Actualité à la Hune

Volvo Ocean Race

Le sprint planétaire commence !

Onze étapes, huit mois et demi de course, des régates «au couteau» tout autour de la planète. La treizième édition de la course autour du monde en équipage s’annonce aussi exceptionnelle qu’épuisante pour les 77 équipiers qui vont s’affronter à partir de dimanche.
  • Publié le : 22/10/2017 - 00:01

Ce dimanche à 14 heures, la Volvo Ocean Race lâche les fauves ! Avec les vents d’Est-Nord-Est annoncés, il ne faudra pas attendre très longtemps pour voir fumer, bord à bord, les étraves des sept monotypes de 65 pieds prêts à en découdre.
Les bolides devraient atteindre le détroit de Gibraltar dès lundi et arriver à Lisbonne vendredi ou samedi… si le vent se maintient a minima au Nord du cap Saint-Vincent.
La mise en bouche de ce treizième tour du monde en équipage s’annonce déjà brûlante !

MapfreSkippé par Xabi Fernandez, Mapfre revient pour la deuxième fois dans la Volvo. C'est, avec Dongfeng et Brunel, l'un des trois grands favoris.Photo @ Mapfre/Volvo Ocean Race

La Méditerranée, mer à l’abri des grands mouvements océaniques, a ses propres lois météorologiques. Entourée de reliefs, elle fabrique ses courants d’air «intra-muros» et invente ses vents bien à elle : Harmattan, Ponant, Sirocco… Mais aussi Mistral et Tramontane pour les côtes françaises.
Il suffit d’un rien – c’est-à-dire quelques dixièmes d’hectopascal de différence entre deux bassins – pour que la nature, qui n’aime pas les déséquilibres, enfante un vent soudain qui ne prendra fin qu’au rétablissement parfait de pressions identiques de part et d’autre.

Ou bien c’est un relief qu’Eole doit contourner et qui n’a d’autre choix que de se comprimer et d’accélérer pour contourner l’obstacle.
D’où cette alternance méditerranéenne si peu appréciée des plaisanciers, tantôt dans la pétole sans espoir, tantôt à lutter dans des vents à décorner les bœufs…

La première étape de cette Volvo Race associe les deux !

Dimanche et lundi, une haute pression se cale entre l’Espagne et les Îles Baléares, au large d’Alicante.
Au Nord du Maroc, le Sahara chauffe. L’air plus léger, monte. Il crée de facto une basse pression et en même temps, un appel d’air.
Goulet d’étranglement sur la route, le détroit de Gibraltar va comprimer le vent généré par les deux phénomènes et donner les premières sueurs froides aux destriers des mers.

Accélération à GibraltarQuand une haute pression se crée sur la Méditerranée et que la basse pression « thermique » sur le Maroc se développe (ce qui est prévu pour dimanche et lundi), le vent passe à l’Est dans le détroit de Gibraltar. Il fraîchit fort dans la passe avant de mollir et de se mêler aux vents océaniques. Photo @ Dominic Vittet

Les prévisions des 24 premières heures de course sont claires :
Départ dans 10 à 12 nœuds de vent de Nord-Est. Puis, au fur et à mesure que les monocoques s’approchent du célèbre passage, la brise ne cesse de fraîchir. Quinze nœuds le long de la côte espagnole, puis 20 à l’approche de la pointe Europa. Et enfin 30 nœuds entre Tarifa et Tanger…

Avec les rafales qui pourront sans doute atteindre les 35 nœuds et le courant contraire de surface qui s’oppose au vent en rentrant en Méditerranée, les équipages doivent s’attendre à un état de surface chaotique. Quelques figures de style sont à prévoir en mettant les pieds dans l’Atlantique !

DongfengNul doute que Charles Caudrelier et son équipage sont prêts. Après leur belle troisième place lors de la dernière édition, et leur victoire dans le Fastnet cet été, l’équipage de Dongfeng part motivé, affûté et ambitieux. Les conditions scabreuses ne leur font pas peur… Sauf peut-être les calmes de l’embouchure du Tage, où Charles et son équipe avaient perdu très gros lors de la dernière édition !Photo @ B. Stichelbaut/DFT

Sur la route de Porto Santo, dans l’archipel de Madère, le coup de pied aux fesses reçu au passage de Gibraltar, prolongé par le décalage de la basse pression thermique saharienne vers le Nord-Ouest (pointillés noirs), devrait propulser les équipages jusqu’à 250 milles dans l’Ouest.
48 heures après le départ, nos marins auront bel et bien les deux bottes dans un Atlantique qui a déjà largement basculé en mode hiver. Les dépressions circulent au Nord du 40e et les plus grosses, comme celle dont l’approche est prévue dans la journée de mercredi, étendent leurs tentacules de vents de Sud jusqu’à Madère.

Le virage autour de la petite île de Porto Santo et de son sommet le Pico do Facho, culminant à 541 mètres, devrait se faire dans la nuit de mercredi à jeudi avec les prémices de ce tourbillon hivernal qui visiblement n’a pas l’intention de se rapprocher davantage du Portugal.
Le retour vers Lisbonne s’annonce, d’emblée rapide, d’abord sous spi avec des vents de Sud fraîchissant 15–20 nœuds. Mais au fur et à mesure que la flotte se rapprochera de la capitale portugaise, le vent devrait mollir sérieusement jusqu’à l’évacuation complète de la dépression vers le Nord. Les calmes devraient envahir les abords du Tage et donner quelques sueurs froides aux tacticiens…

Stratégie Porto Santo LisbonneLa flotte devrait enrouler Porto Santo dans la nuit de mercredi à jeudi. Une grosse dépression atlantique vient lécher l’archipel de Madère puis s’efface vers le Nord. Ses vents de Sud vont pousser la flotte sur le chemin du retour avant de s’effacer progressivement à l’approche des côtes portugaises ou des zones de calmes sont annoncées (ronds bleus). À partir de vendredi (position estimée de la flotte vendredi 00 h 00 en pointillés rouge) le vent ne fait que mollir. La situation va se tendre de plus en plus.Photo @ Dominic Vittet

Bateaux à vue, la bagarre va être intense.
Avec des conditions météo volages dans les derniers milles, il va falloir garder du jus et des nerfs pour préserver les quelques longueurs durement acquises en six jours. Surtout pour les favoris qui l’auraient très mauvaise s’ils devaient jouer leur joker dès la première manche…
Arrivée dans les eaux calmes du Tage vendredi, ou samedi si Eole feignasse un peu !