Actualité à la Hune

La chronique de Nico (2)

On dort mieux quand on gagne !

Très heureux d’avoir remporté la première étape de la 48e édition de la Solitaire URGO Le Figaro. Voilà une première pour moi car, même si j’ai déjà gagné le classement général en 2009, je n’avais jamais décroché une victoire d’étape. C’est chose faite et c’est une satisfaction aussi de faire ainsi plaisir à mon partenaire Generali. Maintenant, je passe à autre chose et je me concentre sans faire de calculs sur le deuxième acte en direction de Concarneau, départ demain à 15 heures !
  • Publié le : 09/06/2017 - 15:30

Lunven sommeilUn petit repos rapide, pourtant Nicolas Lunven ne marque quasiment jamais de pause dans son bateau.Photo @ Jean-Marie Liot/Generali

Je reviens, tout de même, sur un élément important de la Solitaire du Figaro : le sommeil. Lors de cette première étape, pour être dans le paquet de tête, il fallait beaucoup être à la barre et aux réglages. Pas question évidemment lors de notre navigation sur la Gironde d’aller se reposer : il s’agissait de partir parmi les premiers pour sortir de l’estuaire dans de bonnes dispositions. Ensuite, en direction d’Arcachon où se trouvait la première marque, nous avons eu des conditions plutôt clémentes sous spi. J’en ai alors profité pour aller faire quelques pauses de 10 minutes, pas plus !
Puis le vent est progressivement rentré en direction du plateau de Rochebonne jusqu’à atteindre par la suite 50 nœuds dans les rafales lors de notre traversée du golfe de Gascogne ! Dans ces conditions dantesques, nous ne pouvons pas laisser le pilote automatique à la barre, j’y suis donc resté des heures sans frémir et avec la ferme intention de tenir plus que mes adversaires. C’est certainement comme ça que j’ai fait la différence mardi, en prenant sur moi et luttant continuellement contre le sommeil. Finalement, sur cette étape, j’ai accumulé 3 heures de sommeil sur 55 heures de course !

Generali LunvenCette rude première étape aura fatigué les organismes. Photo @ Alexis Courcoux

La récupération entre chaque manche est un élément indispensable. Même si les pilotes automatiques sont de plus en plus performants, ils restent la plupart du temps moins bons qu’un vrai barreur. D’autant plus que la différence entre les concurrents est infime et peut se faire sur le placement de son étrave dans le clapot. Il ne faut donc rien lâcher, en vouloir plus que les autres, savoir se faire mal parfois.

Mais bien sûr il faut dormir tout de même un peu. Trouver le créneau idéal, ou plutôt le moins défavorable, pour mettre sa minuterie sur 10 ou 15 minutes et aller s’assoupir quelques instants. Pour ma part, pas question d’enlever le ciré ou même de se mettre dans la bannette. Je m’installe en vrac au pied de la descente et je reste prêt à bondir sur le pont si besoin. J’ai opté pour une sonnerie digne d’une caserne de pompiers. A chaque fois, je sursaute pour l’éteindre mais au moins je ne risque pas l’erreur…

Champagne LunvenChampagne pour notre chroniqueur, vainqueur de la première étape entre Pauillac et Gijón.Photo @ Alexis CourcouxJe me souviens que lorsque j’ai commencé à faire du Figaro, mon père était très inquiet de ce sommeil chez moi. Comme je suis un très gros dormeur à terre, il ne me pensait pas capable de faire cet exercice. C’est là que l’on constate combien le corps humain est incroyable : moi qui baille à partir de 21 heures 30 en temps normal et qui ai besoin de huit ou neuf heures de sommeil par nuit, je suis capable de me contenter de quelques dizaines de minutes pendant une étape !
Cet exercice réclame tout de même un minimum de préparation. Cela fait déjà plusieurs semaines que je fais très attention à mes nuits : je me couche tôt le soir au risque de passer pour un rabat-joie auprès des amis venus dîner à la maison, j’évite le café dont les effets se font ressentir chez moi, etc.

A l’arrivée des étapes, après avoir refait un peu la course avec les autres concurrents autour d’un steak-frites, quel bonheur de me glisser sous la couette. Il n’y a plus un bruit, plus un mouvement, tout s’arrête, le corps et l’esprit se relâchent et s’effondrent littéralement dans les bras de Morphée ! C’est parti pour de longues heures de sommeil réparatrices.

Ensuite durant l’escale, il faut vite retrouver un rythme adéquat de sommeil pour récupérer au mieux en vue de la prochaine étape, en seulement deux ou trois nuits. Certains ports se prêtent plus ou moins bien à cela. Je redoute toujours un peu les escales espagnoles pour deux raisons : les Espagnols ont l’habitude de dîner tard donc il est difficile de trouver un restaurant qui vous serve à 19 heures 30 ou même 20 heures. D’autre part, les villes où nous allons, comme Gijón cette année, sont souvent des lieux de fête pour les jeunes locaux. Je me souviens, il y a quelques années, que nous étions arrivés en fin de nuit à Gijón. En allant à mon hôtel après trois nuits blanches passées seul en mer, je croisais des Espagnols en train de faire la fête et qui naviguaient d’un bar à un autre. Nous titubions tous mais pas pour les mêmes raisons !

GeneraliLa nuit arrive sur Generali. Le skipper ne prendra évidemment pas de repos pour autant.Photo @ Alexis Courcoux

Le risque est de se retrouver dans un établissement avec une troupe de jeunes venus pour un enterrement de vie de jeune fille ou de garçon : la cata assurée ! Ou encore avoir tous les soirs un concert sous ses fenêtres.
Cette année, notre passage à plusieurs reprises à Concarneau, terme de cette deuxième étape, aura une connotation différente : pour beaucoup d’entre nous, nous serons à la maison ou presque !

Le départ de la 2e étape entre Gijon et Concarneau sera donné le samedi 10 juin à 15 heures.