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Solitaire Bompard Le Figaro

Macif attaque !

Yoann Richomme et Charlie Dalin, les deux membres de l’équipe Macif, occupent actuellement la tête du classement général de la Solitaire Bompard Le Figaro, Dalin accusant 30’30’’ de retard au général. Après avoir dominé les épreuves de début de saison - mais avec une grosse déception sur la Transat Ag2r La Mondiale où ils avaient démâté - les voici caracolant en chefs de meute alors que le départ de la troisième étape, Paimpol/Lézardrieux-La Rochelle sera donné samedi 2 juillet à 19 heures.
  • Publié le : 01/07/2016 - 15:30

Dalin RichommeYoann Richomme (à gauche) et Charlie Dalin (à droite) dominent cette saison en Figaro Bénéteau même si un démâtage lors de la Transat AgR ne leur a pas permis de défendre leurs chances au cours de l"édition 2016.Photo @ Alexis Courcoux / MACIF

Voilesetvoiliers.com : A mi-parcours, quel est votre bilan comptable ?
Yoann Richomme (Skipper Macif 2014) :
Une place de deux entre Deauville et Cowes, une place de premier ici à Paimpol-Lézardrieux, avec un peu d’avance au classement général. Je fais une bonne Solitaire. Le plus dur est à suivre pour faire en sorte de ne pas m’écrouler. Il faut que je reste concentré jusqu’à La Rochelle. Claquer une étape est un énorme bonheur pour moi. J’ai envie de vous dire que j’ai rêvé d’être une fois en tête de la Solitaire. C’est fait. Maintenant je peux rêver d’une victoire finale.
Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) : Je suis à 30 minutes et trente secondes de Yoann et j’ai à peu près le même écart d’avance sur Erwan Tabarly (Armor Lux). Je ne pense pas avoir perdu du temps sur Yoann mais je n’ai juste pas fait les gains que certains on fait. Je navigue comme j’ai l’habitude de faire, en faisant du placement, en ne prenant pas de risque. C’est la troisième année consécutive où je me trouve dans cette position. Pour l’instant, c’est pour moi une Solitaire dans les clous puisque j’ai fait deux podiums. Je pense avoir un bon fond de jeu en restant régulier. Je ne vise que la première place. Gagner une étape n’est pas la priorité.

Yoann RichommeC"est grâce à sa première victoire d'étape en sept participations, acquise au terme de la deuxième manche de cette Solitaire, que Yoann Richomme a pris la tête du classement général.Photo @ Alexis Courcoux / MACIF

Voilesetvoiliers.com : A l’image du sport automobile, vous appartenez à une véritable écurie, avec des moyens importants. Partagez-vous vos façons de faire ?
Y.R. : On apprend énormément tout le temps avec Charlie. J’en ai encore appris sur ces deux étapes. Deux trois trucs que je fais maintenant un peu différemment. Cela me rend dingue. Tu te dis que c’est juste pas possible d’être passé à côté depuis sept ans. Voilà des trucs qu’on ne partage pas. Je lui ferai un petit débrief à la fin, même à ceux du Pôle Finstère de Course au Large. Sinon, Charlie est plus tatillon, plus travailleur dans les détails. Pour le réglage du mât et pour d’autres petits trucs. Il faut demander à Donatien Carme (préparateur de l’équipe, ndlr), c’est lui qui subit les job-listes. Sa rigueur hausse le niveau de préparation technique des bateaux. Et Dona ne me dit rien de ce qu’il fait sur celui de Charlie. C’est un vrai médiateur entre nous. Je ne dis pas qu’on cloisonne mais on fait une séparation entre nos façons de faire.   

C.D. : Bien sûr nous avons échangé depuis le début de la saison. Même si notre Transat Ag2r La Mondiale s’est achevée prématurément avec un démâtage, je pense que Yoann est reparti avec pas mal de billes (rires). Quand je naviguais avec Yann Éliès, j’apprenais beaucoup (Ils ont terminé troisièmes de la Transat Jacques Vabre en IMOCA, ndlr) Avec Gildas Morvan aussi (Ils ont été vainqueurs de la Transat Ag2r La Mondiale 2014, ndlr). C’est cela qui est sympa dans notre sport. Il y a des ponts entre nous. Mais j’ai assimilé quelques trucs de la part de Yoann. L’échange est toujours enrichissant.

Charlie DalinCharlie Dalin participe à sa cinquième Solitaire cette année. Et s'il n'a pas encore gagné d'étape il a terminé troisième du général en 2014 et deuxième en 2015.Photo @ Alexis CourcouxVoilesetvoiliers.com : Vous êtes les principaux prétendants à la victoire finale...
Y.R. :
Je suis venu uniquement pour la compétition. Pas pour prendre juste du plaisir. Les six participations précédentes, c’était pour apprendre, progresser. Je ne sentais pas que je pouvais la gagner en fanfaronnant. Et cela fait mal en soi au début. En arrivant à Deauville, je savais que c’était non seulement possible et que j’en avais profondément envie. Malheureusement, il y avait beaucoup de favoris. C’est hélas le problème de la Solitaire, il y a toujours du lourd. Quand t’as pas Yann Éliès, il y a Charlie Dalin. Quand t’as pas Jérémie Beyou, tu as Erwan Tabarly (3e du général à 1 h 03'58'' à bord d'Armor Lux, ndlr). Comme les mecs reviennent tout le temps, le niveau du Top 5 reste toujours élevé.
C.D. : Erwan est aussi dans le coup, je le répète. Sa façon de naviguer ressemble plus à la mienne. C’est plus du placement, du gagne petit mais qui suffit pour faire un bon résultat. La Solitaire est une course en quatre étapes, par éliminations donc. A chaque fois, il y a quelqu’un qui disparaît. Au départ de la dernière, un sprint de vingt-quatre heures entre La Rochelle et La Rochelle via l’île d’Yeu, il n’y aura que les finalistes. Mais on n’est pas à l’abri de prendre un but en contre d’un autre concurrents sur le prochain parcours entre Paimpol-Lézardrieux et La Rochelle.

Voilesetvoiliers.com : Quelles sont vos différences qui justement vont faire la différence ?
Y.R. :
Mathématiquement, je suis devant. Je sais qu’il ne faut pas grand chose pour prendre une heure ou deux dans la vue. Une mauvaise négociation d’un phénomène météo et tout s’envole. Jusqu’à présent j’ai navigué en prenant des risques, l’intérêt va être maintenant de changer de méthode, de passer sur un régime plus conservateur. Et je sais que j’en suis capable. J’ai travaillé là-dessus avec un préparateur mental pour faire en sorte d’être à l’aise dans des choix contre-nature. Cela veut dire naviguer avec la flotte et faire du marquage.
C.D. : Il navigue d’une manière diamétralement opposée à la mienne. Il prend des options marquées. Pour l’instant, cela marche bien pour lui. Il a de la réussite avec ses choix sans faire des trucs insensés non plus. Je ne fais pas une fixation sur sa manière de faire et je n’ai pas une poupée vaudou de Yoann dans ma chambre ! Je suis là pour donner le meilleur de moi-même et demeure déterminé. Je pense que j’ai un gain en vitesse. Je ne suis pas venu pour battre quelqu’un en particulier mais pour gagner la Solitaire. Si je suis régulier depuis quelques temps, c’est que je me remets en question tous les ans. Naviguant jamais sur les acquis. Je reprends mes réglages, mes choix de voiles en bossant beaucoup.

Yoann Richomme"Mathématiquement, je suis devant. Je sais qu’il ne faut pas grand chose pour prendre une heure ou deux dans la vue " : analyse lucide du leader, Yoann Richomme.Photo @ Alexis Courcoux / MACIF

Voilesetvoiliers.com : Quelle image pensez-vous renvoyer aux autres concurrents ?
Y.R. :
Nous sommes enviés pour les projets Macif et notre statut. Et cela se sent dans les conversations. Je les comprends. En fait, c’est agréable. Cela reflète aussi le travail que nous avons fait avec notre préparateur Donatien Carme. Sinon, j’espère que j’ai une image de travailleur et de sérieux. A Port-Laf’, nous sommes dans un cercle fermé. Avec une ambiance spéciale. Il y en a chez qui je ne suis jamais allé. Entre célibataires, on s’invite quand même chez les uns et les autres. Cette année j’étais en colocation avec l’Anglais Alan Roberts (Alan Roberts Racing). Il faut surtout vivre avec des gens plaisants. Je pense d’ailleurs être supportable. Ensuite, j’ai beaucoup de commentaires dans mon implication dans la classe Figaro Bénéteau où je « sévi » à la commission jauge et sécurité et à celle du nouveau monotype.
C.D. : Celle de quelqu’un qui va vite, qui est régulier et ne s’enflamme pas dans des options dangereuses. Humainement, je ne sais pas. Certains peuvent me trouver hautain dans un premier temps mais je suis en fait un grand timide à la base. J’ai des amis quand même. A Port-la-Forêt, là où l’on s’entraîne. Et puis il y a les partenaires privilégiés avec qui tu partages plus qu’avec le groupe. En 2014, c’était Corentin Horeau. Le résultat a été là puisqu’on a fait deux et trois sur la Solitaire. En 2015, C’était Yann Éliès. On fait un et deux. Cette saison, c’est avec Yoann. On s’entend bien. Et puis, nous avons le même préparateur, Donatien, un assistant magique. Cette saison nous avons aussi Marine, notre cuisinière.

Macif 2014 et 2015A bord de leurs Figaro Bénéteau, Charlie Dalin et Yoann Richomme avouent avoir des manières diamétralement différentes de naviguer.Photo @ Alexis Courcoux / MACIF

Voilesetvoiliers.com : Avec une victoire sur la Solitaire, quel serait votre objectif ensuite ?
C.D. :
Même sans victoire, mon objectif est de faire le Vendée Globe 2020. La Transat Jacques Vabre m’a confirmé que mon avenir était là.
Y.R. : L’objectif reste pour moi aussi de faire le Vendée Globe dans d’excellentes conditions. Éventuellement de faire la Volvo. Tout dépendra des opportunités. Le principal, c’est de continuer dans ce métier qui est avant tout une passion et de progresser. Si je vois que cela stagne, je suis capable de tout arrêter. Le plaisir venant toujours de la performance.