Quinze jours plus tôt, au Grand Prix Multi 50 de Saint-Quay-Portrieux, l'équipage de Loïc Féquet (Maître Jacques) s'était incliné d'un cheveu devant la bande de Franck Yves Escoffier (Crêpes Whaou). Les jeunes Malouins ont pris à Fécamp une revanche éclatante, et leur trimaran né en 2005 n'a plus grand-chose à envier aux 50 pieds de dernière génération.
Note :
Première manche, Maître Jacques se lance babord à la bouée, et croise à raser les safrans de Crêpe Whaou. L'équipage de Loïc Féquet s'est notamment signalé par la qualité de ses départs.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
<Bravo les gars, bien joué. Mais vous avez quand même eu une sacrée réussite sur la dernière manche...> <De la réussite, comment ça ?!>
Sur le ponton du Grand Prix des multicoques de Fécamp, Franck-Yves et Loïc Escoffier refont la régate, et le fils manque de s'étrangler. Comment ça, de la réussite ? Crêpe Whaou a tiré trop à droite dans le dernier bord de portant, la bonne option était d'empanner à la bouée au vent pour aller chercher la risée à gauche, voilà tout, selon le fiston. Mais le père n'en démord pas, Maître Jacques a bénéficié d'une bascule de vent imprévisible qui lui a sauvé la mise in extremis. La maman observe ses deux hommes et rigole : <Ça y est, c'est parti, on en parlera encore à Noël !>
Les hommes de Maître Jacques se déplacent comme des chats, le trimaran glisse sous grand gennaker, et la concurrence est loin derrière.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
L'issue de ce Grand Prix de Fécamp s'est de toute façon joué avant cette septième manche, et notamment dans les deux premiers jours de régate, disputés dans les tous petits airs.
Les jeunes régatiers du trimaran Maître Jacques ont signé un sans-faute - quatre victoires sur quatre manches courues - et la performance était d'autant plus remarquable avec un bateau que pas grand-monde, en début de saison, n'aurait classé parmi les favoris.
S'il a gagné la Route du Rhum (en 2006) et deux fois la transat Jacques Vabre (2005 et 2007) aux mains de Franck-Yves Escoffier (sous le nom de Crêpe Whaou 3), ce plan VPLP date un peu à côté des 50 pieds de toute dernière génération. Mais son nouveau skipper Loïc Féquet a su le faire évoluer, et son jeune équipage d'amateurs malouins, dont la plupart ont fait leurs classes en multicoque de sport (Hobie Cat 16 et Formule 18) ne nourrit pas de complexes face aux professionnels comme on en compte à bord d'un Prince de Bretagne, d'un Actual, ou d'un Crêpe Whaou 3.
Lionel Lemonchois, focalisé sur ses instruments et ses sensations à la barre de Prince de Bretagne. Son puissant trimaran était plus à l'aise dans la brise du dimanche que dans les petits airs.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
Il est bien probable qu'allégé de plus de 300 kilos depuis la dernière Route du Rhum, Maître Jacques soit légèrement plus à l'aise dans les tous petits airs, avec une surface mouillée réduite, que ses rivaux aux lignes de coques plus tendues. La vitesse, comme chacun sait, rend intelligent, mais il n'y avait pas que cela : départs au cordeau, tactique inspirée, manoeuvres au petit poil, Loïc Féquet, Loïc Escoffier son co-skipper et leurs trois larrons (Pierre Hingant à la tactique, Arnaud Legal à la plage avant et Tristan Douard à l'embraque) étaient tout bonnement <un cran au-dessus> de la concurrence, de l'aveu d'un Lionel Lemonchois qui, pour sa part, était toujours un peu à la peine dans le petit temps à la barre de Prince de Bretagne.
A fond les manettes sur le bord du cadre, cap sur la bouée au vent. Crêpe Whaou va passer Maître Jacques, en force.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
En se levant le dimanche, la brise a entamé cette belle sérénité des leaders. Enervement, cafouillages, virements patauds et manoeuvres à l'arrache, avec une place de quatrième pour commencer cette troisième journée.
Puis les jeunes Malouins ont retrouvé une part de leur sang-froid pour limiter les dégâts (3e) dans la manche suivante avant de claquer la septième au nez de Crêpe Whaou, au risque de déclencher des polémiques sans fin dans la famille Escoffier.
Quinze jours plus tôt, les deux bateaux avaient fini le Grand Prix de Saint-Quay-Portrieux à égalité de points, et l'équipage de Franck Yves Escoffier l'avait emporté au bénéfice de la dernière manche.
Avec quatre points d'écart, la revanche est nette et sans bavures. <Ce n'était pas facile, note Loïc Féquet, Franck Yves n'avait jamais perdu ici. C'est bien d'avoir remporté cette dernière manche, car cela démontre que le bateau marche aussi dans la brise. Cela confirme aussi que depuis un an nous avons bien travaillé.>
Actual, des pointes de vitesse et des moments d'inspiration, mais une disqualification dans la première manche et quelques erreurs de manoeuvres.
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Derrière les deux inséparables, Actual (Yves Le Blévec) et Prince de Bretagne (Lionel Lemonchois) se sont battus jusqu'au bout pour la troisième manche du podium, à l'avantage du premier cité.
Puis on aborde un autre monde. Cinquième du Grand Prix de Fécamp, La Mer révèle nos Sens est <vainqueur de la Ligue 2>, comme dit avec humour son skipper-propriétaire Philippe Laperche. Ce joli bateau de croisière (très) rapide, Gamin de son nom de baptême, a aujourd'hui vingt ans d'âge. L'incontournable Franck-Yves Escoffier, authentique figure de proue de la classe Multi 50, l'avait déniché en Belgique, avant de remporter à son bord deux Routes du Rhum (1998 et 2002).
Philippe Laperche et son équipage familial, deuxième de la quatrième manche au nez et à la barbe de Crêpe Whaou et Actual, avec un bateau de vingt ans d'âge.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
En novembre dernier, son nouveau propriétaire l'a mené à une quatrième place dans le Rhum, avant d'embarquer la famille en balade sous les tropiques cet hiver, puis aux îles Scilly cet été. Ce chirurgien-dentiste, qui a quelques références en régate (dont quatre participations à la Solitaire du Figaro) avait pour le Grand Prix de Fécamp confié la tactique à son routeur du Rhum, Dominique Conin. <C'était super de l'avoir à bord, car nous avions partagé des choses ensemble, et nous avons eu le plaisir de naviguer avec nos deux fils, âgés de quatorze ans.>
Un confrère complétait l'équipage, au portant Laperche devait parfois confier la barre à Conin, pour aller manoeuvrer sur la plage avant. Et l'exploit, car il y en a eu un, a été de se classer deuxième de la deuxième manche du samedi.
Nootka, voilier de course-croisière construit en 1990 pour le sponsor de Mike Birch et Loïck Peyron, Ouest Flexibles, qui arbore une vieille grand-voile d'un ex Crêpe Whaou, PiR2, foiler de 1983 : c'est aussi cela, la Multi 50.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
Elle est comme ça, la classe Multi 50. On croise parmi les skippers de multiples vainqueurs du Rhum (Lionel Lemonchois, Franck-Yves Escoffier), un vainqueur de la Mini-Transat (Yves Le Blévec), et à bord des voiliers de dernière génération manoeuvrent des équipiers de luxe comme Sébastien Josse (skipper du maxi-trimaran Gitana) ou Antoine Koch (skipper d'un trimaran de 60 pieds à la belle époque de l'ORMA), un architecte naval, deux maîtres-voiliers, un détenteur du record autour du monde.
Ils côtoient dans une belle ambiance des équipages familiaux, dont de parfaits anonymes, <des M. Tout-le-Monde> comme se désignent Etienne Hochede et Françoise Hanss, propriétaires de PiR2, un foiler de 1983 sur plan Langevin, qui avait commencé sa carrière sous le nom de Lessive St Marc, aux mains de Denis Gliksman.
Il y a des gentlemen-navigateurs à la barre des trimarans de course-croisière rutilants, à côté de doux dingues comme les De Carlan, qui ont construit en famille le bien nommé Délirium, catamaran dont le mât est monté sur un pentapode, dont les coques sont un peu bosselées et la structure renforcée de rustines, et qui a disputé le Grand Prix avec la dérive aux deux-tiers relevée : elle avait éclaté lors du convoyage à Fécamp.
Au total, c'est un plateau franchement hétéroclite, ce qui ne semble gêner ni le public ni les compétiteurs. < Il y en aura toujours, dit Franck Yves Escoffier, pour nous dénigrer et dire que la classe Multi 50 c'est ringard. Mais ça existe, et moi je trouve super de voir naviguer des gens qui ont construit leur bateau dans leur jardin. Même si c'est à la truelle, il faut quand même le faire. >
Délirium, le bien nommé, construit en famille près d'Erquy, sous une serre installée dans le jardin. Le mât est posé sur un pentapode, la dérive suspendue dans un puits haubané.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
Il viendra bien un jour, espère celui qui porte encore un peu la Multi 50 à bout de bras, où la classe comptera six ou sept bateaux de premier plan (on attend déjà celui de Lalou Roucayrol, présenté ici le mois dernier sur notre site), mais les purs amateurs, promet-il, y auront toujours leur place. Au nom de quel argument, d'ailleurs, interdire aux bricolos, aux doux rêveurs, aux désargentés ou aux collectionneurs de se frotter aux meilleurs ?
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Classement du GP de Fécamp 2011
1. Maître Jacques (L. Féquet), 8 points. 2. Crêpe Whaou (F-Y. Escoffier), 12 pts. 3. Actual (Y. Le Blévec), 19 pts... (12 participants).
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Deux démâtages au retour du Trophée de Fécamp
> Yves le Blévec (Actual) a démâté peu après son départ de Fécamp, après le Trophée. Le bateau est actuellement à Hamble (G-B), et toute l'équipe s'active afin que le trimaran soit prêt pour le départ de la Transat Jacques Vabre, le 30 octobre au Havre.
> Pascal Quintin (Martenat Bretagne) a lui aussi démâté au large de La Hague, lors du convoyage retour de Fécamp. Son Multi 50 a vu son mât se briser en trois morceaux. Personne n'a été blessé, mais l'espar n'était pas assuré - une vraie catastrophe pour Pascal.
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05/08/2011 - 05:09
Le nouveau trimaran de Lalou Roucayrol dévoilé
Suite à son chavirage survenu dans le convoyage retour de la Route du Rhum, Lalou Roucayrol n'a pas tardé à réagir. Avec l'aide de ses partenaires, la Région Aquitaine et Port Médoc principalement, il lance la construction d'un nouveau trimaran. Dessiné par Romaric Neyhousser avec Guillaume Verdier et Benjamin Muyl, c'est un Multi 50 sans concession qui tire les enseignements d'Actual, conçu par les mêmes architectes.
16/11/2010 - 12:01
Lemonchois, retour gagnant
L’accueil fait au vainqueur de la classe Multi 50, en Guadeloupe hier, était à la mesure d’une traversée à rebondissements et d’un marin d’exception, car Lionel Lemonchois, 50 ans, gagne une Route du Rhum qui ne lui était pas donnée d’avance… Le skipper auteur d’un doublé revient sur cette «belle histoire».
15/11/2010 - 23:04
Lemonchois (Prince de Bretagne), la victoire hallucinante !
Détenteur du meilleur chrono (ORMA, 2006), Lionel Lemonchois entre ce soir dans les annales du Rhum en s’octroyant une seconde victoire consécutive… Et folle !