Actualité à la Hune

Classe Multi50

Le renouveau

Le Multi50, c’est un peu une tradition malouine. Cette classe de multicoques de 50 pieds a longtemps été portée par le skipper local Franck-Yves Escoffier, qui a aussi survolé les classements pendant de nombreuses années, à une époque où la flotte était franchement disparate. Le démarrage aura donc été laborieux mais aujourd’hui, la série connaît enfin le développement que ses animateurs espéraient depuis plus de dix ans.
  • Publié le : 08/03/2017 - 00:01

ARKEMA 1Dessiné par Romaric Neyhousser, Arkema reste le plus récent des Multi50… jusqu’à l’arrivée de Solidaires En Peloton - ARSEP et de Ciela Village 2, qui seront mis à l’eau cette année.Photo @ Vincent Olivaud/Arkema
Au départ de la prochaine Transat Jacques Vabre, le 5 novembre 2017, on pourrait ainsi dénombrer pas moins de sept bateaux relativement compétitifs et constituant cette fois une flotte assez homogène.
Et parmi eux deux unités neuves sur plans VPLP : Solidaires En Peloton – ARSEP présenté la semaine dernière par Thibault Vauchel-Camus et Ciela Village 2 pour Thierry Bouchard.

ArsepLe nouveau trimaran de Thibaut Vauchel-Camus va bénéficier d’études menées par les ingénieurs d’Hydros Innovation.Photo @ DR

De surcroît, les Multi50 vont porter des foils ! Parmi les sept bateaux qui sont potentiellement concurrents de cette épreuve en double disputée à la fin de cette année entre Le Havre et Salvador de Bahía (Brésil), ils seront sans doute cinq à porter de tels appendices qui, d’après Erwan Le Roux, skipper de FenêtréA-Cardinal (ancien Crêpes Whaou 3) et président de la classe, devraient permettre de gagner jusqu’à 3 nœuds de vitesse aux allures les plus favorables (reaching).
«On dépassera plus facilement les 30 nœuds», se réjouit Thibault Vauchel-Camus.
«Ce sont des foils en “C” type ORMA ou MOD70, précise Erwan Le Roux. On voulait qu’ils soient monotypes afin de ne pas trop alourdir les budgets, et cela n’a d’ailleurs pas fait débat au sein de la classe. Pour la même raison, on a fait en sorte qu’ils soient assez facilement adaptables sur les bateaux existants. Et les plans porteurs sur les safrans sont interdits.»

Le Roux arrivée TJVErwan Le Roux n’aura finalement pas de bateau neuf (en tout cas pas tout de suite) mais lui et son FenêtréA-Cardinal restent la référence dans la classe Multi50 après leurs victoires successives dans la Route du Rhum en 2014 et dans la Transat Jacques Vabre en 2015 (ici à l’arrivée avec le coskipper Giancarlo Pedote). Photo @ Jean-Marie Liot/Transat Jacques Vabre
Mais combien coûte aujourd’hui un trimaran Multi50 ?
«En 2009, Crêpes Whaou 3 avait coûté 1 500 000 euros, ajoute le président de la classe. Aujourd’hui, on peut ajouter 150 000 euros de foils et puis les tarifs des chantiers ont un peu augmenté depuis. Pour un bateau neuf construit en Bretagne en pré-imprégné cuit au four (cela peut être moins cher en infusion), je pense qu’il y en a au moins pour deux millions.»
Toujours est-il que le vieux rêve de Franck-Yves Escoffier a fini par se réaliser : les Multi50 ont aujourd’hui leur petite place au soleil. Ils sont deux à trois fois moins chers que les monocoques IMOCA (ceux du Vendée Globe) et sur le marché du multicoque de course au large, ils ont de l’eau à courir puisqu’il n’y a plus qu’eux et les “Ultime”, qui sont au moins deux fois plus grands.

 


Thibaut Vauchel-CamusA bord de son Mach 40, Thibaut Vauchel-Camus avait fait quelques étincelles sur le circuit des monocoques Class40. Il n’avait pas mis beaucoup de temps à s’adapter au large ! Issu du Formule 18, et spécialiste du Flying Phantom, il sera à n’en pas douter un concurrent redoutable en Multi50.Photo @ Pierrick Contin/Solidaires En Peloton
Thibault Vauchel-Camus : «J’ai vraiment été piqué au multicoque !»

Après avoir mené une brillante carrière en Formule 18 puis en Class40 (deuxième place dans la Route du Rhum en 2014 et victoire dans The Transat l’année dernière), le skipper malouin fait la synthèse et se lance en multicoque, au large. Avec un tout nouveau trimaran Multi50 signé VPLP. Objectifs : la Transat Jacques Vabre (départ en novembre prochain) et bien sûr la Route du Rhum 2018. Vendredi dernier, à Saint-Malo, Thibault Vauchel-Camus présentait officiellement les premières images 3D de son nouveau plan VPLP Solidaires En Peloton - ARSEP, dont la construction a commencé chez ENATA Marine, à Dubai. Un chantier issu du bureau d’études suisse Hydros Innovation et dirigé par Jérémie Lagarrigue. Ce trimaran sera l’un des deux nouveaux bateaux de la classe.

Voilesetvoiliers.com : Est-ce que tu as hésité entre le Multi50 et d’autres classes de bateaux ?
Thibault Vauchel-Camus : Je viens du multi ! J’ai vraiment été piqué au multicoque, et j’ai inscrit le Multi50 dans mes objectifs depuis longtemps. La question de l’IMOCA s’est posée bien sûr, et en plus on était en pleine effervescence autour du Vendée Globe. Mais je ne me sentais pas encore suffisamment prêt, ou suffisamment dingue, pour partir sur un projet comme celui-là, et surtout je reste un régatier. J’aurais du mal à mettre l'aspect régate de côté pour privilégier l’aventure. Mais c’est vrai qu’après avoir fait pas mal de Class40 ces dernières années, je commence à connaître aussi le monocoque ; ça a été une école formidable pour la gestion de projet, pour la course au large et pour le solitaire mais… voilà. Pour le Vendée Globe il ne faut pas dire «jamais». Simplement pour l’instant, dans l’évolution de mon projet, on va dix pieds par dix pieds, on a fait 40, maintenant on fait 50, et on verra après.

Voilesetvoiliers.com : Le Multi50 c’est plus amusant que le Class40 ou c’est plus dur ?
T. V.-C. :
Les deux ! C’est beaucoup plus physique, ça va plus vite, c’est un autre stress, c’est une autre excitation aussi, mais le gros avantage de la Class40, c’était quand même le nombre, le niveau qui allait avec, la régate au contact. En Multi50 on va un peu perdre ça mais la nouvelle de la jauge a fait que les bateaux dits «Spirit» (les vieux coucous des années 1990, ndlr) ont été écartés de la classe. On va se retrouver avec une flotte beaucoup plus homogène, et avoir des régates plus disputées qu’auparavant. Sur la Transat Jacques Vabre on a toutes les raisons de croire qu’il y aura sept bateaux au départ dont cinq équipés de foils (lire plus bas). Et peut-être encore un ou deux de plus ensuite sur la Route du Rhum en 2018. C’est ce qu’on peut espérer. Par exemple, l’outillage ayant servi pour Ciela Village 2 (le bateau de Thierry Bouchard en construction, ndlr) va être disponible chez CDK, et cela pourra peut-être déclencher les choses plus facilement.

Voilesetvoiliers.com : Ciela Village 2 sera le même bateau que Solidaires En Peloton - ARSEP ?
T. V.-C. :
En fait, ces deux bateaux qui sont censés être identiques ne le seront pas vraiment. Chez VPLP ils avaient redessiné de nouveaux bras, mais Thierry Bouchard a fait le choix de réutiliser les moules de bras de Crêpes Whaou 3, pour économiser du temps et de l’argent. De notre côté nous allons disposer des nouveaux bras dessinés par VPLP. Et on aura aussi des flotteurs différents de ceux de Ciela Village 2, grâce au travail d’Hydros Innovation en CFD (computational fluid dynamics, mécanique des fluides numérique) qui nous permettra d’avoir quelques petites évolutions (Hydros a été racheté par ENATA, le chantier qui construit Solidaires En Peloton - ARSEP, ndlr). Et même la coque centrale sera aussi un peu différente en termes d’ergonomie. Mais on aura bien les mêmes mâts. Avec Thierry nous avions la volonté de mutualiser un maximum de choses. Pour ce qui est des foils, ils sont de toute façon monotypes. Ce ne sera donc pas les mêmes bateaux : à 80 % ils seront identiques, mais on va essayer de faire en sorte que les 20 % restants fassent la différence.

Voilesetvoiliers.com : L’idée d’intégrer des foils monotypes est de maîtriser les coûts afin de rester fidèle à l’esprit d’origine de la classe ?
T. V.-C. :
C’est exactement ça. Il fallait être dans l’air du temps, en évitant que les budgets explosent. Alors évidemment on ne pourra pas être sur des bateaux volants. On sera plutôt sur des bateaux “cabrants”, comparables en cela aux MOD70 ou aux ORMA. On n’a de toute façon pas le droit de mettre des plans porteurs sur les safrans.

Voilesetvoiliers.com : Ces nouveaux foils coûtent combien ?
T. V.-C. :
Mettre un ancien bateau à la jauge c’est autour de 200 000 à 220 000 euros : le prix des foils, l’installation, les renforts que ça implique dans les flotteurs et dans les bras. Solidaires En Peloton - ARSEP devrait coûter au total autour de 1 800 000 euros.

Voilesetvoiliers.com : La construction a commencé il y a quelques jours seulement. Ce ne sera pas un peu juste pour être au départ de la Transat Jacques Vabre le 5 novembre ?
T. V.-C. :
Timing un peu serré en effet… L’avantage que nous avons c’est que notre outil de production à Dubai, chez ENATA, permet de construire en parallèle les différents éléments du bateau. Et là-bas on a toutes les compétences sous la main, qu’on peut mobiliser très rapidement. Du coup, par rapport à Ciela Village 2 (qui se trouve chez CDK, ndlr), on gagne deux mois sur le temps de construction. À Dubaï ils font toute la plate-forme, et nous, on va apporter le mât et la bôme, tout le gréement, et les foils, tout cela sera expédié là-bas.

 


Ils pourraient être au départ
de la Transat Jacques Vabre 2017

Solidaires En Peloton - ARSEP (2017)
Skipper : Thibault Vauchel-Camus.
Architecte : VPLP.

La construction vient de commencer chez ENATA, à Dubai. La mise à l’eau est prévue pour la fin de l’été, et le bateau sera ensuite convoyé… par la mer, via le canal de Suez.

Ciela Village 2 (2017)
Skipper : Thierry Bouchard.
Architecte : VPLP.

Construit en ce moment chez CDK, ce nouveau plan VPLP sera mené par un skipper atypique, méditerranéen, chef d’entreprise, issu du Mumm 30 et du Class40. Lors de la dernière Transat Jacques Vabre, avec son ancien bateau (devenu aujourd’hui Drekan Groupe), Thierry Bouchard avait pris la deuxième place avec son coskipper Olivier Krauss. À noter qu’il a chargé Fred Le Peutrec de superviser la construction de Ciela Village 2.

Arkema RoucayrolAprès avoir été le skipper de Banque Populaire, au début des années 2000 sur le circuit des multicoques 60 pieds ORMA, Lalou Roucayrol est devenu l’un des piliers du circuit des 50 pieds.Photo @ Vincent Olivaud/Arkema
Arkema (2013)
Skipper : Lalou Roucayrol.

Architecte : Romaric Neyhousser.

Jusqu’à cette année, c’était le dernier-né au sein de la classe. Construit en 2013, il a la particularité d’être signé Romaric Neyhousser. Pour la Transat Jacques Vabre, ce bateau sera doté des nouveaux foils. En 2016, ce bateau a gagné la Transat Québec/Saint-Malo.

RéautéLa nouvelle robe chocolat de l’ancien Actual d’Yves Le Blevec. Ce plan Verdier sera mené désormais par Armel Tripon.Photo @ DR

Réauté Chocolat (2009)
Skipper : Armel Tripon.

Architecte : Guillaume Verdier.

Désormais doté des nouveaux foils, l’ancien Actual a été acquis et rebaptisé par Armel Tripon. Ce trimaran signé Guillaume Verdier a été construit en 2009 pour Yves Le Blevec.

FenêtréA-Cardinal (2009)

Skippers : Erwan Le Roux.
Architecte : VPLP.

Ce bateau et son skipper ont gagné la dernière Route du Rhum en 2014 et la dernière Transat Jacques Vabre en 2015 (avec l’Italien Giancarlo Pedote comme coskipper), et pour la prochaine édition de cette course en double, ils reviennent avec des foils… Son premier nom était Crêpes-Whaou 3.

La French Tech-Rennes Saint-Malo (2009)
Skipper : Gilles Lamiré.

Architectes : Nigel Irens et Benoît Cabaret.

L’ancien Prince de Bretagne est dépourvu de foils mais il se distingue en revanche par ses deux dérives droites sur les flotteurs et par sa construction en infusion. A bord de ce bateau construit à l’origine pour Hervé Cléris, Lionel Lemonchois gagna la Route du Rhum 2010. En 2016, Gilles Lamiré a remporté The Transat bakerly puis terminé 3e dans la foulée de Québec/Saint-Malo.

Drekan Groupe (2005)

Skipper : Eric Defert.
Architecte : VPLP.

C’est l’ancien Crêpes Whaou 2 de Franck-Yves Escoffier (mais aussi ex-Maître Jacques et ex-Ciela Village) de 2005. Son skipper Eric Defert envisage de lui offrir des foils, mais ce sera plutôt pour l’hiver prochain. Ce bateau un peu ancien mais réputé pour son caractère très marin a aussi été mené par le Malouin Loïc Féquet, puis plus récemment par Thierry Bouchard qui termina 2e de Québec/Saint-Malo 2016.