans foil ! En bâbord amures, il navigue à trente nœuds au portant comme nous ou presque à quelques dixièmes de nœud près (il a gagné 14 milles sur nous entre l’empannage et l’entrée dans le Pot au Noir sur deux jours avec une position plus favorable au vent pour descendre dans les bouffées d’air). Avant les Canaries ou en descendant vers le Cabo Frio, on a constaté que nous étions au moins aussi rapide. Mais notons que Sodebo Ultim’ est à 95% de son potentiel depuis qu’il a été mis à l’eau il y a deux ans, alors que MACIF a encore une marge de progression. Nous allons tester de nouveaux foils plus proches de ceux de MACIF qui vont pousser plus tôt. Mais dans l’ensemble, cette Transat Jacques Vabre montre que le différentiel n’est pas important et concerne quelques configurations de mer, de vent et de voilure. Le format en double a bien convenu à François Gabart et Pascal Bidégorry avec un bateau plus léger et une météo clémente. Ce ne sera pas forcément le même scénario sur une transat anglaise. Et puis sur un tour du monde en solitaire, l’océan Indien et le Pacifique ne sont pas tranquilles : Thomas peut être rassuré quant au comportement de Sodebo Ultim’ dans la mer formée et la bonne brise. Car on n’a pas eu de vent fort sur cette transat : 25 nœuds de vent et trois mètres de creux au près au maximum…

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