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Mini-Transat 2013

Justine Mettraux : «Je ne pensais pas qu’on serait aussi isolés»

  • Publié le : 10/12/2013 - 00:03

Heureuse, Justine !En panne de BLU depuis les Canaries, ce n'est qu'à quelques milles de l'arrivée que Justine a appris qu'elle était deuxième des Minis de série !Photo @ Christophe Breschi (Teamwork)Deuxième des Minis de série en un peu moins de 23 jours de course sur son Nacira 2012 Teamwork, Justine Mettraux a confirmé le statut de favorite qu'elle portait au départ. Elle revient ici sur sa course, sans concessions.


voilesetvoiliers.com : Justine, quels ont été les moments-clés de cette longue transat ?
Justine Mettraux : En fait, il faut vraiment repartir depuis le début, de Douarnenez. Parce que la course a commencé par une phase d’attente – tout le monde était là pour le départ, fin prêt, et puis finalement on ne part pas, on appareille deux semaines après ce qui était prévu, on sait qu’on part avec des conditions météo très dures… Une fois en mer, on apprend que l’étape est annulée et qu’il faut relier Gijón. Puis on attend encore… C’est vrai que tout ça était assez particulier – on n'avait pas vraiment l’impression de partir en Transat, le côté émotionnel a été mis un peu de côté. Et puis, à Gijón, on n'avait pas tout ce qu’il fallait pour bien se préparer pour une étape de 3 700 milles. En ce qui concerne la transat, en coupant la ligne, on savait que ça serait très fort au début, qu'il fallait faire attention, que la course allait être longue et que le but, c’était bien d’arriver en un seul morceau. Pour moi, il y a vraiment eu deux phases : la première jusqu’aux Canaries avec le passage entre les îles, puis la traversée, ce saut dans l'inconnu. Je pense qu'on a tous été vraiment seuls à partir de ce moment-là.

Justine dans le gros tempsDans le gros temps annoncé qui a bousculé la flotte dès le départ de Sada, Justine a su préserver son bateau – et elle-même.Photo @ François Van Malleghem (Mini-Transat 2013)v&v.com : Comment tu expliques l'avance très importante prise par Aymeric Belloir ?
J.M. :
Je pense qu’il a très bien navigué dès le début, puis qu'il a suivi une bonne stratégie aux passages des Canaries. Ensuite, il a fait une belle trace.

v&v.com : Quand tu analyses ta course, qu'est-ce que tu considères avoir bien fait ? Et qu'est-ce que tu aurais pu faire mieux ?
J.M. :
Je pense que j’ai bien géré la première partie de la course. Je n’ai pas cassé le bateau, je n’ai pas eu de soucis. Pourtant, on a subi une mer forte, croisée, et du vent soutenu pendant quatre jours – et jusqu'à 40 nœuds après La Corogne. Je suis parti sous-toilée, sous code 5 et GV à deux ris. Ceux qui portaient plus de toile se sont échappés. Mais, le soir, j’étais de nouveau avec eux. Je m’étais préservée, j'avais préservé mon bateau – c'était clairement le bon choix. D'un autre côté,  j’ai loupé quelque chose en stratégie, j’aurais pu faire mieux. Aux Canaries, j’ai commis l'erreur de passer par le Nord. Nous avions deux routages au départ, un qui passait au Nord, l’autre au Sud. Avec la fatigue, j’ai manqué de lucidité. Aymeric (Belloir), qui est passé entre Gran Canaria et Ténérife, a commencé à s'échapper à ce moment. Et ensuite, il a creusé l’écart par l’avant, bénéficiant toujours de meilleures conditions. C'est vrai aussi que, tout au long de la course, je n'ai pu capter ni la météo, ni les classements, et j'ai eu souvent l’impression que ça n’allait pas, que je n’allais pas au bon endroit. J’aurais pu être plus positive.

v&v.com : Comment as-tu géré ton bateau sur la durée ?
J.M. :
Sans trop de problème. Dès le début, on savait que ce serait long. Mais, sauf les premiers jours, on n'a pas rencontré de conditions difficiles. En fait, la réception radio a vraiment été mon problème majeur. Bien sûr, t’as des bouts qui cassent, des voiles qui s’usent, mais je n'ai pas vraiment eu de problèmes sur le bateau.

v&v.com : Vraiment rien à signaler ? Les autres, en proto ou en série, ont connu leur lot d'avaries…
J.M. :
Sur la première étape, j’avais cassé un chandelier d’outrigger et, à Gijón, j’ai bricolé pour réparer ça. Et pendant la deuxième étape, non, je n’ai pas eu de grosse casse : un peu de jeu dans le safran et une bastaque qui a pété, mais rien de grave. Le problème de ferrure de safran, je l’ai réparé avec un brêlage pour bloquer le tout et que ça ne s'aggrave pas.

De la solitude à la foulePlutôt surprise par l"intensité du sentiment de solitude qui a accompagné sa transat, Justine s"est retrouvée happée, à Pointe-à-Pitre, par le vertige d"une arrivée médiatisée.Photo @ Christophe Breschi Teamworkv&v.com : Est-ce que t’as été surprise par la durée de cette transat, par l'ambiance ou la navigation elle-même ?
J.M. :
Oui. Je ne pensais pas qu’on serait aussi isolés, en fait. Rapidement, il y a eu de gros écarts et, vu les moyens de communication limités qu’on a en Mini, je n’ai plus eu de contacts avec les autres. En plus, j’ai eu mes problèmes de BLU. J’ai juste pu joindre Julien Pulvé à la VHF en m’approchant de Lanzarote. Ensuite, plus rien jusqu’à l’arrivée ici.

v&v.com : Voici quelques jours, ta balise s'est déclenchée sur la position «Présence à bord». Qu’est-ce qui s’est passé ?
J.M. :
En fait, ma balise est sous la descente, là où je mets les poubelles, et, ce jour là, j’avais décidé de les ranger, de les mettre dans un sac pour les matosser et je pense qu’en bougeant tout ça, ça a déclenché le bouton de la balise. J’avais de la musique et je n’ai pas entendu tout de suite l’alarme : quand je m'en suis rendu compte, j’ai éteint la balise. Quand le bateau-accompagnateur qui s’est dérouté est venu à portée de VHF, j’ai pu lui indiquer que c’était juste un accident.

v&v.com : Quels sont tes projets maintenant ?
J.M. : D
ans quelques jours, je dois rejoindre l’équipe féminine de la Volvo Ocean Race, Team SCA. Ils vont finaliser les sélections et voir s’ils ont toujours besoin de moi. Ma place n’était pas encore validée quand je suis partie, mais, comme ma course s’est plutôt bien passé, je pense que ça devrait se faire.


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> L'interview d'Aymeric Belloir, premier des Minis de série, est ici.

> Les interviews croisées de Benoît Marie et de Giancarlo Pedote, 1er et 2e des protos, sont ici
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Du Mini au VO65A 27 ans, Justine va quitter le petit cockpit de son Nacira pour celui du VO65 de Team SCA, l'équipe féminine engagée dans le Volvo Ocean Race 2014. Avec, peut-être, une place à bord…Photo @ Christophe Breschi (Teamwork)

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Mini-Transat 2013 : les podiums


Protos : 1. Benoît Marie (benoitmarie.com), en 18 jours 13 heures, à 8,25 nœuds de moyenne. 2. Giancarlo Pedote (Prysmian). 3. Rémi Fermin (Boréal).
Série : 1. Aymeric Belloir (Tout le Monde chante contre le Cancer, Nacira 2011) en 21 jours 9 heures et sa moyenne de 7,16 nœuds. 2. Justine Mettraux (Teamwork, Nacira 2012). 3. Simon Koster (Go4it, Nacira 2011, chantier FR Nautisme).

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