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MOD70 Groupe Edmond de Rothschild - Vécu

«J’ai navigué à plus de 34 nœuds en MOD70 !»

Venu à Agadir (Maroc) pour trouver du vent fort, Seb Josse enchaîne les sorties pour apprivoiser son MOD70 et affûter son équipage. J’y étais. Et, après des runs à plus de 34 nœuds, je n’en suis pas revenu.
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  • Publié le : 13/02/2012 - 00:04

MOD70 : une nécessaire cohésionÇa pulse, ça crépite, ça mouille ! Olivier Douillard (sous le vent), David Boileau (accroupi), Cyril Dardashti et Antoine Koch (aux colonnes) et Seb Josse (à droite) : maîtriser un MOD70 dans la brise demande des heures d’entraînement – la cohésion de l’équipage et la fluidité des manœuvres est à ce prix. (Cliquez sur les images pour les agrandir).Photo @ Yvan Zedda Gitana SA«ORC, plus… plus !» Sous le vent de la casquette, en arrière du bras de liaison trop bas pour le protéger des embruns qui mitraillent, l’œil sur la voile d’avant bleue tôlée par un grand frais de Noroît, Antoine Koch gueule ses consignes de réglage dans son petit micro HF. Oreillette à poste, Cyril et Thomas moulinent sur les deux colonnes carbone. Un geste du bras – c’est bon.

Christophe Espagnon, homme-orchestreAu four… et au moulin ! Aux côtés de Seb Josse, Christophe Espagnon gère la tactique lors des régates – et le réglage du chariot de GV. A six ou huit, à bord d’un trimaran de 70 pieds, le travail ne manque pas !Photo @ Yvan Zedda Gitana SAA la barre, Seb Josse place souplement son trimaran parmi les vagues qui se lèvent. Calé dans son siège, protégé par une petite bulle de Plexi amovible, il suit invariablement des yeux le même circuit – chute de GV, répétiteurs, étraves, plan d’eau. A ses côtés, Christophe Espagnon, tacticien et embraque, annonce les risées et gère le chariot. Ça vibre, chuinte, glisse, claque, tape et mousse. Et ça file, surtout. Au reaching, le MOD70 cavale à plus de 30 nœuds.

Depuis le milieu de journée, le vent, établi à 25 nœuds, est monté à 27, 30 – et maintenant 33 réels. Sur le trampoline, ça buffle. L’air froid siffle, l’eau salée gifle. Groupe Edmond de Rothschild salue à peine les risées, l’étrave sous le vent fume, le foil courbe travaille, soulage, le trimaran accélère, se redresse, cabre. A cette vitesse, le moindre angle de barre se traduit par une sèche prise de carre, la force centrifuge se fait sentir dans les jambes, le dos, les fesses. Chacun s’accroche, rampe, marche à quatre pattes, se laisse glisser assis.

Sous le soleil, l’Atlantique défile en éclairs marine et blancs, à peine le temps d’apercevoir deux pêcheurs dans une barque cobalt saluer de la main le géant bleu qui accélère encore et vibre crescendo. «34,2 !» Ce sera le record du jour. Grisant. «Notre vitesse max, c’est 37,5 nœuds, raconte Seb. Mais cela ne fait pas longtemps qu’on navigue sur ce bateau…»

Groupe Edmond de Rothschild à l’attaque !Oiseau de proie ou squale, comme on voudra. Même s’il est plus sage qu’un ORMA 60, et même sous trois ris-ORC, le MOD70 Groupe Edmond de Rothschild de Seb Josse – ici devant Agadir lancé à plus de 30 nœuds par 33 nœuds de vent réel – montre une belle agressivité. (Cliquez sur les photos pour les agrandir).Photo @ Yvan Zedda Gitana SAQuand Gitana 15 lève la patteEn navigation, Seb Josse cherche à laisser la coque centrale raser l’eau… mais, plus en arrière, le Sail-Drive génère alors des turbulences dans le safran central. Dilemme.Photo @ Hervé Hillard Les sept équipiers, trempés mais rigolards, jettent un regard d’envie au barreur. Et tordent le cou pour avaler de grandes goulées d’eau. Avec ce vent, les entraînements sont exigeants. Devant la petite marina d’Agadir, on a commencé sous un ris-trinquette – et on termine la journée sous trois ris-ORC. Il faut de la condition physique, que Seb et ses équipiers travaillent chaque matin dès 7h30 – «réveil musculaire et gainage dans le sable !» lance Christophe.

«On a une équipe de criquets…» Seb Josse sourit. Car si ses équipiers sont du genre secs et légers, ils montrent explosivité et cohésion quand il s’agit de mater leur MOD70. Et il en faut : à huit lors des régates inshore, mais six seulement lors des épreuves au large (transat, tour de l’Europe ou tour du monde), le boulot ne manque pas. Et les deux colonnes voient à chaque manœuvre quatre paires de bras mouliner furieusement pour hisser, choquer, border, régler les 409 mètres carrés siglés North que le monotype de 21,20 mètres déploie au portant. Sans oublier le mât basculant latéralement (8°, ce qui n’est pas rien), les foils ou la dérive centrale de 4,50 mètres.

L’engin est plus sage qu’un 60 pieds ORMA, tout le monde s’accorde à le dire. N’empêche : la puissance est là. A 20 nœuds au près bâbord amures, perché au vent – et comme les autres agrippé au filet –, je sens par deux fois le bateau sauter et glisser sous le vent, se recaler brutalement et transformer en gîte l’énergie froide et dense du Noroît. «On n’a pas le droit à l’erreur», confirme Seb. A l’abattée, le bateau passe de 19 à 30 nœuds en quelques dizaines de mètres. L’accélération est fabuleuse, brutale et ample, irrésistible. Adrénaline pure. Mais avec près de 50 nœuds de vent apparent sur le pont, il faut calme, cohésion et fluidité dans la vitesse d’exécution. «Il y a du stress. Le MOD70 reste un multicoque rapide, parfois volage, puissant…»

Florent Chastel, de 40 mètres à 21 !Tout juste rentré de son Jules Verne victorieux à bord de Banque Populaire V, Florent Chastel est le numéro un d’un autre trimaran bleu… deux fois plus petit. Mais tout aussi vivant !Photo @ Hervé Hillard Qu’il faut donc apprivoiser. Lancé fin 2011, Gitana 15 – nom de code de Groupe Edmond de Rothschild – n’a navigué que six petites journées l’an dernier. Quatrième monotype de la série, il n’a pas le vécu de Race for Water (Stève Ravussin), Veolia (Roland Jourdain) ou Foncia (Michel Desjoyeaux). D’où cette idée simple de s’expatrier pour travailler intensément et sans temps mort – arrivés le 19 janvier à Agadir, Seb Josse et son équipe devraient en repartir fin février. «Une idée simple, oui, confirme Seb, mais qu’il a tout de même fallu faire passer – budgétairement, ce n’est pas rien. C’est une approche à l’anglo-saxonne, à l’image de ce que j’ai vécu en préparation de la Volvo Ocean Race avec ABN-Amro en 2005…»

En convoyant le bateau jusqu’au Maroc, le Gitana Team entend valider quatre objectifs : se frotter au large à l’aller et au retour, travailler les automatismes dans du vent établi, placer l’équipage dans un état d’esprit «100% MOD» pendant sept semaines, répéter parcours, manœuvres et speed-tests seul, puis avec Veolia, Roland Jourdain s’étant montré ravi à l’idée de cet échange de connaissances (*).

Antoine Koch à la baguetteMicro et oreillette HF à poste, afin de pouvoir communiquer sans hurler, Antoine Koch guide certaines des manœuvres et surveille le réglage des voiles d’avant. Aux deux colonnes, de deux à quatre équipiers moulinent en cadence – efforts…Photo @ Yvan Zedda Gitana SASeb Josse : un skipper heureuxA 37 ans, Seb Josse est un skipper heureux.  Lui qui aime les bateaux de performances (maxi-cata Orange, VO70, IMOCA 60, Moth à foils…) est comblé avec le MOD70.Photo @ Yvan Zedda Gitana SA«C’est connu : seul, on va toujours vite et bien. Mais quand il y a un petit copain avec exactement le même bateau à côté, on sait ce qu’il en est vraiment !» confirme Christophe Espagnon. «Et Agadir est un spot parfait, ajoute Cyril Dardashti, patron du Gitana Team, mais simple équipier à bord. On est logé à quelques mètres du bateau, la sortie du port se fait en cinq minutes et, dès la jetée franchie, il y a du vent. A la côte, le thermique se lève en milieu de journée et la mer reste maniable ; mais si on veut travailler l’offshore, il suffit de s’éloigner de 20 milles pour trouver les alizés et les vagues !»

Avec Veolia, les régates courtes alterneront avec des parcours au large, «en allant virer les Canaries, par exemple» explique Antoine Koch. Et Seb d’ajouter : «Le retour vers la Bretagne s’effectuera en condition de course avec l’équipe de “Bilou”».

Un test d’autant plus parlant que les bateaux sont bien strictement identiques : «Trois kilos d’écart sur des flotteurs de près de 20 mètres – on gueuse, et puis c’est tout !» affirme Seb Josse. Qui ajoute cependant : «J’ai confiance dans cette monotypie et dans les skippers de ce circuit, sans cela je ne serais pas là. Mais il ne faut pas être naïf : il faudra de vrais contrôles pour tranquilliser tout le monde…»

Cela dit, du fait de ces sorties communes avec Veolia, aucune crainte à l’idée de fournir des données, des faits, des clés à un futur adversaire ? Josse et Jourdain répondent d’une même voix : «C’est un risque, mais l'expérience montre que, dans ce genre de confrontations, on a toujours plus à gagner qu'à perdre…»

Debriefing au soleilBateau rangé, vient le moment du debriefing de la navigation du jour, traditionnellement effectuée avec Tanguy Leglatin, entraîneur du Gitana Team.Photo @ Hervé Hillard Agadir : Veolia à bon portLe 2 février, Veolia arrive à Agadir. Le MOD70 de Roland Jourdain attaquera deux jours plus tard ses entraînements avec le Gitana Team - hélas pas pour longtemps.Photo @ Hervé Hillard Aujourd’hui, en tout cas, le fort synoptique grimpe encore, nous contraignant à regagner la marina d’Agadir. Une fois à quai, bateau rincé et rangé, Josse organise un debriefing à même le trampoline. Pour une fois sans Tanguy Leglatin, l’entraîneur du Gitana Team, car la sortie du jour a délaissé les parcours banane prévus pour de simples enchaînements de manœuvres, d’envois et de prises de ris à six ou à huit.

Quelques minutes plus tard, un mât blanc ceinturé de rouge se profile au-dessus de la jetée – Veolia, arrivé plus vite que prévu, a fini son convoyage de quatre jours par un sprint échevelé avec près de 35 nœuds de brise au portant. Les équipiers de Groupe Edmond de Rothschild viennent tourner les amarres du MOD70 et accueillir leurs futurs compagnons d’entraînement. L’un d’eux, après voir posé le pied sur le ponton, n’a qu’une question : «Dites, c’est comme ça tous les jours ici ?»


...........
(*) La société Veolia ayant annoncé, le vendredi 10 février, qu'elle arrêtait tout sponsoring voile,
 Roland Jourdain et son équipage ont dû interrompre les entraînements en compagnie de Groupe Edmond de Rothschild et rentrer en France avec leur MOD70.
Une décision qui semble incohérente – pourquoi donc s'être lancé dans ce circuit voici quelques mois et avoir même laissé l'équipage descendre au Maroc pour six semaines d'entraînement ?–, en tout cas brutale, destinée à rassurer les fameux marchés financiers : les dettes de la société avoisineraient les 15 milliards d'euros, une somme à rapprocher du budget de fonctionnement annuel d'un MOD70 : 2,5 millions !
Avis aux sponsors : un beau bateau, un magnifique skipper et un excellent équipage n'attendent que vous pour porter haut vos couleurs sur un circuit qui promet beaucoup, en France comme à l'étranger – en clair, il n'y a plus qu'à cueillir ce joli fruit rouge !
 

………..
A venir : les interviews en vidéo de Seb Josse ici et de Christophe Espagnon (dans quelques jours)



 L’équipage du MOD70 Groupe Edmond de Rothschild à Agadir 

Sébastien Josse : skipper/barreur
Christophe Espagnon : tacticien (inshore), barreur/régleur (offshore).
Antoine Koch : régleur (inshore), navigateur/barreur/régleur (offshore).
Olivier Douillard : régleur (inshore et offshore), chargé de l’électronique et de la performance
Thomas Rouxel : n°2 (inshore), barreur/régleur (offshore).
David Boileau : piano/régleur GV (inshore), barreur/régleur (offshore), chargé de l’accastillage et de la mécanique.
Florent Chastel : n°1 (inshore), barreur/régleur (offshore), chargé du gréement courant et dormant en mer.
Cyril Dardashti : embraque (inshore), barreur/régleur (offshore).

Florent au pied de mâtFlorent Chastel au pied de mât avant l’envoi. Notez, sur l’avant à droite, l’«arthur» qui permet de régler la rotation du mât, les tuyaux de l’hydraulique (pour l’écoute de GV) et l’écheveau des manœuvres classiques (bosses de ris…).Photo @ Hervé Hillard Une stricte monotypieA l’image de la tringlerie qui relie les trois safrans, la monotypie concerne les moindres détails d’accastillage des MOD70 – et jusqu’à la couleur des bouts !Photo @ Hervé Hillard ………..
Un MOD70 à la loupe

Longueur hors tout : 21,20 mètres
Largeur : 16,60 mètres
Tirant d'eau : 4,50 mètres
Tirant d'air : 29 mètres
Voilure au près : 310 mètres carrés
Voilure au portant : 409 mètres carrés
Déplacement lège : 6,3 tonnes

………..
MOD70 : les prochains rendez-vous 2012

Grand Prix de Douarnenez Guyader : du 3 au 6 mai
ArMen Race : du 18 au 21 mai
Trophée SNSM : du 1er au 3 juin
Krys Ocean Race (New York-Brest) : du 4 au 14 juillet
European Tour (Kiel-Irlande-Cascais-Marseille-Italie) : du 2 septembre au 7 octobre

MOD70 : un incessant travail d’équipeUn MOD70, ce n’est pas qu’un équipage naviguant. C’est aussi une équipe technique qui doit maintenir le bateau au top-niveau. Un job que l’on voit moins, que l’on connaît peu – mais tout aussi fondamental.Photo @ Hervé Hillard

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