Suite à son chavirage survenu dans le convoyage retour de la Route du Rhum, Lalou Roucayrol n'a pas tardé à réagir. Avec l'aide de ses partenaires, la Région Aquitaine et Port Médoc principalement, il lance la construction d'un nouveau trimaran. Dessiné par Romaric Neyhousser avec Guillaume Verdier et Benjamin Muyl, c'est un Multi 50 sans concession qui tire les enseignements d'Actual, conçu par les mêmes architectes.
Note :
En septembre, toujours soutenu par la Région Aquitaine - et par Port-Médoc -, Lalou Roucayrol va faire construire un nouveau Multi 50. Architectes : Romaric Neyhousser avec Guillaume Verdier et Benjamin Muyl. Constructeur : Thierry Eluère à Blanquefort (33).
Photo © Christian Vicens (christian-vicens.com)
Décembre 2010. Après une très honorable deuxième place en Multi 50 dans la dernière Route du Rhum, Lalou Roucayrol ramène son solide trimaran sur l'Atlantique Nord. Ils sont quatre à bord, ont infléchi leur route en prévision d'un fort coup de vent. Le bateau trace au portant sous grand-voile haute et solent dans 25 noeuds, sous le contrôle du pilote. Un équipier est en veille dehors, Lalou à la table à cartes, les autres à la bannette.
Soudain un grain orageux violent double le chiffre de l'anémomètre. Une bourrasque à 50 noeuds et hop, Région Aquitaine-Port Médoc est catapulté cul par-dessus tête. Lalou agrippe in extremis l'équipier de quart coincé sous le cockpit pour le ramener à l'intérieur. Sain et sauf, l'équipage est rapidement récupéré par un cargo, un sauvetage raconté en détail dans le livre que vient de publier Eric Loizeau, <Chavirés>, aux Editions Glénat (voir notre critique dans le n°487 de Voiles et Voiliers, qui sera en kiosque le 12 août).
Tout se termine donc bien mais dans la manoeuvre, le cargo brise un flotteur du trimaran. La durée d'émission de la balise Sarsat laissée à bord ne permet pas d'organiser une récupération de l'épave...
Sur ce trimaran auto-construit avec un budget minimum, Lalou se serait bien vu tenter un tour du monde en solitaire contre les vents dominants. Une première en multicoque qui fait blêmir, mais ne se discute pas. Surtout quand on a en face de soi un marin qui, au chapitre multicoques, a tout de même réussi deux La Baule-Dakar en solo sur prao et terminé second dans la terrible Route du Rhum 2002 en 60 pieds ORMA - il était alors le skipper de Banque Populaire. <J'ai mis de côté ce projet, explique Lalou, mais je le ferai un jour. C'est un objectif dans ma vie. Peut-être pour la retraite !>
En attendant la retraite, donc, le Médocain a toujours soif de compétition. Cette fois à armes égales avec les ténors de la classe Multi 50 qu'il regardait passer un peu vite du pont de son précédent trimaran. Il ne l'avait pas voulu extrême, mais marin, habitable et solide, dans l'esprit initial des Nootka.
Mais les Multi 50 ont vite dérivé vers des engins de vitesse pure, sorte de 60 pieds ORMA réduits et simplifiés. Alors, pour les prochaines saisons, Lalou a demandé à Romaric Neyhousser, accompagné de Guillaume Verdier et Benjamin Muyl, de lui dessiner un nouveau trimaran, au maximum de la jauge, fort de l'expérience acquise sur Actual, à Yves Le Blévec.
Si le dessin des flotteurs n'est pas encore arrêté, ils auront des étraves perce-vagues, de même que la coque centrale. Comme les bouts-dehors sont interdits, l'avant de la coque centrale sera doté d'un rostre pour utiliser à plein la longueur de 50 pieds et amurer les gennakers loin devant.
Photo © Romaric Neyhousser
Deux axes essentiels ont guidé le travail.
> Se placer au minimum du poids de jauge, fixé depuis cette année à 3 tonnes. <Whaou 3 était un peu plus léger et Actual a été pesé à 3,3 tonnes>, explique Neyhousser. Pour gagner ces kilos, la coque centrale sera encore plus fine que celle d'Actual : <Un couteau, affirme son architecte, quasiment sans habitabilité. Tout va se passer dehors, manoeuvres, navigation et communication avec une cabane dont le design ne plaira peut-être pas à tout le monde !> Un peu plus basse que celle d'Actual, la coque centrale aura aussi un plancher de cockpit rehaussé et les postes de barre détachés seront minimalistes.
> Dessiner des flotteurs moins puissants que ceux d'Actual. Neyhousser explique : <Lorsqu'Yves nous a demandé de dessiner son trimaran , il avait peu d'expérience du multi en solo. On a conçu un bateau de mer assez "safe", avec de gros volumes de flotteurs et un centre de gravité reculé pour compenser l'absence de foils (interdits par la jauge, ndlr). Si l'on compare avec les mouvements de Whaou 3, le flotteur d'Actual reste au-dessus de l'eau lorsque celui de Whaou filtre les vagues. Il y a certainement un compromis à trouver>.
Deux formes de flotteurs vont donc être testées en simulation numérique par ESI, entreprise partenaire du projet. L'une assez classique, l'autre proche de ce qui se fait en Formule 18, <la classe qui tente le plus de trucs aujourd'hui>, selon Roucayrol. <Mais attention, prévient l'architecte, on ne peut pas tout avoir, à la fois des formes très en "U" pour sustenter et la souplesse d'un perce-vagues. Et puis, ce qui est fait sur un 18 pieds dont le poids de l'équipage constitue 50 % du déplacement ne se transpose pas comme ça à un bateau de 3 tonnes.>
Le design du rouf fait apparaître une zone centrale qui permet d'accéder à l'intérieur via un trou d'homme. Mais toute la navigation et la veille se feront des postes latéraux qui conservent une vision frontale grâce aux deux hublots ronds qui donnent à l'engin des allures d'insecte.
Photo © Romaric Neyhousser
Quel que soit le niveau de puissance retenue, les étraves devraient arborer une pente inversée, type perce-vagues. Pour harmoniser la coque centrale, mais conserver la capacité d'amurer le plus en avant possible le gennaker (les bouts-dehors sont interdits en Multi 50), Région Aquitaine-Port Médoc devrait se voir affublé d'un petit rostre. <On va dessiner un avion ! s'enthousiasme Lalou, la quintessence de ce qu'on peut faire dans cette taille !>
Pendant que les architectes peaufinent les formes de flotteurs, la construction de la coque centrale devrait commencer en septembre, dans les locaux de C2T, Centre de formation professionnelle situé à Blanquefort, dans la banlieue bordelaise. Elle sera encadrée par Thierry Eluère (ex-Chantier de Larros : Aquitaine Innovations, Médiatis, Safran...). L'idéal pour Lalou serait d'être à l'eau au plus tard en juin 2012, pour participer à Québec/Saint-Malo.
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16/11/2010 - 12:01
Lemonchois, retour gagnant
L’accueil fait au vainqueur de la classe Multi 50, en Guadeloupe hier, était à la mesure d’une traversée à rebondissements et d’un marin d’exception, car Lionel Lemonchois, 50 ans, gagne une Route du Rhum qui ne lui était pas donnée d’avance… Le skipper auteur d’un doublé revient sur cette «belle histoire».
15/11/2010 - 23:04
Lemonchois (Prince de Bretagne), la victoire hallucinante !
Détenteur du meilleur chrono (ORMA, 2006), Lionel Lemonchois entre ce soir dans les annales du Rhum en s’octroyant une seconde victoire consécutive… Et folle !
08/11/2010 - 04:25
Avaries graves pour Escoffier et Le Blevec
Le Rhum est terminé pour les deux leaders de la classe Multi 50. Ce dimanche, à 15h30, l'étrave de la coque centrale de Crêpes Whaou 3 a cédé en avant de la cadène de solent. Moins de dix heures plus tard, le skipper d'Actual constatait une avarie sur le bras avant tribord de son trimaran.
17/08/2010 - 06:10
Multi 50… Whaou ! Whaou !
La bataille des Multi 50, tant attendue, est proche de se mettre en rang avec le Rhum qui approche. Prince de Bretagne, vient d’être remis à l’eau. Actual et Crêpes Whaou ! 3 continuent de se tirer la bourre.
30/03/2010 - 18:20
Nouveau départ, urgent !
La classe des Multi 50 va peut-être trouver un regain d’élan avec une nouvelle course, la Vendée-Saint-Pétersbourg, lancée sur les chapeaux de roue ! Car le départ de la première édition est déjà prévu pour le 16 mai prochain !
Vos commentaires
Bonjour, suite à votre article quelques précisions de taille, la coque centrale va étre construite au chantier STRATO-COMPO à Grayan et l'Hopital en Médoc qui bénéficiera d'un transfert de technologie du C2T et de Thierry Eluére qui va superviser l'ensemble de la construction. Les bras et flotteurs seront eux construits chez le C2T avec un assemblage final chez CNB à Bordeaux, un projet ou l'ensemble des acteurs du nautisme Aquitain vont pouvoir montrer leur savoir faire. Lalou Roucayrol
Bonjour, serait'il possible de faire passer des rectifications concernant cet article, en effet la coque centrale sera réalisé au chantier STRATO COMPO à Grayan et l'hopital et non à Bx. J C LAIR responsable du chantier