Actualité à la Hune

Petite Coupe de l’America (1) – Récit vécu

«J’ai navigué sur Patient Lady VI, cata de Classe C gréé d’une aile !»

Patient Lady VI est le seul catamaran à aile d'Europe continentale. Le bateau repris par l'architecte naval Benjamin Muyl va participer à la prochaine Petite Coupe de l'America. Alors que la prochaine (grande) Coupe de l'America se disputera sur des multicoques semblables, j'ai pu naviguer à bord de ce Classe C - une expérience unique. Premier volet consacré à ce cata et à cette épreuve, avec une sortie mémorable en baie de Quiberon !

  • Publié le : 27/07/2011 - 00:01

Patient Lady VI à tire d’aile Patient Lady VI se met rapidement sur une coque. L'aile de ce cata de Classe C permet un réglage parfait du vrillage tout le long du plan porteur, d'effectuer des virements ultra-rapides et d'avoir plus de puissance, en particulier au portant. [Cliquez sur les illustrations pour les agrandir]. Photo © Matthieu Cotinat Pas de mât ni de voile d'avant, juste une ogive élancée, blanche et transparente. A l'horizon, la silhouette du gréement attire l'oeil. Elle tranche avec celle des autres voiliers. Cet Anglais curieux, venu voir de plus près Patient Lady VI, ne s'y trompe pas : <How do you say gracious in French ?> Gracieux. L'adjectif va fort bien à l'aile rigide des catas de Classe C. Ce n'est pas la démesure de BMW-Oracle ou des prochains AC72, mais voir une aile à la verticale et sur l'eau fait tout de même son petit effet !

Cinq garçons dans le vent Benjamin Muyl et Hervé Penfornis (ici à l'ENV de Quiberon) mais aussi Axel de Beaufort, Sam Thomas et Guillaume Verdier, ont repris Patient Lady VI - et comptent bien l'emmener courir la Petite Coupe de l'America en Angleterre, en 2013 ! Au premier plan, les dérives-foils. Photo © Christophe Launay (http://sealaunay.com) Surtout que depuis sa mise à l'eau, en juin, Patient Lady VI n'en est qu'à sa troisième sortie en baie de Quiberon. Ce catamaran de 25 pieds va participer à la prochaine Petite Coupe de l'America à Falmouth (Angleterre), en 2013 - nous reviendrons dans quelques jours sur ce sujet, lors de l'interview des architectes navals Benjamin Muyl et Hervé Penfornis, qui ont repris ce bateau hors du commun.

Une aile qui intrigue A terre, comme ici sur la plage de l'ENV de Quiberon, ou en mer, l'aile attire immanquablement les regards - et suscite toujours des questions ! Photo © Matthieu Cotinat En tout cas, si elle se voit de loin sur l'eau, l'aile de Patient Lady VI ne passe pas non plus inaperçue sur la plage de l'Ecole nationale de voile de Quiberon ! Elle suscite l'intérêt et l'admiration des régatiers confirmés comme des néophytes. Au moment de gréer, l'architecte naval Hervé Penfornis en profite pour expliquer le fonctionnement du bateau à un groupe de jeunes.

<Les ailes modernes sont composées de deux éléments que tu peux "twister" (vriller), afin d'appliquer une cambrure en fonction de l'angle par rapport au vent. Sur Patient Lady VI, on ne peut twister qu'un seul élément, car cette aile - dont l'armature est en bois - a été réalisée voici 25 ans - depuis, des progrès ont été faits. L'autre élément sur lequel tu peux quand même jouer, c'est le traveler (chariot) puisqu'il n'y a pas d'écoute de grand-voile>, détaille Benjamin Muyl. Avec les architectes Hervé Penfornis, Guillaume Verdier et Axel de Beaufort, l'ancien membre du design team de BMW-Oracle - qui collabore maintenant avec Team New Zeland pour le futur AC72 de la prochaine Coupe de l'America - veut monter un vrai projet pour participer à la prochaine Petite Coupe. L'heure est à la recherche de sponsors - et à la découverte de sensations sur le bateau.

Naviguer, apprivoiser, s’entraîner Tous les réglages ne sont pas encore au point, mais l'équipe prend peu à peu ses marques et prévoit de nombreuses améliorations, en particulier sur les safrans de Patient Lady. Photo © Matthieu Cotinat Les conditions sont idéales : pas de houle, un vent modéré, du soleil et quelques nuages. Sur l'eau, Hervé et Gwénolé Gahinet sont à la manoeuvre. Pris de douleurs dans le cou la veille, Benjamin a renoncé - à regret - à naviguer sur Patient Lady... Il observe le catamaran depuis un pneumatique, un rien tendu durant les premiers bords. Il faut dire que l'engin se met très rapidement sur une patte. Et que l'aile permet de naviguer à trois ou quatre fois la vitesse du vent - le record de Patient Lady VI est de 28 noeuds !

Simple, la jauge des Classe C !
Longueur : 25 pieds
Largeur : 14 pieds
Surface de l'aile : 28 m2
Equipiers à bord : 2
Lors des deux premières sorties en France, la méfiance était donc de mise. Les équipiers craignaient d'enfourner et se plaçaient trop en arrière. Cette fois, ils se positionnent plus au centre du flotteur au vent pour obtenir une assiette parfaite. <Le bateau tangue légèrement>, note cependant Benjamin.

A mon tour. Je monte à bord - pas évident de prendre ses repères. S'il est assez facile de voir si une voile est bien réglée, c'est beaucoup plus délicat avec une aile ! Le bateau semblait assez large à terre, il apparaît plus petit sur l'eau. Sur l'écoute de traveler, pas de bloqueur comme sur un cata de sport classique, car il faut pouvoir choquer au plus vite en cas d'urgence. Avec la vitesse, l'eau durcit et vient mitrailler le trampoline. Les accéleration ssont franches, stupéfiantes. Patient Lady réalise sans problème bananes et figures de style ! Lors d'un empannage, on se retrouve avec les deux foils abaissés. D'un coup, le bateau se soulève et gîte plus que de rigueur. Je manque de me retrouver à l'eau. Sur un autre bord, la poulie du chariot de l'aile, fixée à une sangle du trampoline, lâche. La réaction est immédiate : le bateau retombe et s'arrête net.

Pour parfaire le spectacle, Gitana 11 pointe à l'horizon. On file sur lui avant de se rendre compte qu'il vient d'envoyer le gennaker... Patient Lady va vite, mais pas au point de pouvoir rivaliser avec le maxi-trimaran bleu !

Naviguer en mer… et à terre Toute l'équipe recherche des sponsors pour pouvoir construire une nouvelle aile et - pourquoi pas - un nouveau bateau. Le budget idéal serait de 600 000 euros avec, en ligne de mire, la Little America's Cup 2013. Photo © Matthieu Cotinat A la barre, Gwénolé s'enthousiasme : <Avec l'aile, on peut remonter beaucoup plus au vent et trouver des angles qui ne seraient pas possibles avec une voile classique !> Au cours de l'après-midi, Hervé et Gwénolé gagnent en confiance et en maîtrise. Mieux vaut ne pas se trouver sur leur cap à moins de pouvoir se dégager en quelques secondes ! En revenant vers l'Ecole nationale de voile, les deux compères traversent à fond une zone de mouillage. En les voyant passer, Benjamin s'exclame : <Le contraste est net avec ce matin, ils ont progressé en l'espace d'une journée !> Il leur reste donc du temps et de la marge avant la Petite Coupe, en 2013...


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La Petite Coupe de l'America en bref

Moins connue que son illustre aînée, la Petite Coupe de l'America (ou Mondial Classe C) est née en 1961 d'un défi technique et sportif lancé par les Etats-Unis à l'Angleterre. Le trophée se dispute sur des catamarans de Classe C.
Les seules contraintes de la jauge sont la longueur (25 pieds), la largeur (14 pieds), la surface de l'aile (28 mètres carrés) et le nombre d'équipiers à bord (2).
Le principe est le même que pour la Coupe de l'America : des régates entre des challengers et une finale en match-race avec le defender.
Les Canadiens Fred Eaton et Magnus Clarke, sur Canaan, ont remporté la dernière édition à Newport en août 2010. La participation de James Spithill, barreur victorieux de la <grande> Coupe de l'America sur le trimaran ailé BMW-Oracle, et la présence de plusieurs architectes comme Juan Kouyoumdjian ou Vincent Lauriot-Prévost, ont suscité un intérêt croissant pour les Classe C.
Quelques semaines plus tard, Oracle annonçait que la 34e Coupe de l'America se disputerait sur des catamarans ailés de 72 pieds (AC72). Et la prochaine Litle America's Cup aura lieu en 2013 à Falmouth (G-B). Une dizaine d'équipes sont attendues - dont celle de Benjamin Muyl.


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A lire dans quelques jours, le deuxième volet consacré à Patient Lady VI et à la petite Coupe de l'America avec
l'interview de Benjamin Muyl et d'Hervé Penfornis.