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Spi Ouest-France - Destination Morbihan

Open 5.70 : la relève est en marche !

S’il est une série qui se rapproche de la parité filles-garçons, c’est bien celle des Open 5.70. Sur le petit monotype dessiné par Finot-Conq il y a plus de quinze ans, construit par Phileas et élu bateau de l’année 2007 par la revue Sailing World, nombre de jeunes âgés de 18 à 25 ans régatent comme des champions et rêvent de marcher sur les traces de Samantha Davies ou François Gabart. Explications à La Trinité-sur-Mer.
  • Publié le : 02/04/2018 - 00:01

Open 5.70Les Open 5.70 au départ d’une édition 2018 marquée par la brise et le froid. Photo @ Didier Ravon

Elles ou ils viennent presque tous de l’Optimist du Laser 4.7 ou du 420, sont lycéens ou étudiants. Si, en IRC et Osiris, les tempes sont grisonnantes et les crânes parfois dégarnis, ce n’est pas le cas de cette série squattée par les 18-25 ans, un peu comme en Diam 24. L’Open 5.70 reste en vogue et est un passage quasiment obligé du dériveur au quillard notamment le J/80, puis la course au large. Au fil des ans, ce joli day-boat initialement conçu pour des propriétaires ayant envie de se faire plaisir sur un bateau rapide, abordable techniquement et financièrement, a glissé vers une pratique sportive en régate, grâce à l’implication des clubs et autres centres d’entraînement. Lors de ce 40e Spi Ouest-France, ils sont une petite trentaine à batailler sur le rond A. 

L’Open 5.70L’Open 5.70, un bateau ludique et planant ! Photo @ Didier Ravon

Et dès le départ, il ne faut guère de temps pour se rendre compte que le niveau général est monté d’un cran depuis que le petit monotype est support officiel du championnat de France Espoirs Glisse. Les équipages – trois par bateau - ont beau avoir gardé leurs réflexes de régatiers en voile légère avec ce voilier qui déplace 450 kg pour une voilure de 26 mètres carrés au près et 50 mètres carrés au portant, ils semblent plus disciplinés que ceux des J/80, habitués des procédures de départ sous « Black Flag » (pavillon noir). Qui mord la ligne avant le coup de canon est purement disqualifié et donc mis hors course selon la règle du BFD !

Marine et les garçons

Marine Pereira a 18 ans, et est licenciée à l’EV Locquirec. C’est elle qui skippe et barre Voile Baie de Morlaix 1. Sans bruit, elle vérifie scrupuleusement son palan d’écoute de grand-voile avant de passer avec un équipier une bande de moquette du brion à l’attaque de quille, et ce afin de dégraisser la carène. Elle a évidemment débuté en Optimist, a été championne du Finistère, est passée sur 420 au pôle Espoirs de Brest avant de découvrir l’Open 5.70 il y a deux ans. Les observateurs avisés de la série sont bluffés par son remarquable toucher de barre, un sens de la glisse et une aptitude à aller vite, notamment dans la brise et le clapot.

Voile Baie de Morlaix 1 Voile Baie de Morlaix 1 remarquablement mené par Marine Pereira. Photo @ Didier Ravon

Ses deux équipiers qui s’affairent sur la préparation du monotype et vérifient au tensiomètre le réglage des haubans ont des noms bien connus du sérail, et ont déjà les attitudes des pros. Forcément issus de Carantec dans la baie de Morlaix, Thomas Jourdren, 18 ans, numéro un à bord, est le fils de Bruno, ancien champion d’Europe de First Class 8, médaillé paralympique à Pékin, vainqueur de la Transat AG2R avec Marc Guessard entre autres… Le fiston a de qui tenir ! Joseph Cloarec 18 ans également, est le jeune frère de Damien, ex-brillant animateur en Mini 6.50 et Figariste émérite, qui prendra dans quelques semaines le départ de la Transat AG2R-La Mondiale. L’an dernier, pour leur première saison ensemble, les trois étudiants ont remporté le Grand Prix de l’École Navale (GPEN), et terminé deuxièmes du « Spi » sur une belle erreur de jeunesse et d’inattention alors que la victoire était dans la poche. En train de pique-niquer entre deux manches, ils ont tout bêtement oublié de prendre le départ de la dernière régate !

Thomas Jourdren, Marine Peirera et Joseph CloarecThomas Jourdren, Marine Peirera et Joseph Cloarec (de gauche à droite).Photo @ Didier Ravon

Quand on leur demande le secret de leur réussite après trois jours sur quatre de manches dans des conditions musclées – ils ont remporté 8 courses sur 10 disputées - la réponse fuse : « on va très vite ». Thomas s’excuse presque de cette vitesse insolente et Marine, derrière son joli sourire, n’en rajoute pas mais confirme. Les observer naviguer dans 15 à 25 nœuds de vent est un pur régal. Conduite, trajectoires, manœuvres, anticipation, stratégie-tactique sont proches de l’idéal, et ce à seulement 18 ans… même si tous les manuels de régate vont vous rappeler à juste titre que « la vitesse rend intelligent… » Pourtant Marine, modeste, a un peu de mal à expliquer leur domination. Après l’épreuve trinitaine, le trio va démarrer le Diam 24 sur lequel il n’a jamais encore navigué, avec comme objectif de disputer le prochain GPEN. On sent autant d’excitation que d’anxiété en vue de ce nouveau support sans aucun rapport avec l’Open.

Études d’un côté, courses en solitaire de l’autre

Veulent-ils faire de la régate leur métier ? « J’aimerais faire du solitaire et intégrer le circuit Mini et Figaro comme l’a fait mon frère » explique Joseph, tandis que Thomas, lui aussi veut faire de la course au large en solitaire, et rêve ouvertement de pouvoir disputer à terme le Vendée Globe. Les deux garçons sont lucides, savent qu’il va leur falloir encore beaucoup travailler pour y parvenir. Mais il ne serait guère surprenant qu’ils arrivent à leur fin. Quant à Marine, elle ne se voit pas faire de la voile en professionnelle : « je veux me focaliser d’abord sur les études, car j’aimerais être chercheuse en biologie santé. » C’est dit et c’est clair ! Pendant qu’ils terminent de préparer leur bateau et débarquent la caisse à outils sur le ponton du môle Loïc Caradec, leur coach rejoint son semi-rigide et met les sandwiches à l’abri. Il se nomme Gaël Le Cléac’h, est le grand frère d’Armel et encadre quatre Open 5.70 durant le Spi : Voile Baie de Morlaix 1 & 2 et CDV Finistère 1 & 2.

Gaël Le Cléac’hGaël Le Cléac’h, entraîneur des jeunes Finistériens. Photo @ Didier Ravon

Que pense t-il de la prestation de Marine, Joseph et Thomas à la veille de la dernière journée ? « Ils sont à l’aise en vitesse, toujours dans les bons coups, et parviennent systématiquement à se dégager même s’ils ont pris un départ prudent. Et quand ils partent bien, personne ne va les revoir. Si cette année, ils ont peu navigué ensemble, ils ont fait une grosse saison l’an dernier qui s’est achevée sur un peu d’amertume lors des championnats de France Espoirs Glisse sous un nouveau format de finales. Ils avaient dominé de la tête et des épaules en qualification, mais se sont écroulés sur la fin. Cette année, je crois qu’ils ont vraiment envie de remettre les pendules à l’heure. » Missionné par le Comité Départemental de Voile du Finistère pour le Spi, Gaël Le Cléac’h, également entraîneur chez Voiles Baie de Morlaix, prépare aussi des équipages féminins en J/80 et est beaucoup intervenu sur la dernière Women’s Cup.

Les équipages fémininsLes équipages féminins sont de plus en présents en Open 5.70. Photo @ Didier Ravon

« La série Open 5.70 est très sympa. Il y a de plus en plus de filles, et si ça bagarre bien sur l’eau, il y a une très bonne ambiance entre les équipages. On a organisé durant le Spi une petite soirée avec la SNT histoire de refaire le match » conclut le frère aîné du dernier vainqueur du Vendée Globe. Pour le moment, Gaël peut avoir le sourire. Nicolas Ferellec (USAM Voile Brest) skipper de CDV Finistère 1 pointe à la deuxième place à 9 points de Marine, Joseph et Nicolas, mais 19 points devant les troisièmes, Citroën Saint-Malo Lycée Institution mené par Stanley Varin. Les deux leaders ont fait le trou sur la concurrence après dix manches. Si le vent permet de régater ce lundi matin (un coup de vent est en cours au large), on n’a guère de doutes sur le résultat final.