Actualité à la Hune

Coupe de l'America

Monocoque à grand spectacle !

Le protocole publié la semaine dernière a confirmé un certain nombre de nouveautés concernant la 36e Coupe de l’America, en 2021 ; nouveaux éléments sur lesquels revient François Chevalier, l'architecte de Voiles et Voiliers qui s'est livré à un petit exercice de style.
  • Publié le : 05/10/2017 - 15:30

Présentation protocole 36e coupeLe protocole qui régit la 36e Coupe de l'America en 2021 a été présenté la semaine dernière à Auckland par les responsables de Team New Zealand et du Luna Rossa Challenge, à commencer par Grant Dalton (à gauche) et Patrizio Bertelli (à droite).Photo @ Emirates Team New Zealand

En quelques années, il a suffi que la Coupe de l’America mette son nez dans les catamarans pour qu’ils deviennent des objets volants mal identifiés. Les ailes ont remplacé les voiles et les coques inutiles ont des fonds plats, l’équipage, déguisé en robot casqué, passe son temps à mettre de la pression dans le circuit hydraulique… La prochaine coupe promet de révolutionner les monocoques. 75 pieds – soit 22,86 mètres de long –, c’est un mètre de plus que les Mini Maxi 72, mais ces derniers sont bloqués par la jauge IRC.


AC75Selon l'architecte de Voiles et Voiliers, François Chevalier, voilà ce à quoi pourrait ressembler l'AC75 de la Coupe de l'America 2021. Caractéristiques détaillées en bas.Photo @ François ChevalierSi les grandes lignes de ces nouveaux AC75  ne seront connues que le 30 novembre, la règle de jauge sera finalisée le 31 mars 2018, soit trois mois après l’ouverture des inscriptions des Challengers et un an avant la mise à l’eau du premier des deux AC75 des Challengers. Les festivités commenceront avec deux America’s Cup World Series Preliminary Events (ACWSPE) à la mi-2019, qui se courront entre Challengers. En vue de celui programmé en février 2020, les Challengers pourront mettre à l’eau leur second et dernier AC75. Trois ACWSPE seront organisées cette année-là, conclus par une épreuve spéciale America’s Cup Christmas Race, entre le 10 et le 20 décembre en Nouvelle-Zélande.

La Prada Cup, qui remplacera la Louis Vuitton Cup, se déroulera entre janvier et février 2021, entre Challengers. Puis la Coupe de l’America elle-même aura lieu le mois suivant, à Auckland.

Afin de réduire les coûts, certains éléments pourraient devenir imposés et construits en série – on pense aux IMOCA –, comme la quille ou le mât. Les voiliers seront conçus pour pouvoir régater dans le petit temps comme dans la brise.

Déjà, Land Rover Bar s’est déclaré prêt à «planifier et préparer le challenge que constitue la 36e America’s Cup en 2021». Les Suisses d’Alinghi ne cachent pas leur intérêt pour un retour. En revenant au monocoque, la Coupe pourrait aussi tenter quelques propriétaires de maxis, à l’image de Jim Clark, propriétaire du géant Comanche, et renouer avec son histoire, riche en personnages hauts en couleur.

La rumeur voudrait que six à sept équipes soient intéressées : les Britanniques et les Suisses, donc, mais aussi deux américaines (sans Oracle mais peut-être avec le retour du New York Yacht Club), deux italiennes (dont Prada) et sans doute les Suédois d’Artemis.

Et les Français ? Franck Cammas s’est dès vendredi 29 septembre prononcé sur sa volonté de relancer Team France, mettant en avant les avancées de l’industrie nautique française liées à l’utilisation de foils sur les IMOCA, par exemple. Quant au budget, le skipper français l’estime a minima à 22 millions d’euros par an – pour la précédente édition il en fallait raisonnablement 15. Groupama devrait prochainement confirmer son retrait. «Je ne veux pas parler en leur nom, a expliqué Franck Cammas, mais ils vous répondront qu’ils n’iront pas sur la prochaine Coupe. Leur stratégie n’est pas adaptée à cette compétition qui va devenir, en se jouant en Nouvelle-Zélande, très internationale. Ils se recentrent sur le territoire français.» Reste à savoir si Norauto, qui avait dès la fin de la campagne française de juin dernier confirmé la poursuite de son partenariat, maintiendra sa décision.

Célébration coupeLa Nouvelle-Zélande n'en finit pas de fêter le retour de la vieille aiguière. Du 6 au 18 octobre, une vaste tournée de présentation du trophée sera organisée sur tout le territoire, à l'image de cette photo de Peter Burling brandissant le trophée. La volonté des Kiwis est d'offrir la possibilité à tous de le voir mais aussi aux jeunes l'envie de rejoindre les écoles de voile du pays !Photo @ Hamish Hooper/Emirates Team New Zealand

Un vent de tradition souffle entre les Italiens du Circolo della Vela Sicilia, Challenger of Record, et Emirates Team New Zealand. Le principe de nationalité est imposé : trois des 10 à 12 équipiers prévus sur les bateaux doivent être de la même nationalité que celle du club et les autres résidents 380 jours sur deux ans dans le pays de ce même yacht club engagé. Ce principe est aussi appliqué au lieu de construction des coques, fabriquées dans le pays du club, sans obligation particulière pour l’équipe de conception. Pour le plus grand bonheur des observateurs, il sera interdit de cacher les bateaux lors de leur mise à l’eau.

Interrogé dimanche, alors qu’il naviguait sur Chips, à Saint-Tropez, son dernier P Class (1913) importé des Etats-Unis, Bruno Troublé, l’ancien barreur du baron Bich, qui a inventé la Louis Vuitton Cup, éclatait de rire se remémorant les multiples manipulations que s’imposaient certains Challengers dans les années 1990–2000 pour cacher leur voilier, alors que leurs bateaux ne donnaient que de pauvres résultats. Comme de nombreux navigateurs du monde entier, il se dit ravi et «super excité» de la tournure que prend la Coupe, et a hâte de voir les premiers monocoques naviguer et voler.

 

AC75
(caractéristiques techniques possibles)

 


Mise à l’eau : 31 mars 2019
Longueur : 22,86 m
Flottaison : 22,86  m
Bau : 6 m
Bau foils sortis : 8,5 m
Tirant d’eau : 5,50 m
Déplacement : 9 t
Quille basculante : 3 t
Tirant d’air : 33 m
Surface de voiles au près : 400 m²
Surface de voiles au portant : 750 m²