Actualité à la Hune

Transquadra Martinique

Ozon, la vie en rose ?

A environ 24 heures de l’arrivée des premiers concurrents en Martinique, on multiplie les routages afin d’affiner les heures d’arrivée estimées et les classements provisoires. Surprise, qui n’en est plus vraiment une quand on connaît le niveau en tête de flotte : les coureurs, en double ou même en solo, font avancer leur bateau plus vite que les polaires de vitesse théoriques. Il semblait jusqu'ici que rien ne pouvait arrêter Alexandre Ozon, promis à être couronné grand vainqueur de cette 9e édition de la course. Mais le skipper du Bepox rose a signalé ce matin une avarie touchant l'un de ses deux safrans…
  • Publié le : 22/02/2018 - 07:36

Alex OzonEh oui à bord de son Bepox 990, le solitaire Alexandre Ozon navigue avec un pouf rose, assorti à la coque. Sans doute le secret de sa réussite !Photo @ François Van Malleghem/Transquadra Martinique
C’est du jamais vu sur la Transquadra, et l’on aurait sans doute quelque peine à trouver ailleurs d’autres exemples d’une telle maestria. Team 2 Choc, le Bepox rose d’Alexandre Ozon était parti pour franchir, vendredi matin, la ligne d’arrivée de la Transquadra avec une centaine de milles d’avance sur… tout le reste de la flotte - autrement dit sur tous les autres bateaux menés en solitaire… mais aussi sur tous ceux menés en double ! Alors que son bateau n’a pas le plus gros rating, et n’est pas le plus récent, loin de là. C’est bien simple, personne n’arrivait à suivre, pas même Jean-Pierre Kelbert, le constructeur des JPK, qui est pourtant un régatier de haut niveau et mène un JPK 10.80 qu’il a préparé lui-même aux petits oignons, forcément.

En fait, si : on a bien le souvenir d’un coup d’éclat du même genre, et ce n’était pas Ozon en solo sur un Bepox, c’étaient les Loison père et fils (Pascal et Alexis) en double sur un JPK 10.10. Les deux coureurs avaient remporté le classement IRC toutes classes du Fastnet devant tous les bateaux menés en équipage, en 2013 (standing ovation des Britanniques à la remise des prix, et tout et tout).

Et puis tôt ce matin, coup de théâtre : Alexandre Ozon annonçait avoir arraché un de ses deux safrans. Il faut dire que la nuit avait été agitée, avec des grains à 35 voire 40 nœuds… Au pointage suivant (celui de 10 heures TU), Team 2 Choc accusait un gros déficit de vitesse sur ses poursuivants et son avance commençait à fondre. Mais quatre heures plus tard, au pointage de 14 heures TU, il semblait avoir un peu redémarré… et sur cette page où l'on peut suivre sa progression avec des données rafraîchies toutes les dix minutes, on voit qu'il tient les 7, 8 voire 10 nœuds… Est-il plein vent arrière sous solent tangonné, en train de continuer à planer un peu ? A-t-il pu bricoler son safran ? A ce stade en tout cas, il joue sans doute encore la victoire, en temps réel et a fortiori en temps compensé puisque son bateau affiche de toute façon un rating IRC inférieur d'un millième à celui du JPK de Kelbert (ce qui fait un peu moins d'une minute trente par jour de course).

Mais comment a-t-il fait pour aller aussi vite depuis le départ de Madère ? Trou de jauge ? Sans doute pas. Il y a bien sûr le talent du skipper, avant toute chose, mais c’est aussi le moment où l’on se souvient que, pour faire du cap et de la vitesse au portant, un bateau étroit c’est plutôt mieux. Au vent arrière, la puissance de la carène ne sert à rien pour avancer, et comme à toutes les allures la surface mouillée est un frein - qui n’aide pas à planer ! Du coup Jean-Pierre Kelbert et son grand gourou, l’architecte Jacques Valer, vont mettre bientôt sur orbite un nouveau 10.20 qui s’annonce assez planant, bien sûr. En attendant, à quelques centaines de milles au large de la Martinique, Jean-Pierre faisait tout pour essayer de rattraper le Bepox rose, mais tout, cela ne suffisait pas encore. Sur la fin de cette deuxième étape, le vent a eu tendance à se renforcer, alors tenir le grand spi est devenu un exercice plutôt fatigant.

BepoxLe Bepox 990, dessiné par David Réard il y a plus de quinze ans, est un bateau léger, étroit, planant, construit en contreplaqué. Rien à voir avec ses concurrents de la Transquadra…Photo @ Alexandre Ozon / Team 2 Choc / Transquadra Martinique
«Qu’elles sont longues ces nuits de tension et quel sentiment agréable on éprouve lorsque le jour se pointe ! C'est simple, je n'ai pas lâché les écoutes de spi de la nuit car avec le spi max en tête et la mer «pourrie» c'était acrobatique à bord et super piégeant ! Au petit matin, je commençais à avoir des hallucinations, je voyais une barre d'immeuble en bout de bôme et je croyais naviguer avec Gérard Quénot [un autre concurrent de la course, ndlr] à bord ! Du gros n'importe quoi surtout que cela ne m'est jamais arrivé.»

Du côté des bateaux menés en double, on n’est pas tellement surpris de trouver en tête le Figaro 2 Yuzu, mené par Olivier Monin et Aymeric Belloir. Celui-ci est un ancien vainqueur de la Mini-Transat. Et puis le Figaro est un vrai bateau de course. Yuzu est d’ailleurs tout proche de la limite supérieure de rating IRC autorisé pour l’épreuve. Moyennant quoi le JPK 10.80 Agence Directe (mené par François-René Carluer et Gwénaël Roth), en deuxième position en temps réel, est mieux placé pour s’imposer, en tout cas au classement général, puisqu’il était déjà très bien placé en temps compensé à l’issue de la première étape. À l’arrivée à Madère, il s’était en effet classé deuxième (en compensé) juste derrière Ogic, le JPK 10.10 de Pascal Chombart de Lauwe et Fabrice Sorin, lesquels sont en moins bonne position sur la deuxième étape. Ils accusent en effet une bonne centaine de milles de retard sur le Figaro.

Rappelons ici que, sur la Transquadra, le classement général est établi par addition des temps de course de chacune des deux étapes, et que par ailleurs il y a deux courses en une, puisque tous les bateaux n’ont pas couru la même première étape : certains l’ont disputée entre Lorient et Madère, d’autres entre Barcelone et le même archipel portugais. Les premiers courent la Transquadra Atlantique, les seconds la Transquadra Méditerranée. Et au sein de chaque course, il y a un classement pour les solitaires et un autre pour les doubles.

Départ 2e étape 2018Le départ de Madère, il y a près de deux semaines.Photo @ François Van Malleghem/Transquadra Martinique

Justement, qu’en est-il des concurrents méditerranéens ? On rappellera tout d’abord qu’ils sont nettement moins nombreux (une dizaine de bateaux seulement sur les 85 qui ont pris le départ de Madère). Ensuite, ils sont plutôt moins rapides que ceux partis de la flotte atlantique : Frédéric Ponsenard (A35 Coco), le premier solitaire, a près de 400 milles de retard sur Alex Ozon, et Voiles2Vents, le premier des bateaux menés en double, accuse 200 milles de retard sur le Figaro 2 Yuzu. Sauf que… ce Sormiou 29 mené par Frédéric Bonnet et Olivier Poullain est jaugé 77 millièmes en dessous du Figaro 2 (0,969 contre 1,046). Autant dire que ce petit bateau très léger et planant fait vraiment bonne figure. Il n’était pas très bien classé au terme de la première étape mais il faudra voir comment il tire son épingle du jeu au classement général en compensé. Car Flash, le Sun Fast 3200 qui avait remporté la première étape (avec Eric Gilbert et Walden Bonpaix), est à plus de 100 milles au dernier pointage. Quant à Jubilations Corse, le JPK 10.10 d’Arnaud Vuillemin et Grégoire Bézie (troisième de la première étape), il est sans doute bien placé beaucoup plus au sud et pourrait ainsi terminer avec un meilleur angle, mais il «rend» pas moins de 31 millièmes au Sormiou.

Un Bepox et un Sormiou qui viennent bousculer les Sun Fast et les JPK sur une course pour laquelle ceux-ci sont censés avoir été conçus tout exprès ! Voilà qui est piquant. En outre le fameux Bepox était aussi parti pour battre le record de la course, établi en 2003 par un Sprint 108, en 13 jours et 18 heures, sur un parcours plus long d'une trentaine de milles puisque le départ était alors donné de l’île de Porto Santo.