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Golden Globe Race

Les solidaires de l’espérance

Ça passe et ça casse : c’est le résumé un peu brutal de ce nouvel épisode de la Golden Globe Race aux abords du cap de Bonne-Espérance. Cette fois, ce sont les espoirs d’Are Wiig sur son OE 32 Ollenna et de Philippe Péché sur son Rusler 36 PRB qui sont réduits à néant.
Cap vers Le Cap avec gréement de fortune et solidarité du bord ! Une nouvelle fois les régulateurs d’allure ont fait des dégâts au cœur de la flotte du Golden Globe Race. Cette fois c’est le Français Philippe Péché et le Norvégien Are Wiig qui en ont fait les frais.
  • Publié le : 03/09/2018 - 00:02

Le norvégien Ar Wiig sous gréement de fortuneComme les autres concurrents de la Golden Globe Race, Ar Wiig avait dû tester son gréement de fortune avant son départ.Photo @ Christophe Favreau

Le premier, Philippe, a dû réparer l’engin avec des pièces de sa barre franche. Bilan des courses : quand sa barre métallique s’est rompue, il ne pouvait plus la réparer. La mort dans l’âme, il a dû faire cap vers Le Cap et a été mis hors course par l’organisation.

Et le Français de revenir sur ce pire moment : «J’avais fabriqué une barre de secours avec les équipes de PRB avant de partir mais j’avais utilisé une partie de cette barre pour réparer une première fois mon régulateur d’allure (…) Pour moi, l’affaire se termine ici, c’est très dur car ça fait trois ans que je suis sur ce projet ! J’en pleure.»

La malédiction des régulateurs

Pour Are Wiig, le scénario diffère mais à l’origine on retrouve la malédiction des régulateurs. Alors que le Norvégien était pointé en 4e position le 27 août, il a prévenu la direction de la course que son voilier avait été victime d’un démâtage et s’était retourné avant e se remettre dans le bon sens, mais dans le pire état. Après la casse de son régulateur d’allure, le navigateur aguerri, qui se trouvait alors à 400 milles au Sud-Ouest du Cap, barrait depuis sept heures dans une mer formée avec sept à huit mètres de creux.

Et le marin d’envoyer ce message téléphonique émouvant : «C’est Are. Je veux juste dire que je suis désolé. Ma participation à la Golden Globe Race vient de s’arrêter brutalement. J’ai connu du mauvais temps ces derniers jours et le bateau a été couché plusieurs fois. Le régulateur s’était brisé et j’étais en train de le réparer. Je travaillais à remplacer les pièces cassées. La mer a grossi et j’ai chaviré. Quand le bateau s’est redressé, c’était le chaos partout. Le mât était cassé, un hublot de pont était brisé…»

Jean-Luc Van den HeedeAvant le départ, Jean-Luc Van den Heede avait même surveillé les derniers conditionnements de son bib.Photo @ Plastimo

Vu de loin, tranquillement installé dans un transat, on peut s’étonner de cette casse en série du côté des régulateurs. Et d’autant plus quand on relit le journal de bord de Bernard Moitessier : «En dix mois, j’ai barré environ une heure devant l’île de Trinidad et à peu près le même temps à l’entrée de Hobart et du Cap (…) Il est facile de bricoler un régulateur d’allure, par les moyens du bord et adaptable sur n’importe quel bateau, même si le gouvernail est à jaumière. Le principe essentiel, toujours le même, correspond à l’esprit de la croisière et peut se résumer ainsi : simplicité, robustesse…»

Mais alors pourquoi tant de casse sur le Golden Globe ? Sans doute Philippe Péché a-t-il la bonne réponse : «J’ai compris une chose rapidement. Les anciens, ceux de la première édition, ne poussaient pas leur bateau. Quand ils avaient envie d’affaler, ils affalaient. Alors que là, avec Jean-Luc Van Den Heede et Mark Slats notamment, nous étions vraiment en course. Nous poussions nos bateaux. Je n’ai jamais été sous-toilé. C’est aussi probablement la raison pour laquelle j’ai abîmé mon matériel prématurément. Une partie de notre équipement, les régulateurs d’allure par exemple, n’est pas faite pour cette utilisation.»

Code orange et solidarité

Reste à espérer que cette fichue malédiction s’arrêtera là et retenons plutôt la belle solidarité des gens de mer. Aussitôt alerté, Don McIntyre, président de la course GGR (Golden Globe Race), a rapporté qu’Are Wiig était « confiant et en contrôle. Il a tout ce qu’il faut pour monter un gréement de fortune. Are a confirmé qu’il n’avait pas activé sa balise EPIRB et qu’il n’avait pas besoin d’aide pour le moment. Tout son équipement de sécurité est en bon état. Ses communications par satellite fonctionnent bien et il a toute l’électricité nécessaire ».

Dans la foulée, le PC course aux Sables-d’Olonne a contacté les autorités de sauvetage du Cap et la flotte des skippers. «Nous avons alerté la flotte de la GGR, mais comme Are n’a pas demandé d’assistance à ce stade, nous n’avons demandé à aucun voilier de se détourner de sa route» ajoute Don McIntyre.

Du jour au lendemain, tous les autres skippers de la GGR ont envoyé des messages de soutien à Are Wiig, notamment l’Irlandais Gregor McGuckin, qui se trouvait à 40 milles au Nord-Est de la position de Wiig au moment du retournement : «Désolé d’apprendre pour Are. Suis proche, si besoin d’assistance.»

Retour sur une polémique téléphoniqueAu beau milieu de ses avaries, de trop nombreux coups de téléphone à sa compagne Marianne ont valu à Philippe Péché son exclusion.Photo @ Nicolas Fichot
Au Cap, le capitaine du port, Steven Bentley, assurait lui aussi de «tout son soutien», tout comme l’administration portuaire l’avait fait pour Philippe Péché. «Nous garderons un œil sur sa progression, annonce-t-il. Et nous nous tiendrons disponibles pour l’aider à se rendre jusqu’au Cap. Si son gréement de fortune le conduisait à False Bay, entre Cape Point et Cape Agulhas, il devra faire au mieux pour rejoindre False Bay. Je peux organiser et sécuriser une place au port de plaisance du False Bay Yacht Club (FBYC), et lorsque les conditions météorologiques locales seront meilleures, il pourra être transféré de FBYC au Royal Cape Yacht Club avec l’aide des membres du club local. Je vais surveiller ses avancées et m’assurer de le ramener à terre, avec son voilier amarré à bon port en toute sécurité, le plus tôt possible et avec le moins de risques possibles.»

Situation périlleuse

Depuis son avarie, Wiig a appelé le PC course pour confirmer qu’il réparait son hublot brisé et installait son gréement de fortune. «Tous les concurrents ont dû mettre en place un gréement de fortune pendant leur préparation, observe encore le fondateur de la course. Et ils ont dû naviguer en mer avec ce gréement sur un parcours triangulaire pendant au moins six heures puis soumettre un rapport complet sur cette navigation. C’était une des conditions pour leur inscription à la course. En avril dernier, Wiig avait donc effectué cet exercice ainsi que celui de l’installation d’un gouvernail d’urgence au large des côtes norvégiennes.»

Bref, tout est désormais au mieux, compte tenu de la situation périlleuse. Le suivi de course en temps réel a été restauré sur le tracking de la GGR et toutes les communications par satellite fonctionnent avec le voilier sous gréement de fortune. Le PC course fournit des bulletins météorologiques au marin norvégien et maintient une vigilance «Code orange» jusqu’à ce qu’il arrive en toute sécurité au Cap.

Au bilan comptable, ils ne sont donc plus que onze sur les dix-sept concurrents à s’être élancés des Sables-d’Olonne le 1er juillet. Un dix-huitième marin, l’Italien Francesco Cappelletti, étant parti en retard, au point de participer dans cette course en classe Carozzo. Et ce chiffre pourrait bien baisser encore ! Loïc Lepage, désormais second concurrent français, a fait savoir au PC course par le biais de son téléphone satellite qu’il n’a toujours pas collecté suffisamment d’eau de pluie pour aller jusqu’en Australie. Tant et si bien qu’il va sans doute se rendre au Cap pour résoudre ses problèmes et continuer  peut-être la course, mais en catégorie Chichester (avec une escale, donc).

Et notre VDH, dans tout ça ? Il caracole toujours en tête. Solide et serein, le vieux briscard !

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