Pour ses 25 ans, le Mini-Fastnet a fêté son quart de siècle comme il se doit : un gros coup de vent, une bagarre magnifique, une pluie de records - dont le triplé de Yann Riou !- et des souvenirs plein la tête pour les coureurs... Récit !
Note :
< Mais qu'est-ce que je fous là ? > Une bonne partie des 126 coureurs engagés - 68 duos - sur ce 25e Mini Fastnet a dû se poser cette question lors de la traversée de la Manche par 30 noeuds au près.
< Plus jamais ça ! > s'est même dit Yann Riou, le futur triple vainqueur. Au près par force 7, dans une mer croisée, tirer des bords en Minis doit être la discipline la plus masochiste en voile ! L'humidité totale, l'inconfort, les 120° d'un bord sur l'autre, l'intérieur minuscule et trempé et le mal de dos à force de barrer...
Plus jamais ça ? Pas si sûr en fait ! Quand vient l'heure du retour sous spi, de la descente à pleine vitesse avec des moyennes de plus de 12 noeuds, la mémoire devient sélective et ne conserve après coup que les meilleurs moments. De l'adrénaline pure, des surfs endiablés comme aucun bateau ne peut en procurer. < J'ai eu la chance de courir le Record SNSM sur Groupama 70 et de naviguer ensuite 24h à bord de Groupama 3, raconte Yann Riou, responsable de l'électronique et de l'informatique au sein du Team Groupama et futur mediaman sur Groupama 4 pour la Volvo Ocean Race. Alors, qu'est-ce que je vais m'embêter sur ces petits bateaux ? C'est vrai qu'on s'est déjà tous dit ça, et puis quelques jours après l'arrivée, on est prêt à re-signer et on se dit qu'il n'y a pas de meilleur rapport prix/plaisir que sur ces bateaux-là au portant. Je reviendrai donc volontiers l'année prochaine tenter une quatrième victoire ! >
Car Yann Riou est le premier triple vainqueur de l'épreuve. Après 2008 avec Thomas Ruyant, 2009 avec Stéphane Le Diraison, il s'est imposé en 2010 avec Guillaume Le Brec sur l'ancien proto de Ruyant, un plan Finot-Conq (n°667) rebaptisé Eva Luna.
< Ces trois victoires étaient toutes différentes. L'année dernière, on a gagné de 90 secondes en étant rentré dans la baie de Douarnenez en 4e position ! Cette année, les conditions étaient très dures jusqu'à Wolf Rock - entre les Scilly et la pointe de Cornouaille. C'était mon 7e Mini Fastnet, et c'était certainement le plus désagréable. Heureusement, cela s'est calmé en mer celtique et nous avons pu faire la cuillère sous les six concurrents qui nous précédaient pour enrouler le Fastnet avec quelques longueurs d'avance sur les deuxièmes. > < Notre victoire s'est également dessinée dans la traversée de la dorsale au retour où nous avons empanné assez tôt, précise Guillaume Le Brec. Nous ne voulions pas aller trop dans l'ouest pour retrouver de la pression le plus vite possible. >
La suite se résume à des surfs de folie et un nouveau record de l'épreuve en 3 jours 16 heures 3 minutes, soit 5 heures 03 minutes de moins que le précédent chrono établi en 2003 par Sam Manuard et Yannick Cano sur un proto Manuard.
Grosse bagarre pour la deuxième place !
De droite à gauche : les vainqueurs Guillaume Le Brec et Yann Riou, les deuxièmes David Sineau et Thomas Normand, et les troisièmes Sébastien Rogues et Mathieu Souben. Un beau podium pour une inoubliable édition du Mini-Fastnet !
Photo © Gildas Hémon
Riou et Le Brec ont relégué leurs premiers adversaires à 50 minutes. Mais la bagarre fut intense jusqu'au bout entre les trois suivants qui coupent la ligne en moins de quatre minutes. Au final, c'est le duo Thomas Normand/David Raison (Financière de l'Echiquier, n°787) qui grille la politesse aux deux autres pour terminer deuxième devant Sébastien Rogues et Mathieu Souben (Eole Génération - GDF Suez, n°716) suivi 2'18'' plus tard par Vincent Barnaud et Rémi Beauvais (Northstar, n°630).
Guillaume Le Brec et Thomas Normand, premier et deuxième, signent au passage un joli doublé pour l'écurie Absolute Dreamer de Jean-Pierre Dick dont ils font tous les deux parties. < Je pense que cela a aidé pour la victoire, ajoute Guillaume Le Brec. Etre au sein d'une telle équipe est un plus. J'ai pu me concentrer sur le bateau et les entraînements cet hiver à Lorient avec Tanguy Leglatin. Et Yann (Riou, ndlr) est venu beaucoup navigué avec moi. C'est clair que ça joue aussi de bien se connaître et de bien connaître le bateau. Mises à part les 24 premières heures, on a relativement bien mangé et dormi. Nous ne sommes pas arrivés cramés à Douarnenez. >
En série, Xavier Macaire et Yves Ravot n'ont pas fait dans la dentelle
Sur leur Pogo2 (Starter) ils décrochent également un nouveau record en série en 4 jours 2 heures 16 minutes. Les deuxièmes, Jean-Marc Allaire et Mickaël Mergui (Baker Tilly - AG2R La Mondiale) accusaient 60 milles de retard et ne sont arrivés que 7 heures 39 minutes après les premiers. Un gouffre ! < Cela s'est joué en trois temps, racontait Xavier Macaire à l'arrivée. On a bien réussi notre traversée de la Manche pour arriver en tête à Wolf Rock. Là, dès qu'on a attaqué au reaching alors que les autres étaient encore au près, ça a créé un premier écart. Même chose au Fastnet où là aussi, en repartant sous spi après avoir enroulé le phare, nous avons pu augmenter notre avance. Enfin, sur le retour, il y avait une dorsale à négocier en mer d'Irlande, et je crois qu'on s'en est bien sorti. > Et même très bien avec le brin de réussite qui sied aux grands champions. Car la barrière de péage est retombée juste derrière eux. Pendant qu'ils surfaient à 8-10 noeuds vers la Bretagne, leurs adversaires directs étaient englués dans la dorsale à moins de 1 noeud ! Ce qui explique en partie l'énorme écart à l'arrivée.
Vainqueur du Mini Pavois en mai, Xavier Macaire remporte le Mini Fastnet dès sa première participation. Avec son copain Yves Ravot, ils se verraient bien poursuivre leur collaboration en Figaro et pourquoi pas en Class 40 sur le tour du monde en double. Deux noms à retenir...
A noter également que malgré les conditions très difficiles, seulement 14 équipages ont abandonné sur 68 et tous sont rentrés par leur propre moyen. Pour les autres, la galère de la montée jusqu'au Fastnet a été récompensée par la descente tout schuss et l'accueil toujours aussi chaleureux des bénévoles du Winches Club de Douarnenez qui veillent toute la nuit avec des plats chauds pour saluer chaque concurrent, du premier au dernier... Le Mini Fastnet a encore au moins 25 belles années devant lui !
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