Actualité à la Hune

The Bridge

Macif et IDEC Sport en pointe sur l’Atlantique Nord

Soixante heures après le départ de The Bridge, les équipages de François Gabart (Macif) et de Francis Joyon (IDEC Sport) mènent la danse sur l’Atlantique Nord, avec un léger avantage au bénéfice de Macif. Ces deux-là ont réussi un premier break sur ceux de Thomas Coville (Sodebo) et Yves Le Blevec (Actual).
  • Publié le : 28/06/2017 - 07:36
MACIFCe sont les hommes de François Gabart qui sont allés chercher la trajectoire la plus au Nord. Visiblement c’était une bonne idée : Macif est en tête ce matin.Photo @ Jean-Marie Liot / DPPI / Macif
L’Atlantique Nord est curieusement paisible ces jours-ci. Un peu trop même pour les équipages de la Transat du Centenaire, cœur maritime de The Bridge, l’événement XXL imaginé par Damien Grimont pour célébrer les 100 ans du débarquement des troupes américaines. Deux jours et demi après les extraordinaires images du départ de Saint-Nazaire - auquel 250 000 personnes auraient assisté -, la vie a pris son cours paisible à bord de l’unique liner transatlantique en service : le Queen Mary 2. Derrière ses multiples salons, restaurants, amphithéâtres et autre planétarium, le «Club des 100» - association qui regroupe tous les partenaires de la course - dispense chaque jour son lot de séminaires, réunions, interventions, concerts de jazz. Dans les coursives, sur les ponts supérieurs et aux détours des lounges aux moquettes épaisses, on brasse du concept et on échange de la carte de visite dans ce «huis clos entrepreneurial» imaginé par les équipes de Damien Grimont pour financer l’événement. Un Damien Grimont retrouvé, au large sourire, qui profite enfin de l’événement qu’il a imaginé et dont la démesure s’avère il est vrai bluffante. Au PC presse embarqué, on annonce que les premiers chiffres de couverture médiatique sont «du même niveau que ceux du départ du Vendée Globe ou de la Route du Rhum». C’est-à-dire énormes. L’image de l’Airbus A380 frôlant par deux fois le Queen Mary 2 devant le pont de Saint-Nazaire a déjà fait le tour du monde. Tous les membres de l’association The Bridge peuvent avoir le sourire à la très chic soirée du commandant Chris Wells : ils ont d’ores et déjà réussi leur pari.
A bord des quatre trimarans Ultim engagés dans l’aventure – Macif, IDEC Sport, Sodebo Ultim' et Actual -, on dispose d’un confort légèrement plus sommaire… et on aurait volontiers voté également pour une météo plus avantageuse. Seulement voilà, si la route Nord a été jugée la moins aléatoire et par conséquent choisie très tôt par les quatre équipages (aux dépens d’une trajectoire Sud peut-être un poil plus ventée mais beaucoup plus longue), il a fallu d’abord composer avec des vents très faibles entraînant des moyennes de vitesse faméliques et obligeant à de nombreuses manœuvres. Puis mettre le cap vers l’Irlande dans des airs trop erratiques pour être honnêtes. Il y eut bien quelques pointes à 25 et 30 nœuds par instants mais elles furent rares, et les vitesses moyennes ont été pour le moment très en deçà de ce dont sont capables les Ultim. Deux larges zones sans vent à traverser dans les 48 premières heures de course, c’est beaucoup… et ça peut être piégeux. L’équipage de Thomas Coville en sait quelque chose : «on a raté deux ou trois petits coups» admet ainsi Vincent Riou, barreur de luxe de Sodebo Ultim', où l’on paie pour le moment cette entame un peu manqué. A 6 heures (heure française) ce mercredi matin, Sodebo accusait 81 milles de retard sur le leader Macif qui venait de doubler IDEC Sport en termes de distance au but (+ 15 milles).
 
Sodebo UltimA bord de Sodebo Ultim', Thomas Coville et ses hommes paient pour le moment la facture d’un départ un peu manqué. Comme souvent dans le petit temps, c’est parti par-devant sans qu’ils ne puissent faire grand-chose. Mais rien n’est joué encore et Sodebo peut revenir.Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI/Sodebo
Les équipages de François Gabart et de Francis Joyon sont certes distancés par le paquebot de la Cunard (on sait depuis le départ que les trimarans auront probablement un à deux jours de retard sur le Queen Mary 2 à l’arrivée à New York) mais ce sont eux qui ont mieux joué pour le moment. En grimpant le moins lentement possible vers l’Irlande, ce qui leur a permis de virer tôt dans le Sud de la dépression irlandaise : dès la nuit de lundi à mardi. Tribord amures dans le nouveau flux de secteur Nord-Ouest IDEC Sport et Macif ont ainsi pu «redescendre» vers l’orthodromie et aligner pendant quelques heures hier des moyennes supérieures à celles du paquebot, enfin au-delà des 30, puis 32 nœuds (avant de ralentir à nouveau dans une zone de transition entre deux dépressions). Sodebo Ultim' et Actual, eux, avaient dû patienter quelques longues heures de plus avant de pouvoir déclencher le même virement irlandais et, fatalement, l’élastique des écarts s’est tendu en leur défaveur.
 
Négocier la zone des glaces
 
Toujours à propos du stratégique virement irlandais, il faut noter que Macif a été le plus extrême, déclenchant sa manœuvre 45 milles au Nord de l’endroit choisi par IDEC Sport. Une bonne idée à laquelle Pascal Bidégorry n’est probablement pas étranger et qui a payé cette nuit puisque le trimaran de François Gabart a eu un peu plus de vent et surtout un meilleur angle qu’IDEC Sport, ce qui lui a permis de passer légèrement en tête : une quinzaine de milles d’avance sur IDEC Sport contre une dizaine de retard hier soir. Le débours est plus significatif pour le 3e, Sodebo Ultim' (80 milles) et pour l’Actual de Yves Le Blevec (235 milles). Bien sûr, la route est encore longue – les leaders sont à 2 100 milles de New York à 5 heures heure française - mais un premier break est fait, alors qu’il faut déjà penser à affiner la trajectoire en tenant compte de la zone d’exclusion des glaces. La pointe Sud-Est de cette zone se trouve par 47 ° Nord et 43 ° Ouest, au large des grands bancs de Terre-Neuve pas vraiment réputés pour leur hospitalité. Et si elle est encore relativement loin (1 400 milles), cette zone interdite s’étend sur plus de 400 miles de large, son point le plus Sud-Ouest étant situé par 44° Nord et 52° Ouest.
 
ActualYves Le Blevec dispose du bateau le moins puissant de la flotte. Et les circonstances lui ont été défavorables depuis le début de la Transat du Centenaire.Photo @ Stan Thuret/Actual
Pour les équipages des trimarans, cet «obstacle artificiel» sera déterminant à la fois du point de vue de la stratégie météo et de la tactique de flotte. Mais n’anticipons pas. A bord du Queen Mary 2, on n’a pas vraiment d’appréhension. Même quand le vent se lève et que la mer s’agite un peu, on ne sent pas grand-chose. Le commandant Chris Wells, au flegme très britannique, a d’ailleurs prévenu : il joue la route directe vers New Yok à 23 nœuds de moyenne et ne change rien ni à son cap ni à sa vitesse tant que les creux n’atteignent pas huit mètres ! C’est loin d’être le cas. Sur la télévision interne du bord, la passerelle annonce un petit «Force 4» de Nord-Ouest et l’Atlantique Nord. Et dans l’obscurité, on distingue une mer à peine agitée d’un léger clapot, 300 milles devant les trimarans de cette Transat du Centenaire – The Bridge.

 

Le deuxième jour en vidéo :