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Lorient Horta Solo – Deux Figaristes dans le vent, Delahaye et Richomme (3)

«Il y a 30 nœuds, de la mer forte, on est gelé et trempé…»

Pour remporter la Lorient Horta Solo, il fallait cravacher, souffrir et rester lucide jusqu’au bout. Fabien Delahaye a terminé 4e et Yoann Richomme, 12e. Ils racontent leur course et leur devenir.
  • Publié le : 13/10/2014 - 00:10

Première bouéeÀ la première bouée après le départ donné à Horta, Yoann Richomme est en tête de la flotte... Mais cela ne va pas durer.Photo @ Mathias Louarn Lorient Horta Solo 2014

Celui qui s’est finalement imposé entre Horta et Lorient – donc au classement général de la nouvelle Lorient Horta Solo réduite à la seule étape retour –, c’est Adrien Hardy. Dur au mal, rapide et lucide jusqu’au bout. Ni Fabien Delahaye (4e), ni Yoann Richomme (12e) n’ont pu le tenir. Et les deux skippers Macif de raconter leur course et, alors que l’usure – physique comme psychologique – de fin de saison se devine en arrière-plan, leurs projets pour les mois à venir.

 

Yoann Richomme, dépitéYoann Richomme pensait avoir résolu ses problèmes de vitesse, hélas, la course a prouvé le contraire : il termine 12e, dépité.Photo @ François Van Malleghem Lorient Horta Solo 2014v&v.com : À quoi a ressemblé cette étape unique entre Horta et Lorient ?
Yoann Richomme :
Ah, je ne sais pas ! Il faut demander à Fabien, parce que moi j’étais derrière et je n’ai rien vu ! (Rires.)

Fabien Delahaye : Au moment du départ, il y avait une dorsale Nord-Sud, donc on s’est tous placés dans son Ouest pour monter plein Nord au portant et aller chercher un front qui amenait du vent fort de Nord et nous permettait de faire quasiment route directe sur Lorient. Le moment clé, c’était donc ce passage de front et comment on allait en sortir. L’ordre de sortie était important, dans la mesure où on se retrouvait ensuite à la queue leu-leu… L’exercice consistant alors à de la conduite dans du vent fort et de la mer formée.

 

Fabien Delahaye, fin de contratFabien Delahaye termine 4e de la Lorient Horta Solo et retient surtout de sa saison de ne pas avoir pu jouer sa Solitaire comme il l'aurait aimé.Photo @ François Van Malleghem Lorient Horta Solo 2014v&v.com : La route n’était pas toute tracée pour autant…
F.D. :
Non, car en mettant le cap sur Lorient, on se dirigeait aussi vers une zone sans vent qu’il fallait anticiper. Au choix, la contourner par le Nord ou par le Sud. Très vite, l’option Sud a emporté la majorité des coureurs, si bien que l’on s’est retrouvé à faire de la vitesse sur une route abattue qui nous menait en gros sur La Corogne. Devant La Corogne, on a donc viré de bord pour remonter au près tribord vers Lorient.

 

v&v.com : Cela a donc beaucoup ressemblé à une course de vitesse !
F.D. :
Oui… Mais aussi de trajectoire. Car il fallait savoir quel cap faire – il ne s’agissait pas simplement de viser La Corogne, puis Lorient. Certains ont choisi de tirer davantage la barre. Moi, j’ai été partisan de naviguer plutôt haut.

 

v&v.com : Mais cela correspondait à un choix de route ou à un choix par rapport à la conduite ?
F.D. :
Le choix se faisait par rapport à la conduite, mais était aussi stratégique, de manière à pouvoir écraser le bateau dans le vent plus fort et pouvoir abattre lorsque le vent allait refuser. C’est une question d’angles. Être plus haut que les autres était mon choix, mais cela ne m’a pas dispensé de regarder, à chaque pointage, comment avançaient les autres. Il fallait trouver la meilleure équation entre le gain dans l’Est et le gain dans le Nord.

 

v&v.com : De ton côté, Yohan, qu’est-ce qui a coincé ?
Y.R. :
Dès le début, je n’étais pas très rapide – si bien qu’arrivé dans la zone de transition, j’étais déjà en retrait du paquet. J’ai opté pour l’option Nord, en étant assez agressif, mais cela ne s’est pas très bien passé parce qu’au final, il n’y a pas eu tant d’écarts que ça entre les moments où chaque groupe a chopé le vent. Je n’ai pas pu rattrapé mon retard comme je l’espérais… Et ensuite, je n’étais toujours pas très rapide.

 

v&v.com : Contrairement à ce que tu pensais avant le départ de cette course, le problème de vitesse que tu avais identifié plus tôt n’était donc pas résolu…
Y.R. :
Hélas… Lors des derniers entraînements à Port-la-Forêt, j’avais fait une bonne journée et apporté quelques changements que je pensais suffisants, mais… En fait, pas du tout. C’est un peu démoralisant. C’est bizarre. Je ne sais toujours pas trop ce qui se passe, d’ailleurs… Fabien va m’aider et j’espère que l’on comprenne enfin.

 

v&v.com : A priori, c’est un problème de réglages ?
Y.R. :
J’imagine. Je ne vois pas tellement ce que cela pourrait être d’autre… Enfin, si, j’ai changé de mât en début d’année et on ne l’a pas pesé, ni fait de tests de raideur. Mais cela m’étonnerait que cela vienne de là, parce qu’on n’a jamais vu d’écarts majeurs entre des mâts monotypes. Après, le problème des réglages, c’est que je les ai un peu tous essayés et il ne reste que deux ou trois options sur la quête et des choses comme ça, mais… ça reste un peu bizarre. Sans compter que le mental peut s’en mêler – si tu pars dans la gamberge, de temps en temps, tu as du mal à redresser la situation. Surtout que j’ai pris de supers départs toute la saison… Mais rapidement, c’est impossible de tirer un bord de près correct. C’est déstabilisant ! Surtout quand la saison précédente, j’étais parfaitement en phase avec mon bateau et n’avais qu’à border les voiles sans me poser de questions.

 

v&v.com : De ton côté, Fabien, tu as fait les bons choix, mais il t’a finalement manqué un pouillème pour terminer sur le podium : où l’as-tu perdu ?
F.D. :
Le passage du front était le point clé. Moi, j’en ressors avec Charlie Dalin, Isabelle Joschke et Sébastien Simon. Devant, Adrien Hardy et Xavier Macaire se sont échappés. Le vent de Nord fort rentre : on passe Solent avec un ris dans la grand-voile, on avait de la mer formée et tous des problèmes de pilote automatique qu’il a fallu gérer. Et là, dans ces conditions, c’est vrai que je me suis retrouvé plus sur la défensive que sur l’attaque. Résultat, j’ai un peu laissé partir Charlie sans faire ce qu’il fallait pour l’accrocher… C’est ensuite parti par devant et je n’ai jamais pu revenir au point de les inquiéter. Tout ce que j’ai pu faire, c’est conserver ma place.

 

v&v.com : Au moment où tu laisses partir Charlie, tu es fatigué, tu manques de lucidité ou tu es accaparé par tes problèmes de pilote ?
F.D. : Non, c’est qu’il fallait vraiment se faire mal à ce moment-là. Ce sont des conditions qui ne sont pas agréables. À la tombée du jour, on est ensemble avec Charlie, on a un ris dans la GV et sous Solent. Il y a 30 nœuds, de la mer forte ; sur le pont, ça rince, on est gelé et trempé… Le pilote est en panne depuis la fin d’après-midi et la nuit va se passer plutôt barre amarrée… Il y a encore de la route à faire devant et j’ai choisi de me mettre en sécurité et au sec, à l’intérieur, et n’étais pas à l’attaque comme Charlie a probablement dû l’être. On n’avait pas non plus les mêmes enjeux – à ce moment-là, Charlie avait encore le Championnat de France à sauver, en plus de l’épreuve. Moi, je n’ai que l’épreuve à jouer et le fait d’avoir moins d’enjeux m’a probablement influencé…

 

v&v.com : À la veille de la course, vous citiez Adrien Hardy comme le gros client et sa victoire ne vous a pas fait mentir. Sur quoi fait-il la différence, aujourd’hui ?
F.D. :
Sa victoire n’est pas une surprise, en effet. L’année dernière, il a gagné la Generali Solo, il a fait de belles perf’ en début de saison. Il est à l’aise, Adrien, il va vite, est toujours dans les bons coups, ne lâche rien et est redoutable au large.

Y.R. : Pour en avoir parlé avec lui, il est clair qu’il a évolué dans sa manière de naviguer, ces deux dernières années : il prend beaucoup moins de risques, il joue petit et serré et ça paie, parce qu’il a la vitesse. Et puis, c’est un gros battant, en effet. Ils étaient deux devant, se sont fait remonter et passer par Charlie à un moment, mais probablement qu’il avait trop donné pour les recoller et c’est Adrien qui l’emporte, probablement aussi parce qu’il était plus lucide.

Recherche nouveau skipperFabien Delahaye arrivant à la fin de son contrat de sponsoring Macif, Yoann Richomme devra travailler à l'avenir avec un skipper sélectionné fin octobre.Photo @ Douanes Lorient Horta Solo 2014

v&v.com : Yoann, tu as l’air très désabusé… Est-ce que tu retires malgré tout des choses positives de cette saison ?
Y.R. :
Ouais, il y avait quand même des trucs pas mal au Havre ! En dehors des bêtises que je fais – et qui se terminent par des hors temps, dont un en coef 2 –, je fais vraiment de belles manches. C’était d’autant plus plaisant que l’exercice est difficile. La dernière étape de la Solitaire a aussi beaucoup compté pour moi, car l’objectif était – une fois que la course était foutue pour moi – de vraiment progresser. Sinon, en effet, je suis un peu désabusé – au-delà du résultat, je crois que c’est le fait de ne pas trouver les raisons de ces contre-performances qui me pèse. Ça me bouffe ! Il y a tellement de remises en cause que cela devient dur… Et ce qu’il me faut, c’est retrouver les longues séances d’entrainement d’hiver pour récupérer les sensations et avoir le temps de bien analyser les choses.

 

v&v.com : Fabien, cette course Lorient-Horta était la dernière que tu courais sous les couleurs de la Macif : quelles sont tes perspectives d’avenir ?
F.D. :
Je sors de trois ans de contrat avec la Macif qui m’ont permis de faire de la course au large dans les meilleures conditions qui soient. Cela s’est bien passé, il y a eu de supers résultats – même si la Solitaire de cette année a été un regret… Mais cela ne reste que du regret parce que je n’ai rien à me reprocher dans l’histoire. Aujourd’hui, j’ai envie d’être au départ du prochain Vendée Globe, donc je m’attelle à vendre un projet 60 pieds. Pour cela, jusqu’à fin décembre – date de la fin de contrat effective –, Macif m’aide dans ces démarches.

 

v&v.com : À la fin du mois, se dérouleront les sélections pour le nouveau skipper Macif : vous participez à ce choix ?
F.D. :
Non, en tant que skipper sortant, je n’aurai pas mon mot à dire sur la sélection du candidat. Par contre, cette sélection se fait au pôle de Port-la-Forêt et sur nos bateaux, donc on les prépare au mieux.

Y.R. : Oui, moi j’y participe… Et je vais découvrir ça ! À vrai dire, c’est le pôle qui s’occupe de tout ça – moi, je n’interviens vraiment que dans la préparation du bateau et en suivant la sélection pour me faire un avis du meilleur remplaçant.

 

v&v.com : Dans le projet Macif, les duos fonctionnent vraiment ensemble… Ce qui n’est pas sans exigence…
Y.R. : Oui, il faut déjà un minimum d’affinités si l’on veut pouvoir bien travailler ensemble. Et puis, il faut aussi pouvoir assurer les épreuves en double au programme : le Tour de Bretagne en 2015 et la transat, l’année suivante. Et puis l’idée, c’est aussi de trouver la meilleure personne pour assurer le job pour la Macif.

 

v&v.com : Quels sont vos projets annexes ?
F.D. : Mon principal, c’est d’être sur l’eau avec mon nouveau partenaire. Mais s’il ne se fait pas, il y a pas mal d’événements sur lesquels je pourrais me trouver l’année prochaine, comme par exemple la Normandy Channel Race en 40 pieds, le Tour de Bretagne en Figaro, la transat Jacques Vabre… À partir du moment où tu n’as pas ton propre partenaire, c’est le jeu de proposer ses services sur les circuits en équipages ou en double. Il faut donc aller là où il y a de la demande et là où tu peux en retirer une bonne expérience.
Y.R. : Moi, j’ai tout le championnat de France à faire sous les couleurs de la Macif, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps et de place pour les autres projets. À la suite, il faut que je réfléchisse à faire ou non la Jacques Vabre – sachant que Damien Seguin, avec qui j’ai fait les deux précédentes, ne sera pas sur le départ de la prochaine, de ce que j’en sais… Après, je t’avouerai que j’ai pas mal chargé le calendrier, ces trois dernières années, et qu’une petite pause serait la bienvenue… Ou au moins une petite diversification !

 

v&v.com : Concrètement, tu reprends les entrainements quand ?
Y.R. :
Fin janvier, comme d’habitude, après avoir fait quelques petits chantiers sur le bateau.

………
Lorient-Horta Solo en bref

> Parcours : aller-retour entre Lorient et Horta, en deux étapes, 2 260 milles.
> Programme : 31 août : prologue. 6 septembre : départ de Lorient pour la première étape. 19 septembre : départ d’Horta pour la seconde étape.
> Site pour suivre la course, ici.