Actualité à la Hune

Multi One Design 70

Les 70 pieds seront-ils un jour… à la MOD ?

Les trimarans ORMA 60 ont vécu, les MOD 70 reviennent sur le devant de la scène. Portés par un investisseur suisse, les Multihull One Design de 70 pieds, signés Van Peteghem/Lauriot-Prévost, misent sur la monotypie et un concept <éco-responsable> pour attirer des partenaires et lancer un championnat. Y parviendront-ils dans le contexte actuel ? Alors qu'un premier trimaran est mis en chantier, Loïck Peyron et Franck Cammas nous livrent leurs points de vue éclairés.

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  • Publié le : 19/10/2009 - 07:46

Le MOD 70’ relooké 2009 Foils courbes, étraves perce-vagues, les MOD 70' de VP-LP se présentent comme une nouvelle référence de performances, sécurité et fiabilité... Séduiront-ils pour autant ? Photo © D.R. <En 2007, le Multi One Design 70, c'était du virtuel. En 2009, c'est du concret. Nous lançons la construction des cinq premiers bateaux !> Franck David, directeur exécutif de MOD SA - et ancien de l'ORMA - veut y croire. Stève Ravussin, directeur technique, aussi.

L'idée part d'un constat simple : précipitée par la surenchère financière, les problèmes d'assurance et la question de la dangerosité, la fin de l'ORMA et de ses trimarans de 60 pieds a laissé un grand vide dans le paysage du large en multicoque. Remède évoqué voici deux ans déjà : la monotypie.

Le rachat du concept, cet été, par le riche entrepreneur suisse Marco Simeoni - dont l'apport de capital s'élèverait à dix millions d'euros selon le journaliste Pierre-Yves Lautrou et son blog <Au large> -, libère bien des perspectives. Pour surfer la vague écolo, l'homme d'affaire y rajoute une nouvelle dimension baptisée <Multi One Attitude>, autrement dit <l'initiative éco-responsable pour défendre la cause de l'eau>.

En clair, ce que Multi One Design propose : une classe de trimarans 70 pieds signés Van Peteghem/Lauriot-Prévost livrés clés en main par l'organisateur, un programme de courses inspiré de la Volvo Ocean Race et un concept fédérateur de sensibilisation écologique.

Ce dont Multi One Design 70 ne dispose pas encore : un partenaire titre pour le championnat, un minimum de cinq équipes engagées (aucun armateur n'a encore signé de contrat) et les parcours définitifs des compétitions (à valider avec les sponsors).

Franck Cammas en mode «observation» Pour l'instant, Franck Cammas et Groupama observent. Photo © Yvan Zedda (Sea & Co) Pour Franck Cammas, contacté par voilesetvoiliers.com, le MOD 70 a toutes ses chances : <Je soutiens ce projet depuis l'origine. Voici deux ans, nous nous sommes battus en vain. Mais, cette fois-ci, j'y crois davantage. L'arrivée de Marco Simeoni est une belle façon de démarrer l'histoire. A partir du moment où les premiers bateaux navigueront, les choses devraient mieux se passer.> D'autant que, selon les responsables du projet, sur la période 2012-2014, 10 millions euros devraient être consacrés aux actions de terrain et de communication.

<Quelque chose doit remplacer l'ORMA, c'est indispensable, estime de son côté Loïck Peyron. Nous sommes dans une période où l'on parle pas mal de multi et on a prouvé, pendant des années, que ça pouvait très bien fonctionner au large. Le risque, le grand danger, c'est que ça reste français. Il faut éviter le solitaire et le double pour ne pas effrayer les étrangers.>

Objectif : cinq bateaux pour 2011

<Nous discutons avec plus de douze armateurs représentant cinq nationalités, dont environ un tiers de Français, affirme Franck David. Les négociations sont avancées pour trois à quatre d'entre eux.>

Un premier bateau, déjà en chantier en Suisse et dont la mise à l'eau est prévue pour octobre 2010, sera armé par l'organisateur et décoré aux couleurs de la Multi One Attitude. Les organisateurs doivent donc signer avec quatre équipes pour lancer le championnat.

Question : cinq bateaux, est-ce un seuil suffisant en termes d'intérêt sportif ? <L'ORMA a débuté avec trois bateaux et les Extreme 40 de l'iShares Cup ont commencé à quatre, souligne Franck David. Quand on lance une nouvelle classe, on ne les tire pas du chapeau. Il faut trois ans de chantier continu pour produire dix unités...>

Le prix de vente d'un MOD 70 s'élève à 2,5 millions d'euros hors taxe, selon l'organisateur. Le coût d'une saison, hors amortissement du bateau, revient à 1,7 million. Engagé sur trois ans, un armateur doit donc prévoir un budget annuel d'environ 2,5 millions d'euros. Des dépenses clairement supérieures à celles d'un projet Vendée Globe (4 à 5 millions au total), mais inférieures aux standards de la dernière Volvo (autour de 20 millions d'euros).

<L'important, c'est que ces bateaux auront un énorme potentiel de revente, parce qu'il s'agit d'une classe monotype sur dix ans et que nous avons fixé un numerus clausus de 12 équipes, argumente Franck David. Prenez l'exemple des Décision 35. Après sept ans, la décote de ces catas se chiffre à 15 000 euros... à comparer avec les 400 000 euros du neuf !>

Les plans du MOD 70', dessinés en 2007, viennent d'être retravaillés. La plate-forme a été optimisée pour l'équipage. Six marins embarqueront en configuration large tandis que huit équipiers sont prévus pour les régates inshore. Côté mensurations, avec 21,40 mètres de long pour 16 mètres de large, 28,50 mètres de tirant d'air, 267 mètres carrés de voilure au près (400 au portant) et 6,5 tonnes de déplacement, la bête semble plus mesurée que les 60 pieds ORMA. Reste quand même à construire des trimarans géants strictement identiques.

<Historiquement, la monotypie au-dessus de 40 pieds n'a jamais été éprouvée, rappelle Franck Cammas à ce sujet. Et on se souvient de l'échec des monocoques Grand Mistral. Mais les gens qui iront dans cette classe le feront parce qu'ils y croient et partagent l'état d'esprit qui va avec. Il n'y a aucune raison qu'il y ait des soucis de ce côté-là>.

Loïck Peyron prêche l’internationalisation Loïck Peyron : Photo © Gilles Martin-Raget (Sea & Co) Pour Peyron aussi, la monotypie ne devrait pas poser de problème. <Elle nécessite une construction irréprochable et des contrôles importants, reconnaît néanmoins le Baulois. C'est pour cela que l'argument de la réduction des coûts n'est pas bon. Ce n'est pas ce qui doit venir en premier. Le véritable avantage de la monotypie, c'est de ramener tout le monde au même niveau dans une perspective d'internationalisation>.

En revanche, le skipper se montre plus sceptique sur la taille du support. <Ces multis me semblent trop petits. 70 pieds, c'est bien pour l'Atlantique mais là, il aurait fallu aller plus loin. Quitte à jouer la carte de l'équipage, prévoir des bateaux plus grands, plus sécurisants...>

Le programme de courses, encore à l'étude, comprend une transatlantique (Route du Rhum, Jacques Vabre ou autre), un Tour de l'Europe par étapes chaque année dès juin 2012 et un Ocean World Tour en sept étapes tous les trois ans à compter d'octobre 2013. Des compétitions qui alterneront course au large et <city races>, comme l'iShares Cup.

<Le calendrier doit être ambitieux car, avec un bateau de ce type, il faut passer du temps sur l'eau>, analyse Cammas. Pourtant, le skipper et son sponsor Groupama ne se positionnent pas parmi les premières équipes à vouloir intégrer le circuit. <Nous sommes en mode observation en attendant de voir la concurrence. C'est le plateau et la valeur des adversaires qui comptent. Si les meilleurs y vont, le circuit deviendra de facto très attractif.>

C'est certainement là que va se décider le sort du circuit. Qui seront les pionniers du Multi One Design ?

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