Actualité à la Hune

L'oeil de Dominic Vittet

Les vacances de Sainte-Hélène

Alors que cette journée de samedi devrait être marquée par l’arrivée du premier IMOCA (StMichel-Virbac), attendu en fin d’après-midi à Salvador suivi la nuit prochaine par SMA, la bagarre est plus intense que jamais en Class40 même si ce matin Imerys Clan Energy a fit un petit break. Pour compliquer l’atterrissage sur le Brésil, la situation météo a beaucoup évolué depuis quelques jours avec le décalage vers le Sud de l’anticyclone de Sainte-Hélène qui complique sacrément le passage du Pot au Noir.
  • Publié le : 18/11/2017 - 07:10

StMichel-VirbacParcours impeccable pour Jean-Pierre Dick et Yann Eliès depuis le départ de cette Transat Jacques Vabre. Les deux compères de StMichel-Virbac sont attendus ce samedi en vainqueur à Salvador de Bahia.Photo @ Y.Zedda/StMichel-Virbac

Pour que l’alizé fonctionne dans les zones tropicales, il faut une compression entre les anticyclones et le Pot au Noir. Dans l’hémisphère Nord, à partir de novembre, l’anticyclone des Açores, repoussé par les dépressions qui circulent entre l’Amérique et l’Europe, descend vers le Sud et l’alizé devient très actif entre les Canaries et les Antilles.
Côté Sud, les saisons sont inversées. L’alizé de Sud Est ne souffle que si l’anticyclone de Sainte-Hélène est présent.

Or, à partir du printemps, donc au Sud en novembre, l’équateur météo change de camp. L’hémisphère Sud se réchauffe et invite l’anticyclone de Sainte-Hélène à migrer vers le Sud.
Automatiquement, l’étranglement entre le Pot au Noir et la haute pression se desserre et l’alizé se meurt…µ
C’est exactement ce que nous observons ces derniers jours. Le cœur de Sainte-Hélène est situé à la même latitude que l’Afrique du Sud. Son influence est devenue faible sous le tropique du Capricorne.

alizé moribondLa haute pression de Sainte-Hélène migre vers le Sud au printemps austral, à l’instar de l’anticyclone des Açores qui remonte vers les côtes européennes au mois de mai. En conséquence, le gradient se desserre entre Sainte-Hélène et le Pot au Noir comme l’attestent les lignes de pression (isobares) espacées et hésitantes sur cette carte. Regardez la 1 012. Du coup, les calmes du Pot au Noir (ronds bleus) s’étalent vers le Sud, l’alizé de Sud-Est est moribond et des zones orageuses se développent dans l’arrPhoto @ Dominic Vittet

Excepté Sodebo Ultim’ et Edmond de Rothschild qui sont passés dans le dernier Express pour Bahía, tous les suivants rament pour sortir du Pot au Noir.
Consciencieusement, ce dernier continue son travail de sape et sème la panique dans les flottes. Obligeant les marins à passer très Ouest sans garantie de résultat, le voilà qui oscille entre le 9° et le 5°Nord, soit une zone de vents erratiques étalée sur une latitude de 200 milles !
Après avoir attrapé Prince de Bretagne, puis les Multi50, les griffes du Pot ont scotché la meute des IMOCA, laissant à StMichel-Virbac et à SMA le champ libre pour s’expliquer. La victoire semble acquise pour le duo expérimenté Jean-Pierre Dick – Yann Elies, attendu cet après-midi (en heure française) à Salvador. Morgan Lagravière et Eric Peron limitent un peu les dégâts et vont très probablement assurer leur troisième place. Mais pour les autres, la sortie de la zone maudite a été dure ! Malizia II, quatrième, a perdu plus de 400 milles sur les leaders entre mardi et vendredi ! Pire pour ses poursuivants qui vont finir à la queue leu leu loin derrière…

SMAPaul Meilhat et Gwenolé Gahinet, deux « jeunes » du circuit IMOCA n’ont pas réussi à détrôner les vieux routiers que sont Yann Eliès et Jean-Pierre Dick. Il faut dire que la trajectoire de StMichel-Virbac quasi parfaite avec un Pot au Noir plutôt complaisant, n’a guère laissé de place à un SMA malgré tout sans foil.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV17

Cette désertion de l’anticyclone de Sainte-Hélène a d’autres conséquences encore. L’alizé ne souffle plus ou mal sur la côte brésilienne. Les chaleurs et l’humidité de la forêt tropicale, nullement gênées par la brise de mer, encouragent la création de basses pressions et de zones orageuses sans vent sur la côte, comme en témoigne l’arrivée de Chocolat Réauté.
Bref, la machine à faire du vent est grippée. Le flux chaud qui doit amener les derniers bateaux jusqu’à Bahía risque de montrer des signes de faiblesse sur le restant de la zone de course.

Dans cette glorieuse incertitude, la Class40 n’a pas encore livré son verdict et loin de là !
Profitant des calmes ravageurs qui ont terriblement ralenti les trois leaders, TeamWork 40 mené par Justine Mettraux et Bertrand Delesne a comblé son retard de presque 80 milles entre jeudi et vendredi ! Désormais quatre bateaux sont au coude à coude à l’entrée de la dernière ligne droite !
Juste derrière, Région Normandie en cinquième position, est à 35 milles et Colombre XI à moins de 60 !

Antoine Carpentier et Maxime SorelRevenu plus que jamais dans le match après avoir probablement eu un problème technique au large du Golfe de Gascogne, Maxime Sorel et Antoine Carpentier (V&B) sont toujours aux avants postes pour la descente vers Bahía. Malgré leur décalage dans l’Est et donc au vent du paquet de tête, ils n’ont pas réussi à prendre l’avantage sur Imerys Clean Energy, 20 milles sous leur vent ! Le sprint final va être chaud bouillant !Photo @ VandB

La bagarre va être terrible. Dans cette descente vers Bahía ou les coups tactiques vont être rares, il faudra disposer de quelques atouts pour l’emporter. D’abord avoir une machine encore performante qui dispose encore de tout son potentiel vélique… Pas sûr que ce soit le cas pour tout le monde. Ensuite être très en forme et lucide, après deux semaines de course éprouvantes ou les bateaux naviguent à vue. Enfin avoir un peu de chance dans cet univers incertain ou un nuage, un calme ou une rafale peuvent faire la différence !
Comme à chaque fois, les Class40 nous offrent un mano a mano extraordinaire !

 

Transat Jacques Vabre 2017
Les trois premiers de chaque catégorie
Classements du samedi 18 novembre 2017 à 07 h 06 (heure française)

Ultim
1. Sodebo Ultim’ (Coville-Nélias), arrivé le 13 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 7 j 22 h 7’27’’. Moyenne : 22,92 nœuds.
2. Maxi Edmond de Rothschild (Josse-Rouxel), arrivé le 13 novembre à 13 h 30’24’. Temps de course : 7 j 23 h 55’24’’. Moyenne : 22,70 nœuds. Retard sur le premier : 1 h 47’57’’.
Abd : Prince de Bretagne (Lemonchois-Stamm), démâtage.

Multi50
1. Arkema (Roucayrol-Pella), arrivé le 16 novembre à 8 h 49’19’’. Temps de course : 10 j 19 h 14’19’’. Moyenne : 16,81 nœuds.
2. FenétrêA-Mix Buffet (Le Roux-Riou), arrivé le 16 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 11 j 2 h 51’23’’. Moyenne : 16,33 nœuds. Retard sur le premier : 7 h 37’04’’.
3. Réauté Chocolat (Tripon-Barnaud), arrivé le 17 novembre à 9 h 19’22’’. Temps de course : 11 j 19 h 44’22’’. Moyenne : 15,35 nœuds. Retard sur le premier : 1 j 00 h 30’03’’

IMOCA
1. St-Michel-Virbac (Dick-Eliès), à 141,5 milles de l’arrivée.
2. SMA (Meilhat-Gahinet), à 124,7 milles du premier.
3. Des voiles et Vous (Lagravière-Peron), à 296,4 milles du premier.

Class40 
1. Imerys Clean Energy (Sharp-Santurde), à 1 232,8 milles milles de l’arrivée.
2. V&B (Sorel-Carpentier), à 18,8 milles du premier.
3. Aïna Enfance et Avenir (Chappellier-Le Vaillant), à 19,7 milles du premier.

Classements complets et cartographie ici.