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VENDÉE GLOBE

Louis Burton : «Depuis le départ je suis à donf !»

Au classement inchangé de ce Vendée Globe - si ce n'est le passage à une magnifique 4e place de l'inusable Jean Le Cam ! (lire le point sur la course, plus bas) - Louis Burton est 7e. Un rang qui le surprend lui-même. Ce jeune chef d’entreprise parisien, a décidé il y a quelques années de poser ses valises à Saint-Malo et outre son chantier naval BG Race, de devenir coureur au large. S’il n’a pas le palmarès des stars du circuit IMOCA, ce marin arrivé sur le tard à la course océanique, effectue sans faire de bruit un remarquable Vendée Globe. Et impressionne par son calme et sa maturité. On devrait encore entendre parler de ce trentenaire, dont le partenaire Bureau Vallée a acquis avant, le départ de ce Vendée Globe, le 60 pieds Banque Populaire VIII d’Armel Le Cléac’h, actuellement en tête de la course. À sa barre, Louis devrait disputer la Transat Jacques Vabre 2017, la Route du Rhum 2018 et le Vendée Globe 2020. Pour le moment, son objectif est de boucler cette 8e édition. Nous l’avons joint peu après son premier passage du cap Horn.
  • Publié le : 06/01/2017 - 07:00

Bureau ValléeParisien « émigré » à Saint-Malo, Louis Burton n’a pas l’intention de s’arrêter là après le Vendée Globe. Il a racheté Banque Populaire VIII d’Armel Le Cléac’h.Photo @ S. Mallard/Bureau Vallée
Voilesetvoiliers.com : Peux-tu nous raconter ton premier passage du Horn ?
Louis Burton :
Et bien cela a été carrément douloureux ! J’ai eu un passage super violent et j’en ai bien bavé. J’étais au près avec de l’Est assez fort et une mer d’enfer. Ça tapait vraiment fort ! Le cap Horn n’est pas usurpé ! Je suis super heureux d’être passé… et désormais sur le même pied d’égalité que ma compagne (Servane Escoffier, cap hornière depuis 2008 lors de la Barcelona World Race, ndlr).

Voilesetvoiliers.com : Es-tu en forme ?
L.B. 
:
Là tout de suite ça va bien, mais ce matin j’étais bien cramé après une nuit difficile à l’approche de la Terre de Feu ! Et puis le détroit de Le Maire dans ces conditions, ce n’est pas génial. J’ai pu dormir un peu après, puis ouvrir les voiles et tirer sur la barre. Je navigue abattu et suis en train de négocier une petite dépression en formation près des Malouines et essaye de me rapprocher du centre. Il y a 35 nœuds quand même et ça va encore forcir mais au portant.

Passage au HornLouis Burton tout heureux lors de son passage du cap Horn le 4 janvier.Photo @ L. Burton/Bureau Vallée
Voilesetvoiliers.com : On t’a peu entendu. Tu fais pourtant une sacrée course en étant 7e derrière les « stars » du Vendée Globe et du Figaro avec un bateau vieux de dix ans…
L.B. 
:
J’avoue que je ne m’attendais pas du tout à être classé dans le « top 7 » au Horn. On sait que sur le Vendée il y a en moyenne un bateau sur deux qui termine. Du coup je m’imaginais au mieux dans le top 10-12. Bon, il reste 6 000 milles avant les Sables… C’est clair que j’ai progressé dans l’utilisation de mon bateau. Je suis super content après le Pacifique. Le fait de vraiment bien connaître mon bateau m’a beaucoup aidé. J’ai déjà disputé cinq transats en course sur Bureau Vallée (plan Farr de 2006, ancien Delta Dore de Jérémie Beyou, ndlr). Il n’y a pas un truc à bord qui ne puisse être résolu. Je voulais un bateau simple et fiable sur lequel je sois en mesure de tout réparer.

Voilesetvoiliers.com : Tu as quand même donné l’impression d’attaquer fort dès le début…
L.B.
 :
Clairement ! La descente de l’Atlantique a été tellement rapide, que si tu voulais rester dans la roue du premier groupe de poursuivants, il ne fallait pas mollir tout en essayant de ne pas tout casser. J’ai d’ailleurs explosé mon spi assez rapidement… Mais c’est surtout dès le cap de Bonne Espérance, que j’ai vraiment attaqué !

Plan FarrAprès 90 000 milles dans son sillage, le plan Farr est un bateau fiable et optimisé.Photo @ S. Mallard/Bureau Vallée
Voilesetvoiliers.com : Quand tu dis attaquer, ça signifie que tu as pris des risques ?
L.B. :
Non pas plus que ça ! Mais dès le début de l’Indien, j’ai utilisé l’arme absolue ! J’ai rangé le J1 (génois médium, ndlr) pour utiliser un petit gennaker de brise au capelage amuré sur le bout-dehors et qui a un point d’écoute très haut (voile inspirée de la fameuse MDTK : Michel Desjoyeaux Trinquette, ndlr). C’est une voile fantastique, hyper robuste et très tolérante. Elle ne m’a pas quitté de tout le Sud (pour en savoir plus sur les voiles, lire ici).

Voilesetvoiliers.com : Tu es le concurrent qui a fait la route la plus Sud avec une trajectoire très tendue en bordure de la zone des glaces. C’était ton choix ou ça a été dicté par la météo ?
L.B. :
C’est vrai que par rapport à la météo que j’avais, c’était une prise de risques car je n’avais pas droit à l’erreur en bordure de ZEA, mais je sentais bien cette route. Les conditions ont été plutôt maniables même si parfois j’ai dû faire un peu de près… Mais ça m’a permis de faire la route la plus rapide et la plus directe. J’ai vraiment essayé d’avoir une trajectoire homogène en évitant de remonter dans le Nord puis replonger dans le Sud après les passages de front.

Autoportait Louis BurtonAutoportrait en début de course avant que le système de transmission photo tombe en panne.Photo @ L. Burton/Bureau Vallée/Vendée Globe
Voilesetvoiliers.com : Tu es resté très discret sur d’éventuelles avaries. As-tu connu des soucis techniques ?
L.B. :
Oui pas mal ! Outre mon spi explosé dans la descente de l’Atlantique, j’ai déchiré mon grand gennaker. Et ça m’a pris du temps pour réparer mes deux voiles. J’ai eu des galères de pilote et ça a été infernal ! Tu ne sais pas pourquoi mais parfois le pilote se met à tirer la barre quand tu es pleine balle au portant. Avant de résoudre le problème, j’ai fait une petite semaine durant des empannages chinois hyperviolents trois fois par jour. J’ai pété du coup les chariots de lattes de grand-voile. Puis fin de l’Indien/début du Pacifique, j’ai eu encore des emmerdes de pilote, avec deux ou trois journées où c’était catastrophique. J’ai dû naviguer barre amarrée pour étudier et résoudre le problème.

Voilesetvoiliers.com : As-tu eu d’autres ennuis ?
L.B. :
Lors d’un check-up du bateau, je me suis rendu compte que l’une des fixations de vérin sur la tête de quille était en train de se désolidariser. Heureusement que je m’en suis aperçu à temps pour tout remettre en place. Quant à mon petit gennak’, j’ai dû l’affaler plusieurs fois pour le renforcer, bouchers les trous, poser des patchs… Et puis j’ai eu pas mal d’eau dans le bateau suite à une fuite sur le schnorkel bâbord (pièce qui, plongée dans l’eau, permet de remplir les ballasts, ndlr). Enfin, j’ai arraché pas mal de chandeliers sous la pression de l’eau dans des départs au tas. Donc en fait j’ai fait beaucoup de strat’ pour réparer tout ça.

Louis Burton à bordÀ 31 ans, Louis Burton réalise un très beau Vendée Globe. Dans l’édition précédente, il avait dû abandonner après un abordage avec un chalutier au large du Portugal.Photo @ O. Blanchet/DPPI/Vendée Globe
Voilesetvoiliers.com : A t’écouter, tu as donc poussé ton bateau très fort ?
L.B
. :
Durant les cinq saisons précédentes, on a énormément travaillé sur la fiabilité, et du coup je suis parti avec du matériel neuf, et donc jusqu’à ce que je parvienne à mettre de la distance avec Nandor (Fa), oui j’ai attaqué très fort. Depuis le début je suis à donf !

Voilesetvoiliers.com : Tu t’es fait peur ?
L.B
. :
Quand tu as des problèmes récurrents de pilote et que tu sais que tu vas rentrer dans les mers du Sud que tu ne connais pas du tout, tu te doutes que ça va être violent. Il y a de l’appréhension. Et quand de nuit tu pars à l’abattée et que ton gennak’ se retrouve contre l’étai, tu te fais mal et te demandes ce que tu fais là. En fait, j’ai eu peur deux fois, quand la direction de course m’a dit de me mettre en stand-by au moment où Kito (de Pavant) était en train de perdre sa quille. Là, tu cogites, tu te souviens de tous les accidents des précédents Vendée Globe, les chavirages… Et tu ne fais pas le malin. L’autre fois, c’est quand j’ai appris qu’il y avait un iceberg juste sur ma route… et que je ne pouvais pas abattre car j’étais vraiment en bordure de la ZEA !

Louis BurtonLe skipper de Bureau Vallée a opté pour une route payante très Sud le long de la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA). Photo @ O. Blanchet/DPPI/Vendée Globe

Le point sur la course

Tout le monde ou presque voit déjà Armel Le Cléac’h vainqueur aux Sables entre le 17 et le 19 janvier… sauf l’intéressé qui sait trop bien que tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie, il n’est pas question de s’emballer. Thomas Coville, invité du « Live » du Vendée Globe hier jeudi au côté de Vincent Riou, a volé « au secours » d’Armel, rabâchant que la tension et le stress augmentent au fur et à mesure que les Sables-d’Olonne approchent. N’empêche, sauf avarie grave, le skipper de Banque Populaire VIII sera bien dur à battre. Ce vendredi à 5 heures, il possède 322 milles d’avance sur Alex Thomson (Hugo Boss), navigue dans un alizé de Sud-Est d’une vingtaine de nœuds, où les foils sont à nouveau de sortie, et ne va pas tarder à sentir les prémices du pot au noir. Dans le trio infernal, Dick-Le Cam-Eliès, le Roi Jean a joué un bon coup à ses rivaux, passant devant et s'installant pour un souffle ce matin à une superbe quatrième place du général, accompagnée du titre honorifique de premier non foiler sur son Finistère Mer Vent !
Conrad Colman a remis le cap vers l’Est :
« je suis extrêmement fatigué mais je suis content parce que je suis toujours en course. Je suis toujours un marin avec un bateau qui avance. C’était compliqué de récupérer l’étai (du J1, ndlr) qui était emmêlé avec la voile. Ça m’a pris beaucoup d’efforts pour la libérer. J’ai dû m’y reprendre à trois fois. J'ai passé 5 ou 6 heures suspendu avec le baudrier et plein de couteaux pour couper la voile. Tout n’est pas encore opérationnel. Pour l’instant je ne peux pas hisser la grand-voile au-dessus du troisième ris. » Survolté, Eric Bellion (Commeunseulhomme) qui emmène le groupe de poursuivants, pourrait bien doubler le Kiwi dans les jours prochains, passer 9e et lui ravir la place de 1er bizuth. Huitième, l’incroyable Hongrois Nandor Fa (Spirit of Hungary), devrait franchir le cap Horn durant le week-end. Près de 9 000 milles séparent Armel Le Cléac’h de Sébastien Destremau (TechnoFirst-FaceOcean), toujours au mouillage à Hobart (Australie) et dont on commence à se demander s'il va en repartir !

Classement vendredi 6 janvier à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 3 417 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 322 milles du premier

3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 1 004 milles       
4.       Jean Le Cam (Finistère Mer Vent), à 1 606 milles
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), à 1 608 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.