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Lorient-Horta Solo / Deux Figaristes dans le vent, Delahaye et Richomme (1)

«Ne pas tout mettre sur la table dès le premier jour»

  • Publié le : 08/09/2014 - 00:03

Lorient Horta Solo, premièrePour sa première édition, la Lorient Horta Solo a réuni 20 Figaristes et compte comme dernière épreuve du Championnat de France Solitaire de Course au large. Son départ a été donné samedi dernier.Photo @ Alexis Courcoux Macif

L’un, la voix encore enrouée de sommeil, est occupé à charger les derniers fichiers météo. L’autre, hyper frais, règle les derniers détails de la préparation de son bateau et se régale du soleil et du petit temps qui s’annoncent… Parmi les 20 engagés, ils sont les deux skippers à courir la Lorient Horta Solo sous les couleurs de la Macif : Yoann Richomme et Fabien Delahaye.
À 48 heures du départ (donné samedi) de la première édition de cette course – un aller-retour en deux étapes entre Lorient et Horta – et dernière épreuve comptant pour le Championnat de France Solitaire de Course au large, ils nous racontent comment ils se préparent à la descente sur les Açores.

 

v&v.com : Deux jours avant le départ de Lorient, les scénarii météo n'ont rien de certains…

Yoann Richomme : Au départ de Lorient, c’est une situation anticyclonique qui est annoncée, donc la tendance est à pas mal de portant – au moins sur les deux tiers du parcours. Ensuite, une dépression arrive et dégage en partie l’anticyclone… Et les choses deviennent beaucoup plus incertaines. De toute façon, les modèles européen et américain ne sont pas d’accord, donc il faudra se faire son opinion en faisant un suivi de l’évolution de la situation.

Fabien Delahaye : Je ne me suis pas encore vraiment plongé dedans… Comme les modèles étaient, encore hier (mercredi dernier, ndr), totalement contradictoires, je ne cherche pas à me mettre dans la tête une situation qui risque de ne pas être la bonne. Mieux vaut éviter de se précipiter, sinon on risque de s’enfermer dans des schémas qui ne sont pas les bons.

v&v.com : Quand vous partez comme ça, sans que cela soit parfaitement calé d’un point de vue météo, comment construisez-vous votre stratégie ?

F.D. : Au moment du départ, on aura déjà une idée plus précise... On saura si l’on part plutôt sur un régime anticyclonique ou dépressionnaire et ce à quoi l’on pourra s’attendre dans les trois-quatre premiers jours – sachant que la course devrait durer huit jours en moyenne. Tout ça, c’est important, car cela va nous permettre de choisir notre trajectoire pour les deux premières journées, trajectoire que l’on pourra affiner dès le premier soir avec les fichiers que l’on aura téléchargés via l’Iridium. Et puis, comme sur une transat, la route, on va la créer au fur et à mesure. En bref, comme on part a priori dans du vent calme, il va falloir que l’on trouve une porte de sortie vers du vent plus fort – et ça, cela peut nous éloigner de la route directe, au moins dans un premier temps !

Y.R. : Sur cette épreuve, j’ai vraiment envie de bien marcher, hâte de refaire un bon résultat en Figaro ! Donc je vais limiter les prises de risques par rapport à la flotte. Je vais éviter les coups de folie. Après, cela reste du Figaro au portant, dans des conditions calmes : on a donc toujours du temps pour faire de la météo et affiner la stratégie en permanence… Et ce que font les copains va également m’influencer – sachant que l’on a cinq relevés de positions quotidiens.

Yoann Richomme, attenduMoins à l'aise cette saison, Yoann Richomme attend beaucoup de cette dernière épreuve de la saison... Et est très attendu !Photo @ Alexis Courcoux Macif

v&v.com : Vous raisonnez uniquement de manière comptable, en fonction de la taille des paquets qui prennent telle ou telle option ?

Y.R. : Ça reste toujours compliqué de suivre comme ça, car dès que l’on se perd de vue, on a vite un temps de retard… Mais s’il y a vraiment deux paquets qui se forment, je choisirai bien sûr celui qui me conforte dans mon choix. En même temps, j’ai assez confiance en moi pour ce qui est de faire des choix stratégiques au large, donc cela ne m’affole pas de devoir me séparer d’un paquet. Je ne suis pas un suiveur à tout prix non plus.

v&v.com : Tu as en tête quelques skippers de référence dont la trajectoire t’inspire particulièrement ?

Y.R. : Paul Meilhat et Fabien Delahaye sont quand même des gens plutôt raisonnés et stratégiquement assez performants par rapport à d’autres gars qui sont capables de prendre plus de risques. Ce sont deux skippers avec lesquels j’aimerais bien me retrouver.

F.D. : Je ne sais pas si je suis l’un des "leaders d’opinion"… J’essaie surtout de ne pas me laisser influencer – c’est dur, mais c’est vraiment ce qu’il faut faire. Maintenant, chaque coureur qui choisit une option différente de celle du groupe pousse à la réflexion. De comprendre pourquoi, ça, c’est intéressant – ce n’est pas pour autant que l’on va faire pareil. Mais dans la construction de notre stratégie, on a pu passer à côté de quelque chose ; les autres sont là et nous aident à construire un peu plus. Il arrive que cela soit trop tard et que l’on en soit réduit à limiter la casse.

v&v.com : Lesquels sont les skippers "têtes brûlées" ?

Y.R. : Adrien Hardy, c’est sûr. Gildas Morvan est de temps en temps capable de faire des trucs assez risqués. Et il n’y a pas Jean-Pierre Nicol sur cette course, donc ça va ! (Rires.)

F.D. : Adrien Hardy, oui, mais ce qu’il fait est toujours réfléchi… Y’en a d’autres, mais j’ai du mal à me dire que la victoire passera par une route "cas extrême". En tout cas, moi, je ne suis pas dans la prise de risques… Enfin, je prendrai les risques qu’il faut, sachant que je joue cette épreuve à part entière et plus le championnat. Le championnat de France Solitaire de Course au large, je suis passé à côté après avoir cassé sur la troisième étape de la Solitaire et pris beaucoup de points à cette occasion. Donc je n’ai personne à regarder en fonction du championnat. J’ai juste à essayer de gagner cette course… Et pour gagner une course, il ne s’agit pas de tout mettre sur la table dès le premier jour.

v&v.com : Toi, Yoann, tu t’es drôlement assagi dans ta manière de faire ?!

Y.R. : Ouais, un petit peu… Ben, le groupe n’a jamais vraiment tort. (Rires.) En tout cas en Figaro, où le niveau est suffisamment haut pour qu’il n’y ait pas de "plantade" générale… Mine de rien, au départ de cette course, on est dix du Pôle Finistère Course au large – la moitié de la flotte à avoir les mêmes fichiers météo et la même analyse faite par l’équipe du Pôle… Et puis on a les mêmes logiciels. Finalement, année après année, cela a contribué à limiter le jeu et la folie que l’on peut avoir.

Fabien Delahaye, parmi les favorisFabien Delahaye (dont c'est la dernière saison Figaro sous les couleurs de la Macif) compte parmi les favoris de la course... Mais ne peut plus prétendre au titre de champion de France, ayant raté sa Solitaire après avoir cassé sur la troisième étape.Photo @ Alexis Courcoux Macif

v&v.com : Le jeu se fait sur la vitesse…

Y.R. : C’est clair ! Moi, c’est l’un des points sur lesquels j’ai eu du mal cette année, mais j’ai pas mal bossé, ces trois dernières semaines. Yann Eliès avait une grosse aisance au portant sur la Solitaire… Aujourd’hui, on ne l’a plus dans les pattes. (Rires.) Restent Paul Meilhat et Alexis Loison qui vont bien. Après, ça va, ça vient. De toute façon, cela reste homogène… Quand on parle de différences, c’est une histoire de pouillèmes, comme en olympisme ! C’est plus sur l’intensité qu’un skipper est capable de mettre sur sa navigation, qu’une question de vitesse pure. En un quart d’heure de navigation, on est capables de tous se tenir, mais sur plusieurs heures, certains restent plus vigilants que d’autres sur la marche de leur bateau et c’est là que la différence se fait.

F.D. : Oui, les vitesses se sont homogénéisées depuis quelques années. Il n’y a pas de bateaux qui transcendent… En effet, la différence se fait sur la lucidité, l’état de fatigue. Et sur la capacité du skipper à changer les réglages de son bateau en fonction des conditions météo.

v&v.com : Comment gérez-vous ce rythme ?

Y.R. : En général, je tiens bien. Je ne me crame jamais complètement ni ne me mets dans le rouge complet. Sur la durée, je n’ai donc pas de souci. J’ai souvent fait de bons départs de transat. C’est un exercice qui me plait bien.

F.D. : Une étape de 6 à 10 jours, c’est un format que l’on ne connaît pas trop. On a l’habitude des transats qui durent une vingtaine de jours. On a l’habitude des étapes de la Solitaire qui en font quatre maximum. Là, c’est un format intermédiaire. On a du temps entre les deux étapes… Il va falloir gérer son effort de manière à arriver fatigué à la fin de la première… Tout en en gardant sous le pied. Concrètement, j’essaie de dormir quand je suis fatigué et par moment, il faut être capable d’anticiper en allant dormir même si on n’est pas fatigué. Sur une Solitaire du Figaro, je suis sur des siestes de cinq à dix minutes et sur une transat, je rallonge les durées… Sur le format qui nous attend sur la Lorient Horta Solo, je pense qu’on va être sur des siestes de 10 à 15 minutes et sur des grands bords, peut-être 20 à 30 minutes. Mais c’est impossible à prévoir, même si on essaye de l’anticiper dès que l’on construit notre météo.

v&v.com : Et par rapport à la casse que la classe – et toi particulièrement, Fabien – a rencontrée ces derniers mois, honnêtement, vous avez modifié votre façon de naviguer et de régler le bateau ?

F.D. : La particularité de la course, c’est que l’on ne va pas pouvoir toucher à nos D1 : ils sont plombés. On a trouvé un compromis entre Bénéteau, Sparcraft et la classe, et on est passé sur un diamètre supérieur. Il va donc falloir trouver un réglage moyen dès le départ, même si l’on peut encore jouer sur l’étai et les extérieurs ensuite.

Y.R. : On retrouve ainsi une marge de sécurité plus importante et, déjà que cela ne me faisait pas peur avant, là, cela ne me fait pas peur du tout… parce que tout ça est lié à des problèmes – que je ne peux pas citer ici, mais – qui sont indépendants de notre utilisation du bateau. Faut pas croire que l’on a changé notre manière d’utiliser le bateau et que subitement on est devenus des malades. Le Figaro, c’est un bateau solide, j’ai navigué dessus dans toutes les conditions et je n’ai jamais eu beaucoup de casses. Je n’ai donc pas de raison de changer mes habitudes.

F.D. : Moi non plus. Car si j’ai cassé sur la Solitaire, je ne me considère pas en faute. Je ne fais pas partie de ceux qui tendent le plus les D1, mon câble avait à peine deux ans… Il n’y avait pas de raison de les changer, ni qu’ils cassent. Je n’ai donc surtout rien à changer dans ma façon de naviguer.

 

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Lorient-Horta Solo en bref

> Parcours : Aller retour entre Lorient et Horta, en deux étapes, 2 260 milles.
> Programme : 31 août : prologue. 6 septembre : départ de Lorient pour la première étape. 19 septembre : départ d’Horta pour la seconde étape.
> Site pour suivre la course, ici.