Actualité à la Hune

Mini-Transat La Boulangère

Match de haut vol en Série

Sept leaders différents, treize changements de tête au classement et moins de dix heures d’écart entre le premier et le 22e au classement : la première étape de la Mini-Transat La Boulangère (1 350 milles entre La Rochelle et Las Palmas de Gran Canaria) a tenu toutes ses promesses chez les bateaux de série. La bonne nouvelle ? Il y a fort à parier que la deuxième (2 700 milles entre Las Palmas et Le Marin, en Martinique), qui s’ouvrira le 1er novembre prochain soit tout aussi palpitante et disputée, même si le scénario s’annonce bien différent avec, cette fois, l’attaque proprement dite de l’Atlantique et la gestion de la navigation dans les alizés, jamais aussi simple qu’il n’y paraît. L’une des clés de la réussite sera assurément de pouvoir tenir la cadence dans la durée. Dans ce contexte, les Pogo 3, qui ont dominé la première manche, parviendront-ils à garder l’avantage ? Les Pogo 2, qui ont remarquablement bien tiré leur épingle du jeu lors du premier round, arriveront-ils à faire de même ? Et les Ofcet 6.50, qui n’ont pas pu exploiter les atouts de leur carène, seront-ils cette fois en mesure de s’exprimer davantage ? Eléments de réponse.
  • Publié le : 26/10/2017 - 15:30

Prologue de la Mini-TransatRépétition générale le 24 septembre 2017 lors du prologue de la Mini-Transat qui se déroulait une semaine avant le grand départ du 1er octobre.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
Si la première étape de la Mini-Transat La Boulangère 2017 a été l’une des plus longue de l’histoire de l’épreuve, les écarts ont toutefois été aussi infimes qu’on pouvait l’imaginer chez les bateaux de série. «On est quasiment sur un match nul» assure Valentin Gautier, qui s’est imposé à Las Palmas avec 2 heures 20 d’avance sur son dauphin, Rémi Aubrun (Alternative Sailing – Constructions du Belon). «Deux heures, ce n’est vraiment rien à l’échelle de l’Atlantique. D’ailleurs, même si j’avais douze heures d’avance, je serais vraiment couillu de me dire que c’est gagné», lance le skipper de Shaman – Banque du Léman, qui commence doucement à regarder la météo du parcours de la deuxième étape, ou plus exactement à surveiller les tendances. «Pour l’instant, c’est encore loin et mieux vaut ne pas faire de plans sur la comète, d’autant que ça a l’air un peu bizarre», poursuit le navigateur suisse, conscient que la durée va essentiellement différencier la première manche de la deuxième. «Même si on a mis douze jours pour aller aux Canaries, cette fois on sait que l’on va au moins passer quatre ou cinq jours de plus en mer. Il va falloir être capable de tenir dans la durée pour ne pas exploser en vol», indique Valentin, qui tente de canaliser la pression autant que possible.

«C’est sûr que je préfère avoir un peu d’avance que du retard, mais j’essaie de ne pas trop y penser. Après ma première place dans la Pornichet Select 6.50 en avril dernier, j’ai eu un peu de mal à gérer. Mon dos s’est complètement bloqué et j’ai abordé la Mini en mai hyper-tendu. Cette expérience me permet de relativiser aujourd’hui. Je me dis que j’ai effectivement fait une belle première étape et que personne ne pourra m’enlever ça, mais que pour cette deuxième manche, je dois me faire plaisir avant tout. Quand on est trop dans la souffrance et qu’on lutte, cela ne donne jamais rien de bon. Je vais donc tâcher de me servir de ma victoire sur le premier round comme un moteur et pas autre chose», ajoute Valentin Gautier, qui espère tirer toute la quintessence de son bateau sur les 2 700 milles du parcours à venir.

Valentin GautierValentin Gautier, vainqueur de la première étape en Série avec 2h20 d"avance sur son dauphin. Mènera t-il son Pogo 3 à la victoire ?Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
Pogo 3, Pogo 2, Ofect, Nacira & Cie

«Les Pogo 3 ont beaucoup de puissance, mais cette dernière n’est pas toujours facile à exploiter car dans des conditions toniques, le bateau peut avoir des mouvements assez violents et on se ramasse de sacrés seaux d’eau dans la figure. Cela n’est pas un problème sur une course qui dure trois ou quatre jours, mais sur une transatlantique, peut-être que c’est un peu moins vrai… Je ne sais pas», détaille le skipper, qui a pu constater que sa machine n’était pas avantagée par rapport aux Pogo 2 au portant VMG, en dessous de 12-15 nœuds. «C’est sûr que le Pogo 3 est moins lourd, mais il a beaucoup plus de surface mouillée que son prédécesseur qui par ailleurs marche super bien sous pilote et est sans doute plus facile à mener à 100 %», note Valentin, qui redoute légitimement des adversaires tels qu’Ambrogio Beccaria et Fred Moreau, respectivement 6e et 7e de la première étape avec leurs bateaux à bouts pointus. «Lui et l’autre sont capables de tirer fort sur leurs montures et ils parviennent à accrocher les bateaux plus récents, même au reaching bien bourrin. Sur cette deuxième étape, ils ne sont donc surtout pas à sous-estimer.» De fait, les skippers d’Alla Grande Ambeco et Petit Auguste et Cie ont frappé fort et confirmé qu’ils étaient de sérieux clients, quelles que soient les conditions.

Ambrogio BeccariaAmbrogio Beccaria, 6e au général avec un Pogo 2.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
«Pour ma part, je ne m’attendais pas à un si bon résultat», commente modestement le marin italien, qui avait toutefois déjà impressionné les spécialistes lors de la première étape des Sables – Les Açores – Les Sables 2016 à la barre de son Pogo 2, le bateau que menait Ian Lipinski dans la Mini-Transat en 2013 avant de chavirer et qu’il a dû entièrement reconstruire. «Jusqu’ici, mon meilleur résultat, ça avait été 8e, à la fois sur la Mini-Fastnet et sur la Transgascogne. Finir 6e sur 56, c’est vraiment super pour moi», déclare Ambrogio, qui s’est appuyé sur le travail de Jean-Yves Bernot et du centre d’entraînement 6.50 de La Rochelle lors de la première étape. «J’ai bénéficié d’une bonne préparation sur le plan de la météo et j’ai bien géré les bascules du vent à la sortie du golfe de Gascogne. Après, lorsque le vent est rentré, aux abords du cap Finisterre, j’ai réussi à ne rien lâcher et à rester au contact des leaders. J’ai même réussi à reprendre un mille à Clarisse Cremer (TBS) mais j’admets que c’est un peu frustrant d’apprendre une fois à l’arrivée qu’à ce moment de la course, elle, a dormi, alors que moi, je n’ai pas arrêté une seconde. Le point positif malgré tout, c’est qu’ensuite, lorsque le vent a molli, j’ai pu jouer dans le bon paquet», a commenté Ambrogio, qui, en bon Méditerranéen, a réussi à conserver son calme dans les mistoufles jusqu’au bout. «Il n’y a pas beaucoup d’écart. Forcément, ça fait plaisir et c’est encourageant. Maintenant, reste à voir ce que ça va donner sur la deuxième étape. Si les alizés sont bien en place et que ça déroule au portant, ça va être dur parce que les Pogo 3 font 100 kg de moins que les Pogo 2 et qu’en plus, les mecs qui naviguent dessus sont vraiment très forts. Il va falloir réussir à faire moins d’erreurs qu’eux», indique l’Italien, reconnaissant toutefois un atout à sa machine : le confort.

Puissance vs confort (relatif) ?

«Dans la durée, cela peut évidemment être un point important, mais je ne m’emballe pas. Si je termine dans le top 10, je serais super-content et je le serais d’autant plus si je gagne le classement non-officiel des bateaux à bout pointu», avoue Beccaria, qui sait que pour réussir à atteindre ce dernier objectif, il va avoir du fil à retordre, notamment face à un certain Fred Moreau qu’il devance actuellement de 16 petites minutes au classement général provisoire. «Le fait de l’avoir si proche de moi me stresse un peu, mais me stimule aussi. Il est souvent un peu plus extrême que moi dans sa stratégie, mais c’est généralement bien de l’avoir proche de moi, surtout aux allures où les autres, en l’occurrence les Pogo 3, vont vraiment plus vite parce que dans ces moments, c’est un peu dur dans la tête.»

Henri PatouHenri Patou, premier Ofcet 6.50 mais seulement 19e au général.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
Dur dans la tête, c’est quelque chose qu’Henri Patou a dû souvent penser lors de la première étape. Le skipper de da.fr, aujourd’hui 19e à 9 heures 09 du premier, n’a, de fait, pas pu franchement profiter des atouts de son Ofcet 6.50, une machine taillée pour le large – Lipinski a remporté la dernière édition de la Mini-Transat en série avec un bateau identique –, mais qui a souffert un peu dans la molle entre Madère et les Canaries. «Les écarts, aujourd’hui, ne sont pas rédhibitoires, mais c’est vrai que c’est un peu frustrant d’avoir le sentiment de ne pas avoir pu jouer à 100 %. Je croise les doigts pour que sur la deuxième étape, il n’y ait pas de zone de molle pour sortir de l’archipel canarien, ce qui creuserait sans doute des écarts d’entrée de jeu», commente l’ingénieur Rochelais, amateur pur jus qui tient à temporiser ses propos. «Je dis ça, mais je n’oublie pas que les gars et les filles qui naviguent en Pogo 3 et qui sont devant sont vraiment très bons, et que même si les conditions entre Las Palmas et la Martinique ne sont pas complètement favorables à leurs bateaux, ils arriveront malgré tout à gommer la différence par leur excellent niveau. Et c’est pareil pour ceux qui régatent en Pogo 2 ou en Nacira», ajoute Patou, qui espère être davantage en mesure de faire parler le potentiel de son Ofcet que lors de la première étape. «J’ai les crocs pour cette deuxième manche. Je sais que dès que ça appuie un peu au portant, sous spi avec un peu d’angle, mon bateau marche très bien, qu’il est assez confortable et que la forme de sa carène le rend assez performant sous pilote, ce qui n’oblige pas à trop barrer. J’ai toutefois en tête la même question que tous les autres : que cela va-t-il donner sur quinze à vingt jours de mer ?». Verdict mi-novembre.