Actualité à la Hune

CŒUR DE MARIN/Transat Jacques Vabre

Myriam Tripon, le boat captain

En tête de cette 13e Transat Jacques Vabre, Sodebo Ultim’ et Maxi Edmond de Rothschild cinglent quasiment bord à bord vers Salvador de Bahía, qu’ils devraient rallier demain. En IMOCA, StMichel-Virbac continue son festival ainsi que FenétrêA-Mix Buffet en Multi50 et Imerys Clean Energy (Class40). Engagé en Multi50 pour la première fois au grand large, Armel Tripon effectue une transat sage et payante avec Vincent Barnaud sur Chocolat Réauté. Un parcours efficace aussi puisque les deux hommes sont troisièmes. Et à terre, comment se vit une telle course pour les proches des navigateurs ? Pour le savoir, nous avons rencontré une femme de marin, Myriam Tripon, qui vit depuis 20 ans avec son marin de mari. Une tranche d’existence où transpire toujours la passion, que les moments soient compliqués ou emplis d’optimisme. Depuis Nantes, où vit le couple avec ses trois jeunes garçons, Myriam Tripon affirme ne regretter en rien cette vie particulière.
  • Publié le : 12/11/2017 - 07:15

Myriam Tripon et Armel TriponMyriam Tripon en est sûre, son mari n’est pas une tête brûlée. Son départ prudent a dû la rassurer.Photo @ Pierre Bouras
Voilesetvoiliers.com : Comment a débuté votre histoire ?
Myriam Tripon :
Nous sommes tous les deux originaires de Nantes. Je l’ai rencontré la première fois à Paimpol où il était moniteur de voile pour les Glénans. Nous avions alors tous les deux 20 ans. Mais nous n’étions jamais vraiment ensemble, moi poursuivant mes études de psychologie à Nantes, et lui devenant préparateur des bateaux de Damien Grimont et d’Alberto Spina qui naviguaient sur le circuit Figaro. Assez rapidement, il a lui aussi voulu faire de la course. Toujours en arrière-plan, je l’ai toujours encouragé dans son désir de faire de la compétition, de vivre de sa passion. C’est là qu’il s’est lancé sur un projet Mini-Transat.

Voilesetvoiliers.com : Un beau lancement dans la compétition...
M.T. :
Au début, Armel avait lancé une souscription qui s’appelait 2001 sourires. Moyennant 200 euros, les donateurs avaient leurs photos sur la coque du bateau. Malheureusement, pour sa première participation, il a abandonné au niveau des Canaries. C’est toujours dur un abandon. Mais cela pousse à faire autre chose, à rebondir. Lors de sa deuxième tentative, je suis à son arrivée victorieuse à Salvador de Bahia en 2003. Je suis enceinte de Léo, notre premier garçon. Nous nous marions l’année suivante.

Réauté ChocolatArmel Tripon fait actuellement route vers le Brésil en compagnie de Vincent Barnaud. Leur Multi50 Réauté Chocolat n’est autre que l’ancien Actual d’Yves Le Blévec de 2009.Photo @ Pierre Bouras
Voilesetvoiliers.com : Cette victoire lance véritablement sa carrière ?
M.T. : C’était de belles années. Avec son sponsor, Gedimat et une équipe formidable, il reste sept ans sur le circuit Figaro. Le début véritable de ma vie de femme de marin, seule… Avec la venue de notre deuxième garçon, mon travail au CHU de Nantes, je pouvais moins le suivre partout. Et le circuit était très chargé. S’occuper du quotidien toute seule n’était pas évident. En fin de compte, nous avons toujours vécu un peu séparés. Cela fait des retrouvailles sympas et on s’engueule peu ! C’est comme ça. D’un autre côté, les résultats n’étaient pas là. J’étais toujours présente pour le soutenir car la pression était très forte pour lui surtout les dernières saisons. J’essayais de le projeter sur autre chose, de lui dire que sa carrière n’était pas terminée. Comment il devait rebondir après tout cela. Il y a eu ensuite une année difficile. Je ne lui ai jamais dit d’arrêter pour faire un métier différent. De rester à la maison et qu’il vive cela comme un échec. Finalement, il fait la rencontre de Fabrice Amédéo et devient son coéquipier pendant deux ans en Class40. Je pense qu’il a aimé cette période, il n’était plus au premier plan. Cela lui a fait du bien. Comme les résultats étaient bons, avec une troisième place sur la Solidaire du Chocolat en 2012, ça l’a relancé.

Voilesetvoiliers.com : Vient le projet IMOCA...
M.T. : Oui, un projet compliqué, incohérent (il lui avait été demandé de participer à la Transat Jacques Vabre 2015 avec une personne handicapée, sans pied ni main, ndlr). Une grosse désillusion qu’il a eu du mal à supporter car son projet de Vendée Globe s’envolait. Mais c’était en dehors de lui, ce n’était plus une histoire de marin.

AdieuxMyriam Tripon suit depuis 20 ans les pérégrinations d’Armel. Femme active, mère de trois garnements, elle ne viendra pas cette fois-ci à l’arrivée de son époux.Photo @ Pierre Bouras
Voilesetvoiliers.com : Armel revient donc à la maison...
M.T. : Il fait un peu de convoyage. Il était parti en Asie faire la campagne de communication à bord du bateau du Chinois Guo Chuan (l’ex Idec, ndlr) qui a disparu l’an dernier lors de sa tentative de record de la traversée du Pacifique.  Il travaille ensuite pour un chantier nantais, Black Pepper. Il vivait avec nous mais rentrait tard tous les soirs. Ce n’était pas forcément mieux… D’habitude, je ne l’attendais pas (rires). C’était énervant en fait. Il rate tout le rush avec les enfants le soir. Dans l’histoire, un troisième garçon était arrivé. Et ces garçons sont très agités, très vivants. Je suis le boat captain de la maison. D’ailleurs, je ne vais pas aller au Brésil pour l’arrivée.

Voilesetvoiliers.com : Et le voici skipper du Multi50 Réauté chocolat, l’ancien Actual d’Yves Le Blévec, sur cette Transat Jacques Vabre...
M.T. :
Une histoire tombée du ciel, de celles qui arrivent rarement. Après son abandon sur la Transat anglaise en 2016 alors qu’il était sur le Class40 prêté par l’Allemand Burkhard Keese avec qui il a couru deux Québec Saint-Malo, un de ses contacts l’a rappelé. Réauté chocolat, partenaire de la course The Bridge organisée par Damien Grimont voulait aussi avoir son propre bateau. Et voilà Armel sur un multicoque. Quelque chose de plus stressant pour moi. Peut-être que je vieillis. Que je suis moins insouciante ! La présence d’une quille devait me rassurer. Lui, je le trouve serein, il fait attention car il n’a jamais été tête brûlée.

Armel TriponMyriam Tripon est une personne réservée. Souvent dans l’ombre de son mari Armel, souriante, elle a accepté de parler de sa vie de femme de marin du large.Photo @ Pierre Bouras
Voilesetvoiliers.com : Comment suivez-vous ses courses ?
M.T. :
Je n’arrive pas à m’en détacher. Suivant les options, observant les autres bateaux et les pointages, même quand je suis au boulot entre mes consultations et les réunions.  Quand les enfants étaient petits, je les préservais de ça. Maintenant, l’aîné à 13 ans et Edgar a 10 ans et ils vont tout le temps regarder les cartographies et les classements. Moi, avec l’habitude j’arrive à prendre un peu de recul, mais pour eux, cela leur fait des émotions très fortes.

Voilesetvoiliers.com : Vous aimez cette vie de femme de marin ?
M.T. : Elle est loin d’être fade. Il y a toujours plein de choses qui se passent. Des moments durs et des moments extra. Les émotions vont dans les deux sens. Ce que j’aime bien aussi, c’est qu’il y a toujours de vraies rencontres. Dans ce milieu, c’est l’humain qui compte. Des liens se tissent, parfois éphémères mais souvent forts. Par rapport à mon métier, cela m’ouvre sur autre chose de plus léger.

 

Transat Jacques Vabre 2017
Les trois premiers de chaque catégorie
Classements à 05 h 06


Ultim
1. Sodebo Ultim’ (Coville-Nélias), à 728 milles de l’arrivée.
2. Maxi Edmond de Rothschild (Josse-Rouxel), à 15,8 milles du premier.
3. Prince de Bretagne (Lemonchois-Stamm), à 1 000,9 milles du premier.

IMOCA
1. StMichel-Virbac (Dick-Eliès), à 1 969 milles de l’arrivée.
2. SMA (Meilhat-Gahinet), à 65,4 milles du premier.
3. Des voiles et Vous (Lagravière-Peron), à 98,7 milles du premier.

Multi50
1. FenétrêA-Mix Buffet (Le Roux-Riou), à 1 758 milles de l’arrivée.
2. Arkema (Roucayrol-Pella), à 115 milles du premier.
3. Réauté Chocolat (Tripon-Barnaud), à 243,8 milles du premier.

Class40
1. Imerys Clean Energy (Sharp-Santurde), à 2 439 milles de l’arrivée.
2. V&B (Sorel-Carpentier), à 13,2 milles du premier.
3. Aïna Enfance et Avenir (Chappellier-Le Vaillant), à 31,7 milles du premier.

Classements complets et cartographie ici.